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Sciences et politique
Le Black Budget du Pentagone

par Philippe Grasset 04/02/2010

Philippe Grasset est éditeur et auteur du site http://www.dedefensa.org


Puisque l'on parle de ce "complot permanent" que représente la bureaucratie du Pentagone, parlons du coeur secret et profond de ce complot - le black budget, l'allocation destinée à des projets secrets et par définition échappant à tout contrôle politique.

Le site Danger Room observe, le 2 février 2010, qu'avec $56 milliards, le “black budget” du Pentagone de l'année fiscale 2011 bat tous les records, suivant d'ailleurs une courbe en augmentation permanente. A l'intérieur d'un budget de $708 milliards de dollars prévus pour la prochaine année fiscale, 56 milliards vont à des programmes secret-défense (classified), constituant ce que l'on désigne couramment par le terme de « black budget » . De plus, l'augmentation sera de plus de 10%, de l'année fiscale 2010 à l'autre (FY2011). En 2011, le black budget dépassera les $60 milliards. Il s'agit d'une somme supérieure au budget de la défense de pays comme la France, le Royaume-Uni, le Japon. Nous ne sommes pas loin du moment où le “black budget” du Pentagone deviendra le deuxième budget de défense du monde derrière le budget du Pentagone lui-même.

Le “black budget”, c'est le domaine absolument réservé du Pentagone, le cœur du cœur du “complot permanent”, cette fois au niveau de la technologie et des systèmes. Sont développés les projets les plus fous et les plus provocateurs, les plus déstabilisants et les plus futuristes, voire les plus ésotériques du point de vue de la technologie. Inutile de dire que le gaspillage va de pair, puisqu'il n'y a effectivement aucun contrôle extérieur. Seuls quelques parlementaires (les présidents des chambres et des deux partis, les présidents des commissions sur le renseignement) sont informés par le Pentagone du contenu du “black budget”,. Ils le sont en termes effectivement ésotériques puisque les programmes sont désignés par des codes et des acronymes incompréhensibles, qui ne disent rien de leur contenu.

C'est le “black budget” qui est l'héritier le plus assuré des tendances idéologiques profondes du Complexe militaro-industriel, appuyées sur la puissance absolue de la technologie au service d'une politique de puissance (“idéal de puissance”), avec en arrière-plan le concept de "global dominance".

Le “black budget” nourrit par conséquent tous les phantasmes, les suppositions les plus extraordinaires concernant le développement d'armes, de systèmes, de processus de destruction, d'interventions déstabilisantes, liés évidemment à tout ce qu'on perçoit et suppose d'intentions hégémoniques, destructrices et apocalyptiques du Pentagone. C'est le domaine d'élection des hypothèses relevant de la science-fiction, de l'histoire secrète, des complots sans nombre, des références qui vont des “grands initiés” à la simple bande dessinée.

Nous aurions tendance à modérer tout cela d'un bémol considérable, sans en connaître davantage pour autant. Le “black budget” tend à se retourner contre le Pentagone lui-même. C'est aussi en effet le domaine où aucun frein n'est mis aux tendances autodestructrices de sa bureaucratie, à sa pratique du gaspillage, à son enfermement dans des conceptions absolument virtualistes, à son goût pour les projets les plus déraisonnables.

L'un des grands courants technologiques développé sous la houlette du “black budget” fut la technologie furtive (stealth technology) ultra secrète du début des années 1970 à 1980, puis gardée encore sous le couvert du “black budget” jusqu'à la fin des années 1980 après que son existence ait été révélée. On ne peut dire que cette ambition ait été une réussite, quand on voit combien elle a pesé et pèse plus que jamais sur les possibilités opérationnelles de l'USAF. Ceci pour des résultats plus que contestables, à des coûts absolument extraordinaires, au point qu'on se demande si ce “progrès” n'est pas en vérité une entrave dramatique.

L'ATB (Advanced Technology Bomber), devenu B-2 (notre photo), est un produit du “black budget” . L'on voit à quelle catastrophe la chose a abouti lorsqu'elle fut confrontée à la réalité: un programme réduit à 21 avions pour un coût officiel de $2,5 milliards l'exemplaire (et, selon des évaluations secrètes de l'Armée de l'Air française, allant en réalité jusqu'à $6 milliards l'exemplaire). Rappelons que le budget de la Nasa, considéré aujourd'hui comme devant être impérativement rogné, ne dépasse pas $25 milliards.

L'impératif de la technologie furtive est un des facteurs importants du semi-échec ou de l'éventuel échec catastrophique des programmes F-22 et F-35. C'est un facteur important dans l'accélération et la révélation de la crise du technologisme. La technologie furtive offre sans aucun doute l'archétype de l'appréciation qu'on doit avoir vis-à-vis de l'étrange méthode du “black budget” développée par le Pentagone.

Aujourd'hui, de nouveaux rêves technologiques ont pris le relais, comme celui de remplacer tous les vecteurs existants par des flottes de drones robotisés pleinement autonomes, susceptibles de « délivrer des charges » en n'importe quel point du globe en quelques heures. Un article bien documenté de Antiwar doit absolument être médité sur ce sujet: «The drone surge». Les futures 40 prochaines années de guerre seront dominées par les drones...La traduction ne devrait pas s 'imposer...

NB : les deux articles cités en référence, malgré le nom des sites où ils sont publiés, n'émanent pas d'auteurs particulièrement antimilitaristes.

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