Dans
cette page, nous présentons en quelques lignes des ouvrages
scientifiques éclairant les domaines abordés par
notre revue. Jean-Paul Baquiast. Christophe Jacquemin
septembre
2009 - octobre 2009
“Le
compte à rebours a-t-il commencé ?” de Albert
Jacquard, éditions Stock.
Jean-Paul
Baquiast 12/09/2009
Il
n’y a pas lieu ici de discuter les constatations factuelles
qui permettent à Albert Jacquard de pronostiquer, avec
beaucoup d’autres, la catastrophe globale vers laquelle
court l’humanité. Nous partageons entièrement
son diagnostic, à quelques nuances près, notamment
ses jugements sommaires sur l'inutilité du nucléaire,
du spatial et autres technologies avancées. Il est un
point capital par contre où nous ne pouvons que formuler
des réserves, c’est quand il en appelle aux valeurs
de l’humanisme, à ce que certains ont nommé
l’humanitude, pour sauver les hommes des excès
auxquels ils se livrent eux-mêmes. Les remèdes
qu’il envisage en conséquence nous paraissent donc
illusoires : la fraternité universelle, le partage égalitaire
des ressources du monde 1) et autres bonnes résolutions
dont l’expérience ne montre pas qu’elles
soient mal fondées, mais qu’elles sont inapplicables.
Les
habitués de ce site savent que pour nous l’humanisme,
l’humanité et les valeurs associés ne correspondent
pas à des essences flottant miraculeusement au dessus
des hommes et dont il est possible de s’inspirer. Ce sont
des concepts forgés par un certain nombre d’entités
sociopolitiques qui leur donnent les significations qui leur
paraissent les plus convenables pour assurer leur pouvoir sur
les cerveaux. Nous avons nommé ces entités des
systèmes anthropotechniques. L’observateur doit
constater aujourd’hui qu’elles sont en compétition
darwinienne impitoyable, du fait que leurs deux principales
composantes, les systèmes bioanthropiques (composés
d’humains) et les systèmes technologiques ne peuvent
survivre que dans la lutte pour s’approprier les ressources
du monde.
Ces
systèmes sont sans aucun doute des « systèmes
cognitifs », au sens où ils peuvent se doter de
représentations d’eux-mêmes dans leur environnement.
Mais ces représentations sont par définition partielles,
que ce soit en ce qui concerne la représentation que
le système a de lui-même ou celle de la partie
de l’environnement qu’il est capable de percevoir
à son échelle. En effet, il n’existe pas
encore de système anthropotechnique global (incluant
tous les humains et toutes les technologies) non plus par conséquence
de système cognitif global. Les appels de personnes bien
pensantes comme Albert Jacquard peuvent contribuer à
l’émergence de ce système cognitif global,
à condition qu’ils soient relayés par tous
les réseaux de communications mondiaux et qu’ils
y trouvent des échos. Il ne faut donc pas considérer
ces objurgations comme négligeables, mais il ne faut
pas non plus compter sur elles pour « sauver la planète
». .
En
fait, on ne voit pas comment, dans l’immédiat plus
ou moins proche, avant la grande catastrophe, les systèmes
anthropotechniques en conflit pour la survie pourraient faire
émerger des garde-fous qui les préserveraient
de la destruction réciproque. Chacun d’eux se donnera
bonne conscience afin de poursuivre comme avant, «
business as usual », en s’imaginant qu’il
sera capable de se sortir seul de la grande catastrophe, même
si tous les autres y périssent. Il justifiera son égoïsme
en se persuadant, s’il est pénétré
des valeurs de l’humanisme jacquardien, qu’il représente
l’humanitude bien mieux que les autres. L’émergence
d’un système cognitif global ne peut se décider
volontairement, et moins encore se programmer. Elle se fera
ou ne se fera pas, au gré des mutations aléatoires
à venir. Elle interviendra à temps pour éviter
les désastres ou au contraire trop tard.
1)
Albert Jacquard écrit cependant sur ce sujet une phrase
qui fera bondir les environnementaux : "L’humanité
doit se persuader que les ressources du monde appartiennent
à tous". Appliquer ce principe ne suffira pas à
sauver les écosystèmes. Si les futurs 9 milliards
d’humains décidaient de se partager égalitairement
les ressources en poissons, cela ne sauverait pas les poissons
de la disparition. Un point de vue plus constructif consisterait
à dire que la mer appartient en priorité aux poissons.
Que les hommes se débrouillent pour se nourrir autrement,
y compris en faisant appel aux technologies qu’Albert
Jacquard réprouve, par exemple en réinventant
une fonction chlorophyllienne artificielle.
* Voir un interview de l'auteur par Paris Match
http://www.parismatch.com/Actu-Match/Environnement/Actu/Albert-Jacquard-Notre-monde-court-a-la-catastrophe-83957/
Dieu
et les religions à l’épreuve des faits.
La démonstration de l’inexistence de Dieu, par
Olivier Bach
Disponible en librairie mais aussi en ligne à l’adresse
http://www.inexistencededieu.com/Dieu_et_les_religions_a_l_epreuve_des_faits.pdf
Voir aussi le site http://www.inexistencededieu.com/
Jean-Paul Baquiast 12/09/2009
Nous
ne connaissons pas encore l’auteur de ce livre stimulant.
Mais d’ores et déjà, nous nous devons de
saluer, non seulement l’intérêt de sa démarche
mais la formule de libre accès qui permet à tous
de le lire. Cette double philosophie, comme le savent nos lecteurs,
nous guide ici. Donc il nous importe sans attendre de recommander
l’ouvrage.
L’auteur s’inspire d’une constatation. Il
ne suffit pas à un matérialiste, et plus particulièrement
à un matérialiste scientifique, d’affirmer
qu’il ne croit pas en Dieu. Ce qu’il croit ou ne
croit pas n’a qu’un intérêt relatif.
Il lui appartient d’utiliser tous les arguments que la
méthode scientifique propose pour prouver que le concept
de Dieu ne renvoie à rien d'existant dans l'univers.
Certes la science n’est pas infaillible et ses résultats
sont par définition toujours susceptibles d’être
remis en cause, mais par des arguments eux-mêmes scientifiques
au sens donné par Karl Popper (vérifiabilité,
falsifiabilité).
En appliquant ce processus au concept de Dieu (pourquoi d’ailleurs
ici cette majuscule révérencielle, sinon par un
reste d’éducation religieuse), Olivier Bach montre
qu’aucun des attributs ou des performances qui lui sont
attribués n’est vérifiables. La plupart
ne sont même pas falsifiables. Pourquoi alors se priver
de le dire ? Rappelons que, dans The God Delusion, Richard Dawkins
avait affirmé la même chose. Il avait été
mal reçu par beaucoup de collègues scientifiques
pourtant eux-mêmes non croyants, au prétexte souvent
répété que la science ne peut prouver ni
l’existence ni l’inexistence de Dieu.
Voir http://www.automatesintelligents.com/biblionet/2007/mai/goddelusion.html
Ce n’est pas l’avis de Dawkins, ni celui de Olivier
Bach. Une première partie du livre est consacrée
à démontrer l’inanité en termes scientifiques
de toutes les propriétés attribuées à
Dieu. Ce terme désigne pour lui les 3 dieux des religions
monothéistes. Mais nous pensons que des arguments comparables
pourraient être adressés pour contredire des religions
ou religiosités plus vagues, comme le bouddhisme. Les
adeptes de cette croyance n’hésitent pas par exemple
à utiliser des arguments inspirés d’une
interprétation fumeuse de la physique quantique pour
justifier sa pertinence.
La deuxième partie du livre est tout aussi importante.
Elle montre comment la pénétration des recherches
scientifiques et des contenus d’enseignement par les idéologies
religieuses déforme dès la petite enfance et tout
au long de leur vie les cerveaux des humains. Se renforcent
ainsi les bases neurales sources de la croyance, dont l’influence
sur les comportements, bien montrée par Jean-Pierre Changeux,
est déterminante pour favoriser l’emprise de ces
systèmes de pouvoirs que sont les religions. Cette deuxième
partie se termine par la citation de nombreux auteurs, se disant
croyants ou non-croyants, qui contribuent y compris dans une
société laïque comme la nôtre, à
répandre le préjugé sarkozyste selon lequel
les prêtres sont, mieux que les instituteurs (et les scientifiques)
capables d’enseigner la morale. Quand on lit les propos
de nombreux prétendus laïcs qui se couchent véritablement
devant les propos du Vatican ou de ses représentants,
on ne peut que répéter ce qu’avait dit un
président mieux inspiré que le précité
: « les Français sont des veaux ». En fait
une guerre se livre, que les athées sont en train de
perdre par leur mollesse.
Un
iceberg dans mon whisky. Quand la technologie dérape",
de Nicolas Chevassus-au-Louis
Présentation
par Jean-Paul Baquiast 12/09/2009
Nicolas
Chevassus-au-Louis est biologiste, historien et journaliste
scientifique. Il ne faut pas le confondre avec Bernard Chevassus-au-Louis,
biologiste et chercheur en sciences de l’écologie.
Le
dernier ouvrage de Nicolas plaira certainement à un large
public, puisqu'il part en guerre contre des illusions entretenues
complaisamment par la science et la technologie, dont il montre
la fausseté. Le livre raconte l'histoire de onze "bulles
technologiques". Il nomme ainsi des projets de grands programmes
qui avaient été présentés dans les
dernières décennies comme susceptibles de résoudre
les difficultés de l'homme dans son environnement. On
avait ainsi voulu utiliser la bombe thermonucléaire pour
réparer les « erreurs » de la géologie,
utiliser le pétrole pour produire des protéines
alimentaires, exploiter les nodules polymétalliques océaniques...
Nous
ne pouvons que suivre l'auteur dans sa condamnation de l'ivresse
technologique qui avait saisi les ingénieurs et les scientifiques
associés à de tels projets, ainsi que l'incompétence
dangereuse des politiques qui un moment avaient voulu les mettre
en œuvre. Nous pensons par contre que l'auteur se laisse
aller à une facilité décevante en ne cherchant
pas à mieux comprendre le logique de l'émergence
et du succès de tels projets. Ce serait d'autant plus
nécessaire que d'autres projets de même magnitude
sont périodiquement présentés non seulement
dans la presse scientifique mais dans les grands médias.
On peut penser à l'utilisation de « pousseurs »
spatiaux pour dévier des astéroïdes (géocroiseurs)
en route de collision avec la Terre, ou à toutes les
méthodes de la géo-ingénierie visant à
protéger cette dernière des rayons solaires tout
en récupérant leur énergie. La volonté
de lutter contre les effets du réchauffement climatique,
de la surpopulation, de la destruction des écosystèmes,
qui est fort noble en soi, génère en effet constamment
beaucoup d'initiatives bonnes ou mauvaises qui suscitent inévitablement
la controverse dans les régimes démocratiques.
Faut-il
pourtant voir en ces initiatives des dérives dangereuses
de ce que des écologistes quelque peu arriérés
dans leur tête nomment la technoscience (au singulier,
svp) ? Le procès fait à celle-ci n'est pas nouveau.
Constamment, et non sans raison, on reproche à nos sociétés
de n'investir dans les technosciences que pour mettre au point
de nouvelles armes ou favoriser de grandes entreprises exploitant
des créneaux technologiques de façon monopolistique
et au mépris de l'intérêt général.
Mais d'une part, une partie des recherches correspondantes bénéficie
à la société en général et
d'autre part, il n'apparaît en dehors des perspectives
de puissance entretenues par des intérêts et groupes
dominants. aucun processus alternatif permettant non seulement
d'investir dans des recherches fondamentales et appliquées
censées être utiles, mais même de choisir
entre les multiples opportunités ouvertes par le progrès
des connaissances.
Plus
généralement, même si par un grand changement
socio-économique, apparaissaient dans les compétitions
géopolitiques actuelles des institutions capables de
décider avec rationalité dans quel sens orienter
les recherches et financer des investissements technologiques,
il parait évident que ces institutions s'enfermeraient
dans la stérilité si elles ne faisaient pas appel
aux mythes, aux rêves et aux croyances. Ce n'est pas la
déduction rationnelle mais l'imagination et les affects
débridés qui ont toujours constitué le
ressort profond de l'avancement des sciences. On lira à
cet égard l'article du chercheur en intelligence artificielle
Edward Boyden que nous présentons sur un autre site.
Pour lui, sans une imagination que nous dirions pour notre part
proche de l'hallucination, les cerveaux des scientifiques et
des politiques ralliés à leurs discours, au lieu
de s'engager dans des processus itératifs d'enrichissement
et de marche vers la Singularité, s'enfermeraient dans
des itérations régressives les ramenant à
un Point Zéro.
(voir http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2009/99/actualite.htm#actu03).
Que
Nicolas Chevassus-au-Louis se fasse plaisir en dénonçant
les errements de certains projets technologiques volontaristes
n'ayant pas abouti est son affaire. Mais il faut bien voir que
ce faisant, il tend à décourager toutes les «
visions » un peu prometteuses, qu'elles proviennent d'individus
isolés ou de petits groupes. Il tourne le dos par ailleurs
à la compréhension de ce que nous appelons par
ailleurs des systèmes anthropotechniques. Il ferait mieux
de rappeler la logique de la démarche scientifique, qui
devrait aussi être celle des gouvernements : on doit formuler
librement des hypothèses, sur le mode de ce que Feyerabend
nommait l'anarchisme méthodologique, puis les soumettre
à l'expérience (autrement dit à la compétition
darwinienne) pour ne retenir finalement que celles permettant
une meilleure adaptation aux contraintes d'un univers en changement
permanent. C'est bien ainsi d'ailleurs que la vie a procédé,
ceci très en amont de l'apparition de l'homme.
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