Adieu
aux méthaniers français ?
Jean-Paul Baquiast 08/11/2008
Nicolas
Sarkozy répète depuis plusieurs semaines
qu'il veut un Etat « investisseur, entrepreneur
et protecteur ». Il a raison de le dire. Mais
les illustrations de cette politique tardent à
venir, alors que l'on évoque ici et là
des privatisations d'entreprises publiques plutôt
que des investissements dans des secteurs stratégiques.
Plus concrètement, des rumeurs assez sinistres
nous viennent de Saint Nazaire.
Le
gouvernement a comme l'on sait annoncé le 6 novembre
2008 l'acquisition d'une participation de 33,34 % par
une augmentation de capital de 110 millions d'euros
dans le capital des Chantiers de l'Atlantique devenu
Aker Yards sous pavillon sud-coréen. Il était
en juin dernier convenu que l'Etat prendrait 9% du capital
dans le dernier grand chantier naval français
spécialisé dans les navires à haute
valeur ajoutée, méthaniers, paquebots
de croisière, navires militaires. Alstom conservait
une participation de 25 % sur laquelle l'Etat avait
un droit de préemption lors de sa cession probable
en 2010. Le reste était dévolu à
STX Europe, ex-Aker Yards.
Selon
le communiqué de l'Elysée « L'Etat
français va acquérir 33,34% des ex-Chantiers
de l'Atlantique par une augmentation de capital de 110
millions d'euros. Les Chantiers de l'Atlantique, jusqu'alors
détenus à 75% par la société
norvégienne STX Europe et à 25% par Alstom,
seront désormais détenus à 50,01%
par STX Europe, à 33,34% par l'Etat et à
16,65% par Alstom, L'Etat va acquérir une participation
de 33,34% par une augmentation de capital de 110 millions
d'euros. Ce prix sera le cas échéant augmenté
en 2012, en fonction des performances de l'entreprise,
d'un complément d'un montant maximum de 83,3
millions d'euros ».
Comme
le prévoit le protocole de juin 2008, la minorité
de blocage acquise par l'Etat lui ouvre des droits étendus
sur les décisions critiques, qu'il s'agisse du
management ou des grandes évolutions de l'outil
industriel et du capital de la société.
Lors de la constitution du fonds stratégique
d'investissement dont le président de la République
a annoncé la création, l'État apportera
sa participation dans les Chantiers de l'Atlantique
(STX France) en dotation au fonds.
Selon
la ministre des Finances, cette opération illustre
la volonté de l'Etat d'être immédiatement
un actionnaire clé aux côtés de
STX et de soutenir fortement et dans la durée
le développement des chantiers de l'Atlantique.
Il
semble que l'Elysée ait voulu dans la perspective
de la crise économique grandissante sécuriser
l'assise financière du groupe. Ceci d'autant
plus que les Chantiers de l'Atlantique sont en conflit
depuis quelques semaines avec l'un de leurs clients,
l'armateur Norwegian Cruise Line (NCL) : la construction
d'un des deux paquebots commandés est pour l'instant
suspendue, ce qui a contribué à rendre
la situation plus tendue, même si les Chantiers
ont bénéficié cet été
de la commande de deux nouveaux bateaux par MSC.
Pillage
industriel?
Mais
les syndicats de l'entreprise ne sont pas rassurés
pour autant. Ils évoquent un évènement
autrement plus grave, qui se serait produit il y a quelques
jours ou semaines : la compétence des chantiers
dans le domaine du transport par méthanier de
gaz naturel liquéfié aurait été
entièrement reprise par les Coréens, privant
les Chantiers d'un de leur fleuron, sur lequel pourtant
Nicolas Sarkozy avait mis l'accent lors de sa visite
à St Nazaire alors qu'il était en campagne
électorale.
Nous
n'avons pas d'informations précises sur les conditions
dans lesquelles se serait produit ce véritable
pillage industriel. En tous cas, si l'information était
exacte, il ne resterait plus aux Chantiers de l'Atlantique
que la compétence en matière de paquebots
de luxe – sur laquelle d'ailleurs les Coréens
ont aussi des visées. Mais apparemment ils ont
préféré s'assurer en priorité
du savoir faire très spécial en transport
de gaz liquéfié, filière autrement
plus porteuse aujourd'hui que celle des paquebots.
Rappelons
– ceci n'ayant apparemment rien à voir
avec cela – que les Chantiers ont enregistré
ces derniers mois divers problèmes avec les navires
méthaniers commandés par Gaz de France.
Gaz-de-France-Energy , le méthanier de 74.000
m3 qui devait être livré fin 2004 ne l'a
été que deux ans après, ayant rencontré
des problèmes d'étanchéité.
Par ailleurs, alors que GDF et Sonatrach viennent de
signer d'importants accords concernant notamment la
livraison de gaz algérien via Medgaz, le Provalys
(photo), le plus gros méthanier du monde, d'une
capacité de 153 500 mètres cubes, appartenant
au groupe Gaz de France, sorti en novembre dernier des
chantiers de Saint-Nazaire, a connu une avarie lors
de sa première traversée. Un incident
survenu sur l'axe de l'hélice du méthanier
a obligé le Provalys a décharger sa cargaison
en Espagne, à Sagunto, avant de se diriger à
vitesse réduite pour réparation sur Marseille.
Les
Coréens, très avertis de la qualité
des compétences françaises dans la filière
des méthaniers, ne se seraient donc pas laissés
arrêter par ces problèmes techniques dans
leur volonté de récupérer à
leur profit le savoir-faire des Chantiers de l'Atlantique
Les syndicats, et nous avec eux, souhaiteraient savoir
comment vont réagir les actionnaires publics
face à ces évènements, s'ils sont
exacts.
*
Lire notre article précédent http://www.pan-europe.org/article.php?article_id=315&rubrique_id=5
L’Arabie
Saoudite annonce la construction d’un supercalculateur
commandé à la firme IBM
Jean-Paul Baquiast 28/09/2008
source PCworld
Ce materiel sera de la catégorie des systèmes
dits Petascale. Il s’agira d’un ordinateur
IBM 16 racks Blue Gene /P system doté de 65.536
processeurs à cœur, délivrant 222
Teraflops soit 222 trillions d’opérations
par seconde.
Le centre de calcul qui recevra la machine sera livré
l’été prochain, dans l’enceinte
de la King Abdullah University of Science and Technology
(KAUST), elle-même en cours de construction. Ultérieurement,
le système devrait atteindre la taille de l’hexascale
voire bien au delà.
.
Le calculateur, baptisé Shaleen (soit
Faucon Pélerin), sera utilisé par les
chercheurs de l’université, du Royaume
et du monde entier, pour des travaux dans les sciences
physiques et les sciences de la vie, ainsi que pour
générer des systèmes d’exploitation
et autres programmes évolués.
Le responsible de l’opération, le Dr Al
Ghaslan, explique que son pays qui ne dispose encore
que de calculateurs loués à l’étranger,
souhaite disposer de potentiels autonomes. Les profits
du pétrole lui permettront ainsi de se doter
de capacités scientifiques capables de prendre
le relais des industries actuelles. L’objectif
est d’attirer les meilleurs scientifiques mondiaux.
L’ordinateur
le plus puissant du monde est actuellement une autre
machine IBM installée au Lawrence Livermore National
Laboratory . C’est un système petascale
délivrant 1.026 quadrillions d’opérations
par seconde.
On peut se demander si l’Amérique et l’Occident
en général (Israël compris) font
une bonne opération en laissant l’Arabie
Saoudite acquérir de telles ressources comme
de toute la matière grise qui l’accompagnera.
Surtout quand on sait, comme le fait vient d’être
révélé, que les fondamentalistes
talibans en Afghanistan et eu Pakistan sont abondamment
financés par le Royaume.
Un des premiers utilisateurs du calculateur sera indéniablement
l’Iran. Celle-ci, doté du plus puissant
calculateur actuel de la région, un matériel
utilisant 216 puces Opteron de Advanced Micro Devices,
l’affecte notamment à des recherches nucléaires.
Les Etats-Unis ont interdit aux sociétés
informatiques américaines de commercer avec l’Iran,
mais celle-ci pourra facilement faire sous traiter des
travaux à des sociétés installées
à Dubaï et ailleurs.
Comme quoi, comme dirait Lénine, le capitalisme
tisse lui-même la corde qui le pendra.
Relance
du projet d'ascenseur spatial par le Japon
JPB. 28/09/08
Au
Japon une association nommée la Japan Space Elevator
Association (JSEA) vient de relancer l'idée de
mettre en place un ascenseur spatial. Nous avions précédemment
expliqué le principe de ce projet, dont l'idée
n'est pas nouvelle (voir notamment une brève
d'actuaité dans
http://www.automatesintelligents.com/actu/031031_actu.html
)
Aujourd'hui,
l'initiative qui parait encore parfaitement futuriste
semble repartir de plus belle. La JSEA aurait réuni
des promesses de financement pour la somme (considérable)
de 10 milliards de dollars. Différents colloques
sont consacrés à la question, dans le
monde, au Japon, aux Etats-Unis et même en Europe.
Le concept n'a pas changé: étendre un
câble plat de nanotubes de carbone sur une longueur
de 35.000 km jusqu'à une station orbitale géostationnaire.
Une longeur à peu près équivalente
de câble relierait la station à un contrepoids,
suffisamment lourd pour maintenir l'ensemble rigide
en profitant de la force centrifuge s'exerçant
sur le contrepoids. Des véhicules de type train
à impulsion magnétique relieraient la
station au sol à la station en espace. Différentes
missions spatiales pourraient prendre leur essor de
la station orbitale à des prix de lancement bien
inférieurs à ceux nécessaires pour
l'utilisation de fusées conventionnelles. La
principale difficulté, non encore résolue,
concerne la fibre en nanotubes, dont les spécimens
actuels, bien qu'infiniment plus légers et résistants
que l'acier, n'ont pas encore les propriétés
nécessaires.
Mais
les Japonais semblent décidés à
vaincre toutes ces difficultés, par un effort
conjugué des forces scientifiques et technologiques
du pays. Affaire à suivre...On trouve sur le
web un grand nombre d'articles concernant ce projet,
qui manifestement excite les imaginations...sauf en
France semble-t-il.
*
Article de Wikipedia http://en.wikipedia.org/wiki/Space_elevator#Launching_into_outer_space
* Article de Timesonline http://www.timesonline.co.uk/tol/news/uk/science/article4799369.ece
Le
LHC indisponible jusqu'au printemps
JPB. 25/09/08
A
la grande déception de milliers de chercheurs,
l'exploitation de LHC du CERN a été suspendue
jusqu'au printemps, des fuites d'hélium ayant
été détectées dans le système
de refroidissement des centrales magnétiques.
Ce sont des choses qui arrivent. Restons philosophes.
*
Communiqué du CERN
http://press.web.cern.ch/press/PressReleases/Releases2008/PR10.08E.html
Dérive
judiciaire en Inde
JPB. 25/09/08
En
juin dernier, à Pune, dans l'Etat de Maharashtra,
un juge a pour la première fois au monde condamné
à la prison à vie une personne accusée
de meurtre en produisant un scanner de son cerveau prétendu
démontrer que l'accusé connaissait les
circonstances du crime et y avait donc participé.
Il s'agissait d'un élctroencéphalogramme
supposé enregistrer les changements manifestés
par des ondes cérébrales lorsque les détails
du crime étaient décrits à l'accusé,
lequel niait sa participation. Les réactions
de son cerveau, notamment à l'évocation
d'odeurs et de sons, révélaient selon
les experts que sa conscience, ou son subconscient (?)
avait gardé des souvenirs de la scène.
Le
logiciel utilisé pour cette expertise hautement
controversée (Brain Electrical Oscillations Signature
test) a été écrit par Champadi
Raman Mukundan, un neuroscientifique de Bengalore ayant
précédemment dirigé le National
Institute of Mental Health and Neuro Sciences de cette
ville. Il s'appuie sur des méthodes développées
par des scietnifiques américains, notamment Emanuel
Donchin, Lawrence A. Farwell et J. Peter Rosenfeld.
On
s'étonne que l'Inde, pays (sans doute à
tort) considéré comme empreint d'éthique
et de pondération, encourage de telles pratiques.
Outre le fait qu'elles risquent de multiplier les erreurs
judiciaires, elles ne vont en rien rendre populaire
les méthodes d'exploration fonctionnelle des
contenus cérébraux, pourtant pleines d'avenir
pour comprendre ce qui se passe dans cet organe.
*
Brain Electrical Oscillations Signature test. Article
http://www.technovelgy.com/ct/Science-Fiction-News.asp?NewsNum=1876
Convergence
08
Les
15-16 novembre 2008, à Mountain View, California.
Convergence08 examinera les perspectives les plus révolutionnaires
ouvertes par la convergence des NBIC (Nano-Bio-Info-Cogno).
Convergence08 ambitionne d'être le premier forum
consacrés à des débats, notamment
éthiques, sur ces questions.
On voit que malgré tous les prophètes
de la crise économique et du chaos apportés
par les sciences émergentes, il reste encore
beaucoup de personnes pour y croire et y investir. Nous
parions que ce sont elles qui auront le dernier mot.
*
http://www.convergence08.org/
Intervenants http://www.convergence08.org/speakers/
Retour
au sommaire