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Article.
Redéfinir lIntelligence Artificielle (IA)
par Jean-Paul Baquiast 12/01/2010
Ce
texte commente un article qui vient de paraître dans
la revue du MIT
MIT News http://web.mit.edu/newsoffice/2009/ai-overview-1207.html
Dans un
article que nous publions simultanément sur ce site
(http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2010/102/chine.htm)
nous envisageons la perspective selon laquelle la Chine entreprendrait
dans les prochaines années ou décennies la construction
dune vaste Intelligence Générale artificielle
(AGI) qui pourrait être fortement marquée par
ses propres valeurs civilisationelles. Si cette perspective
inquiète certains chercheurs en IA américains
ou européens, cest que lIA, tant aux Etats-Unis
quen Europe, marque le pas depuis des années.
Cela tient à différentes causes. Dune
part, les crédits et chercheurs disponibles sont attirés
par les recherches militaires (par exemple la réalisation
de drones et satellites de plus en plus autonomes). Ces recherches
restent confidentielles, car leurs retombées civiles
sont étroitement réglementées. Dautre
part, détranges peurs, quasiment religieuses,
continuent à régner dans le domaine de lIA
et dans celui, associé, des cerveaux et consciences
artificiels. On craint de voir remettre en cause le préjugé
selon lequel il nest dintelligence possible quhumaine
et que, par ailleurs, il nest dintelligence humaine
que dinspiration divine.
On ne
doit pas cependant minimiser les énormes progrès
réalisés par lIA sous ses différentes
formes depuis les origines. Même si la prédiction
dHerbert Simon en 1960 : « Machines
will be capable, within 20 years, of doing any work a man
can do." na pas été tenue, il
suffit de se référer aux travaux des différentes
sociétés savants consacrées à
lIA, par exemple en France lAssociation Française
pour lIA, ou Afia), pour sen rendre compte. Mais
nos lecteurs savent par ailleurs que les ambitieuses et semble-t-il
très pertinentes idées du professeur Alain Cardon
relativement à la réalisation dune conscience
artificielle nont jamais reçu de soutiens officiels.
Aux Etats-Unis
cependant, où lIA fut inventée il y a
plus de 50 ans, un certain nombre de pionniers, rejoints par
des chercheurs plus jeunes, pensent aujourdhui quune
nouvelle opportunité souvre pour la définition
dune IA tenant compte des divers progrès réalisés
par ailleurs : nouvelles technologies de la communication,
neurosciences computationnelles, biologie évolutionnaire,
etc.
Le MIT
sengage résolument dans cette direction, puisque
il vient de lancer un projet nommé Mind Machine Project,
ou MMP, doté dun budget de 5 millions de dollars
programmé sur 5 ans. La somme de 5 millions peut paraître
faible, au regard des crédits bien plus importants
consacrés par la DARPA du Département de la
défense à des thèmes voisins. Mais aux
USA il ny a pas de barrières étanches
entre agences, et le crédit sera sans doute augmenté
en cas de réussite. Certes, il faut toujours, face
à de telles annonces, tenir compte dune possible
« intox » destinée à décourager
dautres tentatives analogues de par le monde. Le prétendu
projet de Calculateur de 5e génération japonais
en avait donné un exemple emblématique dans
les années 1970-80. Cependant, concernant le MIT, laffaire
parait sérieuse.
Le principe
servant de point de départ au projet et lui donnant
tout son intérêt consiste à revoir entièrement
les conceptions actuelles relatives au fonctionnement de lesprit,
de la mémoire et de lintelligence afin de mieux
pouvoir les transposer sur des bases matérielles artificielles.
Lambition affichée est de revenir aux présupposés
fondamentaux ayant guidé 30 ans de recherches sur lIA,
afin de retrouver les visions initiales qui avaient été
gelées faute des connaissances et des technologies
adéquates. Selon un des promoteurs du MMP, Neil Gershenfeld,
il convient ainsi de redéfinir lesprit, la mémoire
et le corps tels que lIA traditionnelle sétait
efforcée jusquà présent de les
simuler.
Concernant
lesprit se pose la question de la modélisation
de la pensée. Le cerveau humain sest formé
au cours de millions dannées dévolution
et comporte un ensemble complexe de solutions et systèmes,
auquel il fait appel pour résoudre les problèmes
qui se posent à lui. Malheureusement, les processus
quil utilise ne sont pas modélisables. LIA
dispose de son côté de nombreuses solutions dispersées
qui donnent de bons résultats dans des cas précis
mais ne peuvent à elles seules servir de base à
la construction dune IA générale. Lobjectif
serait aujourdhui de faire coopérer ces processus
afin dobtenir un outil général de résolution
de problèmes (general problem solver).
Concernant la mémoire, il est admis que le cerveau
humain navigue dans limmense stock de pensées
et de souvenirs quil a mémorisé au cours
dune vie entière sans utiliser des algorithmes
précis. Il saccommode au contraire des ambiguïtés
et des no
n-pertinences. Vouloir que lIA utilise des processus
rigoureux de recherche en mémoire représente
dune part une impossibilité pratique et surtout,
dautre part, une erreur de direction. Il faut au contraire
trouver des méthodes gérant lambiguïté
et linconsistance, comme le fait le cerveau.
Concernant enfin léquivalent du corps pour un
système dIA, il conviendra également de
changer de perspectives. Selon Gershenfeld, les ordinateurs
sont programmés pour écrire des séquences
de lignes de code. Mais le cerveau ne travaille pas, là
encore, de cette façon. Dans le cerveau, tout peut
arriver tout le temps. Gershenfeld propose une nouvelle approche
pour la programmation, intitulée RALA (pour « reconfigurable
asynchronous logic automata »). Lobjectif
sera de réorganiser les calculs sous forme dunités
physiques dans le temps et dans lespace, afin que la
description informatique dun système coïncide
avec le système quelle représente. On
pourrait ainsi obtenir des traitements en parallèle
à un niveau de détail aussi fin que celui réalisé
dans le cerveau.
Le projet MMP regroupe 5 générations de chercheurs
en AI, à commencer par le plus ancien, Marvin Minsky.
Il est dirigé par Newton Howard, qui est venu au MIT
après des activités diverses dans lindustrie.
Le financement du projet provient de la Make a Mind
Company presidée par Richard Wirt, de Intel.
Les membres du projet se donnent de grandes ambitions, destinées
à exploiter les ressources désormais disponibles
des neurosciences observationnelles et dordinateurs
capables de performances élevées pour des coûts
négligeables. Cest ainsi que Marvin Minsky voudrait
obtenir un système capable de passer avec succès
un Test de Turing renforcé, par exemple lire un livre
pour enfant, comprendre lhistoire qui y est présentée,
la résumer avec ses propres termes et répondre
à des questions raisonnablement compliquées
à son sujet.
Un autre objectif serait dobtenir ce que le groupe nomme
des « systèmes dassistance à
la cognition ». Ceux-ci pourraient dans un premier
temps fournir des aides aux personnes souffrant de déficits
tels que la maladie dAlzheimer. Mais plus généralement
ils pourraient augmenter les capacités cognitives des
individus normaux. Ils identifieraient exactement les informations
dont les sujets auraient besoin pour accomplir telle ou telle
tâche et sefforceraient de les mettre à
leur disposition. Ils utiliseraient à cette fin les
bases de données personnelles disponibles ainsi bien
entendu que les ressources de lInternet. A plus long
terme, lobjectif serait de permettre aux cerveaux des
individus de se comporter comme li-Phone aujourdhui :
faire appel à des centaines dapplications permettant
de résoudre aussi bien les problèmes courants
que les questions les plus théoriques. Mais dans cette
perspective, le cerveau n'aurait pas besoin de lintermédiaire
dun i-Phone. Ce seraient les assistants à la
cognition dont il disposerait qui joueraient ce rôle,
avec une efficacité que lon voudrait bien meilleure.
Pour
les promoteurs du projet, un délai de 5 ans peut être
considéré comme convenable pour atteindre ces
divers objectifs. i
On remarquera que lapproche retenue par le projet MMP
reste très axée sur ce qui avait fait la force
du MIT dans ce domaine, cest-à-dire lIA
programmatique, si lon peut dire. Les recherches faisant
appel, par exemple, à la génération de
cognitions par des robots évoluant en groupe et se
dotant de concepts et de langages comme lont fait les
animaux supérieurs ne
Pour
en savoir plus
Mind Machine
Project MMP http://mmp.cba.mit.edu/
Afia. Nouveau
portail http://www.afia-france.org/tiki-index.php
On lira
aussi de Gérard Sabah un petit ouvrage de présentation,
que vient de publier lAcadémie
des Technologies : « Sur lIntelligence
artificielle et la technologie ».
Pr Neil
Gershenfeld Home page http://ng.cba.mit.edu/