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Manifestation
Les entretiens du nouveau monde industriel
2009
Nous
publions ici, pour l'information des lecteurs n'ayant pu
s'y rendre, le programme des Entretiens du nouveau monde
industriel 2009 qui se sont tenus les 26-27 novembre 2009
au Centre Pompidou. Bernard Stiegler et l'association Ars
industrialis, dont nous sommes membre, ont joué un
rôle important dans l'organisation de cette manifestation.
Les problématiques évoquées sont depuis
longtemps au coeur de nos propres publications. Bien entendu,
chacun pourra leur donner des interprétations différentes
de celles proposées lors de ce colloque. Automates
Intelligents 29/11/2009
L'émergence
des technologies de capteurs et d'actionneurs, qui se concrétisent
comme « internet des objets » (internet of things),
et qui enchaînent sur l'immense développement
des technologies de traçabilité qui sont déjà
au cour du modèle économique d'internet, reconfigure
l'agencement du virtuel et du réel tout en rematérialisant
l'information. C'est un nouveau « système des
objets » qui se forme ainsi.
Tout objet humain est technique, et tout objet technique
est inscrit dans un système technique, comme Jean
Baudrillard le rappelait dans Le système des objets
en citant Gilbert Simondon. L'objet industriel devenu systémiquement
communicant, c'est à dire émetteur et récepteur
d'informations - souvent à l'insu de son propriétaire
- , constitue un système d'objets tout à fait
nouveau qui dominera à n'en pas douter l'organisation
industrielle du XXIè siècle, et transformera
les espaces quotidiens publics aussi bien que privés
dans leurs couches les plus profondes aussi bien qu'à
leurs surfaces mêmes.
Jeudi
26 novembre 10h-12h30
1
- Le retour de la matière
Les
dernières décennies ont été
dominées par le développement de ce que l'on
a appelé le « virtuel », que l'on a opposé
au « réel », et que l'on a assimilé
à l'« immatériel ». Cependant,
il n'y a aucune forme sans matière, et l'information
est un état de matière. Avec l'internet des
objets, c'est la matière qui revient au cour des
systèmes d'information. Il n'existe pas d'information
sans supports matériels et réciproquement,
ce qui signifie que le virtuel n'est pas l'opposé
du réel : il en est la possibilité d'apparition
et la profondeur de champ. Un indien Nambikwara projette
dans la forêt amazonienne une virtualité foisonnante
par laquelle ce milieu hostile est pour lui non seulement
habitable, mais familier, constituant en cela sa réalité
quotidienne. Un espace urbanisé est un réseau
de rues, c'est à dire d'objets urbains nommés
et en cela « étiquetés » et «
virtualisés ». L'internet des objets communicants
consiste en un étiquettage électronique et
généralisé des objets
industriels qui intensifie la virtualisation du réel,
ce qui signifie qu'il constitue un nouvel espace relationnel
- le virtuel est ce qu'actualisent des relations - où
les objets faisant ainsi système transforment les
relations entre les sujets, au risque parfois de les court-circuiter.
* Introduction,
Alain Seban, Président du Centre Pompidou
* Objets réticulés et hyperobjectivité,
B. Stiegler (IRI)
* Nouveau monde industriel et nouveaux espaces du design,
A. Cadix (ENSCI)
* De l'Internet mobile à l'Internet des Objets :
les enjeux économiques, technologiques et politiques,
B. Benhamou, délégué aux usages de
l'Internet
* Le devenir-média des objets quotidiens, H. Verdier
(Cap Digital)
Jeudi
26 novembre 14h30-16h30
2
- Le nouvel objet industriel
Le nouveau
monde industriel produit un nouvel objet industriel - qui
poursuit sur un autre mode ce que Simondon avait appelé
le « processus de concrétisation » :
ce néo-objet, comme l'appelle Jean-Louis Fréchin,
enregistre des événements, en produit d'autres,
s'agence à d'autres objets agis par des sujets, et
produit ainsi lui-même des « actions »
par le biais d' « actionneurs ». Cet objet communicant
« internetisé » est actif et visible
du fait même de sa matérialité, tandis
qu'il est porteur de qualités nouvelles, informationnelles,
« virtuelles », et qui peuvent demeurer cachées,
échappant au propriétaire de l'objet, et s'activant
à son insu.
Le nouvel objet industriel, qui « s'anime »,
qui « raconte des histoires », tel un objet
d'enchantement, est aussi un redoutable facteur du désenchantement
dont Max Weber et Marcel Gauchet auront donné le
sens historique : le nouveau système des objets,
accentuant les effets déjà très réels
de la traçabilité, paraît pouvoir dissoudre
toute intimité, tout secret, toute singularité.
Autrement dit, l'internet des objets constitue aussi le
carrefour des possibles et des alternatives qui feront le
nouveau monde industriel.
* Designer
les NéoObjets, JL Fréchin (No Design)
* Les usagers dans les nouveaux objets numériques,
Nicola Nova
* Organologie de l'haptique, F. Kaplan (EPFL)
* Stratégie, vision de l'Internet des objets, JL
Beylat (Alcatel Lucent)
Jeudi
26 novembre 17h-19h
3
- Nouveaux standards, nouveaux logiciels et nouvelles infrastructures
pour les néo-objets
Il n'y
a pas d'internet des objets sans capteurs, il n'y a pas
de capteurs sans compatibilité et standards de communication,
etc. L'histoire de la traçabilité des objets,
qui commence avec le code à barres dans les années
1980, entame ainsi une longue histoire qui se poursuivra
avec la nanostructuration des matériaux. La mémoire
des nouveaux objets, comme celle de nos ordinateurs, est
déportée vers les data centers qui la stocke
et la gère selon les modèles du cloud computing.
La normalisation pose cependant la question de savoir si
la rematérialisation peut réintroduire le
modèle de l'industrie des biens d'équipement,
ou si c'est au contraire le modèle internet qui est
appelé à redéfinir toute l'activité
industrielle.
L'enjeu est plus que jamais celui du nouveau monde industriel,
et qui fera bouger le modèle internet lui-même
:
- soit en le soumettant aux logiques d'un contrôle
centralisé, occulte et toujours plus puissant,
- soit au contraire en accentuant son caractère décentralisé
et hautement contributif. Ici, se pose la question décisive
de la définition des standards, de la régulation
et de la transparence de la gestion des données.
* Traçabilité
: histoire et perspectives, Xavier Barras (GS1)
* Le Cloud Computing et l'internet des objets, Ch. Fauré
(Cap Gemini)
* Données ouvertes, données portables, que
partageons-nous sur le Web ?, Valérie Peugeot (Sofrecom)
Vendredi
27 novembre 10h 12h30
4
- Innovation ouverte et objet inachevé
Le système
des néo-objets pourrait-il devenir un vaste Mécano
open source ? On parle désormais de hacking d'objet
(aussi bien que de biosynthèse, sinon de nano-objets),
do it yourself devenant le mot d'ordre en tous domaines
dans ce qui se présente comme une économie
générale de la contribution - où la
valeur d'usage semble faire retour, ou bien faire place
à une valeur pratique non-soluble dans la valeur
d'échange : la valeur de l'objet se construirait
dans ce qui ne serait plus seulement ou sa customisation,
mais bien sa réalisation - au sein de communautés
de praticiens partageant ces réalisations d'objets
aussi bien que les partitions d'objets, ou spimes virtuels,
dont ils sont des interprétations.
Le néo-objet, qui n'est plus le point de départ
conduisant au développement de divers services autour
de lui, est au contraire le point d'arrivée ménagé
par un nouveau type d'industries d'équipements (c'est
à dire d'instruments d'interprétation), dont
l'imprimante 3D est le précurseur, permettant la
concrétisation, dans un espace contributif, de réalisations
qui remettent en cause la notion même de service :
cet hyperobjet est aussi un objet relationnel où
la fonction de production devient essentiellement une fonction
de post-production, et où l'innovation ascendante
devient une open innovation.
* Du
fabless au fablab, le modèle d'innovation de l'internet
appliqué aux objets industriels, Daniel Kaplan, FING
* Hackers, Massimo Banzi (projet Arduino)
* An internet of design object, Julian Bleecker (Techkwondo)
* Les concept de blogjet et de networked object (Adam Greenfield,
auteur de La révolution de l'ubimédia)
Vendredi
27 novembre 14h30-16h30
5
- Les nouveaux agencements d'objets
Une
organologie tactile est apparue avec les objets communicants
dont l'Iphone est le principal représentant, et sur
laquelle enchaîne une organologie haptique qui n'engage
plus seulement le doigt, mais aussi les mains et avec elles
tout le corps et en premier lieu le toucher, aussi bien
qu'une organologie du corps propre, de la cellule familiale
et plus généralement des espaces domestiques
- par des sous-systèmes d'objets à travers
lesquels lesquels s'agencent les secteurs industriels des
biens d'équipement aussi bien que des services et
des opérateurs de réseau : ici se forme un
nouveau système des objets précisément
au sens où Jean Baudrillard pouvait en parler en
1968. Chaussure et Ipod, mais aussi ameublement, livre et
ordinateur, et bien sûr fablabs : un « objet
émancipateur » devient-il ainsi domesticable
? Un nouveau milieu d'individuation psychique et collective
localisé est-il en cours de formation ?
* Du
transit à la reliance : le nouveau paradigme de la
mobilité urbaine, Georges AMAR (RATP)
* Phénoménologie du corps propre et de l'espace
intime réticulés, François David Sebbah
* La question des marques dans le contexte des néo-objets,
Benoit Heilbrunn
Vendredi
27 novembre 17h-19h
6
- L'industrialisation de l'objet transitionnel et la reconfiguration
du temps et de l'espace intimes dans l'interobjectivité
des réseaux
«
Coder le savoir sur les individus », comme le dit
Xavier Guchet dans un style à la fois foucaldien
et deleuzien, tel est à nouveau l'enjeu (comme l'avait
déjà décrit, dans une autre mesure,
et en d'autres temps, Surveiller et punir). Et on peut le
coder :
- pour eux-mêmes, c'est à dire dans une réflexivité
critique de leurs propres pratiques, et de leurs propres
productions objets ou d'agencements entre objets, et à
travers ces objets, entre sujets, aussi bien que dans une
critique des « partitions » (spimes) qui en
sont les capsules virtuelles,
- ou bien à leur insu, en faisant d'eux les hyperconsommateurs
contribuant passionnément et aveuglément à
une forme extraordinairement sophistiquée de servitude
volontaire.
Telle serait peut-être finalement la grande alternative
ouverte par cette « interobjectivité ».
Car si la traçabilité devient permanente,
hors temps de connexion délibérée,
les objets étant eux-mêmes connectés
en permanence, et les réseaux locaux qu'ils forment
assurant au réseau mondial leur « reporting
» objectal, sinon objectif, deux questions seront
ici examinées pour instruire les termes d'une telle
alternative (qui conduiront comme toujours à un compromis)
:
- l'examen d'une histoire de la formation du couple public/privé,
appréhendé d'un point de vue anthropologique,
c'est à dire en extériorité par rapport
à la définition occidentale de cette relation,
et l'examen de la possibilité hypothétique
de sa disparition,
- l'examen de ce qu'il en est de l'intimité aujourd'hui,
et de ce qu'il pourrait en être dans ce réseau
d'objets rapporteurs, au moment où l'on s'interroge
de nos jours sur ce que Roland Gori appelle l'extime.
* L'hyperconsommateur,
Marie-Anne Dujarier
* L'extime, Marie Jean Sauret
* Anthropologie de l'intimité, Jean-Paul Demoule