Vers le site Automates Intelilgents
La Revue mensuelle n° 103
Robotique, vie artificielle, réalité virtuelle

Information, réflexion, discussion
logo admiroutes

Tous les numéros


Archives
(classement par rubriques)

Image animée
 Dans La Revue
 

Retour au sommaire

Automates Intelligents s'enrichit du logiciel Alexandria.
Double-cliquez sur chaque mot de cette page et s'afficheront alors définitions, synonymes et expressions constituées de ce mot. Une fenêtre déroulante permet aussi d'accéder à la définition du mot dans une autre langue (22 langues sont disponibles, dont le Japonais).

Editorial
Haïti aujourd'hui, le reste du monde demain ?
par Jean-Paul Baquiast et Christophe Jacquemin
19/12/2010


La catastrophe survenue à Port au Prince doit faire réfléchir à la fragilité des sociétés complexes, fussent-elles riches et bien équipées comme les nôtres.

Les témoignages qui proviennent de Port au Prince et des autres parties d'Haïti touchées par le tremblement de terre parlent de scènes de fin du monde. Ceci peut s'imaginer facilement, les immeubles officiels et les habitations ayant enseveli la plupart des habitants. Les rues envahies de blessés et de cadavres qui se décomposent. Ni eau potable ni vivres disponibles. Des foules désemparées errant sans savoir où trouver du secours. Les pillages et des débuts d'agressions de la part de certains habitants ayant survécu. Aucune autorité capable d'intervenir, protéger, organiser les secours.
Quelles perspectives pour ceux qui sont encore valides : attendre la mort sur place en priant ou tenter d'émigrer dans les endroits supposés disposer d'encore quelques ressources, afin de se les approprier par la violence ?

Certains scénarios élaborés pour prévoir ce qui se passerait en cas d'épidémies à forte mortalité, comme celle de la grippe aviaire qui était censé toucher au moins 30% de la population avec 50% de décès, envisageaient des scènes sinon semblables, du moins voisines. Mais celles-ci se produiraient dans les pays riches, par exemple en Europe. On pourrait donc espérer que les Etats disposant d'une forte tradition administrative pourraient faire face, à condition d'avoir préparé les procédures d'urgence, réquisitions et stocks d'approvisionnement nécessaires. Cependant, si les morts et les mourants s'accumulaient devant les mairies et les hôpitaux, si les services publics et les réseaux vitaux se trouvaient bloqués par manque de personnel, si des groupes armés se formaient pour profiter du désordre afin de piller et violer, il serait inévitable que s'installe une situation proche de celle que l'on constate à Haïti. Ce ne serait pas la première fois que de telles scènes se seraient produites en Europe, sans même mentionner les guerres. Les grandes épidémies de peste et de choléra en avaient été l'occasion. Les sociétés touchées s'en sont rétablies, mais à quel prix ?

Ceci étant, pourquoi évoquer aujourd'hui ces situations ? Pour ce qui concerne l'Europe, le niveau de vie n'est pas celui d'Haïti, les grandes épidémies à forte mortalité ne semblent pas – pour le moment – devoir éclater... Il n'y a aucune raison de s'inquiéter. Mieux vaut, pour ceux qui ont le cœur à cela, se préoccuper de la façon dont ils pourraient participer à l'aide aux victimes du séisme.

Pour notre part, nous pensons au contraire que la catastrophe survenue à Port au Prince doit faire réfléchir à la fragilité des sociétés complexes, fussent-elles riches et bien équipées comme les nôtres. En dehors de catastrophes naturelles ou de grandes pandémies dont on ne peut pas écarter la survenue, des causes apparemment infimes mais aux conséquences lourdes pourraient dans un avenir proche ou lointain provoquer l'écroulement d'équilibres sociaux actuels dont on méconnaît trop la fragilité.

A échéance de quelques années ou décennies, il s'agira certainement de ce dont on parle aujourd'hui avec légèreté, les émeutes de la misère et les grandes migrations agressives en résultant, se développant en Asie et en Afrique, notamment si le changement climatique aggrave les conditions de survie déjà précaires de centaines de millions d'hommes. On risque de voir dans les pays les plus pauvres s'installer des situations proches de celles s'étant produites à très petite échelle à Haïti et précédemment à La Nouvelle Orléans. Que feront les pays riches, Etats-Unis, Europe notamment, à supposer qu'ils ne soient pas directement touchés par certaines crises ?

La réponse américaine officielle semble déjà programmée: construire des murs étanches débordant de technologies et implanter derrière ces murs des gardes nationales paramilitaires fortement armées capables de «maintenir l'ordre intérieur» sans se soucier des droits civiques. Nous donnons quelques informations sur ce sujet dans un article publié par ailleurs sur ce site. L'Europe pour sa part commence aussi à réfléchir à certaines de ces solutions, comme nous le montrons dans ce même article. On sera loin alors de la compassion que suscitent via les médias (c'est-à-dire à distance), les malheurs des Haïtiens. Ce sera au contraire le retour à l'ère du plus féroce des «chacun pour soi». Mais faudrait-il s'en étonner ?

Retour au sommaire