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Risque d'une pandémie de la grippe nord-américaine A (H1N1)
Jean-Paul Baquiast et Christophe Jacquemin
mise à jour au 30/04/2009

Dans la perspective de l'explosion d'une telle pandémie, nous reprenons ici, en l'adaptant, un texte que nous avons publié il y a 4 ans dans un dossier intéressant les précédentes menaces de grippe aviaire. On trouve pour information ce dossier à l'adresse suivante http://www.automatesintelligents.com/echanges/2005/avr/grippe.html

L'OMS ayant déclaré au matin du 30 avril un état d'alerte de niveau 5 (précédant le niveau 6 répondant à une pandémie en cours au niveau mondial), il convient, sans avoir peur de se faire reprocher un alarmisme injustifié, de réfléchir à ce que pourraient être les événements et leurs conséquences dans les mois et années prochaines. Réfléchir et prévoir, même le pire. Et donc, dans cette hypothèse, ceux qui ont la responsabilité de l'intérêt général du fait qu'ils exercent des fonctions polititiques et administratives doivent dès maintenant se préparer à ce que la collectivité attendra d'eux dans cette future grande épreuve de vérité qui pourrait s'annoncer. Les pays pauvres seront les plus frappés, mais l'Europe le sera aussi, y compris dans l'hypothèse selon laquelle le virus acquiérerait de la virulence au fil des mois. L'Europe se dit préparée. La France l'est aussi, sans aucun doute. Mais il s'agit d'une préparation qui n'a pas voulu ou pu envisager le pire. Il convient cependant de ne pas exclure ce dernier. Réfléchir aussi d'ores-et-déjà à la mise en oeuvre d'une véritable entraide mondiale, afin de se comporter pour une fois en citoyen du monde.

Viurs A(H1N1), grossi 189 000 foisQue risque-t-il en ce cas de se passer ?
Répétons-le, nous envisageons le cas où la recombinaison génétique du virus de grippe porcine H1N1, de celui de la grippe aviaire H5N1 et d'un virus grippal humain, complétée de l'acquisition de propriétés favorisant une virulence chez l'homme (virus désormais AH1N1), conjugueraient tous les facteurs défavorables. La mortalité résultant d'une telle pandémie, compte tenu de la complexité du monde moderne, ne pourrait rester limitée, comme le fut par exemple celle de la grippe espagnole de 1920, à 40 millions de morts supposés. Elle dépasserait certainement la centaine de millions de décès, sinon le demi-milliard, touchant donc l'ensemble du monde, y compris les pays européens. Elle se traduirait par une désorganisation complète de l'ensemble des réseaux sanitaires, énergétiques, économiques, sociétaux de l'ensemble des pays. On voit déjà ce qui commence à se produire au Mexique avec un début de fermeture des frontières aériennes, à l'entrée comme à la sortie. Dans chacun de ces pays, et nécessairement surtout dans les plus pauvres d'entre eux, on en reviendra à des situations connues par l'Europe centrale à la fin de la seconde guerre mondiale, où pratiquement plus rien n'avait survécu de ce qu'était le mode de vie antérieur. La situation sera même pire car à l'époque demeurait une économie rurale capable d'autosubsistance, qui a complètement disparu aujourd'hui.

Ceci entraînerait alors inévitablement un retour à la loi de la jungle, les plus forts s'efforçant de survivre aux dépens des plus faibles. Les conflits entre forts et faibles apparaîtront d'abord pour l'obtention des rares vaccins et anti-viraux disponibles. On ne peut espérer, au moins dans des délais de quelques mois, que l'industrie puisse fournir toutes les doses nécessaires au traitement de plus de 5 milliards de personnes. Mais très vite ils s'étendront à l'accès aux réserves de détergents, de nourriture et d'énergie. Lorsque la désorganisation sociale aura atteint son apogée, on verra des groupes violents s'affronter les armes à la main pour survivre, au détriment des plus faibles. Ils ne seront pas les seuls, si l'on peut dire, car l'affaiblissement massif sinon la destruction des services d'hygiène et de sécurité civile laissera proliférer des bandes immenses de parasites de toutes tailles, germes microbiens mais aussi rats ou chiens errants. Même dans les pays occidentaux qui pensent pouvoir se prévaloir d'une forte structuration sociale, les risques d'effondrement seront grands, si rien du moins n'est prévu longtemps à l'avance pour parer au pire. Ceux qui ont connu la seconde Guerre mondiale en Europe sauront ce que cela signifie.

Alors les populations des pays occidentaux, confrontées à ces catastrophes, retrouveront sans doute leur réflexe traditionnel, consistant à se tourner vers les pouvoirs publics, administrations, services publics et organisations charitables capables de se mobiliser au service de l'intérêt général. Mais les serviteurs de la collectivité, recrutés et formés dans l'esprit du service public, se montreront-ils à la hauteur de leur rôle ? D'une part, d'année en année, sous prétexte d'économies budgétaires, ils sont de moins en moins nombreux et de moins en moins bien équipés. C'est là que se mesure la politique irresponsable, sinon pire, menée en France depuis quelques années et poussée à son paroxysme aujourd'hui pour "réduire les coûts de la santé". Les hôpitaux et leurs services d'urgence travaillent déjà aux limites. Comment feront-ils demain? Par ailleurs, même parmi eux, l'égoïsme ne l'emportera-t-il pas ? On le verra dès les premiers jours de l'accès aux médicaments : antiviraux pour le moment, peut-être vaccins dans quelques mois, dont répétons-le, même en Europe, les stocks disponibles seront insuffisants dans les premiers mois de l'infection, les plus cruciaux. Les traitements devront être réservés aux personnels capables d'assurer la protection civile mais sans doute pas à leurs relations et amis. Au fur et à mesure que la crise s'étendra, que deviendront les réflexes de dévouement à l'intérêt général qui devraient être, plus que la recherche de la sécurité de l'emploi, la motivation première des fonctionnaires publics ?

Nous ne voulons pas dire que seuls les agents publics devront assumer le service de la collectivité. Comme dans toutes les crises de grande ampleur, on verra dans chaque profession, à commencer par les professions de santé et des transports, de grands désintéressements et de grands dévouements s'opposer à de grands égoïsmes. Ce que nous voulons dire en revanche, c'est que les responsables des services publics devront être les premiers à donner l'exemple.

Pour ce faire, ils devraient être les premiers à se préparer à faire face aux immenses difficultés qu'ils auront à affronter. Les pouvoirs politiques doivent donc y travailler dès maintenant et oser en parler aux citoyens, plutôt qu'abriter leur peur de l'action derrière l'argument selon lequel il ne faut pas effrayer la population par des risques qui ne se produiront peut-être pas. Les dispositions à l'étude visent d'abord à suivre les progrès de l'épidémie, puis décider des solutions d'isolement et de prophylaxie. Il s'agit aussi de d'activer et soutenir l'industrie pharmaceutique(1) en vue de ce qui sera la pierre de touche de son efficacité, produire des milliards de doses vaccinales dans des temps records (rappelons qu'actuellement il faut par personne "naïve" 2 injections vaccinales successives pour assurer la protection). Les experts estiment semble-t-il, sans trop oser le dire, que les mesures envisagées sont encore loin du compte. Il ne s'agit pas seulement de celles qui relèvent du domaine sanitaire, mais plus généralement de tout ce qui touche au fonctionnement de l'économie.

Ceci veut dire qu'une part d'initiative considérable restera à la charge de l'ensemble des collectivités publiques, y compris des collectivités locales. Il faut insister sur le rôle que ces dernières auront à jouer. Bien conduit, il suffirait à justifier la présence en Europe de collectivités locales, communes et départements en France, présentées à tort comme gaspillant les ressources publiques. Concrètement, les municipalités devraient, en liaison avec la sécurité civile et les services de santé, mettre au point des maintenant des plans d'urgence assignant au plus grand nombre possible de responsables et aussi de particuliers de bonne volonté des missions leur permettant, tant qu'ils en auront la possibilité, de contribuer au maintien d'un minimum de fonctionnement collectif.

N'insistons pas davantage sur tout ceci pour le moment. Nous risquons malheureusement d'avoir à y revenir très prochainement.

(1) Nous parlons ici bien sûr d'un soutien parce que la situation l'oblige (et pas d'une manoeuvre commerciale visant à conforter la toute puissance des laboratoires pharmaceutiques). Cela n'a sans doute rien à voir, mais on lira avec attention le communiqué de presse de sanofi-aventis du 9 mars dernier :
http://www.sanofi-aventis.com/presse/communiques/2009/ppc_24324.asp


Lecture utile :
plan pandémie Plan national de prévention et de lutte «Pandémie grippale»
(Secrétariat général de la Défense Nationale,
20 février 2009).

http://www.grippe-aviaire.gouv.fr/IMG/pdf/PLAN_PG_2009.pdf


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