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Géostratégie. L'US Air
Dominance à l'heure de la crise et de BHO
par Jean-Paul Baquiast, 16/01/2009
La
domination aérienne des Etats-Unis, imposée
au reste du monde par leurs industriels et par le Pentagone,
est indispensable à la survie de l'Empire. Elle sera
aussi désastreuse pour l'Europe que la domination
financière et économique américaine
qui se poursuivra sous des formes renouvellées. Barack
Obama se gardera bien d'y toucher.
Dans
les deux articles cités ci-dessous en référence,
notamment le premier, Philippe Grasset, spécialiste
incontournable des stratégies aéronautiques,
montre bien comment le programme du Lockheed Martin F35
dit Joint Strike Fighter, a été conçu
par le Pentagone et par l'industriel Lockheed Martin pour
imposer au reste du monde et sur le demi-siècle à
venir la domination technologique et stratégique
américaine. Le coût du programme est globalement
inévaluable, car il dépend en partie de l'importance
des commandes comme des modifications de spécifications
et des retards de livraisons. Mais il dépassera les
300 milliards de dollars au plus bas.
Le
F 35 a été conçu, selon l'expert américain
(relativement) indépendant Bill Sweetman, cité
par Philippe Grasset, comme visant à assurer aux
Etats-Unis le monopole des avions de combat et donc la maîtrise
de l'air ad eternam. Il doit signer la mort des programmes
des industriels américains concurrents et surtout
de ceux des « alliés ». Ceux-ci, Inde,
Suède, Grande Bretagne, France se sont efforcés
de maintenir des capacités industrielles en propre,
notamment, en Europe, avec l' Eurofighter Typhoon, le Gripen,
le Rafale. Mais ils devront s'incliner devant le «
système F 35 » et ils devront quitter le marché
avant 2020.
Le
caractère « unique » du F 35 tient d'abord
à l'intégration des processus de planification
et de production. Lockheed Martin contrôlera toutes
les améliorations et modifications de l'appareil,
sans que les acheteurs puissent avoir la moindre marge de
négociation. Au plan de l'emploi, il est également
« unique » du fait de son système d'information.
On sait que dans la « netwar », l'avion individuel
comme son pilote sont indissociables de l'environnement
des réseaux d'observation et de commandement au sein
desquels ils opèrent. Tout repose en ce cas sur l'électronique.
Or celle-ci, dans le cas du F.35, est entièrement
propriétaire (spécifique). Les sous-systèmes
automatisés gérant la logistique, par exemple,
transmettront en continu les informations opérationnelles
à la base militaire de Fort Worth (http://www.globalsecurity.org/military/facility/ft-worth.htm
). On ne voit donc pas comment les acheteurs étrangers
pourraient utiliser l'appareil sans un soutien permanent
et direct des Etats-Unis.
Qui
dit soutien dit évidemment contrôle, allant
jusqu'au plus petit détail. Ceci va loin, en ce qui
concerne l'indépendance de l'Europe. Comme l'indique
Philippe Grasset, dans ce domaine majeur de la souveraineté
qu'est l'aviation de combat, les Européens, sauf
à se fournir en chasseurs russes, dépendront
entièrement d'un système politico-militaire
prédateur. La dépendance sera absolue et irrévocable,
tant au niveau technologique et de l'armement qu'aux niveaux
politiques et de l'organisation. Il est intéressant
de comparer les armements à la finance. Le «
reste du monde » (ROW) s'y est révélé
prisonnier de la technologie et de l'asservissement bureaucratique
américain. « Les Bear Stearns, Lehman Brothers,
AIG et autres CitiGroup ont manifesté le même
un esprit de piraterie faussaire, de désinformation,
d'argent détourné et de promesses sans substance
qui se retrouve dans l'aéronautique » Les dégâts
seront les mêmes".
Il est donc étonnant de voir comment les opinions
publiques européennes, pilotées par des dirigeants
eux-mêmes conseillés par des « experts
» non indépendants, veulent fermer les yeux
sur ces questions d'armement et acceptent d'engager les
ressources nationales dans des programmes d'achat qui signeront
la fin de ce qui peut rester d'autonomie politique. Le F
35 continue à comptabiliser des “succès”
(Norvège : choix préliminaire; Hollande :
“sélection” de l'avion). On refuse de
voir là l'œuvre des réseaux habituels
déployés par l'industriel, le Pentagone et
l'Otan sous la forme de diverses menaces et pressions. Tous
les pays coopérants s'appuient pour justifier leurs
choix sur les seules informations fournies par le JSF
(F 35) Program Office.
Philippe
Grasset, pour sa part, considère que la baudruche
va se dégonfler, dans ce domaine comme dans celui
de la finance. Il expose les nombreuses raisons qui selon
lui marquent l'échec programmé du système
F 35 comme celles à terme des ambitions américaines
d'Air Dominance (laquelle inclut aussi d'autres vecteurs,
comme les ravitailleurs, Awacs, drones, stations au sol,
etc.). Pour notre part, nous ne le pensons pas. Sous la
forme actuelle ou sous d'autres formes renouvellées,
le système de domination militaire et civil grâce
auquel s'impose l'Amérique ne disparaîtra pas.
Certains naïfs comptent sur Barack Obama pour réformer
l'ensemble de ce système, à commencer par
le lobby militaro-industriel qui est le coeur des stratégies
américaines depuis la seconde guerre mondiale. Nous
ne croyons pas à cette perspective.
Tant
que les USA demeureront une puissance politique, ils auront
besoin de défendre leurs bases économiques
(accès au pétrole, aux matières premières,
aux espaces géographiques stratégiques) et
d'imposer le dollar. Une complète maîtrise
militaire de l'air (et du spatial) leur restera donc indispensable.
Même en situation de crise économique aiguë,
ils n'abandonneront pas leur Air and Spatial Dominance.
De même, un organisme qui perd ses forces réserve
jusqu'au bout son oxygène à son coeur et à
son cerveau.
Il
serait donc plus que jamais nécessaire que les Etats
européens réagissent, s'ils ne veulent pas
rester sous la domination américaine, alors que celle-ci
est en train de les entraîner dans sa chute. Ils devraient
notamment renoncer à soumettre ce qui leur reste
d'industries aérospatiales et d'armement au pouvoir
technique et intellectuel exercée par le Pentagone
via l'Otan et les achats d'armes découlant de l'intégration
des forces. Hélas, personne en Europe ne semble l'avoir
encore compris.
Témoin
en est Nicolas Sarkozy dont les propos relatifs à
la nécessité de prendre des distances à
l'égard des Etats-Unis sont illisibles. D'une part
il leur reproche d'avoir été responsables
de la grande crise financière actuelle, d'autre part,
il confirme la réinsertion complète de la
France dans l'Otan. Concrètement, par ailleurs, s'il
fait de grands discours sur la protection de l'industrie
automobile, il oublie de mentionner les industries aérospatiales
et navales françaises ou européennes en pleine
déconfiture. Tant pis pour le Rafale, Galiléo
et autres programmes moribonds. Tant pis pour nous tous.
**
Nous n'avons mentionné ici que l'Air Dominance. Mais
il en est bien d'autres sur lesquelles l'Empire, malgré
ses futures difficultés, continuera à s'appuyer.
N'en citons qu'une seule, aussi importante même si
elle est plus diversifiée et de ce fait moins visible,
c'est celle portant sur les sciences, technologies et applications
des réseaux numériques. Barack Obama est en
train de se doter d'une force de frappe accrue dans ce domaine
essentiel. Là comme ailleurs, l'Amérique tirera
une partie de sa puissance de la démission des autres
acteurs « occidentaux ».
PS: Ajoutons, concernant les risques de subversion industrielle
de l'Europe, que Mme Albright, actuelle conseillère
de Barak Obama, qui avait l'habitude de dire, quand elle
était Secrétaire d'État, que l'OTAN
était le "service après vente" du
complexe militaro industriel américain, préside
actuellement l' "Albright Group, LLC" société
d'investissement dans les hautes technologies destinée
notamment à intervenir en Europe, et dont M. Joshka
Fisher est Senior Strategic Counsel ... Le gauchisme mène
à tout. Mais Michel Rocard ne serait-il pas membre
du Transatlantic Policy Network (http://www.tpnonline.org/)
, groupe de pression (lobbyists) destiné à
influencer l'Union européenne en faveur de l'industrie
américaine.
Notes
Articles de Dedefense
* Sur le F 35
*
Sur l'Air Dominance
Photo:
version F 35 Lightning du système JSF en cours de
développement