Dans
cette page, nous présentons en quelques lignes des ouvrages
scientifiques éclairant les domaines abordés par
notre revue. Jean-Paul Baquiast. Christophe Jacquemin
mars
2008
Peter
D. Ward. Under a Green Sky. Collins 2008
Un
obstacle, rencontrée par la science récente et
ne permettant pas de prendre en considération l’ampleur
de la phase de destruction massive actuellement en préparation,
tient à la difficile reconstitution par la géologie
et la biologie des évènements ayant conditionné
le démarrage de la vie sur Terre. Autrement dit, les
changements climatiques ayant été si nombreux
et les extinctions d’espèces en résultant
si massives, qu’il a longtemps été difficile
d’identifier des causes uniques et surtout de croire aux
effets destructeurs d’un changement de quelques degrés
de la température du globe.
On sait que la vie s’est manifestée, dans des conditions
encore mal définies, il y a environ 4 milliards d’années
avant le présent. Les premières formes clairement
observées furent les cyanobactéries capables d’utiliser
la photosynthèse pour fixer le CO2 en libérant
de l’oxygène. Apparues il y a environ 3,8 milliards
d'années, elles ont contribué à l'expansion
de la vie sur Terre par leur production d'oxygène et
par leur contribution à la désacidification des
océans. Elles ont aussi modifié les structures
géologiques lorsqu'elles se sont organisées en
colonies fixées ou stromatolithes produisant du calcaire
en abondance. Auparavant n’existaient sans doute que des
bactéries capables de vivre dans des conditions extrêmes
d’obscurité et de pression, en dégradant
des protéines contenant du soufre et en rejetant du sulfure
d’hydrogène (SH2), poison violent pour les organismes
aérobies plus récents.
Les cyanobactéries et les cellules eucaryotes (dotées
d’un noyau) apparues ensuite ont colonisé les mers
et les sédiments littoraux jusqu’à l’établissement
de glaciations de grande ampleur survenues il y a 2,2 millions
d’années (Terre dite Boule de neige par Joe Kirshvink)
et suivies d’autres plus récentes : sturtienne
( - 710 millions d’années), marinoenne (- 650 MA
) et de Gaskiers (- 580 MA). Ces glaciations avaient recouvert
la plupart des mers et des continents par des glaciers peu propices
à la vie. Elles auraient résulté de divers
phénomènes de dérive des continents s’étant
produit à grande ampleur à ces époques
et ayant pour des raisons que nous ne détaillerons pas
fixé le carbone atmosphérique, en produisant l’inverse
d’un effet de serre. Périodiquement après
chaque glaciation, les températures redevenaient plus
clémentes en conséquence de vastes éruptions
volcaniques dont les rejets atmosphériques recréent
un effet de serre à grande échelle. Les mouvements
de la Terre sur son axe ou la variation d’importance des
taches du Soleil n’auraient eu par contre que de faibles
conséquences.
Glaciations puis déglaciations ont provoqué des
complexifications dans l’évolution des espèces,
se traduisant par le développement, après l’extinction
de la plupart de celles existant avant chaque réduction
de biodiversité, d’organismes plus complexes. C’est
ainsi que sont apparus les premiers animaux marins identifiés
dits de l’Ediacarien ( - 575 à – 542 MA)
suivis de la célèbre explosion dite du Cambrien
(faune de Burgess, à partir de – 540 MA). Ont suivi
les lichens et mousses terrestres de l’Ordovicien (vers
– 470 MA) puis les premières plantes terrestres
du Silurien vers – 430 MA. La succession, dès ces
époques, de vastes épisodes géologiques
et climatiques destructeurs entraînant réorganisation
et complexification de la vie contribue encore aujourd’hui
à faire minimiser l’importance des conséquences
des changements climatiques actuels. Mais on oublie que ces
épisodes géologiques et climatiques anciens se
déroulaient sur des millions d’années, laissant
tout le temps nécessaire au jeu des mécanismes
biogiques d’adaptation darwinienne.
Un excellent ouvrage récent du géologue et biologiste
américain Peter Ward est consacré dans toute sa
première partie à l’histoire des extinctions
massives (identifiées en tant que telles) qui se sont
succédées à partir de celles provoquées
par les premières glaciations de grande ampleur. Il s’agit
des cinq extinctions dites des Big Fives, Ordovicien (#- 450
MA), Dévonien (#- 350 MA), Permien-Triassic (dite la
grande Extinction, # - 220 MA), Triassic-Jurassic (# - 180 MA)
et enfin la plus célèbre, responsable de l’extinction
des dinosaures, dite du Crétacé-Tertiaire ( #
- 60 MA). Peter Ward détaille l’histoire des hypothèses
formulées depuis les 30 dernières années
pour expliquer ces extinctions, comme pour expliquer les phénomènes
géophysiques ou atmosphériques les ayant provoqué.
Il apparaît aujourd’hui que seule l’extinction
Crétacé-tertiaire aurait été provoquée
par la chute d’un astéroïde. Elle aurait été
la seule brutale. Les autres auraient résulté
de variations relativement lentes et répétées
dans la teneur de gaz et poussières diverses au sein
de l’atmosphère, résultant de phénomènes
tels que dérives continentales, éruptions volcaniques
ou épanchements magmatiques.
Il en est résulté des épisodes répétés
d’augmentation des gaz à effet de serre dans l’atmosphère,
de réchauffement des océans, de ralentissement
des courants thermohalins et finalement de disparitions massives
des espèces aérobies. Les cadavres de celles-ci
s’accumulant au fond des mers (identifiées par
ce que l’on nomme aujourd’hui des biomarqueurs)
provoquaient alors la multiplication des bactéries utilisant
le soufre comme matière première et rejetant des
quantités considérables de SH2, gaz puissamment
anoxique. Ces proliférations produisent des océans
toxiques dits de Canfield, identifiés par le géologue
Donald Canfield comme ayant couvert la Terre entre l’Archéan
et l’Ediacaran. Or de tels océans ont pu reparaître
plusieurs fois au cours des âges plus récents provoquant
des extinctions plus ou moins sévères.
C’est donc finalement la production de gaz à effets
de serre, la fonte des glaces et l’élévation
de température des eaux océaniques en résultant
qui sont aujourd’hui présentées par la grande
majorité des chercheurs comme la cause des modifications
climatiques, de certaines modifications géologiques et
surtout des extinctions massives s’étant produites
depuis les origines de la vie complexe vers – 600 MA.
Ceux qui nient aujourd’hui l’influence de la production
dite anthropique (ou produite par l’homme) de gaz à
effets de serre en tirent argument pour affirmer, d’une
part que le réchauffement actuel s’inscrit dans
une longue évolution de phénomènes naturels
et d’autre part que la vie sur Terre a pu affronter avec
succès des modifications climatiques importantes. Pourquoi
les mêmes causes ne produiraient-elles pas aujourd’hui
les mêmes effets ? Pourquoi en conséquence s’acharner
à lutter contre la production des gaz à effets
de serre et contre le réchauffement pouvant en résulter
?
La réponse à ces critiques de mauvaise foi est
bien connue. Faut-il la reprendre ici ? Les phénomènes
actuels (augmentation du C02 et du méthane – en
attendant celle possible du SH2) étant produites par
les activités humaines en quelques millénaires,
accélérées pour les mêmes raisons
sur le dernier siècle, se déroulent en un temps
très court, biologique comme géologique. Les adaptations
spontanées n’ont donc pas le temps de se faire.
Au contraire, les effets feed-back peuvent se précipiter
et s’ajouter, ramenant en quelques décennies l’état
des mers et des terres émergées dans la situation
cauchemardesque d’un océan de Canfield. Parmi les
4 hypothèses d’avenir présentées
par Peter Ward dans la seconde partie de son livre, c’est
semble-t-il bien celle-ci qui pourrait être la plus probable,
à échéance de moins.
On
lira avec intérêt (et crainte) cette deuxième
partie, car les mondes qui résulteraient d'un réchauffement
pouvant se produire à échéance d'un siècle
sont absolument effrayants. Dans la pire des hypothèses
(celle du ciel vert donnant son titre au livre) la Terre ressemblerait
à Mars ou Vénus, températures mises à
part. Le Pr Ward a écrit d'autres ouvrages pour publier
les résultats de ses recherches et les conclusions qu'il
en tire, tous intéressants pour ceux qui se préoccupent
de sauvegarder la vie.
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