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Editorial
Après
Copenhague. L'Europe ne doit pas capituler
par
Jean-Paul Baquiast et Christophe Jacquemin
31/12/2009
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A
l'issue du sommet de Copenhague, certains se réjouissent
de constater que même si les chefs d'Etats réunis
au chevet du climat n'ont pas pris de décisions contraignantes
concernant leurs propres émissions, ils ont quand
même montré que le monde tout entier commençait
à s'intéresser aux problèmes de réchauffement
climatique. "Paris, dit-on, ne s'est pas construit
en un jour". De même, les Nations-Unies ne réussiront
pas en un jour à mettre en place les nouvelles institutions
et les nouvelles décisions capables de gérer
efficacement les politiques de lutte contre le changement
climatique et pour la protection de l'écodiversité.
Copenhague représenterait à cet égard
un premier pas que l'on pourra faire suivre dans les prochaines
années de décisions plus effectives.
Il
n'empêche que Copenhague demeure un échec par
rapport aux prétentions initiales et surtout face
à l'urgence des besoins d'intervention contre la
destruction des écosystèmes qui ne fait que
s'accélérer. Or l'Europe, si elle s'était
rendue capable de parler en vraie puissance face aux autres
puissances, notamment les Etats-Unis et la Chine, aurait
pu jouer un rôle bien plus efficace qu'actuellement
pour obliger à la suivre les responsables de cet
l'échec.
Encore
aurait-il fallu s'attacher à prévoir la
position des Etats-Unis et de la Chine et préciser
ce qu'aurait dû être en conséquence
la stratégie européenne à Copenhague.
Il est utile de discuter ici de cette stratégie
car elle devrait, selon nous, être considérée
par les Européens dans tous les conflits qui les
opposent aux autres grandes puissances. Citons, par exemple,
la protection contre l'invasion de l'espace économique
par des entreprises étrangères ne respectant
aucunes des lois sociales, fiscales et environnementales
que l'Europe s'efforce de faire prévaloir en son
sein.
Une
guerre du faible au fort
Qualifions
ce qu'aurait dû être la stratégie européenne
de guerre du faible au fort. Dans le cas de la lutte contre
le réchauffement climatique, l'Europe, non sans mérite,
avait réussi à se fixer des objectifs exemplaires
et commençait à discuter des moyens de les
faire appliquer (par exemple avec une taxe carbone aux frontières).
Mais elle n'a pas osé affronter l'Amérique
et la Chine en passant du discours à l'acte. Autrement
dit, elle n’a pas osé affirmer à Copenhague
qu'elle mettrait en oeuvre une telle politique sans délais,
et quoi qu'il advienne des discussions.
Au
lieu de cela, l'Europe a remis son sort aux mains de ses
rivaux, en indiquant qu'elle n'appliquerait sa politique
vertueuse que si les USA et la Chine acceptaient des mesures
fortes allant dans ce sens. Comme ni l'USA ni la Chine ne
voulaient s'engager, c'était leur donner la capacité
de repousser sine die l'application d'une décision
européenne souveraine. Autrement dit, c'était
abandonner la souveraineté européenne et s'en
remettre à la souveraineté des rivaux de l'Europe.
Que
ce serait-il passé si l'Europe, continuant à
parler d'une seule voix, avait effectivement décidé
de prendre les mesures nécessaires pour concrétiser
l'objectif visant à réduire de 50% sa production
de gaz à effets de serre ?
La vertu, selon nous, étant généralement
plus contagieuse que le vice, notre réponse est
que l'Europe aurait alors créé un exemple
que les autres Etats se seraient très certainement
sentis obligés de suivre, à court ou long
terme. Et s'ils ne l'avaient pas fait, alors l'Europe
aurait pu légitimement employer la force pour se
défendre, force réglementaire appuyée
par des dispositifs militaires de contrôle des frontières,
comme elle se vante de la faire en matière de contrôle
des immigrations clandestines. En l'espèce, elle
aurait menacé de taxer ou même d'interdire
d'entrée dans l'Union européenne les produits
provenant des Etats ne suivant pas son exemple.
Casus
belli, dira-t-on ! Et alors ? Quand on veut un résultat,
il faut se donner les moyens de l'atteindre. Il faut assumer
les sacrifices pouvant en découler. Si la décision
européenne avait provoqué une guerre économique
avec les Etats-Unis et la Chine, pourquoi ne pas l'accepter,
quitte à «contrarier» certains intérêts
européens, ceux des importateurs de produits «made
in China» par exemple. Que l'on se rassure d'ailleurs,
ni la Chine ni l'Amérique n'auraient tenu longtemps
face à une position souveraine européenne
ferme, se traduisant par une fermeture temporaire des frontières.
Ils en seraient probablement venus à capituler sans
le reconnaître, c'est-à-dire rejoindre l'Europe
dans ses positions sur le climat.
Malheureusement,
ni l'Europe, ni la France n'ont tenu un tel discours face
à la Chine ou à l'Amérique. Si bien
d'ailleurs que ni la délégation chinoise
ni Barack Obama n'ont prêté attention : pour
eux, la France et l'Europe demeurent des nains politiques,
qu'il n'est même pas nécessaire de paraître
ménager. Lors du somment, le président américain
n'a d'ailleurs pas jugé bon de rencontrer aucun
des "nains" européens.
Ce
n'est pas de cette façon que la France et l'Europe
pourront se faire entendre, que ce soit dans la suite
du processus de Copenhague ou dans la discussion des autres
grands enjeux s'imposant à la planète. Il
faudra effectivement "changer de braquet", pour
reprendre l'expression de notre Président, et pas
seulement dire que l'on va le faire.
On
trouvera sur ce site un texte qui développe cette
perspective, intitulé «
L’après Copenhague ou la Grâce de l’histoire
».