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De la sérendipité
dans la science, la technique,
l'art et le droit

Leçons de l'inattendu

Pek van Andel
Danièle Bourcier

Editions L'Act Mem
2009 - 298 pages

Présentation et commentaires par Christophe Jacquemin - 05/09/2009



Pek van Andel
Pek van Andel est chercheur en sciences médicales à l'université de Groningue (Pays-Bas).

 


Danièle Bourcier
Danièle Bourcier est directrice de recherche en sciences sociales au CNRS, jusriste et linguiste


"Connaissez-vous la sérendipité ? Ce mot n'existe pas en France, mais savez-vous qu'il existe dans les dictionnaires anglais (serenditpity) depuis plus d'un siècle ? Je me suis battu pour qu'il existe au Pays-Bas et on le trouve désormais sous la dénomination "serendipiteit" dans le dictionnaire hollandais...
J'aimerais qu'il figura dans le dictionnaire français, "sérendipité", et je proposerais en prime "sérendipiteux" pour traduire "serendipitous" et "sérendipitiste"(1) pour qualifier la personne douée de sérendipité."
... C'était en 2005, lors d'une rencontre imprévue avec Pek Van Andel, dont les pas l'avaient mené un peu au hasard jusqu'à mon bureau...

Je me souviens encore très bien de cette après-midi-là, qui n'avait ressemblé à aucune autre. Trouver ce qu'on ne cherchait pas... Enfin si, je le cherchais ce mot... m'étant si souvent posé la question de savoir comment justement nommer ce qu'on ne cherchait pas, mais qui, à point nommé, vous tombe tout de même dessus.. Vous savez, un peu lorsque l'on ouvre un livre au hasard dans une bibliothèque et que vous tombe alors la réponse à une question qui vous tarabustait depuis si longtemps, que vous croyiez avoir oublié mais qui pourtant était toujours là au fond de vous...

Avant de parler plus précisément du livre, rappelons tout d'abord ce qu'est la sérendipité...

Un mot dont l'origine a été forgée il y a 255 ans

La sérendipité est l'art de découvrir, inventer et créer ce à quoi on ne s'attend pas. Il signifie que l'on trouve quelque chose que l'on n'avait pas cherché, à partir d'une observation surprenante, que l'on a pu expliquer correctement. Ce mot est plus instructif que «hasard heureux». Ce qu'on apprend généralement à l'université, c'est l'inverse, la «non-sérendipité», c'est-à-dire trouver ce que l'on cherche, alors que l'art crucial de trouver le non-cherché joue un rôle si important dans la science, la technique ou l'art.

C’est un politicien, écrivain et grand (le plus grand peut-être) épistolier anglais, Horace Walpole (1717-1797), qui a créé le mot en s’inspirant d’un "silly fairy tale" (un conte de fées idiot, ce sont ses mots) "Les Trois Princes de Serendip", conte persan publié en 1557, lesdits princes passant leur temps à faire des découvertes inattendues.
L’histoire est reprise par Voltaire dans Zadig, ou la destinée, en 1748.. Le mot est repris en 1945 par un scientifique américain, Walter Cannon, et à la même époque par Merton, un des grands sociologues américains- inventeur notamment des focus groups - qui, curieusement, ne s’en servira pas ensuite.

Un conte persan
Les trois fils du roi de Serendip (mot du perse ancien pour Sri-Lanka) refusèrent après une solide éducation de succéder à leur père. Le roi alors les expulsa.
Il partirent à pied pour voir des pays différents et bien des choses merveilleuses dans le monde. Un jour, ils passèrent sur les traces d'un chameau. L'aîné observa que l'herbe à gauche de la trace était broutée mais que l'herbe de l'autre côté ne l'était pas. Il en conclut que le chameau ne voyait pas de l'oeil droit. Le cadet remarqua sur le bord gauche du chemin des morceaux d'herbes mâchées de la taille d'une dent de chameau. Il réalisa alors que le chameau pouvait avoir perdu une dent. Du fait que les traces d'un pied de chameau étaient moins marquées dans le sol, le benjamin inféra que le chameau boitait.
Tout en marchant, un des frères observa des colonnes de fourmis ramassant de la nourriture. De l'autre côté, un essaim d'abeilles, de mouches et de guêpes s'activait autour d'une substance transparente et collante. Il en déduisit que le chameau était chargé d'un côté de beurre et de l'autre de miel. Le deuxième frère découvrit des signes de quelqu'un qui s'était accroupi. Il trouva aussi l'empreinte d'un petit pied humain au près d'une flaque humide. Il toucha cet endroit mouillé et il fut aussitôt envahi par un certain désir. Il en conclut qu'il y avait une femme sur le chameau. Le troisième frère remarqua les empreintes des mains, là où elle avait uriné. Il supposa que la femme était enceinte car elle avait utilisé ses mains pour se relever.
Les trois frères rencontrèrent ensuite un conducteur de chameau qui avait perdu son animal. Comme ils avaient déjà relevé beaucoup d'indices, ils lancèrent comme boutade au chamelier qu'ils avaient vu son chameau et, pour crédibiliser leur blague, ils énumérèrent les sept signes qui caractérisaient le chameau. Les caractéristiques s'avérèrent toutes justes.
Accusés de vol, les trois frères furent jetés en prison. Ce ne fut qu'après que le chameau fut retrouvé sain et sauf par un villageois, qu'ils furent libérés.
Après beaucoup d'autres voyages, ils rentrèrent dans leur pays pour succéder à leur père.
[Ce texte est un fragment résumé du conte Les pérégrinations des trois fils du roi de Serendip d'Amir Khusrau, un grand poète persan. C'est le premier conte de son recueil Hasht Bihist (Les huit Paradis, 1302). ]

Dans une lettre adressée à Horace Mann le 28 janvier 1754, ambassadeur à Florence, Horace Walpole utilisa pour la première fois ce mot et en donna l'étymologie et la définition. Walpole avait rencontré Mann pendant son 'grand tour' en Italie.
Voici son passage sur la sérendipité :
D'ailleurs je dois te raconter une découverte pénible. [...] Cette découverte est presque du type de ce que j'appelle sérendipité, un mot qui dit beaucoup, que j'essaierai de t'expliquer parce que je n'ai rien de mieux à te dire ; tu le comprendras mieux par l'étymologie que par la définition. Une fois, je lisais un conte stupide appelé "Les trois Princes de Serendip". Quand les trois dignitaires voyageaient, ils faisaient toujours des découvertes, par accidents et sagacité, des choses qu'ils ne cherchaient pas; par exemple l'un d'entre eux découvrit qu'un âne borgne était passé par la même route parce que l'herbe avait été broutée seulement du côté gauche où l'herbe était pourtant la moins bonne. Comprends-tu sérendipité maintenant? [..] il faut bien noter qu'aucune découverte d'une chose que tu cherches tombe sous cette description [..].

Et dans une autre lettre écrite plus tard :
Ni qu'il n'y a aucun danger à commencer un jeu nouveau pour l'invention ; beaucoup de découvertes sont faites par des gens qui étaient à la chasse de quelque chose de très différent. Je ne suis pas totalement sûr si l'art à faire de l'or ou la vie éternelle sont inventés - mais combien de découvertes nobles ont été déjà mises en lumière parce qu'on cherchait ces moyens miraculeux ! Pauvre Chimie si elle n'avait pas eu de motifs aussi glorieux devant les yeux!

Trouver ce que l'on n'a pas cherché

Pour Pek Andel, qui définit la sérendipité comme le don de faire des trouvailles, c'est à dire de trouver ce que l'on n'a pas cherché, le mot "trouvaille" s'impose si deux ou plusieurs éléments connus sont combinés originalement aux yeux de l'investigateur, en quelque chose de neuf et vrai (science), de neuf et utile (technique), ou de neuf et fascinant (art). Cogito pour 'je pense' signifie littéralement 'je secoue', comme Jacques Hadamard le remarquait. Et une des traductions possibles pour intelligo est 'je choisis'. Le non-cherché est relié au chercheur qui l'a trouvé mais n'exclut pas qu'il cherchait autre chose à ce moment ou avant (ce qui est souvent le cas). Dans les sciences, on parle de découverte de phénomènes qui existaient déjà, comme les rayons X. Dans la technique, on parle d'invention (in-veno = je viens sur [quelque chose]) de ce qui n'existait pas avant, comme le 'daguerréotype'. Dans l'art, on parle de création liée à l'artiste, et Pablo Picasso dit dans son Étude de femme : 'Je ne cherche pas, je trouve'. Un exemple classique de sérendipité dans l'art est une expérience écrite par le peintre russe Vassily Kandinski qui observait en 1910 quelque chose de miraculeux :

À Münich, un regard inattendu dans mon atelier m'a rendu perplexe. C'était à l'heure du crépuscule. Je rentrai chez moi avec ma valise de peintre. Quand j'aperçus tout d'un coup, une toile incroyablement belle avec une chaleur intense, je m'arrêtais et m'approchais rapidement de ce tableau énigmatique dans lequel je ne voyais rien d'autre que des formes et des couleurs dont le contour restait incompréhensible. Je trouvais la clé de l'énigme immédiatement : c'était un tableau peint par moi qui était posé contre le mur sur un de ses côtés. Le lendemain, j'essayais à la lumière du jour de retrouver l'impression que j'avais reçue du tableau la veille. Mais je n'y réussissais qu'à moitié. De plus, dans ce tableau mis sur le côté, je reconnaissais toujours les objets et l'azur délicat du crépuscule avait disparu. À présent je savais que 'l'objet' nuisait à mes tableaux.

Après cette expérience, Kandinski commença à peindre volontairement de façon complètement abstraite. On peut considérer qu'il s'agit de la première initiative de ce qu'on appelle l'art abstrait (abstraho = j'enlève [la représentation de 'l'objet']).
Si on découvre quelque chose de neuf, il faut des années pour savoir si c'est nouveau et vrai, utile ou fascinant. Rétrospectivement, il existe toujours un risque à ce qu'une légende se forme. La sérendipité d'une trouvaille peut être facilement sous-estimée ou niée, ou surestimée ou inventée. Dans la pratique, la sérendipité joue un rôle de figurant, qui peut être essentiel. La découverte de Christophe Colomb est éclairante à cet égard : si le 'Nouveau Monde' n'avait pas existé, Colomb serait resté inconnu.
L'évolution génétique illustre bien le rôle de la sérendipité. Chaque mutation d'un gène est un événement accidentel, non-cherché, sans but et aveugle. Si la mutation est testée, c'est seulement ensuite qu'on peut savoir à quel problème la réponse a apporté une solution. Ensuite, le gène muté doit encore montrer qu'il a plus de chance de survivre que le gène non muté.
Dans la culture définie comme 'connaissance transférable', l'évolution marche exactement dans l'autre direction : le problème précède la réponse. Mais la sérendipité joue aussi un rôle dans la culture. Plusieurs études indiquent que les innovations sont pour quatre-vingts pour cent des réponses à un problème connu, comme la pilule contraceptive. Dans les vingt pour cent qui restent, la découverte est faite avant que la demande soit connue, par exemple les rayons X.

Un cabinet de sérendipité

Pour Pek Van Andel et Danièle Bourcier:
1. La sérendipité existe comme interprétation juste d'une observation surprenante. C'est une trouvaille, quelque chose qui 'tombe' sur quelqu'un, sine anticipatio mentis (sans anticipation de l'esprit), une expression de Francis Bacon. 'Sans hypothèse a priori'.. Une vraie innovation est toujours 'sérendipiteuse' sinon elle ne serait pas nouvelle. Ce qui est vraiment neuf ne peut être dérivé de ce qui est connu. Si c'était possible, le résultat ne serait pas vraiment neuf. Le totalement nouveau peut être trouvé seulement par surprise et pour cela un événement imprévisible est nécessaire, comme une anomalie bizarre ('Ciel!') ou une illumination soudaine ('Eurêka!'). Ce qui ne surprend pas ne peut pas être vraiment neuf. Par exemple, une invention n'est pas brevetable si elle est évidente, elle doit avoir un élément surprenant. Le droit anglais précise même que la sérendipité d'une invention n'est pas une contre-indication pour un brevet. La volonté d'un dieu, notre inconscient, un plan, une stratégie, une idéologie, un programme de recherche ou d'ordinateur ne peuvent jamais anticiper l'inconnu, l'impossible, le contre-intuitif, l'arrivée des faits, des relations, des points de vue ou des effets pervers, qui sont surprenants. De même, un système expert ne peut pas non plus improviser ou être surpris, il n'a pas de sens de l'humour, il ne peut pas été effrayé et n'est pas capable de (re)connaître ce qui est vraiment nouveau.

2. Dans les disciplines expérimentales, comme la chimie, la physique, la géologie, la médecine, l'astronomie, la technique et les arts, les exemples de sérendipité sont fréquents. Dans ces domaines, il est plus facile de voir et de tester si on a découvert, inventé ou créé quelque chose de non-cherché : on peut expérimenter. Dans les sciences humaines, l'expérimentation est rarement possible parce qu'on ne peut pas isoler complètement la situation dans laquelle le phénomène se manifeste. Personne ne sait jamais a priori si une intervention voulue dans un contexte social a des effets prévus ou non, ou des effets pervers surprenants ou non. À Bruxelles par exemple, l'Office de lutte anti-fraude est chargé de découvrir les effets non-voulus d'un règlement communautaire.

3. La sérendipité joue un rôle secondaire et essentiel, qui ne doit être ni surestimé ni sous-estimé. L'astronome et historien américain Martin Harwit a étudié 43 découvertes de phénomènes cosmiques et remarqua qu'environ la moitié de ces observations était sérendipiteuse. Il commenta ainsi ce résultat : 'Cela jette un peu de doute sur les critères normaux du 'peer review' parce que les critères courants reposent sur une justification théorique du travail que le chercheur veut faire : surtout si on demande du temps pour [utiliser] un télescope ou pour toute autre chose.'

4. La recherche systématique et finalisée et la sérendipité ne s'excluent pas mais sont complémentaires et même se renforcent. Dans la pratique, la sérendipité peut émerger en exécutant un projet planifié : dans la trouvaille de la vulcanisation, un cas de pseudo-sérendipité, Charles Goodyear trouva ce qu'il cherchait mais sur une route imprévue.

5. En général, le rôle de la sérendipité dans les sciences, la technique et les arts est sous-estimé. En effet on rationalise souvent a posteriori sur la recherche expérimentale et ses résultats, quand on publie ses résultats. Les éléments qui ne sont pas rationnels, chronologiques et recherchés, comme les observations accidentelles ou fortuites, les surprises, les erreurs, les choses dont on n'a jamais rêvé, les inconnues qui ont donné des résultats restent alors dans l'ombre ou sont même dissimulés dans les coulisses ou derrière le décor. Ensuite la rationalité pure devient la norme, non seulement quant aux résultats mais aussi quant à la route qui conduisait à ces résultats. Des chercheurs rapportent alors leurs conclusions comme s'ils les dérivaient de façon directe et logique de leur première hypothèse, retirant les indices d'une sérendipité éventuelle. Un article sur une expérience réussie est écrit et publié de telle façon que cette expérience soit reproductible. Ainsi un livre de recettes de cuisine ne parle pas de la façon dont elles ont été trouvées. L'inside story, l'histoire derrière la narration, le 'comment se passait réellement la recherche' manquent. Un article de ce type est désigné comme 'fraude', 'prophétie rétrospective' ou 'falsification rétrospective'. Si l'article est lu comme le rapport d'une découverte, il peut conditionner le lecteur dans sa propre recherche à négliger les fleurs du bas-côté de la route qui formaient un bouquet plus beau que les fleurs qu'il a cultivées lui-même dans son parc. Cela peut donner une perte de sérendipité : le plan et le but peuvent gâcher l'aventure et le voyage. Un chercheur aguerri doit garder ses deux yeux ouverts : l'un pour des observations cherchées et l'autre pour des observations non-cherchées. Von Laue, le célèbre chimiste allemand formulait cette idée avec empathie : 'On voit souvent le mérite sans la chance mais jamais la chance sans le mérite.'
Harry Beckers, qui fut la figure centrale de la recherche dans la société Shell avait un oeil ouvert pour la sérendipité et s'opposait à l'approche dite 'Harvard Business School', qui présume que l'on peut planifier la recherche et le développement et que ce secteur doit seulement résoudre des questions sans 'bavarder' à leur sujet :

En tant que coordinateur de la recherche, on doit être le gardien d'un système ouvert, à l'abri de la domination bureaucratique. La planification de la recherche doit été faite de façon simple. Il faut suivre le planning mais cela ne doit pas devenir un but en tant que tel. Les vraies idées à approfondir surviennent souvent sous la douche et les réelles innovations, les soi-disant quantum jumps, émergent par accident comme quelqu'un qui, lorsqu'il veut verser le liquide d'un gobelet, s'aperçoit que ce liquide est devenu solide. Le bon chercheur se demande alors ce qui se passe... La découverte du polyketon 'Carillon' de Shell est un bon exemple, mais c'est difficile de l'expliquer à ses clients. Quand on souligne trop la planification, trop de gens tournent autour du pot sans être dans le pot lui-même. En
d'autres termes, le bureaucrate devient de plus en plus important et la recherche réelle disparaît.

6. Le Grec Héraclite d'Ephèze (550-475 av. J.C.) aurait écrit : 'Quand on n'attend pas l'inattendu, on ne le découvre pas parce qu'on peut pas le trouver et qu'il reste inaccessible.' Les anciens Grecs avaient même un dieu pour l'inconnu, jusqu'à ce que, dit le Nouveau Testament, les Chrétiens viennent, voient et disent que le dieu grec inconnu était leur Dieu. À ce moment l'histoire prenait, je pense, une fausse direction. C'est pourquoi je veux maintenant faire revivre ce dieu ouvert à l'inconnu pour combattre la routine servile du connu.

7. Les sérendipitistes sont souvent vus dans la littérature comme des observateurs, curieux, facilement distraits, intuitifs, judicieux, flexibles, ayant le sens de l'humour mais étant difficilement gérables car ils ont un esprit indépendant et un comportement imprévisible. Ils ne peuvent pas être encadrés de façon autoritaire car leur motivation est intrinsèque. Un maverick, un serendipity-prone, un Einzelgänger, un 'oiseau libre' défend sa liberté académique et la liberté de la recherche en général. Le fameux physicien américain Irving Langmuir formula cette exigence de cette manière :

Le travail n'était pas planifié. Il pouvait être 'poussé' parce que nous étions curieux et passionnés. On ne peut pas planifier de découvertes mais le travail qui occasionnera les découvertes. On peut organiser un laboratoire de façon à obtenir une plus grande probabilité de résultats utiles. Tout en sauvegardant la flexibilité et la liberté. Nous savons par exemple, qu'on peut faire des choses qui ne peuvent pas arriver en les planifiant. La sérendipité est l'art de profiter de l'inattendu. La liberté de l'opportunité, telle que développée par la démocratie, est la meilleure réaction humaine face à des phénomènes divergents. On peut définir la sérendipité comme l'occasion de profiter de l'inattendu.

Detlev Bronk, ancien président de l'Académie des Sciences aux États-Unis, conseillait : 'Fais tout pour attirer les meilleurs mais ne te met pas sur leur chemin.' Les résultats de la recherche fondamentale sont, on le sait, imprévisibles, parce que la recherche fondamentale étudie aussi les trouvailles qu'elle prend au sérieux. R. Pattle décrit ce phénomène :

Certains écrivains parlent d'une découverte qui n'était pas cherchée comme 'accidentelle' ou 'non voulue'. Ce qui n'est jamais vrai. Les observations sont faites parce que l'observateur a un oeil pour chaque aberration. La découverte des substances qui abaissent la tension de la surface de l'intérieur du poumon a été faite par un ensemble de circonstances et n'est pas simplement un produit du hasard ou de la fortune.'

8. Quand ont définit l'intuition (in-tueri = regarder vers) comme une anticipation qu'on ne peux pas expliquer ni avant ni après, on suppose que la sérendipité commence au-delà de l'intuition. Mais ce n'est pas aussi simple. Dans la pratique, la sérendipité est une intuition en développement, fondée sur une orientation, expérience ou problème, qui est plus générale que ce qui est étudié par le chercheur. Son esprit est préparé à cela. Son anticipation schématique est fondée sur une intuition orientée par un problème spécifique et/ou fondée sur son expérience. Dès que le chercheur fait une observation surprenante, il interrompt ou arrête, son travail 'normal' pour un moment, en vue de l'exploiter et de l'expliquer par son sens de la sérendipité, son intuition, sa connaissance, sa logique et son expérience. Wilhelm Röntgen est un bel exemple : en sept semaines, il explora et publia ce qu'il appelait rayons X. 'X' est le symbole mathématique - d'origine arabe - pour l'inconnu.
La sérendipité est l'art des oeillères démontables. Aussi un sérendipitiste a besoin d'oeillères, quand il recherche et étudie, mais il peut les enlever, et il le fait aussi quand il observe un fait surprenant, qu'il veut interpréter pour en donner une explication correcte, ou une stratégie émergente. Mais dans ce cas, on a besoin d'espace et d'occasion pour le 'bootlegging' (on escamote des produits, comme de l'alcool, dans le haut de ses bottes), pour 'jouer dans le temps du chef', et pour 'l'expérience du vendredi après-midi'. Dans le laboratoire de recherche et développement de Shell, cette recherche personnelle représente 10% du temps de travail, chez DuPont 20% et à 3M 30%. Presque partout il existe une recherche clandestine, ou 'de tiroir' (comme on l'appelle au Pays-Bas) : on cherche ce qu'on veut, on met les résultats dans un tiroir, on demande de l'argent pour chercher et trouver soi-disant ces résultats et si l'argent est donné, on peut continuer à faire ce qu'on veut. Les résultats 'rêvés' de cette recherche payée sont extraits du tiroir quand le financier les demande. Ainsi, dans la Russie communiste, les plans quinquennaux étaient remplis avec des recherches précédemment réussies, qui n'avaient pas encore été publiées. Cette tradition de 'recherche de tiroir' existe dans toutes les disciplines scientifiques et devient de plus en plus importante, parce que c'est une ruse de chercheurs pour défendre la liberté académique vis-à-vis des bureaucrates qui accordent des crédits de recherche. Cette 'politique de tiroir' est un forme de fraude structurelle, légère mais elle augmente au fur et à mesure que la bureaucratie, qui paye la recherche originale, domine. Elle est aussi une perte de temps du côté des chercheurs et des distributeurs de subventions et donne l'idée fausse que la recherche scientifique originale pourrait être planifiée. Naturellement, dans l'investigation scientifique il faut planifier, mais un plan n'est jamais sacré. Pour souligner cela, la société hollandaise des chimistes a déjà donné un premier prix de sérendipité, en 2003.

9. Un expérimentateur qui teste une hypothèse et observe une anomalie (une anormalité qui ne correspond pas à ses idées, opinions, préjugés, dogmes et connaissances) pense d'abord, naturellement, qu'il a fait une erreur. Quand il a exclu cette possibilité, sa réaction secondaire consiste à expliquer autrement le phénomène aberrant pour comprendre quand même l'anomalie. Si cette explication est suffisamment intéressante, élégante et simple, il peut et veut en faire une nouvelle hypothèse de travail, et la tester expérimentalement, indépendamment de l'anomalie, pour éviter de 'penser en rond'. La recherche scientifique boîte, marche, danse et saute alors sur deux jambes : l'une pour tester une hypothèse et l'autre pour expliquer une anomalie surprenante. Alors la méthode hypothético-déductive et la méthode anomalie-abductive (= sérendipité) ne s'excluent pas, mais alternent, se complètent et sont même en synergie. Naturellement toutes les anomalies n'émergent pas pendant le test des hypothèses, et les hypothèses n'émergent pas toutes comme explications des anomalies. Néanmoins le test d'une nouvelle hypothèse ne fournit pas toujours une anomalie fraîche et une anomalie ne donne pas non plus toujours une nouvelle hypothèse.
Le physicien américain Robert Curl est co-découvreur de la 'bucky ball', une molécule de soixante atomes de carbone qui a la forme du sommet des angles des sutures d'un ballon moderne de football. La découverte de cette molécule est un exemple classique d'une anomalie non-attendue, qui émerge pendant une expérience scientifique et qui a été observée et expliquée correctement par la suite. Après avoir reçu un Prix Nobel (partagé) pour cette découverte, Curl insista, dans son intervention, sur la place et le contexte de l'anomalie comme phénomène :

Dans la science, l'hypothèse conduit l'expérience et la théorie, parce que c'est seulement par l'imagination des hypothèses que nous pouvons diriger nos expériences et théories. Ce n'est que si ceci et cela est vrai, que je serai capable de faire cette expérience, de chercher ce résultat spécial ou d'arriver à cette formulation théorique. À l'inverse, l'expérience et la théorie conduisent aussi l'hypothèse. Quelqu'un fait une observation sensationnelle ou a une illumination soudaine et on commence à spéculer sur ces implications et à imaginer des hypothèses possibles. Mais toutes les hypothèses ne sont pas valables ou utiles.

10. Nous sommes trop éduqués avec l'idée que la connaissance progresse d'une question à une réponse, d'une hypothèse à une thèse. Aussi l'examen des connaissance se fait par un questionnaire à 'choix multiples' dans lequel les questions sont préformulées et suivies de réponses préformulées dont on ne peut extraire qu'une seule réponse juste (en fait c'est un choix singulier et non 'multiple'). Cela peut donner sans le vouloir l'idée que, dans le domaine de la recherche scientifique, la connaissance croît d'une hypothèse juste à une réponse juste. Mais dans la recherche, ni la question juste, ni la réponse juste ne sont données avant. De même on ne sait ni si elles existent, ni si on peut les trouver et comment. En outre, à propos d'une observation sérendipiteuse, la pratique scientifique nous apprend que la route entre la question et la réponse est prise en sens contraire. Cela veut dire non de la question à la réponse, mais d'un fait surprenant à un nouveau problème (= hypothèse). Dans la tradition actuelle de l'enseignement et de l'examen des connaissances, on n'apprend presque pas à chercher, trouver et formuler des questions justes et des réponses correctes. Très rarement, on apprend à aller d'une observation surprenante à un problème original. Par exemple, il n'y a pas de travaux pratiques dans lesquels il émerge un phénomène inattendu et non-annoncé, qui serait soumis à un étudiant pour voir ce qu'il en ferait. Ce qu'on n'enseigne pas explicitement, c'est de dériver des hypothèses fraîches à partir d'un fait bizarre. C'est-à-dire de raisonner de ce qu'on ignore, ne comprend pas, ou ne maîtrise pas, vers un problème neuf, utile et vérifiable.
En 1901, le Français Louis Leprince-Ringuet distinguait clairement le vrai chercheur de l'écolier :

Celui qui trouve ce qu'il cherche fait en général un bon travail d'écolier ; pensant à ce qu'il désire, il néglige souvent les signes, parfois minimes, qui apportent autre chose que l'objet de ses prévisions. Le vrai chercheur doit savoir faire attention aux signes qui révéleront l'existence d'un phénomène auquel il ne s'attend pas.

Le livre : De la sérendipité dans la science, la technique l'art et le droit. Leçons de l'inattendu

Très riche et documenté, le livre de Pek van Andel et Danièle Bourcier décrit la théorie, la pratique, des types et des cas de sérendipité : chaque cas est une idée forte, une leçon d'interprétation de l'inattendu, comme la radioactivité naturelle ou l'effet pervers d'une loi. Il rend compte de la part du hasard comme source d'improvisation dans la genèse des idées et l'histoire des hommes.
Il montre que la notion de sérendipité est peu utilisée en France, même si des auteurs aussi célèbres que l'écrivain Umberto Eco ou le sociologue Robert Merton lui ont consacré des développements importants. La raison n'en est pas évidente. D'autant que dans une société de plus en plus moderne, où la rationalité et la réflexivité tiennent une place croissante, la place et le rôle du hasard méritent un surcroît d'intérêt.
On pourrait même dire que c'est notre univers rationnel et scientifique qui crée de plus en plus de hasard. Auparavant, dans les sociétés traditionnelles, l'imprévu était le fait des dieux et du destin. Aujourd'hui, dans les sociétés modernes, on s'efforce de tout maîtriser et de laisser le moins possible de place possible à l'incertitude. Le hasard est alors en quelque sorte un solde : c'est ce que qu'on ne parvient pas à prévoir mais que l'on se propose pourtant de réduire sans cesse plus, notamment grâce au développement des sciences et des techniques. Toutefois, le hasard est comme un horizon qui recule au fur et à mesure où l'on s'avance dans le champ des connaissances. Et il semble jouer un rôle constant, voire croissant, y compris dans le domaine des progrès scientifiques (voir tableau ci-dessous) .

Aussi, la question qui se pose dans notre société actuelle est celle de la possibilité d'accroître les circonstances hasardeuses, et l'art de les
utiliser. Pourtant, comme le soulignent les auteurs de l'ouvrage "dès que l'on peut la programmer, on ne peut plus la nommer sérendipité. Mais, ajoutent-ils, on peut aider à s'y préparer et on peut éventuellement spécifier les conditions nécessaires pour faire émerger des fait surprenants".

Certes, comme l'écrivent Pek van Andel et Danièle Bourcier, "il n'est pas nécessaire de connaître le mot "sérendipité" et le phénomène de la sérendipité pour faire des trouvailles ! Mais une certaine connaissance du mot, du phénomène et des cas de sérendipité aide probablement à réagir de façon optimale quand on fait une observation étonnante". Peut-être que la leçon centrale serait ici que, pour découvrir, inventer, créer ou décider, il reste essentiel de garder les deux yeux ouverts, l'un pour ce que l'on cherche et.. l'autre, pour ce que l'on ne cherche pas.

Dans une culture dominée par le cartésianisme mais où l'ingéniosité a toujours cohabité avec la raison, ce livre voudrait réhabiliter le génie de l'empirie quand il s'exerce sur "des esprits préparés".
Outre au chercheurs et créateurs de toutes disciplines, on peut recommander l'ouvrage tout particulièrement aux pédagogues, c'est-à-dire à ceux qui enseignent que, pour découvrir, il faut apprendre à observer des faits, à se servir de la curiosité, de l'humour, de l'imagination, de l'opportunité de l'inattendu et aussi, de l'erreur sublime.

(1) D'autres personnes proposent le terme de "sérendipitant" plutôt que "sérendipiteux", ou "sérendipitien"..

 


Quelques exemples de sérendipités (parmi tellement d'autres...)
puisés ici dans le domaine des sciences et techniques

(nb : l
e livre regorge d'autres exemples, dans bien d'autres domaines)

La sérendipité ne commence pas par une savante hypothèse ou avec un plan déterminé. Elle n'est pas non plus due seulement à un accident ou au hasard. Les milliers de grandes ou petites innovations qui ont jalonné l'histoire de l'humanité ont un élément commun : ils n'on pu se transmettre que parce qu'un observateur, un expérimentateur, un artiste, un chercheur à un certain moment ont su tirer profit de circonstances imprévues.

L'hélice de bateau
Dans les années 1830, un Anglais, Francis Petit Smith, cherchait à adapter la vis d'Archimède à un bateau (comme Léonard de Vinci avait proposé de le faire pour l'hélice aérienne). Il l'avait beaucoup raccourcie mais il avait laissé encore deux tours de vis complets car sans cela, pour lui, cela ne pouvait pas marcher. Il faisait un essai sur le canal Paddington (qui relie la Tamise près de Londres à Birmingham). Le bateau ne parvenant pas remonter le faible courant provoqué par une écluse, est drossé contre le quai, casse la moitié de la vis - et repart en avant. L'hélice de bateau était inventée ! Il suffira à Smith d'augmenter le nombre de pales et de diminuer leur largeur pour mettre très vite au point des hélices comme on les voit aujourd'hui.

Le bleu de Prusse (découvert par Diesbcah)
LPréparateur de couleurs à Berlin, Diesbach avait acheté de la potasse chez un fabricant de produits chimiques, pour précipiter une décoction de cochenille, d'alun et de vitriol (sulfate de fer). Au lieu du précipité rouge qu'il attendait, il fut très surpris d'obtenir une poudre d'un très beau bleu. Il fit part de sa découverte à son marchand qui se rappela aussitôt que la potasse qu'il venait de lui vendre avait été, à l'occasion d'une autre préparation, calcinée avec du sang. Ceci se passait en 1710. La préparation du bleu de Prusse demeura secrète jusqu'en 1724, et mystérieuse pendant bien plus longtemps. On sait aujourd'hui que ce bleu est surtout composé de ferrocyanure ferrique : les protéines du sang avaient fourni à Diesbach l'azote qui entre dans sa constitution.

Le Botox (Jean Carruthers, Allergan)
La toxine botulique est une neurotoxine très puissante (et, même, une arme bactériologique). Elle était employée avec précaution pour paralyser certains muscles du visage et guérir en particulier les spasmes des paupières.
En 1987, Jean Carruthers s'aperçoit qu'elle atténue les rides autour des yeux. Son mari est chirurgien esthétique. Le Botox est lancé comme produit antirides.

Les fullerènes (Nobel 1996)
De l'infiniment grand à l'infiniment petit. Jusque là le carbone n'existait que sous deux formes : le graphite et le diamant Harold Kroto, un chimiste, pensait que l'on trouvait de longues molécules de carbone dans les étoiles géantes. Un ami Robert Curl le met en contact avec Richard Smalley qui a construit un appareil qui peut vaporiser n'importe quoi et l'analyser. Il vaporise du graphite et obtienne bien une troisième forme mais, surprise ! non pas sous forme de longue chaîne mais de sous forme de molécules regroupant 60 à 70 atomes de carbone dans une structure ressemblant à celle d'un ballon de football ou de façon plus précises aux fameuses structures de Buckminster Fuller. Les fullerènes (que d'autres appellent Buckballs et qui sont pour certains les plus belles molécules du monde) étaient découverts. Ils ouvraient la voie aux nanotechnologies (le nanomètre mesure un millionième de millimètre).

L'imprimante à jet d'encre (Ichiro Endo, Canon vs. HP)
Un chercheur de chez Canon, Ichiro Endo, fait un faux mouvement. Son fer à souder chaud tombe sur un seringue d'encre et sa pointe chaude entre en contact avec le col de la seringue, faisant s'en échapper une petite éclaboussure d'encre. Intrigué, Endo reproduit le phénomène en le photographiant avec une caméra ultrarapide. Par hasard et par chance, il comprend et invente le principe de l'imprimante à jet d'encre (Bubble Jet), peu avant Hewlett-Packard qui l'inventait de son côté par des voies différentes mais tout aussi peu conventionnelles.

Le Kevlar (DuPont)
Stephanie Kwolek, chercheur chez DuPont, obtient un résidu noirâtre tout juste bon à jeter. La dureté de cette matière plastique, qu'elle ne parvient pas à décoller du récipient ayant servi à l'expérience, l'étonne. Elle vient de synthétiser par hasard et de découvrir une matière plastique cinq fois plus résistante que l'acier : le Kevlar.

Le four à m icro-ondes (Perry Spencer, Raytheon)
Au lendemain de la Deuxième guerre mondiale, Perry Spencer, un inventeur talentueux, 150 brevets, quelque peu désœuvré, se promenait dans les bureaux d'études de Raytheon, le fabricant de magnétrons, cette pièce centrale émettant des micro-ondes qui est au cœur des radars. Il a des bonbons chocolatés dans la poche de sa chemisette. Il ne fait pas particulièrement chaud ce jour là, aussi est-il surpris, voulant en croquer un, de voir qu'ils ont fondu dans sa poche alors que la publicité affirmait " ils fondent dans la bouche et pas dans la main ". Mais bien sûr ! pas d'autre explication que celle voulant qu'ils aient été réchauffés par les ondes du magnétron en marche en face duquel il venait de s'arrêter.
On doit donc pouvoir griller du pop-corn en le présentant devant un magnétron. Et ça marche! Le principe du micro-ondes était découvert.

Le Nylon (Carothers et Hill, DuPont)
Wallace Carothers cherchait à synthétiser une fibre textile pour remplacer la laine et la soie. Il parvient à en fabriquer une, mais elle est trop fragile pour être utilisée. L'invention est mise de côté. Un jour, en son absence, un de ses assistants, Julian Hill, joue comme un gosse avec une boule de cette substance au bout d'une baguette de verre - comme on pourrait jouer avec une Chupa Chups de liquide visqueux ou jouer à faire des fils en tournant une mouillette de fondue savoyarde - et découvre que si on trempe le fil qui se déroule - comme on trempe de l'acier - le problème est résolu.
Son invention étant attribuée par certains à la chance et non à son pur mérite personnel, lui, Carothers, l'inventeur de la molécule, par ailleurs dépressif, se suicida.

La pénicilline (Alexander Fleming, Howard Florey, Ernst Chain, Pfizer)
Un jour de 1928, Alexandre Fleming, chercheur quelque peu désordonné, entreprend de nettoyer enfin, avant de les réutiliser, une pile de boîtes de Pétri dans lesquelles il cultivait des colonies de staphylocoques, et qu'il avait entassées en vrac sur la paillasse du laboratoire quelques semaines auparavant en partant en vacances. Dans une des boîtes, la colonie s'était bien développée, mais, dans un coin, les bactéries du staphylocoque avait été tuées par quelque chose arrivé là par hasard ou par accident - peut-être parce qu'il avait laissé la fenêtre ouverte. Bizarre. Anormal. Il note que l'agent est de la famille des penicillium, bouleverse son plan de recherche, prouve l'efficacité théorique de la pénicilline, publie ses résultats. Devant le peu d'intérêt qu'ils soulèvent, il abandonne.
La guerre. Les Britanniques vont découvrir une seconde fois la pénicilline, mais sont incapables de la produire industriellement à grande échelle et demandent l'aide de l'industrie pharmaceutique américaine. En 1942, Pfizer, à la suite d'un débat dramatique au sein de son conseil d'administration, accepte les risques financiers et bactériologiques et devient en 1944 le plus grand fabricant mondial de pénicilline et un acteur majeur de l'industrie pharmaceutique
Prix Nobel de médecine et de physiologie en 1945 partagé avec Ernst Chain et Howard Florey.

Les polymères conducteurs de l'électricité (Nobel 2000)
Les polymères, c'est ce que nous appelons "matières plastiques". Par définition, à l'inverse des métaux, ils ne sont pas conducteurs de l'électricité, ce sont des isolants. Et puis un beau jour, la magistrale erreur d'un sans-grade remet en cause cette loi et permet à une équipe de savants de recevoir le Prix Nobel de chimie 2000.
Ils confient une manipulation à un chercheur visitant. Celui-ci se trompe dans les proportions d'un composant et met mille fois ! la dose prescrite. Au-lieu du précipité noirâtre attendu, il obtient un précipité à reflets métalliques. Les polymères (les matières plastiques) conducteurs de l'électricité sont découverts.
C'est la première reconnaissance officielle de la sérendipité dans le discours de réception des trois récipiendaires.


 

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