Espoir
dans la lutte contre la maladie d'Alzheimer
Jean-Paul Baquiast 28/01/2010
Le
26 janvier 2010, le professeur Etienne-Emile Beaulieu et son
équipe (Inserm U788 "Stéroïdes, neuroprotection
et neurorégénération", université
Paris XI) ont annoncé leur dernière découverte.
Les résultat de leurs travaux avaient déjà
été publiés aux États-Unis dans
les Proceedings of the National
Academy of Sciences ..On sait que le professeur Baulieu
s'est rendu célèbre par plusieurs découvertes
ou innovations, notamment la DHEA. Agé de 82 ans, il
n'a apparemment rien perdu de son dynamisme.
Ces derniers travaux portent sur une protéine directement
impliquée dans la formation de la maladie dAlzheimer,
la protéine de Tau. Laccumulation de cette protéine
dans les cellules nerveuses est lune des deux caractéristiques
essentielles de la maladie (lautre étant le dépôts
de plaques de protéines bêta-amyloïdes autour
des neurones). Naturellement présente dans le système
nerveux central, Tau joue un rôle important dans le bon
fonctionnement des neurones. Mais son amas anormal dans le cerveau
perturbe le fonctionnement des cellules neuronales, et favorise
le développement de la maladie dAlzheimer, ainsi
que dautres formes de maladies neurodégénératives.
Léquipe du Pr Baulieu vient de caractériser
linteraction entre cette protéine Tau et une autre
protéine très abondante dans le cerveau :
la protéine FKBP52. Elle a démontré en
laboratoire que la protéine FKBP52 supprimait lactivité
de la protéine Tau. Autrement dit, une importante présence
de FKBP52 empêche laccumulation de protéines
Tau dans les neurones.
Cette découverte autorise dabord l'espoir de pouvoir
mesurer la quantité de FKBP52 chez les patients, afin
dévaluer leur risque ultérieur de développer
Alzheimer ; une étude à ce sujet devrait
démarrer prochainement à lhôpital
Charles Foix dIvry. Ensuite, elle devrait permettre de
trouver des médicaments capables de stimuler la protéine
anti-Tau. Sur ce plan il est à craindre qu'il faille
plus de 2 à 3 ans pour découvrir larme "anti-Tau"
capable de stimuler la production de FKBP52, contrairement à
ce qui a été dit lors d el'annonce.
L'équipe
aurait besoin de quelques millions de crédits pour poursuivre
ses recherches. On ne comprendrait pas qu'elle soit obligée
pour cela de compter uniquement sur les donations privées,
comme celle que Pierre Bergé vient d'annoncer.
L'InterAcademy
Panel on International Issues
par Jean-Paul Baquiast 20/01/2010
Une
réunion qui pourra se révéler importante
s'est tenue en début d'année à la Royal
Society of London, l'équivalent de notre Académie
des sciences. Il s'agissait d'une manifestation organisée
par l'InterAcademy Panel on International Issues (IAP) regroupant
de nombreuses académies des sciences de par le monde,
des plus puissantes aux plus pauvres. Il s'agissait de mettre
au point une procédure consensuelle permettant aux chercheurs
de toutes disciplines de formuler des conseils scientifiques
aux gouvernements et aux organisations internationales, avec
le maximum d'objectivité et d'efficacité possible.
L'IAP avait été fondé à NewDelhi
en 1993, à propos des questions posées par la
croissance démographique.
Depuis, avec l'aggravation des problèmes rencontrés
par la planète et la nécessité d'établir
des consensus entre scientifiques, gouvernements et populations,
le besoin d'une telle organisation est largement reconnu. Elle
compte 103 membres à ce jour.
L'IAP étudiera les questions d'actualités, y compris
en philosophie des sciences en évitant les dérives
politiques et religieuses (ainsi dans le domaine de la théorie
de l'évolution). Elle pourra préconiser des mesures
concrètes, mais aussi veiller au bon enseignement des
sciences notamment dans lesn pays en développement. Elle
veillera aussi à la communication des résultats,
notamment grâce à l'Internet.
Nous avons pour notre part pensé que l'extension spontanée
des réseaux de communication entre scientifiques et gouvernements
pourrait faire émerger ce que nous avons nommé
un système cognitif mondial. Les préconisations
d'un tel système et leur efficacité au regard
des comportements des intérêts humains contradictoires
ne peuvent être pilotées à l'avance et moins
encore considérées comme participant à
coup sûr au sauvetage de la planète. On peut voir
cependant dans l'IAP l'amorce d'un « système
anthopotechnique cognitif » global intéressant.
Le site de
l 'IAP http://www.interacademies.net/
Notre avis: pourrait mieux faire en matière d'attractivité
A
la gloire de la science islamique
par Jean-Paul Baquiast 20/01/2010
Dans
le n° du New Scientist en date du 16 janvier (p. 24), le
physicien quantique iranien Jim Al-Khalili explique qu'il espère
voir renaître prochainement l'époque dorée
de la science islamique (Golden Age). Celle-ci s'était
déployée aux 8e et 9e siècles de notre
ère, sous les califes arabes Abhasides installés
à Bagdad. L'un d'entre eux, al-Ma'mun, avait fait entreprendre
la traduction en arabe des textes des savants grecs parvenus
dans leurs mains, inaugurant ainsi un « Temple de
la Sagesse » (House of Wisdom) à qui l'on
doit le mathématicien al-Khwarizmi et le physicien Ibn
al-Haytham. Le tout s'est effondré sous la pression,
selon Jim Al-Khalili, du conservatisme religieux devenu anti-scientifique
ainsi qu'à la suite des invasions mongoles.
Mais
il espère voir cette époque dorée renaître
dans les pays du Golfe, avec les financements massifs consentis
à partir des pétro-dollars. Il s'agit de la King
Abdullah University of Science and Technology (KAUST), ainsi
que d'autres établissements financés par la Qatar
Foundation et le Royan Institute de Téhéran. Ces
financements attirent au Moyen Orient de nombreux chercheurs
occidentaux ne trouvant pas de crédits dans leurs pays.
Beaucoup d'entre eux se livreront en principe à de la
recherche fondamentale, sans souci immédiat d'applications
(blue sky research).
Très bien. Il est étonnant cependant de constater
que Jim Al-Khalili voit en cela l'espoir d'un retour en force
de la science islamique. Pour nous, la science ne peut être
ni islamique ni chrétienne ni indouiste ou autre. C'est
la science, point final. Mais ce n'est manifestement pas son
avis ni celui des autorités politiques et religieuses
qui vont superviser les travaux et vérifier leur compatibilité
avec le Qu'ran. Ces recherches risquent d'être, comme
le dit Jim Al-Khalili, politicaly sensitive, dans des pays comme
l'Arabie saoudite et l'Iran. Les chercheurs occidentaux qui
iront travailler dans ces pays se rendent-ils compte qu'ils
vont participer à une grande oeuvre, la renaissance d'une
science islamique différente des autres sciences?
Sur ces questions on pourra relire notre ouvrage plus que jamais
d'actualité,JP. Baquiast, Pour un Principe Matérialiste
Fort, JP. Bayol 2007.
La
figure exotique E8 retrouvée
Jean-Paul Baquiast 20/01/2010
Nous
avions indiqué en 2007 (voir article référencé
ci-dessous) que selon le chercheur Garett Lisi lunivers
profond pourrait obéir à des structures mathématiques
conformes aux algèbres de Lie et plus précisément,
qu'il pourrait être représenté par la figure
exotique dite E8. Celle-ci, certes complexe mais infiniment
simple comparée aux millions déquations
proposées par la théorie des cordes, suffirait
à figurer toutes les particules et toutes les interactions
connues aujourdhui ou observables plus tard, ce qui en
ferait une théorie du Tout bien plus présentable
pour le commun des mortels que celle des cordes.
Cette
hypothèse avait suscité un intérêt
discret mais n'avait pas eu beaucoup d'échos significatifs.
Or aujourd'hui une équipe de l'Université d'Oxford
dirigée par le physicien Radu Kolda a retrouvé
la trace de la figure E8 dans des cristaux de cobalt et niobium
super-refroidis à 0,04 kelvin par un champ magnétique
intense. Lorsque le champ est appliqué, des figures apparaissent
dans l'arrangement des atomes. Les spins des électrons
s'organisent selon la symétrie E8.
Il est tout à fait remarquable que la figure E8 se manifeste
ainsi dans le monde réel. Mais les physiciens ne semblent
pas considérer cela comme confirmant les propositions
de Garret Lisi. Tout au plus peut-on une fois de plus s'étonner
des relations apparentes entre un monde des mathématiques
se déployant
à son niveau propre et le monde « supposé »
réel.
Pour
en savoir plus
Voir
Science, DOI: 10.1126/science.1180085
Notre
article sur Garrett Lisi http://www.automatesintelligents.com/echanges/2007/nov/garrettlisi.html
Retour
au sommaire