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Storms of My Grandchildren. The truth about the coming climate change and our last chance to save humanity
Bloomsbury. 2009
par James Hansen


Présentation et commentaires par Jean-Paul Baquiast - 26/12/2009

 

James Hansen est directeur du Goddard Institute for Space Studies de la Nasa

Dr. James E. Hansen
http://www.columbia.edu/~jeh1/

James Hansen (68 ans) s'est fait connaître comme le «grand père» de la dénonciation du réchauffement climatique. En effet, depuis plus de 10 ans, s'appuyant sur son expérience de directeur du Goddard Institute for Space Studies de la Nasa, il avait expliqué que le refus de reconnaître à la fois le réchauffement climatique et le rôle aggravant de la consommation actuelle des combustibles fossiles (l'effet anthropique) conduisait le monde à la catastrophe. Dès le début des années 1980 il avait pronostiqué le réchauffement global. Le phénomène avait été nié avec véhémence, mais a été vérifié depuis sans ambiguïtés.

Ceci lui avait valu, du temps de l'administration Bush et jusqu'encore aujourd'hui, des campagnes de haine et des mesures de rétorsion sur le plan professionnel, dont on imagine mal la violence. Il heurte en effet les intérêts bien établis des puissants lobbies politico industriels qui gouvernent encore l'Amérique et qui notamment, financent avec des moyens considérables les élections des sénateurs et représentants. Les «négationnistes» n'hésitent pas à mettre en accusation sa probité, l'accusant de chercher uniquement à se rendre célèbre. Nous considérons au contraire que James Hansen est le modèle de ce que devrait être un scientifique. Lorsque, par des méthodes critiques aussi rigoureuses que possible, certains faits peuvent être mis en évidence, constituant une «vérité» qui sans être définitive, paraît indiscutable au regard des critères de la science, il faut les faire connaître, si besoin était au péril de sa carrière et parfois de sa vie.

Il n'attendait rien de la conférence des Nations Unies à Copenhague, destinée seulement selon lui à donner des gages verbaux aux environnementalistes, sans rien changer au fond des pratiques actuelles. Il n'a même pas jugé bon d'assister aux réunions. Pour lui, les nations développées vont continuer le « business as usual » tout en donnant une aumône de quelques centimes aux pays pauvres pour calmer leurs inquiétudes. Il semble même qu'il se soit réjoui de l'échec : mieux vaut être confronté aux impasses que se satisfaire, comme l'ont fait Barack Obama et quelques autres, de faux semblants.

Un livre de référence

James Hansen n'avait encore rien publié sur le sujet. Ce n'est plus le cas désormais. Vient de paraître à sa signature un ouvrage qu'il convient selon nous de lire attentivement : Storms of My Grandchildren. The truth about the coming climate change and our last chance to save humanity, Bloomsbury. Ce livre est loin d'être rassurant. D'abord il y expose sa conviction, basée sur l'étude des précédents changements climatiques : les menaces pesant sur nos civilisations sont bien plus importantes que l'on ne se l'imaginait il y a quelques années. La survie même de la Terre en tant que planète accueillante à la vie est menacée. Le soleil est 2% plus chaud qu'il ne l'était il y a seulement 250 millions d'années. Ceci n'est pas dû à l'homme, mais si l'homme continue à brûler jusqu'au dernier atome tous les combustibles fossiles emmagasinés sous différentes formes depuis l'apparition de la vie, il provoquera un emballement de l'effet de serre dont résultera la mise en ébullition des océans.

Ceci ne se produira pas dans le siècle, mais peut-être très vite ensuite. Si rien donc n'est fait dès maintenant, il deviendra de plus en plus difficile de réduire suffisamment les émissions pour prévenir l'extinction de la vie. Or rien, selon James Hansen, n'est fait et ne sera fait en ce sens. Ceci tient à une cause structurelle. Des années d'expérience de la vie politique lui ont montré que les gouvernements savent très bien qu'ils mentent en proposant de limiter les émissions, y compris avec le système du Cap anda Tarde (marché des droits à polluer) favorisé par le gouvernement Obama.
Pourquoi mentir délibérément ? Ceci tient aux vices fondamentaux des systèmes politiques dits démocratiques. Les gouvernements et parlements sont nécessairement soumis aux groupes de pression économiques qui ne s'intéressent qu'à la rentabilité à court terme. Peu leur importe ce qui se passera ne fut-ce que dans 30 ans. Ces groupes disposent de suffisamment d'argent pour corrompre non seulement les hommes politiques mais de nombreux scientifiques et experts.

Nous ajouterons pour notre part que la situation n'est guère différente dans les pays à gouvernement autoritaire. En Chine, par exemple, on ne voit pas qui, aujourd'hui, prendra la risque de recommander des mesures visant à diminuer la production des gaz à effet de serre, même si la Chine et l'Inde sa voisine sont, encore plus directement que les Etats-Unis et l'Europe, menacées par la sécheresse, les inondations, les nuages de suie, les maladies dues à la pollution et autres conséquences d'une «croissance» non régulée.

James Hansen, comme beaucoup d'experts faisant ces constatations, conclut par un appel à l'action directe des citoyens. "C'est à vous de jouer", dit-il (It's up to you). Mais cet appel à la «résistance civile» n'est-il pas un peu utopique ? On pourrait montrer que les citoyens sont aussi divisés et soumis aux influences des lobbies politico-industriels que les autres forces politiques. De plus, quand ils se mobilisent, ils sont très vite réprimés, y compris de façon violente. Ce fut un peu le cas à Copenhague. Mais le Danemark reste encore un havre de douceur face aux manifestants, par comparaison avec la Chine, où les paysans et suburbains se plaignant des abus des grandes entreprises publiques sont traités comme des criminels. Nous pensons, pour notre part, que les humains sont tous à divers titres impliqués dans ce que nous avons nommé des "systèmes anthropotechniques", dont la concurrence pour la survie n'a pas encore permis de faire appel à la raison. Mais ces considérations ne devraient pas décourager la mobilisation citoyenne.

Mais alors, quelles actions recommander, au service de quels objectifs mettre la «résistance civile» que James Hansen préconise ?
Pour lui, la seule pouvant être efficace serait une taxe carbone universelle et croissante, de façon à rendre de plus en plus coûteux l'emploi des combustibles fossiles. Sans cela, du fait que ces derniers, relativement, sont encore durablement moins chers (c'est-à-dire sans tenir compte des dégâts induits), rien ne permettra d'en décourager l'emploi. Les produits de cette taxe devraient en être consacrés à la promotion des énergies non polluantes, au rang desquels il veut donner sa place à l'énergie nucléaire.

Le lecteur sera sans doute un peu déçu par la modestie apparente de telles ambitions. Mais cette déception tiendra au fait que l'on ne se rend pas compte de la véritable révolution politique mondiale que supposerait l'adoption, sous la contrainte citoyenne et à l'échelle du monde, d'une taxe carbone et de toutes les mesures administratives en découlant. Ceci dans un monde encore soumis à la concurrence, sinon une guerre larvée, entre de grands super-Etats.

James Hansen connaît mal l'Europe et les efforts qu'elle a commencé de faire en faveur de lutte contre le réchauffement. Sinon, pensons-nous, il aurait conclu son livre en faisant un appel plus particulier à l'Europe, en lui demandant aussi de se comporter en super-Etat agressif face aux Etats-Unis et à la Chine. C'est ce que manifestement elle n'a pas su faire à Copenhague, mais ce qu'il serait peut-être encore temps d'envisager.

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