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Article
La
CME, méga-catastrophe naturelle à envisager
par Jean-Paul Baquiast et Christophe Jacquemin
24/04/ 2009
Parmi
les mega-catastrophes naturelles susceptibles de menacer
ou détruire les civilisations terrestres, on évoque,
outre des éruptions volcaniques de grande ampleur,
la chute d'un astéroïde important. Mais
jusqu'à présent, l'attention n'avait
pas été attirée sur la possibilité
d'une éjection coronale massive en provenance
du soleil (coronal mass ejection, CME). On désigne
par ce terme une perturbation majeure de la surface solaire.
Celle-ci est constituée de plasma ou particules de
haute énergie. Ordinairement, de telles particules
échappent de la surface sous la forme bien connue
des « vents solaires ». Lorsque certaines d'entre
elles rencontrent la magnétosphère terrestre
en haute atmosphère, elles produisent, particulièrement
aux pôles, des « aurores boréales ».
Mais
périodiquement le vent solaire transporte des sphères
de plasma de plus d'un milliard de tonnes, qui sont éjectées
de la couronne de façon centrifuge, dans des directions
variées. Il s'agit de phénomènes localisés,
se produisant sur le mode aléatoire, associés
généralement aux taches solaires et aux périodes
de forte activité solaire, l'une des prochaines devant
se produire en 2012. Pourquoi des CME ? Les mouvements chaotiques
des particules chargées, se produisant dans la haute
atmosphère solaire, créent des champs magnétiques
violents, instables, qui peuvent se reconfigurer dans ce que
l'on désigne par le terme de « reconnection
». Il s'agit de phénomènes extrêmement
puissants à la source des CME évoquées
ici. Si l'une de ces éjections se dirige vers la Terre,
elle accélère sous l'effet de la gravitation
et le champ magnétique intense qu'elle représente
interfère rapidement avec la magnétosphère
terrestre, qui joue habituellement un rôle protecteur.
Dans la mesure où les deux champs seraient de même
sens, il ne se produirait pas grand-chose. Par contre, s'ils
étaient en sens opposé, la CME éventrerait
la magnétosphère terrestre et les particules
chargées envahiraient l'espace terrestre, provoquant
des catastrophes électromagnétiques en chaîne.
Catastrophes
en chaîne
Le
premier résultat serait l'induction de courants
électriques continus anormalement forts dans tous
les réseaux interconnectés de production et
de distribution d'électricité. Les transformateurs
fondraient les uns après les autres en quelques dizaines
de secondes, comme la plupart des câbles de diverses
tensions répartissant le courant. C'est ce
qui se produit à toute petite échelle lors
de surtensions locales des « grids », n'ayant
rien à voir avec une CME, telles que celle étant
survenue au Québec en 1989. Les centrales classiques
et nucléaires seraient également incapacitées,
ainsi bien entendu que tous les appareils électriques,
radioélectriques et téléphonique utilisant
du courant basse tension.
Il
en résulterait que, comme dans le cas d'une
explosion à énergie pulsée d'origine
criminelle se produisant en haute atmosphère, des
millions de personnes seraient immédiatement privées
d'eau, d'alimentation, de transport, de chauffage
et de soins. Leur mort serait inévitable en quelques
jours. Avec l'interconnexion mondiale des réseaux,
les désastres et les morts s'étendraient
ensuite à l'ensemble des zones habitées.
Un phénomène de cette nature, sans doute de
moindre ampleur, avait été observé
en 1859 par l'astronome amateur britannique Richard
Carrington et par bien d'autres témoins, émanant
de tâches solaires particulièrement importantes.
Mais les équipements de cette époque se limitaient
à des magnétomètres et à un
réseau de télégraphie mondial. Les
uns et l'autre furent fortement perturbés,
sans conséquences économiques graves.
Précautions
La
Nasa avait mis en orbite en 1997 un satellite dit ACE (Advanced
Composition Explorer) destiné à observer
le soleil en permanence, ainsi que les vents solaires et
leurs perturbations éventuelles. ACE peut signaler
entre 15 et 45 minutes l'arrivée d'une
tempête magnétique d'ampleur moyenne.
Mais, outre que la sonde est vieillie et n'est pas
en voie de remplacement, faute de crédits, l'arrivée
d'une CME serait si rapide et si puissante qu'elle
rendrait l'engin inutilisable.
De
toutes façons, il n'existe pas de mesures actuellement
prévues destinées à blinder ou doubler
par des matériels de rechange les équipements
électriques et magnétiques installés.
Les gouvernements, quand ils sont saisis du problème,
estiment inutile d'agir, compte tenu du fait que les
dépenses à consentir seraient énormes,
pour un risque non avéré à court terme.
Mais le même raisonnement, à plus petite échelle,
avait été tenu pour éviter de renforcer
les digues de Louisiane avant Katrina.
Nous
croyons pour notre part qu'il conviendrait au contraire
de prendre dès maintenant différentes mesures
de grande ampleur destinées à rendre les équipements
terrestres moins fragiles. Il s'agirait notamment,
malgré les coûts, de mettre un terme à
la généralisation des interconnections au
sein des divers réseaux de distribution. Il faudrait
aussi, comme indiqué, blinder tous les équipements
sensibles et tenir en réserve des parcs de matériels
de secours susceptibles d'intervenir en cas de catastrophe.
Ce
ne serait pas seulement dans la perspective d'une
CME prochaine que ces précautions seraient utiles,
mais dans celle d'un conflit de haute ou basse intensité
utilisant des bombes dites EMP ou électromagnétiques
à énergie pulsée (voir notre article
http://www.automatesintelligents.com/echanges/2008/sep/bombeemp.html).
On peut penser aussi, en dehors de tout évènement
électromagnétique naturel ou de guerre, que
la généralisation probable des conflits et
agressions s'en prenant dans le cadre de la crise
systémique en cours à tous les grands équipements
fragiles rendrait très vite ces précautions
indispensables.
La National Science Academy américiaine a produit
il y a quelques semaines un rapport très documenté
sur cette question. Il convient de s'y référer
(voir ci-dessous). Malheureusement, il ne semble pas que
ce rapport ait éveillé beaucoup d'échos.
Pour
en savoir plus
Severe
Space Weather Events--Understanding Societal and Economic
Impacts:
A Workshop Report
Présentation
http://www.nap.edu/catalog.php?record_id=12507
Accès
en ligne http://www.nap.edu/catalog.php?record_id=12507#toc