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Biblionet
De
la sérendipité
dans
la science, la technique,
l'art et le droit
Leçons
de l'inattendu
Pek van
Andel
Danièle
Bourcier
Editions
L'Act Mem
2009 - 298 pages
Présentation
et commentaires par Christophe Jacquemin - 05/09/2009
|
Pek
van Andel est chercheur en sciences médicales
à l'université de Groningue (Pays-Bas).
|
|
Danièle
Bourcier est directrice de recherche en sciences sociales
au CNRS, jusriste et linguiste
|
"Connaissez-vous
la sérendipité ? Ce mot n'existe pas en France,
mais savez-vous qu'il existe dans les dictionnaires anglais
(serenditpity) depuis plus d'un siècle ? Je me suis
battu pour qu'il existe au Pays-Bas et on le trouve désormais
sous la dénomination "serendipiteit" dans
le dictionnaire hollandais...
J'aimerais qu'il figura dans le dictionnaire français,
"sérendipité", et je proposerais en
prime "sérendipiteux" pour traduire "serendipitous"
et "sérendipitiste"(1)
pour qualifier la personne douée de sérendipité."
...
C'était en 2005, lors d'une rencontre imprévue
avec Pek Van Andel, dont les pas l'avaient mené un
peu au hasard jusqu'à mon bureau...
Je me souviens encore très bien de cette après-midi-là,
qui n'avait ressemblé à aucune autre. Trouver
ce qu'on ne cherchait pas... Enfin si, je le cherchais ce
mot... m'étant si souvent posé la question de
savoir comment justement nommer ce qu'on ne cherchait pas,
mais qui, à point nommé, vous tombe tout de
même dessus.. Vous savez, un peu lorsque l'on ouvre
un livre au hasard dans une bibliothèque et que vous
tombe alors la réponse à une question qui vous
tarabustait depuis si longtemps, que vous croyiez avoir oublié
mais qui pourtant était toujours là au fond de
vous...
Avant
de parler plus précisément du livre, rappelons
tout d'abord ce qu'est la sérendipité...
Un mot dont l'origine a été
forgée il y a 255 ans
La sérendipité est l'art de découvrir,
inventer et créer ce à quoi on ne s'attend pas.
Il signifie que l'on trouve quelque chose que l'on n'avait
pas cherché, à partir d'une observation surprenante,
que l'on a pu expliquer correctement. Ce mot est plus instructif
que «hasard heureux». Ce qu'on apprend généralement
à l'université, c'est l'inverse, la «non-sérendipité»,
c'est-à-dire trouver ce que l'on cherche, alors que
l'art crucial de trouver le non-cherché joue un rôle
si important dans la science, la technique ou l'art.
Cest
un politicien, écrivain et grand (le plus grand peut-être)
épistolier anglais, Horace Walpole (1717-1797), qui
a créé le mot en sinspirant dun
"silly fairy tale" (un conte de fées idiot,
ce sont ses mots) "Les Trois Princes de Serendip",
conte persan publié en 1557, lesdits princes passant
leur temps à faire des découvertes inattendues.
Lhistoire est reprise par Voltaire dans Zadig, ou la
destinée, en 1748.. Le mot est repris en 1945 par un
scientifique américain, Walter Cannon, et à
la même époque par Merton, un des grands sociologues
américains- inventeur notamment des focus groups -
qui, curieusement, ne sen servira pas ensuite.
Un
conte persan
Les trois fils du roi de Serendip (mot du perse ancien pour
Sri-Lanka) refusèrent après une solide éducation
de succéder à leur père. Le roi alors
les expulsa.
Il partirent à pied pour voir des pays différents
et bien des choses merveilleuses dans le monde. Un jour, ils
passèrent sur les traces d'un chameau. L'aîné
observa que l'herbe à gauche de la trace était
broutée mais que l'herbe de l'autre côté
ne l'était pas. Il en conclut que le chameau ne voyait
pas de l'oeil droit. Le cadet remarqua sur le bord gauche
du chemin des morceaux d'herbes mâchées de la
taille d'une dent de chameau. Il réalisa alors que
le chameau pouvait avoir perdu une dent. Du fait que les traces
d'un pied de chameau étaient moins marquées
dans le sol, le benjamin inféra que le chameau boitait.
Tout en marchant, un des frères observa des colonnes
de fourmis ramassant de la nourriture. De l'autre côté,
un essaim d'abeilles, de mouches et de guêpes s'activait
autour d'une substance transparente et collante. Il en déduisit
que le chameau était chargé d'un côté
de beurre et de l'autre de miel. Le deuxième frère
découvrit des signes de quelqu'un qui s'était
accroupi. Il trouva aussi l'empreinte d'un petit pied humain
au près d'une flaque humide. Il toucha cet endroit
mouillé et il fut aussitôt envahi par un certain
désir. Il en conclut qu'il y avait une femme sur le
chameau. Le troisième frère remarqua les empreintes
des mains, là où elle avait uriné. Il
supposa que la femme était enceinte car elle avait
utilisé ses mains pour se relever.
Les trois frères rencontrèrent ensuite un conducteur
de chameau qui avait perdu son animal. Comme ils avaient déjà
relevé beaucoup d'indices, ils lancèrent comme
boutade au chamelier qu'ils avaient vu son chameau et, pour
crédibiliser leur blague, ils énumérèrent
les sept signes qui caractérisaient le chameau. Les
caractéristiques s'avérèrent toutes justes.
Accusés de vol, les trois frères furent jetés
en prison. Ce ne fut qu'après que le chameau fut retrouvé
sain et sauf par un villageois, qu'ils furent libérés.
Après beaucoup d'autres voyages, ils rentrèrent
dans leur pays pour succéder à leur père.
[Ce texte est un fragment résumé du conte
Les pérégrinations des trois fils du roi de
Serendip d'Amir Khusrau, un grand poète persan. C'est
le premier conte de son recueil Hasht Bihist (Les huit Paradis,
1302). ]
Dans une lettre adressée à Horace Mann le 28
janvier 1754, ambassadeur à Florence, Horace Walpole
utilisa pour la première fois ce mot et en donna l'étymologie
et la définition. Walpole avait rencontré Mann
pendant son 'grand tour' en Italie.
Voici son passage sur la sérendipité : D'ailleurs
je dois te raconter une découverte pénible.
[...] Cette découverte est presque du type de ce que
j'appelle sérendipité, un mot qui dit beaucoup,
que j'essaierai de t'expliquer parce que je n'ai rien de mieux
à te dire ; tu le comprendras mieux par l'étymologie
que par la définition. Une fois, je lisais un conte
stupide appelé "Les trois Princes de Serendip".
Quand les trois dignitaires voyageaient, ils faisaient toujours
des découvertes, par accidents et sagacité,
des choses qu'ils ne cherchaient pas; par exemple l'un d'entre
eux découvrit qu'un âne borgne était passé
par la même route parce que l'herbe avait été
broutée seulement du côté gauche où
l'herbe était pourtant la moins bonne. Comprends-tu
sérendipité maintenant? [..] il faut bien noter
qu'aucune découverte d'une chose que tu cherches tombe
sous cette description [..].
Et
dans une autre lettre écrite plus tard :
Ni
qu'il n'y a aucun danger à commencer un jeu nouveau
pour l'invention ; beaucoup de découvertes sont faites
par des gens qui étaient à la chasse de quelque
chose de très différent. Je ne suis pas totalement
sûr si l'art à faire de l'or ou la vie éternelle
sont inventés - mais combien de découvertes
nobles ont été déjà mises en lumière
parce qu'on cherchait ces moyens miraculeux ! Pauvre Chimie
si elle n'avait pas eu de motifs aussi glorieux devant les
yeux!
Trouver
ce que l'on n'a pas cherché
Pour Pek Andel, qui définit la sérendipité
comme le don de faire des trouvailles, c'est à dire
de trouver ce que l'on n'a pas cherché, le mot "trouvaille"
s'impose si deux ou plusieurs éléments connus
sont combinés originalement aux yeux de l'investigateur,
en quelque chose de neuf et vrai (science), de neuf et utile
(technique), ou de neuf et fascinant (art). Cogito pour 'je
pense' signifie littéralement 'je secoue', comme Jacques
Hadamard le remarquait. Et une des traductions possibles pour
intelligo est 'je choisis'. Le non-cherché est relié
au chercheur qui l'a trouvé mais n'exclut pas qu'il
cherchait autre chose à ce moment ou avant (ce qui
est souvent le cas). Dans les sciences, on parle de découverte
de phénomènes qui existaient déjà,
comme les rayons X. Dans la technique, on parle d'invention
(in-veno = je viens sur [quelque chose]) de ce qui n'existait
pas avant, comme le 'daguerréotype'. Dans l'art, on parle
de création liée à l'artiste, et Pablo
Picasso dit dans son Étude de femme : 'Je ne cherche
pas, je trouve'. Un exemple classique de sérendipité
dans l'art est une expérience écrite par le
peintre russe Vassily Kandinski qui observait en 1910 quelque
chose de miraculeux :
À
Münich, un regard inattendu dans mon atelier m'a rendu
perplexe. C'était à l'heure du crépuscule.
Je rentrai chez moi avec ma valise de peintre. Quand j'aperçus
tout d'un coup, une toile incroyablement belle avec une chaleur
intense, je m'arrêtais et m'approchais rapidement de
ce tableau énigmatique dans lequel je ne voyais rien
d'autre que des formes et des couleurs dont le contour restait
incompréhensible. Je trouvais la clé de l'énigme
immédiatement : c'était un tableau peint par
moi qui était posé contre le mur sur un de ses
côtés. Le lendemain, j'essayais à la lumière
du jour de retrouver l'impression que j'avais reçue
du tableau la veille. Mais je n'y réussissais qu'à
moitié. De plus, dans ce tableau mis sur le côté,
je reconnaissais toujours les objets et l'azur délicat
du crépuscule avait disparu. À présent
je savais que 'l'objet' nuisait à mes tableaux.
Après
cette expérience, Kandinski commença à
peindre volontairement de façon complètement
abstraite. On peut considérer qu'il s'agit de la première
initiative de ce qu'on appelle l'art abstrait (abstraho =
j'enlève [la représentation de 'l'objet']).
Si on découvre quelque chose de neuf, il faut des années
pour savoir si c'est nouveau et vrai, utile ou fascinant.
Rétrospectivement, il existe toujours un risque à
ce qu'une légende se forme. La sérendipité
d'une trouvaille peut être facilement sous-estimée
ou niée, ou surestimée ou inventée. Dans
la pratique, la sérendipité joue un rôle
de figurant, qui peut être essentiel. La découverte
de Christophe Colomb est éclairante à cet égard
: si le 'Nouveau Monde' n'avait pas existé, Colomb
serait resté inconnu.
L'évolution génétique illustre bien le
rôle de la sérendipité. Chaque mutation
d'un gène est un événement accidentel,
non-cherché, sans but et aveugle. Si la mutation est
testée, c'est seulement ensuite qu'on peut savoir à
quel problème la réponse a apporté une
solution. Ensuite, le gène muté doit encore
montrer qu'il a plus de chance de survivre que le gène
non muté.
Dans la culture définie comme 'connaissance transférable',
l'évolution marche exactement dans l'autre direction
: le problème précède la réponse.
Mais la sérendipité joue aussi un rôle
dans la culture. Plusieurs études indiquent que les
innovations sont pour quatre-vingts pour cent des réponses
à un problème connu, comme la pilule contraceptive.
Dans les vingt pour cent qui restent, la découverte
est faite avant que la demande soit connue, par exemple les
rayons X.
Un
cabinet de sérendipité
Pour Pek Van Andel et Danièle Bourcier:
1. La sérendipité
existe comme interprétation juste d'une observation
surprenante. C'est une trouvaille, quelque chose qui 'tombe'
sur quelqu'un, sine anticipatio mentis (sans anticipation
de l'esprit), une expression de Francis Bacon. 'Sans hypothèse
a priori'.. Une vraie innovation est toujours 'sérendipiteuse'
sinon elle ne serait pas nouvelle. Ce qui est vraiment neuf
ne peut être dérivé de ce qui est connu.
Si c'était possible, le résultat ne serait pas
vraiment neuf. Le totalement nouveau peut être trouvé
seulement par surprise et pour cela un événement
imprévisible est nécessaire, comme une anomalie
bizarre ('Ciel!') ou une illumination soudaine ('Eurêka!').
Ce qui ne surprend pas ne peut pas être vraiment neuf.
Par exemple, une invention n'est pas brevetable si elle est
évidente, elle doit avoir un élément
surprenant. Le droit anglais précise même que
la sérendipité d'une invention n'est pas une
contre-indication pour un brevet. La volonté d'un dieu,
notre inconscient, un plan, une stratégie, une idéologie,
un programme de recherche ou d'ordinateur ne peuvent jamais
anticiper l'inconnu, l'impossible, le contre-intuitif, l'arrivée
des faits, des relations, des points de vue ou des effets
pervers, qui sont surprenants. De même, un système
expert ne peut pas non plus improviser ou être surpris,
il n'a pas de sens de l'humour, il ne peut pas été
effrayé et n'est pas capable de (re)connaître
ce qui est vraiment nouveau.
2. Dans les disciplines
expérimentales, comme la chimie, la physique, la géologie,
la médecine, l'astronomie, la technique et les arts,
les exemples de sérendipité sont fréquents.
Dans ces domaines, il est plus facile de voir et de tester
si on a découvert, inventé ou créé
quelque chose de non-cherché : on peut expérimenter.
Dans les sciences humaines, l'expérimentation est rarement
possible parce qu'on ne peut pas isoler complètement
la situation dans laquelle le phénomène se manifeste.
Personne ne sait jamais a priori si une intervention voulue
dans un contexte social a des effets prévus ou non,
ou des effets pervers surprenants ou non. À Bruxelles
par exemple, l'Office de lutte anti-fraude est chargé
de découvrir les effets non-voulus d'un règlement
communautaire.
3. La sérendipité
joue un rôle secondaire et essentiel, qui ne doit être
ni surestimé ni sous-estimé. L'astronome et
historien américain Martin Harwit a étudié
43 découvertes de phénomènes cosmiques
et remarqua qu'environ la moitié de ces observations
était sérendipiteuse. Il commenta ainsi ce résultat
: 'Cela jette un peu de doute sur les critères normaux
du 'peer review' parce que les critères courants reposent
sur une justification théorique du travail que le chercheur
veut faire : surtout si on demande du temps pour [utiliser]
un télescope ou pour toute autre chose.'
4. La recherche systématique
et finalisée et la sérendipité ne s'excluent
pas mais sont complémentaires et même se renforcent.
Dans la pratique, la sérendipité peut émerger
en exécutant un projet planifié : dans la trouvaille
de la vulcanisation, un cas de pseudo-sérendipité,
Charles Goodyear trouva ce qu'il cherchait mais sur une route
imprévue.
5. En général,
le rôle de la sérendipité dans les sciences,
la technique et les arts est sous-estimé. En effet
on rationalise souvent a posteriori sur la recherche expérimentale
et ses résultats, quand on publie ses résultats.
Les éléments qui ne sont pas rationnels, chronologiques
et recherchés, comme les observations accidentelles
ou fortuites, les surprises, les erreurs, les choses dont
on n'a jamais rêvé, les inconnues qui ont donné
des résultats restent alors dans l'ombre ou sont même
dissimulés dans les coulisses ou derrière le
décor. Ensuite la rationalité pure devient la
norme, non seulement quant aux résultats mais aussi
quant à la route qui conduisait à ces résultats.
Des chercheurs rapportent alors leurs conclusions comme s'ils
les dérivaient de façon directe et logique de
leur première hypothèse, retirant les indices
d'une sérendipité éventuelle. Un article
sur une expérience réussie est écrit
et publié de telle façon que cette expérience
soit reproductible. Ainsi un livre de recettes de cuisine
ne parle pas de la façon dont elles ont été
trouvées. L'inside story, l'histoire derrière
la narration, le 'comment se passait réellement la
recherche' manquent. Un article de ce type est désigné
comme 'fraude', 'prophétie rétrospective' ou
'falsification rétrospective'. Si l'article est lu
comme le rapport d'une découverte, il peut conditionner
le lecteur dans sa propre recherche à négliger
les fleurs du bas-côté de la route qui formaient
un bouquet plus beau que les fleurs qu'il a cultivées
lui-même dans son parc. Cela peut donner une perte de
sérendipité : le plan et le but peuvent gâcher
l'aventure et le voyage. Un chercheur aguerri doit garder
ses deux yeux ouverts : l'un pour des observations cherchées
et l'autre pour des observations non-cherchées. Von
Laue, le célèbre chimiste allemand formulait
cette idée avec empathie : 'On voit souvent le mérite
sans la chance mais jamais la chance sans le mérite.'
Harry Beckers, qui fut la figure centrale de la recherche
dans la société Shell avait un oeil ouvert pour
la sérendipité et s'opposait à l'approche
dite 'Harvard Business School', qui présume que l'on
peut planifier la recherche et le développement et
que ce secteur doit seulement résoudre des questions
sans 'bavarder' à leur sujet :
En
tant que coordinateur de la recherche, on doit être
le gardien d'un système ouvert, à l'abri de
la domination bureaucratique. La planification de la recherche
doit été faite de façon simple. Il faut
suivre le planning mais cela ne doit pas devenir un but en
tant que tel. Les vraies idées à approfondir
surviennent souvent sous la douche et les réelles innovations,
les soi-disant quantum jumps, émergent par accident
comme quelqu'un qui, lorsqu'il veut verser le liquide d'un
gobelet, s'aperçoit que ce liquide est devenu solide.
Le bon chercheur se demande alors ce qui se passe... La découverte
du polyketon 'Carillon' de Shell est un bon exemple, mais
c'est difficile de l'expliquer à ses clients. Quand
on souligne trop la planification, trop de gens tournent autour
du pot sans être dans le pot lui-même. En
d'autres termes, le bureaucrate devient de plus en plus important
et la recherche réelle disparaît.
6.
Le
Grec Héraclite d'Ephèze (550-475 av. J.C.) aurait
écrit : 'Quand on n'attend pas l'inattendu, on ne
le découvre pas parce qu'on peut pas le trouver et
qu'il reste inaccessible.' Les anciens Grecs avaient même
un dieu pour l'inconnu, jusqu'à ce que, dit le Nouveau
Testament, les Chrétiens viennent, voient et disent
que le dieu grec inconnu était leur Dieu. À
ce moment l'histoire prenait, je pense, une fausse direction.
C'est pourquoi je veux maintenant faire revivre ce dieu ouvert
à l'inconnu pour combattre la routine servile du connu.
7. Les sérendipitistes
sont souvent vus dans la littérature comme des observateurs,
curieux, facilement distraits, intuitifs, judicieux, flexibles,
ayant le sens de l'humour mais étant difficilement
gérables car ils ont un esprit indépendant et
un comportement imprévisible. Ils ne peuvent pas être
encadrés de façon autoritaire car leur motivation
est intrinsèque. Un maverick, un serendipity-prone,
un Einzelgänger, un 'oiseau libre' défend sa liberté
académique et la liberté de la recherche en
général. Le fameux physicien américain
Irving Langmuir formula cette exigence de cette manière
:
Le
travail n'était pas planifié. Il pouvait être
'poussé' parce que nous étions curieux et passionnés.
On ne peut pas planifier de découvertes mais le travail
qui occasionnera les découvertes. On peut organiser
un laboratoire de façon à obtenir une plus grande
probabilité de résultats utiles. Tout en sauvegardant
la flexibilité et la liberté. Nous savons par
exemple, qu'on peut faire des choses qui ne peuvent pas arriver
en les planifiant. La sérendipité est l'art
de profiter de l'inattendu. La liberté de l'opportunité,
telle que développée par la démocratie,
est la meilleure réaction humaine face à des
phénomènes divergents. On peut définir
la sérendipité comme l'occasion de profiter
de l'inattendu.
Detlev
Bronk, ancien président de l'Académie des Sciences
aux États-Unis, conseillait : 'Fais tout pour attirer
les meilleurs mais ne te met pas sur leur chemin.' Les
résultats de la recherche fondamentale sont, on le
sait, imprévisibles, parce que la recherche fondamentale
étudie aussi les trouvailles qu'elle prend au sérieux.
R. Pattle décrit ce phénomène :
Certains
écrivains parlent d'une découverte qui n'était
pas cherchée comme 'accidentelle' ou 'non voulue'.
Ce qui n'est jamais vrai. Les observations sont faites parce
que l'observateur a un oeil pour chaque aberration. La découverte
des substances qui abaissent la tension de la surface de l'intérieur
du poumon a été faite par un ensemble de circonstances
et n'est pas simplement un produit du hasard ou de la fortune.'
8.
Quand ont définit l'intuition (in-tueri
= regarder vers) comme une anticipation qu'on ne peux pas
expliquer ni avant ni après, on suppose que la sérendipité
commence au-delà de l'intuition. Mais ce n'est pas
aussi simple. Dans la pratique, la sérendipité
est une intuition en développement, fondée sur
une orientation, expérience ou problème, qui
est plus générale que ce qui est étudié
par le chercheur. Son esprit est préparé à
cela. Son anticipation schématique est fondée
sur une intuition orientée par un problème spécifique
et/ou fondée sur son expérience. Dès
que le chercheur fait une observation surprenante, il interrompt
ou arrête, son travail 'normal' pour un moment, en vue
de l'exploiter et de l'expliquer par son sens de la sérendipité,
son intuition, sa connaissance, sa logique et son expérience.
Wilhelm Röntgen est un bel exemple : en sept semaines,
il explora et publia ce qu'il appelait rayons X. 'X' est le
symbole mathématique - d'origine arabe - pour l'inconnu.
La sérendipité est l'art des oeillères
démontables. Aussi un sérendipitiste a besoin
d'oeillères, quand il recherche et étudie, mais
il peut les enlever, et il le fait aussi quand il observe
un fait surprenant, qu'il veut interpréter pour en
donner une explication correcte, ou une stratégie émergente.
Mais dans ce cas, on a besoin d'espace et d'occasion pour
le 'bootlegging' (on escamote des produits, comme de l'alcool,
dans le haut de ses bottes), pour 'jouer dans le temps du
chef', et pour 'l'expérience du vendredi après-midi'.
Dans le laboratoire de recherche et développement de
Shell, cette recherche personnelle représente 10% du
temps de travail, chez DuPont 20% et à 3M 30%. Presque
partout il existe une recherche clandestine, ou 'de tiroir'
(comme on l'appelle au Pays-Bas) : on cherche ce qu'on veut,
on met les résultats dans un tiroir, on demande de
l'argent pour chercher et trouver soi-disant ces résultats
et si l'argent est donné, on peut continuer à
faire ce qu'on veut. Les résultats 'rêvés'
de cette recherche payée sont extraits du tiroir quand
le financier les demande. Ainsi, dans la Russie communiste,
les plans quinquennaux étaient remplis avec des recherches
précédemment réussies, qui n'avaient
pas encore été publiées. Cette tradition
de 'recherche de tiroir' existe dans toutes les disciplines
scientifiques et devient de plus en plus importante, parce
que c'est une ruse de chercheurs pour défendre la liberté
académique vis-à-vis des bureaucrates qui accordent
des crédits de recherche. Cette 'politique de tiroir'
est un forme de fraude structurelle, légère
mais elle augmente au fur et à mesure que la bureaucratie,
qui paye la recherche originale, domine. Elle est aussi une
perte de temps du côté des chercheurs et des
distributeurs de subventions et donne l'idée fausse
que la recherche scientifique originale pourrait être
planifiée. Naturellement, dans l'investigation scientifique
il faut planifier, mais un plan n'est jamais sacré.
Pour souligner cela, la société hollandaise
des chimistes a déjà donné un premier
prix de sérendipité, en 2003.
9. Un expérimentateur
qui teste une hypothèse et observe une anomalie (une
anormalité qui ne correspond pas à ses idées,
opinions, préjugés, dogmes et connaissances)
pense d'abord, naturellement, qu'il a fait une erreur. Quand
il a exclu cette possibilité, sa réaction secondaire
consiste à expliquer autrement le phénomène
aberrant pour comprendre quand même l'anomalie. Si cette
explication est suffisamment intéressante, élégante
et simple, il peut et veut en faire une nouvelle hypothèse
de travail, et la tester expérimentalement, indépendamment
de l'anomalie, pour éviter de 'penser en rond'. La
recherche scientifique boîte, marche, danse et saute
alors sur deux jambes : l'une pour tester une hypothèse
et l'autre pour expliquer une anomalie surprenante. Alors
la méthode hypothético-déductive et la
méthode anomalie-abductive (= sérendipité)
ne s'excluent pas, mais alternent, se complètent et
sont même en synergie. Naturellement toutes les anomalies
n'émergent pas pendant le test des hypothèses,
et les hypothèses n'émergent pas toutes comme
explications des anomalies. Néanmoins le test d'une
nouvelle hypothèse ne fournit pas toujours une anomalie
fraîche et une anomalie ne donne pas non plus toujours
une nouvelle hypothèse.
Le physicien américain Robert Curl est co-découvreur
de la 'bucky ball', une molécule de soixante atomes
de carbone qui a la forme du sommet des angles des sutures
d'un ballon moderne de football. La découverte de cette
molécule est un exemple classique d'une anomalie non-attendue,
qui émerge pendant une expérience scientifique
et qui a été observée et expliquée
correctement par la suite. Après avoir reçu
un Prix Nobel (partagé) pour cette découverte,
Curl insista, dans son intervention, sur la place et le contexte
de l'anomalie comme phénomène :
Dans
la science, l'hypothèse conduit l'expérience
et la théorie, parce que c'est seulement par l'imagination
des hypothèses que nous pouvons diriger nos expériences
et théories. Ce n'est que si ceci et cela est vrai,
que je serai capable de faire cette expérience, de
chercher ce résultat spécial ou d'arriver à
cette formulation théorique. À l'inverse, l'expérience
et la théorie conduisent aussi l'hypothèse.
Quelqu'un fait une observation sensationnelle ou a une illumination
soudaine et on commence à spéculer sur ces implications
et à imaginer des hypothèses possibles. Mais
toutes les hypothèses ne sont pas valables ou utiles.
10.
Nous sommes trop éduqués avec l'idée
que la connaissance progresse d'une question à une
réponse, d'une hypothèse à une thèse.
Aussi l'examen des connaissance se fait par un questionnaire
à 'choix multiples' dans lequel les questions sont
préformulées et suivies de réponses préformulées
dont on ne peut extraire qu'une seule réponse juste
(en fait c'est un choix singulier et non 'multiple'). Cela
peut donner sans le vouloir l'idée que, dans le domaine
de la recherche scientifique, la connaissance croît
d'une hypothèse juste à une réponse juste.
Mais dans la recherche, ni la question juste, ni la réponse
juste ne sont données avant. De même on ne sait
ni si elles existent, ni si on peut les trouver et comment.
En outre, à propos d'une observation sérendipiteuse,
la pratique scientifique nous apprend que la route entre la
question et la réponse est prise en sens contraire.
Cela veut dire non de la question à la réponse,
mais d'un fait surprenant à un nouveau problème
(= hypothèse). Dans la tradition actuelle de l'enseignement
et de l'examen des connaissances, on n'apprend presque pas
à chercher, trouver et formuler des questions justes
et des réponses correctes. Très rarement, on
apprend à aller d'une observation surprenante à
un problème original. Par exemple, il n'y a pas de
travaux pratiques dans lesquels il émerge un phénomène
inattendu et non-annoncé, qui serait soumis à
un étudiant pour voir ce qu'il en ferait. Ce qu'on
n'enseigne pas explicitement, c'est de dériver des
hypothèses fraîches à partir d'un fait
bizarre. C'est-à-dire de raisonner de ce qu'on ignore,
ne comprend pas, ou ne maîtrise pas, vers un problème
neuf, utile et vérifiable.
En 1901, le Français Louis Leprince-Ringuet distinguait
clairement le vrai chercheur de l'écolier :
Celui
qui trouve ce qu'il cherche fait en général
un bon travail d'écolier ; pensant à ce qu'il
désire, il néglige souvent les signes, parfois
minimes, qui apportent autre chose que l'objet de ses prévisions.
Le vrai chercheur doit savoir faire attention aux signes qui
révéleront l'existence d'un phénomène
auquel il ne s'attend pas.
Le
livre : De la sérendipité dans la science, la
technique l'art et le droit. Leçons de l'inattendu
Très
riche et documenté, le livre de Pek van Andel et Danièle
Bourcier décrit la théorie, la pratique, des
types et des cas de sérendipité : chaque cas
est une idée forte, une leçon d'interprétation
de l'inattendu, comme la radioactivité naturelle ou
l'effet pervers d'une loi. Il rend compte de la part du hasard
comme source d'improvisation dans la genèse des idées
et l'histoire des hommes.
Il montre que la notion de sérendipité est peu
utilisée en France, même si des auteurs aussi
célèbres que l'écrivain Umberto Eco ou
le sociologue Robert Merton lui ont consacré des développements
importants. La raison n'en est pas évidente. D'autant
que dans une société de plus en plus moderne,
où la rationalité et la réflexivité
tiennent une place croissante, la place et le rôle du
hasard méritent un surcroît d'intérêt.
On pourrait même dire que c'est notre univers rationnel
et scientifique qui crée de plus en plus de hasard.
Auparavant, dans les sociétés traditionnelles,
l'imprévu était le fait des dieux et du destin.
Aujourd'hui, dans les sociétés modernes, on
s'efforce de tout maîtriser et de laisser le moins possible
de place possible à l'incertitude. Le hasard est alors
en quelque sorte un solde : c'est ce que qu'on ne parvient
pas à prévoir mais que l'on se propose pourtant
de réduire sans cesse plus, notamment grâce au
développement des sciences et des techniques. Toutefois,
le hasard est comme un horizon qui recule au fur et à
mesure où l'on s'avance dans le champ des connaissances.
Et il semble jouer un rôle constant, voire croissant,
y compris dans le domaine des progrès scientifiques
(voir tableau ci-dessous) .
Aussi, la question qui se pose dans notre société
actuelle est celle de la possibilité d'accroître
les circonstances hasardeuses, et l'art de les utiliser.
Pourtant, comme le soulignent les auteurs de l'ouvrage "dès
que l'on peut la programmer, on ne peut plus la nommer sérendipité.
Mais, ajoutent-ils, on peut aider à s'y préparer
et on peut éventuellement spécifier les conditions
nécessaires pour faire émerger des fait surprenants".
Certes,
comme l'écrivent Pek van Andel et Danièle Bourcier,
"il n'est pas nécessaire de connaître le
mot "sérendipité" et le phénomène
de la sérendipité pour faire des trouvailles
! Mais une certaine connaissance du mot, du phénomène
et des cas de sérendipité aide probablement
à réagir de façon optimale quand on fait
une observation étonnante". Peut-être
que la leçon centrale serait ici que, pour découvrir,
inventer, créer ou décider, il reste essentiel
de garder les deux yeux ouverts, l'un pour ce que l'on cherche
et.. l'autre, pour ce que l'on ne cherche pas.
Dans une culture dominée par le cartésianisme
mais où l'ingéniosité a toujours cohabité
avec la raison, ce livre voudrait réhabiliter le génie
de l'empirie quand il s'exerce sur "des esprits préparés".
Outre au chercheurs et créateurs de toutes disciplines,
on peut recommander l'ouvrage tout particulièrement
aux pédagogues, c'est-à-dire à ceux qui
enseignent que, pour découvrir, il faut apprendre à
observer des faits, à se servir de la curiosité,
de l'humour, de l'imagination, de l'opportunité de
l'inattendu et aussi, de l'erreur sublime.
(1)
D'autres personnes proposent le terme de "sérendipitant"
plutôt que "sérendipiteux", ou "sérendipitien"..
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Quelques exemples de sérendipités (parmi
tellement d'autres...)
puisés ici dans le domaine des
sciences et techniques
(nb : le
livre regorge d'autres exemples, dans bien d'autres
domaines)
La
sérendipité ne commence pas par une
savante hypothèse ou avec un plan déterminé.
Elle n'est pas non plus due seulement à un
accident ou au hasard. Les milliers de grandes ou
petites innovations qui ont jalonné l'histoire
de l'humanité ont un élément
commun : ils n'on pu se transmettre que parce qu'un
observateur, un expérimentateur, un artiste,
un chercheur à un certain moment ont su tirer
profit de circonstances imprévues.
L'hélice
de bateau
Dans les années 1830, un Anglais, Francis Petit
Smith, cherchait à adapter la vis d'Archimède
à un bateau (comme Léonard de Vinci
avait proposé de le faire pour l'hélice
aérienne). Il l'avait beaucoup raccourcie mais
il avait laissé encore deux tours de vis complets
car sans cela, pour lui, cela ne pouvait pas marcher.
Il faisait un essai sur le canal Paddington (qui relie
la Tamise près de Londres à Birmingham).
Le bateau ne parvenant pas remonter le faible courant
provoqué par une écluse, est drossé
contre le quai, casse la moitié de la vis -
et repart en avant. L'hélice de bateau était
inventée ! Il suffira à Smith d'augmenter
le nombre de pales et de diminuer leur largeur pour
mettre très vite au point des hélices
comme on les voit aujourd'hui.
Le
bleu de Prusse (découvert par Diesbcah)
LPréparateur de couleurs à Berlin, Diesbach
avait acheté de la potasse chez un fabricant
de produits chimiques, pour précipiter une
décoction de cochenille, d'alun et de vitriol
(sulfate de fer). Au lieu du précipité
rouge qu'il attendait, il fut très surpris
d'obtenir une poudre d'un très beau bleu.
Il fit part de sa découverte à son
marchand qui se rappela aussitôt que la potasse
qu'il venait de lui vendre avait été,
à l'occasion d'une autre préparation,
calcinée avec du sang. Ceci se passait en 1710.
La préparation du bleu de Prusse demeura secrète
jusqu'en 1724, et mystérieuse pendant bien
plus longtemps. On sait aujourd'hui que ce bleu est
surtout composé de ferrocyanure ferrique :
les protéines du sang avaient fourni à
Diesbach l'azote qui entre dans sa constitution.
Le
Botox (Jean Carruthers, Allergan)
La toxine botulique est une neurotoxine très
puissante (et, même, une arme bactériologique).
Elle était employée avec précaution
pour paralyser certains muscles du visage et guérir
en particulier les spasmes des paupières.
En 1987, Jean Carruthers s'aperçoit qu'elle
atténue les rides autour des yeux. Son mari
est chirurgien esthétique. Le Botox est lancé
comme produit antirides.
Les
fullerènes (Nobel 1996)
De l'infiniment grand à l'infiniment petit.
Jusque là le carbone n'existait que sous deux
formes : le graphite et le diamant Harold Kroto, un
chimiste, pensait que l'on trouvait de longues molécules
de carbone dans les étoiles géantes.
Un ami Robert Curl le met en contact avec Richard
Smalley qui a construit un appareil qui peut vaporiser
n'importe quoi et l'analyser. Il vaporise du graphite
et obtienne bien une troisième forme mais,
surprise ! non pas sous forme de longue chaîne
mais de sous forme de molécules regroupant
60 à 70 atomes de carbone dans une structure
ressemblant à celle d'un ballon de football
ou de façon plus précises aux fameuses
structures de Buckminster Fuller. Les fullerènes
(que d'autres appellent Buckballs et qui sont pour
certains les plus belles molécules du monde)
étaient découverts. Ils ouvraient la
voie aux nanotechnologies (le nanomètre mesure
un millionième de millimètre).
L'imprimante
à jet d'encre (Ichiro Endo, Canon vs. HP)
Un chercheur de chez Canon, Ichiro Endo, fait un faux
mouvement. Son fer à souder chaud tombe sur
un seringue d'encre et sa pointe chaude entre en contact
avec le col de la seringue, faisant s'en échapper
une petite éclaboussure d'encre. Intrigué,
Endo reproduit le phénomène en le photographiant
avec une caméra ultrarapide. Par hasard et
par chance, il comprend et invente le principe de
l'imprimante à jet d'encre (Bubble Jet), peu
avant Hewlett-Packard qui l'inventait de son côté
par des voies différentes mais tout aussi peu
conventionnelles.
Le
Kevlar (DuPont)
Stephanie Kwolek, chercheur chez DuPont, obtient un
résidu noirâtre tout juste bon à
jeter. La dureté de cette matière plastique,
qu'elle ne parvient pas à décoller du
récipient ayant servi à l'expérience,
l'étonne. Elle vient de synthétiser
par hasard et de découvrir une matière
plastique cinq fois plus résistante que l'acier
: le Kevlar.
Le
four à m icro-ondes (Perry Spencer, Raytheon)
Au lendemain de la Deuxième guerre mondiale,
Perry Spencer, un inventeur talentueux, 150 brevets,
quelque peu désuvré, se promenait
dans les bureaux d'études de Raytheon, le fabricant
de magnétrons, cette pièce centrale
émettant des micro-ondes qui est au cur
des radars. Il a des bonbons chocolatés dans
la poche de sa chemisette. Il ne fait pas particulièrement
chaud ce jour là, aussi est-il surpris, voulant
en croquer un, de voir qu'ils ont fondu dans sa poche
alors que la publicité affirmait " ils
fondent dans la bouche et pas dans la main ".
Mais bien sûr ! pas d'autre explication que
celle voulant qu'ils aient été réchauffés
par les ondes du magnétron en marche en face
duquel il venait de s'arrêter.
On doit donc pouvoir griller du pop-corn en le présentant
devant un magnétron. Et ça marche! Le
principe du micro-ondes était découvert.
Le
Nylon (Carothers et Hill, DuPont)
Wallace Carothers cherchait à synthétiser
une fibre textile pour remplacer la laine et la soie.
Il parvient à en fabriquer une, mais elle est
trop fragile pour être utilisée. L'invention
est mise de côté. Un jour, en son absence,
un de ses assistants, Julian Hill, joue comme un gosse
avec une boule de cette substance au bout d'une baguette
de verre - comme on pourrait jouer avec une Chupa
Chups de liquide visqueux ou jouer à faire
des fils en tournant une mouillette de fondue savoyarde
- et découvre que si on trempe le fil qui se
déroule - comme on trempe de l'acier - le problème
est résolu.
Son invention étant attribuée par certains
à la chance et non à son pur mérite
personnel, lui, Carothers, l'inventeur de la molécule,
par ailleurs dépressif, se suicida.
La
pénicilline (Alexander Fleming, Howard
Florey, Ernst Chain, Pfizer)
Un jour de 1928, Alexandre Fleming, chercheur quelque
peu désordonné, entreprend de nettoyer
enfin, avant de les réutiliser, une pile de
boîtes de Pétri dans lesquelles il cultivait
des colonies de staphylocoques, et qu'il avait entassées
en vrac sur la paillasse du laboratoire quelques semaines
auparavant en partant en vacances. Dans une des boîtes,
la colonie s'était bien développée,
mais, dans un coin, les bactéries du staphylocoque
avait été tuées par quelque chose
arrivé là par hasard ou par accident
- peut-être parce qu'il avait laissé
la fenêtre ouverte. Bizarre. Anormal. Il note
que l'agent est de la famille des penicillium, bouleverse
son plan de recherche, prouve l'efficacité
théorique de la pénicilline, publie
ses résultats. Devant le peu d'intérêt
qu'ils soulèvent, il abandonne.
La guerre. Les Britanniques vont découvrir
une seconde fois la pénicilline, mais sont
incapables de la produire industriellement à
grande échelle et demandent l'aide de l'industrie
pharmaceutique américaine. En 1942, Pfizer,
à la suite d'un débat dramatique au
sein de son conseil d'administration, accepte les
risques financiers et bactériologiques et devient
en 1944 le plus grand fabricant mondial de pénicilline
et un acteur majeur de l'industrie pharmaceutique
Prix Nobel de médecine et de physiologie en
1945 partagé avec Ernst Chain et Howard Florey.
Les
polymères conducteurs de l'électricité
(Nobel 2000)
Les polymères, c'est ce que nous appelons "matières
plastiques". Par définition, à
l'inverse des métaux, ils ne sont pas conducteurs
de l'électricité, ce sont des isolants.
Et puis un beau jour, la magistrale erreur d'un sans-grade
remet en cause cette loi et permet à une équipe
de savants de recevoir le Prix Nobel de chimie 2000.
Ils confient une manipulation à un chercheur
visitant. Celui-ci se trompe dans les proportions
d'un composant et met mille fois ! la dose prescrite.
Au-lieu du précipité noirâtre
attendu, il obtient un précipité à
reflets métalliques. Les polymères (les
matières plastiques) conducteurs de l'électricité
sont découverts.
C'est la première reconnaissance officielle
de la sérendipité dans le discours de
réception des trois récipiendaires.
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