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Politiques économiques
L’Europe
face à la crise. L’encéphalogramme plat.
par Jean-Paul Baquiast 24/01/2009
Nous
présentons ici, pour l’information de nos lecteurs,
en espérant ne pas avoir déformé sa
pensée, un extrait de l’entretien donné
au Figaro le 23 janvier par Henri Guaino, conseiller spécial
de Nicolas Sarkozy. Il y évoque la crise actuelle
et trace les contours d'une réforme du capitalisme,
estimant que celle-ci constitue la « politique de
civilisation dont a parlé l’an dernier le chef
de l'État ». Nous estimons que, si certains
des postulats de cette politique sont bons, beaucoup d’autres,
bien plus importants, manquent ou ne sont pas acceptables.
Ce n'est pas selon nous d'une réforme du capitalisme
dont nous avons besoin, mais d'un retour aux économies
mixtes et aux services publics qui ne peuvent pas s'inspirer
de la logique capitaliste. De même, s'en prendre au
protectionnisme ne se justifie pas, car la concurrence libre
mondiale signe nécessairemetn la mort de toute intervention
publique. Il faut donc du protectionnisme, mais conçu
au niveau européen. Ce qui suppose une réforme
profonde de l'Union européenne, dont Henri Guaino
ne parle pas - ce qui compromet la portée de l'ensemble
de sa déclaration.
Sans doute est-ce pour ce manque de vision, tant de la part
de la France que des autres Etats européens, que
les mesures actuellement décidées paraissent
désespérément en dessous de ce qui
serait nécessaire. Nous en donnons quelques exemples
dans la seconde partie de cet article, exemples plus explicites
qu’un long discours théorique.
I. Henri Guaino
Le conseiller spécial concède que la crise
actuelle est la plus grave connue depuis la grande dépression
des années trente. « Nul ne peut dire combien
de temps elle durera. Qui sait exactement ce qu'il y a dans
les bilans des banques du monde entier, ni jusqu'où
peut aller l'engrenage de la récession ? Mais les
comparaisons sont difficiles parce que cette crise a quelque
chose d'unique : c'est la première crise de la mondialisation
».
Face à cela, quels remèdes envisage le gouvernement
? « S'il s'avère nécessaire de faire
plus que le plan de relance qui vient d’être
voté, le gouvernement le fera. Mais la relance par
la consommation serait une erreur économique. Le
pouvoir d'achat distribué servirait surtout à
acheter des produits importés. La stratégie
de relance par l'investissement, qui entraîne à
la fois l'offre et la demande, est la plus adaptée,
la plus efficace et la seule qui ne sacrifie pas le long
terme au court terme ».
L'État a choisi d'augmenter sa dette. « Il
n'y a pas d’autres choix. Dès lors que le système
financier n'est plus en mesure de mobiliser l'épargne
pour financer l'économie, il faut bien que les États
et les banques centrales le fassent. Comme tous les gouvernements
du monde, le gouvernement français emprunte pour
financer l'économie. ..Emprunter pour investir est
nécessaire, soit pour prendre une participation dans
une entreprise qui a un fort potentiel mais qui traverse
un moment difficile, soit pour placer des fonds dans les
banques pour qu'elles puissent continuer à prêter.
Mais pour cela il vaut mieux emprunter à long terme.
Or les épargnants ne veulent plus que des placements
liquides. Il n'est donc pas exclu que de plus en plus d'États
aient de plus en plus de mal à se financer à
long terme à un coût raisonnable. Et ce d'autant
plus que les excédents des pays prêteurs qui
servaient à financer les déficits des pays
emprunteurs sont appelés à fondre du fait
de la réduction de leurs débouchés
et de la nécessité de relancer leur croissance
interne. Ce sera certainement le cas de la Chine dont on
sait la part qu'elle a prise au financement des déficits
américains. Cette réduction des capacités
d'endettement au fur et à mesure que la crise accroît
les besoins de financement pourrait être l'une des
causes d'un retour futur de l'inflation à travers
un recours de plus en plus massif à la création
monétaire ».
.
« Mais nationaliser toute l'économie n'est
pas un objectif. Le gouvernement s'est fixé une ligne
de conduite qui paraît saine : si l'État intervient
pour sauver une entreprise ou une banque en faillite, il
en prendra le contrôle comme cela a été
le cas pour Dexia. C'est ce qu'ont fait les Anglais et les
Allemands ».
« Il est certain que le modèle du capitalisme
est en crise, sinon celui du capitalisme tout entier, du
moins du capitalisme financier. Car c'est bien lui qui est
en crise sur toute la planète avec son obsession
de rendements exorbitants à court terme, sa dilution
du risque et de la propriété, sa course effrénée
au levier d'endettement, sa confiance aveugle dans les marchés
qui ont toujours raison, l'argent qui va à l'argent,
l'État minimum… En réalité, ce
capitalisme financier est le contraire du vrai capitalisme
».
« Lors du prochain G20 à Londres, il faudra
mettre en place des règles du jeu économique
qui rétablissent l'équilibre entre le capital
et le travail. Dans ce nouveau jeu économique, l'État
a un rôle plus grand à jouer. Dans toutes les
grandes avancées du capitalisme, l'État a
été présent, Mais il s'agit de savoir
quel État on veut. Ce que nous voulons, c'est un
État qui entreprend, qui investit, qui innove, qui
instruit, qui protège. Ça n'a rien à
voir avec le vieil État social-démocrate,
redistributeur et bureaucratique.
« En attendant, il faut continuer les réformes.
Quand tout change, ne pas changer serait une faute. L'éducation,
la formation, la recherche, la santé, la participation,
la fiscalité, il y a beaucoup à faire encore
pour que la France trouve sa place dans le monde d'après
la crise et pour accélérer la sortie de la
crise ».
« Refonder le capitalisme, c'est une politique de
civilisation ! La crise rend de nouveau libre, en même
temps qu'elle impose d'imaginer, de penser, d'inventer.
Le modèle économique de demain sera moins
patrimonial, moins fondé sur la rente, sur l'endettement
et davantage sur le travail. Il sera sans doute un peu plus
proche du modèle des Trente Glorieuses que celui
des deux dernières décennies. Il sera aussi
plus orienté vers la croissance intérieure
que vers la croissance extérieure. Dans le meilleur
des cas, la croissance sera plus durable et il y aura moins
de déséquilibres dans la mondialisation, moins
d'excédents pour les uns, moins de déficit
pour les autres. …Mais on peut aussi avoir le pire
si le chacun pour soi l'emporte, si le protectionnisme triomphe.
On peut se réveiller avec des nationalismes économiques
agressifs, des guerres commerciales, monétaires,
avec, derrière, la montée du populisme. Conjurer
ce risque, c'est le grand défi auquel va se trouver
confrontée la politique dans les mois et les années
à venir ».
II.
Des mesures désespérément
en dessous de ce qui serait nécessaire
En voici quelques exemples significatifs. Pour plus de précisions
concernant l'arrière plan de ces mesures, nous renvoyons
à notre Manifeste anti-crise dont les principales
propositions demeurent d'actualité.
http://www.automatesintelligents.com/edito/2008/oct/manifesteanticrise.html
Financer prioritairement la science
.
C’est ce que se prépare à faire l’Amérique.
Nancy Pelosi, speaker de la Chambre des Représentants,
vient d’expliquer dans une interview à la télévision
que la reprise des investissements dans la recherche scientifique
sera l’une des priorités du nouveau plan américain
pour relancer l’économie. Dans l’enveloppe
globale de $825 milliards dorénavant retenu par le
président Obama, 10 milliards soutiendront la recherche
de base et la remise à niveau des laboratoires, 8
milliards financeront des prêts permettant de développer
les projets d’énergie renouvelable, 6 milliards
les réseaux à large bande et 48 milliards
la modernisation des écoles et des universités.
Nous pensons que le plan de relance américain pourrait
faire mieux, et qu’il fera effectivement mieux, car
dans le cadre de la relance, les grandes entreprises constituant
le lobby militaro-industriel consacreront davantage de fonds
propres à la recherche fondamentale et appliquée
: aéronautique, espace, télécommunications,
biotechnologies…Mais l’essentiel est le fait
que la nouvelle administration met enfin l’accent
sur la priorité à donner aux recherches et
qu’elle dégage des crédits pour ce faire.
En France, nous en sommes loin. Aucun dirigeant politique
ne parle concrètement de ce thème. Nicolas
Sarkozy, manifestement, n’y comprend rien et par conséquent
ne s’y intéresse pas. L’opposition socialiste
ne fait pas mieux, qui le mentionne sans insister dans son
propre plan de relance. En attendant, sous couvert de la
« réforme » envisagée par Henri
Guaino, on continue d’affaiblir le CNRS et les autres
établissements publics de recherche, sans pour autant
relancer les laboratoires universitaires et les recherches
privées. En Europe, on ne fait pas mieux. L’opinion
serait pourtant favorable, selon une récente enquête,
à l’augmentation du budget communautaire consacré
à la recherche, de préférence aux autres
dépenses.
(http://ec.europa.eu/public_opinion/archives/eb/eb70/eb70_en.htm)
Reconvertir sans délais l’économie
dans la lutte contre le changement climatique et ses conséquences
C’est
ce que demande Nicholas Stern (New Scientist, 24 janvier,
p. 26), auteur du célèbre « Stern
Report » de 2007 qui chiffrait les coûts
du réchauffement climatique en les rapprochant de
ceux des mesures destinées à lutter contre
celui-ci. Aujourd’hui, Sir Nicholas, conseiller scientifique
de Gordon Brown et président de l’Institut
de recherche Grantham sur le climat et l’environnement,
estime que, face à une crise mondiale sans précédent,
la révolution technologique permettant d’envisager
une croissance soutenable à basse consommation de
carbone s’impose plus que jamais. Les émissions
de gaz à effet de serre ne cessent d’augmenter
au lieu de se stabiliser, les capacités d’absorption
de la planète diminuent encore plus vite et les risques
du réchauffement se précisent beaucoup plus
rapidement que prévu. Tout ceci sans prendre en compte
les possibilités d’emballement du réchauffement,
qui sont elles-mêmes de plus en plus probables.
Les
mesures nécessaires pour contrer ces risques ne coûteraient
annuellement que 2% du PNB mondial. Elles pourraient être
aisément prises en charge par les nations industrielles
du monde, d’autant plus que le recours à de
nouvelles technologies diminuerait sensiblement les charges.
La réunion de Copenhague prévue en décembre
2009 des membres de la Convention des Nations-Unies sur
le changement climatique pourrait être essentiellement
consacrée à en décider. Encore faudrait-il
que les gouvernements concernés s’engagent
plus qu’ils ne le font actuellement.
La
crise économique actuelle constitue une occasion
exceptionnelle pour consacrer l’essentiel des plans
de relance aux dépenses de recherche et développement
nécessaires à obtenir les techniques et produits
permettant d’économiser le carbone. Les domaines
où investir sont désormais bien connus, notamment
dans le logement, les véhicules verts, les énergies
renouvelables, l’agriculture soutenable, etc. Les
processus de financement sont également bien connus.
Il ne reste plus qu’à vouloir.
NB:
Ce texte judicieux appelle une question. Quel gouvernement
prendra aujourd’hui la décision de provoquer
la véritable révolution des esprits qui serait
nécessaire pour mettre en œuvre de telles orientations
? En matière de relance, ce serait pourtant la principale
sinon l’unique solution permettant d’investir
avec une certitude de retour sur investissement à
terme de 5 à 10 ans environ. On verra ce que décidera
de faire Barack Obama à ce sujet, et s’il sera
capable de se dégager de la pression des industriels
traditionnels. Ce que l’on peut constater, c’est
qu’en Europe, nul Chef d’Etat, même pas
Gordon Brown, ne propose concrètement de tels projets.
Les groupes de pression bancaires et industriels hostiles
au changement continuent à dominer la scène.
Nicolas Sarkozy, qui là encore montre son ignorance
profonde de ces enjeux, se borne à changer de secrétaire
d’Etat à l’environnement. Quant à
Henri Guaino…
La
guerre du gaz
Nous
ne referons pas l’histoire de la guerre du gaz qui
a vu s’affronter les intérêts ukrainiens
et russes, sous le regard intéressé des groupes
de pression atlantistes et américains qui comptaient
sur l’échec des négociations afin de
forcer les « vieux européens » à
durcir leurs relations avec la Russie. (Voir
à ce sujet un article de M K Bhadrakumar dans Asia
Times. Le terme de Vieux Européens est utilisé
par certains chroniqueurs non européens pour désigner
l’Allemagne, la France et l’Italie qui s’étaient
opposés plus ou moins fermement aux visées
impérialistes américaines depuis la guerre
d’Irak.
http://www.atimes.com/atimes/Central_Asia/KA17Ag02.html).
Il
est probable que la guerre du gaz, apparemment calmée
aujourd’hui 24 décembre, repartira un jour
prochain. Ce que nous avons par contre pu constater fut
l’incapacité totale de la présidence
tchèque de l’Union européenne à
jouer un rôle quelconque dans la négociation.
Tel un bourdon agité par des vents contraires, le
président tchèque de l’Union s’est
fait ballotter de nombreuses fois entre Prague, Bruxelles,
la Russie et l’Ukraine sans avoir jamais réussit
à faire entendre sa voix. Mais qu’aurait-il
pu dire vu son incompétence ?
L’occasion
pourtant était belle de jeter les bases d’une
politique énergétique commune de l’Union,
sans laquelle aucune relance des économies européennes
ne sera possible. Nous en avons plusieurs fois esquissé
les grandes lignes sur ce site. Mais manifestement Vaclav
Klaus et Mirek Topolánek ne nous lisent pas. Quant
à Nicolas Sarkozy, il était ailleurs.
L’Airbus
A 400 M et la difficulté à mener des programmes
industriels européens
Les
bruits les plus divers courent actuellement sur les difficultés
rencontrées par le programme européen A400M,
gros porteur militaire destiné à remplacer
le Transal français et autres C.130 américains
loués. Les problèmes techniques évoqués
par le consortium industriel chargé de la réalisation
des moteurs se conjugueraient avec les divergences des gouvernements
quant aux spécifications de l’appareil, aux
crédits à y affecter et même à
la volonté réelle d’aboutir. Beaucoup
seraient très heureux d’en revenir à
un choix américain bien conforme à une mentalité
atlantiste qui a jusqu’ici paralysé les volontés
de défense européenne.
Faisons
ici un point rapide sur l'état du programme. Les
différentes phases peuvent en être analysées
ainsi:
1/
Mettre d'accord sur un besoin opérationnel commun,
sur le volume des commandes de chaque partenaire découlant
directement des capacités budgétaires de chacun,
sur des calendriers d'équipement compatibles, huit
pays dans ou hors de l'Union Européenne, dans ou
à moitié dans l'OTAN.
2/ Cet accord de principe étant acquis, trouver un
dénominateur commun pour la définition du
matériel, compte tenu des spécificités
d'emploi (décollage et atterrissage courts, capacité
d'emport tactique et stratégique important, rayon
d'action élevé) et de soutien logistique propres
à chacun des partenaires.
3/ Après avoir défini les grandes lignes du
besoin à satisfaire, choisir dans des conditions
acceptables de concurrence le maitre d'oeuvre industriel
capable de tenir les exigences techniques du projet et les
prévisions de coût et de délais, puis
d'assumer la maintenance de l'équipement pendant
une durée de vie de plusieurs décennies.
4/ Parer aux imprévus qui sont de rêgle dans
tout projet industriel, quelqu'il soit. Il faut réellement
n'avoir aucune connaissance des difficultés à
surmonter dans la conduite d' un grand projet industriel
pour penser que tout s'y déroule comme à la
parade.
Pour l'A400M , la 1ère phase a été
particulièrement difficile et marquée notamment
par les remises en cause du parlement Allemand sur le nombre
d'appareils à commander.
La 2ème phase a été marquée
par l'adoption d'un compromis entre les contraintes d'emploi
au niveau tactique (atterrissage sur terrains de fortune)
et la nature stratégique du besoin opérationnel.
La 3ème phase a abouti à la conclusion du
marché auprès d'EADS dont il faut rappeler
qu'il est actuellement considéré par les professionnels
comme le leader mondial de l'aéronautique, devançant
notamment Boeing, ce qui ne veut pas dire pour autant que
tout lui est simple. Si cela était, il n'aurait pas
accusé de retard sur l'industrialisation de l'A380,
rencontrant exactement les mêmes difficultés
techniques de câblage que Boeing pour le B 787
La 4ème phase est marquée par des difficultés
techniques en matière de propulsion. On a retenu
le principe du turbopropulseur pour satisfaire les besoins
tactiques. Ce nouveau moteur s'avère plus long à
mettre au point que prévu, ce qui n'a là rien
d'anormal. Rappelons que la maîtrise d'oeuvre du programme
est confiée à EADS, laquelle constitue, en
dépit de la crise qui l'a secouée et des tiraillements
franco-allemands que certains se plaisent à rapporter
avec exagération, un exemple relativement réussi
d'intégration européenne. C'est le moteur
de l'A400M qui est l'objet d'une réalisation en consortium
entre Rolls-Royce, Safran et MTU.
Regrettons
seulement que Nicolas Sarkozy, qui avait voulu faire de
la défense européenne et qui veut encore faire
de la relance industrielle une de ses priorités,
devrait prendre clairement la parole pour rappeler ce qui
précède. Son énergie débordante
aurait là un bon domaine dans lequel s'exercer.
Qu’attend l’Europe pour créer
de la monnaie afin de financer ses investissements à
long terme ?
Nous
avons plusieurs fois expliqué qu’au lieu de
s’échiner à attirer des épargnants
acceptant de prêter aux Etats, à court terme
mais cependant à des taux de plus en plus élevés,
les gouvernements européens devraient décider
de créer les milliards d’euros dont ils auraient
besoin pour financer les investissements scientifiques et
industriels seuls à même de relancer leurséconomies
sur des bases saines. Nous avions évoqué il
y a quelques mois un plan de création de monnaie
en vue d’investissements qui pourrait se chiffrer
à 400 milliards par an et se développer sur
10 à 15 ans. Les banques européennes ne peuvent
évidemment pas s’engager dans de telles opérations,
vu l’état de leurs bilans et leurs stratégies
égoïstes. Ce ne sera pas en les « nationalisant
» (selon la formule dite de l’Unioniation) que
les Institutions européennes ne disposant que d’un
budget européen exsangue pourraient le faire. Quant
à la Banque centrale Européenne, on ne l’imagine
pas cherchant à placer sur les marchés monétaires
dépendant d’économies non européennes
elles-mêmes en crise, l’équivalent de
telles sommes sous forme de Bons du trésor européens
(eux-mêmes aujourd’hui virtuels).
La
question n'est pas simple et l'on traitera de démagogique
et irréaliste l'idée défendue ici qu'il
convient de faire marcher la planche à billet afin
de créer des euros. C’est pourtant ainsi que
les opérations de la deuxième guerre mondiale
avaient été financées. Mais à
l’époque, vu la destruction des circuits de
production, aucune contrepartie économique ne pouvait
venir contrebalancer la création de monnaie. Il en
a donc résulté une inflation générale
et la volatilisation de ce qui restait d’épargne.
Un tel risque ne menace évidemment pas l’économie
européenne. Quand à une éventuelle
dépréciation de l’euro sur le marché
des changes, ce serait plutôt une bonne chose.
Il
faudrait seulement que les dépenses financées
par la création de monnaie, c'est-à-dire les
prêts aux industriels publics et privés adéqats,
soient gérées intelligemment, en ménageant
les susceptibilités des Etats, mais sans céder
aux pressions démagogiques. Revitaliser le Fonds
européen d’investissement ou créer tout
autre Fonds à cette fin serait sans doute nécessaire.
Mobiliser en permanence les opinions et les forces économiques
le serait aussi, d’où la nécessité
de mettre en place sans attendre un gouvernement économique
fort de l’Europe. On dira que de proche en proche,
une telle politique conduirait à une réforme
profonde du capitalisme industriel, voire à un retour
en force du colbertisme. Mais n’est-ce pas ce que
tout le monde estime nécessaire aujourd’hui
?
Il
est étonnant que, dans la course au « tout
à l’égo » qui caractérise
actuellement nos gouvernants, comme d’ailleurs les
chefs de leurs oppositions, aucune de ces brillantes personnalités
n’ait encore osé proposer un tel programme.
Sans doute serait-ce au-delà de leurs compétences
économiques – ou de leur courage politique,
car ils devraient affronter pour ce faire beaucoup de lobbies
économiques dont le poids dans la formation des majorités
politiques est considérable.