Le
grand saut
Jean-Paul
Baquiast 12/12/2009
Ce
projet, que France Inter a eu raison d'évoquer dans le
7/10 du 12 décembre, est celui du français Michel
Fournier. Il consiste à réaliser un saut en chute
libre avec un équipement stratosphérique. Le départ
se fera à plus de 40.000 mètres à partir
d'un ballon également stratosphérique. En cas
de succès, quatre records du monde seront battus: record
d’altitude de saut en chute libre; record d’altitude
de vol humain sous un ballon; record du temps en chute libre;
record de vitesse en chute libre.
L'objectif
annoncé consiste à étudier les conditions
selon lesquelles en cas d’incident à une altitude
critique, il serait possible de sauver des astronautes en difficultés.
Initialement financé par la Défense en France
dans le cadre du programme de navette Hermès, le projet
a du trouver d'autres soutiens à l'abandon de ce programme.
Le gouvernement canadien, la Nasa et diverses entreprises l'ont
repris à leur compte.
Michel
Fournier est colonel parachutiste de réserve et sportif
multidisciplinaire de haut niveau. Il a cependant plus de 60
ans. On ne peut qu'admirer le courage dont il fait preuve en
se lançant dans cette aventure. Il est dommage que la
France (voire l'Europe, en l'espèce l'Esa) aient renoncé
à soutenir cette initiative.
Pour
en savoir plus
http://www.legrandsaut.org/index.php
La
divine surprise du Mistral
Jean-Paul Baquiast 11/12/2009
A
un moment ou le navire-école Jeanne d'Arc de la Marine
Nationale Française entreprend sa dernière croisière
avant d'être démoli pour raisons d'économie,
le grand public apprend ce que les marins savaient depuis déjà
quelques années: les bâtiments de projection et
de commandement (BPC) de la classe Mistral, porte-hélicoptères
d’assaut amphibies conçus et fabriqués en
France, sont sans véritables équivalents dans
le monde.
Certes
l'US Navy dispose d'une flotte largement supérieure de
porte-avions de diverses catégories, mais des marines
réputées comme la Royal Navy ou la marine russe
ne peuvent actuellement déployer de tels bâtiments.
Si bien d'ailleurs qu'en dehors de l'intérêt manifesté
par la Russie et sans doute d'autres pays, le gouvernement britannique
a fait connaître qu'il réfléchissait à
remplacer l'acquisition d'un des deux porte-avions actuellement
programmés par celle d'un ou de plusieurs BPC Mistral.
My God, are not we dreaming?
L'Europe
de la défense n'en est pas encore là. Cependant
nous estimons que les médias sont injustement silencieux
à l'égard de ce fleuron de la construction navale
militaire de haute technologie. Il est vrai que ce sont plutôt
des démissions françaises injustifiables, face
à la concurrence asiatique, dans le domaine des navires
de commerce, y compris ceux à forte valeur ajoutée,
tels que les méthaniers, qui suscitent l'indignation
dans les milieux industriels et syndicaux. Les Mistral et autres
Tonnerre ne remplaceront pas ces abandons. Néanmoins
il serait bon de rappeler leur existence à un moment
où les Français s'interrogent sur leur identité:
au moins savent-ils fabriquer de beaux et bons navires.
Nous
comptions nous lancer dans la rédaction d'une étude
détaillé portant sur cet oiseau miraculeux. Heureusement,
Wikipedia y a pourvu. Nous ne pouvons dans ces conditions que
vous renvoyer au long article consultable à l'adresse
ci-dessous: http://fr.wikipedia.org/wiki/Classe_Mistral
Les grincheux verront peut-être dans ce texte un peu de
propagande de la Direction des Constructions Navales. Mais nous
préfèrons encore celle-là au bourrage de
crâne diffusé à longeurs de web par les
avionneurs américains (rappelons l'affaire du ravitailleur
évoquée dans un autre article) et leurs amis atlantistes
européens.
Premier
vol d'essai de l'A400M
Jean-Paul Baquiast 11/12/2009
Présenté
comme une machine à gaz inutile et coûteuse par
les bons esprits européens ne jurant que par l’importation
de matériels militaires américains et l’inutilité
d’investissements en matière de défense
européenne, le prototype de l'avion de transport militaire
Airbus A400M a effectué le 11 décembre au matin
son premier vol à Séville. Il s’agit d’un
gros porteur équipé de quatre hélices,
à finalités aussi bien militaires que pour mener
ces opérations humanitaires. Il succèdera au C-130
"Hercules" et aux C-160 "Transall" en service
en Allemagne, en Belgique, en Espagne, en France, au Royaume-Uni
et en Turquie.
Il a pour la première fois pris l'air pour un vol d'essai
de 4 heures devant un parterre de responsables politiques et
militaires des sept pays clients rassemblés à
l'usine EADS de Séville. Ce premier vol allait également
de pair avec une réunion de responsables des ministères
de la Défense des pays impliqués dans le projet
A400M.
Ces pays ont commandé en 2003 180 exemplaires de l'A400M
(60 pour l'Allemagne, 50 pour la France, 27 pour l'Espagne,
25 pour la Royaume-Uni, dix pour la Turquie, sept pour la Belgique
et un pour le Luxembourg, jusqu'ici dépourvu de force
aérienne) pour un montant initial de vingt milliards
d'euros. La Malaisie en a par la suite commandé quatre
exemplaires. En principe, ces commandes devraient être
honorées.
Le programme a enregistré des dépassements de
délais d’au moins deux ans, et de coûts que
nous ne pouvons chiffrer. Mais une partie de ceux-ci tient à
la volonté des pays concernés de mettre en commun
des moyens industriels et humains peu compatibles au départ.
C’est pourtant le prix à payer pour construire
une industrie de défense européenne. Devant ces
difficultés, certains avaient purement et simplement
proposé d’abandonner le programme, pour acheter
des avons de transports américains. Nous-mêmes,
nos lecteurs s’en souviennent, nous nous étions
demandé si, plutôt qu’abandonner, il n’aurait
pas fallu que la France prenne seule la maîtrise d’ouvrage
et d’œuvre du programme, ce qu’elle aurait
été parfaitement capable de faire. Mais, reconnaissons
le honnêtement, nous avions tort. L’A400M européen,
avec ses moteurs révolutionnaires, n’est pas encore
près d’entrer en service. Mais quand il le fera,
ce sera un grand succès et les difficultés initiales
seront oubliées.
Le
LHC du Cern est désormais le plus puissant collisionneur
de hadrons du monde
Jean-Paul
Baquiast et Christophe Jacquemin - 09/11/2009
Mettant
fin, comme l'indiquent avec beaucoup de modestie les journaux
américains, à la domination des Etats-Unis en
matière de physique fondamentale, le LHC (Grand Collisionneur
de Hadrons) du Cern vient d'accélérer ce 9 décembre
des faisceaux de protons à 1,18 trillions d'électron-volt,
avant qu'ils ne s'écrasent les uns contre les autres.
On est encore loin des énergies maximales recherchées,
soit 3,5 trillions d'électron-volt, mais on s'en rapproche
néanmoins.
Cependant
tout peut encore arriver au sein d'une machinerie aussi complexe.
Les techniciens du Cern avaient dû, il y a quelques jours,
arrêter le collisionneur à la suite de la chute
d'un morceau de pain lâché par un oiseau malveillant
sur un circuit électrique.
Il
s'agit cependant déjà d'un grand succès
des techniciens et scientifiques (dont un grand nombre européens)
qui opèrent au CERN. De nombreuses équipes, selon
nos sources, avaient les larmes aux yeux en constatant la réussite.
Comme quoi la science n'est pas un monstre froid.
Cerveau
minuscule mais grande intelligence
Jean-Paul Baquiast - 29/11/2009
La
taille (poids) du corps d'un animal est une bonne approche
pour prédire la taille de son cerveau. Mais la taille
du cerveau ne suffit pas à prévoir son aptitude
à des comportements dits intelligents selon nos critères.
C'est
ce que confirment des chercheurs du Queen Mary's Research Centre
for Psychology de l'université de Londres et de l'université
de Cambridge. On sait depuis longtemps que des insectes peuvent
compter et discriminer entre des objets différents. Ces
chercheurs montrent aujourd'hui que des opérations
« intelligentes » peuvent être réalisées
avec un nombre limité de neurones. Un cerveau d'abeille
ne pèse qu'un milligramme et contient moins d'un
million de cellules nerveuses. Selon des simulations informatiques
faites par ces chercheurs, un cerveau doté de quelques
milliers de neurones pourrait générer de la conscience.
Quelques centaines de neurones suffiraient à compter.
Si les animaux plus grands ont des cerveaux plus importants,
c'est parce qu'ils ont des corps plus diversifiés
à insérer dans des environnements plus complexes.
Mais cela ne les rend pas nécessairement plus intelligents.
On pourra certes discuter le contenu de ce que ces chercheurs
britanniques donnent à l'intelligence et la conscience.
Ce que les roboticiens devraient retenir par contre, c'est
l'idée que quelques milliers de neurones, convenablement
activés et mis en situation de générer
des réponses intelligentes aux pressions de sélection,
pourraient faire aussi bien que les superordinateurs sur lesquels
certains cherchent à simuler l'intelligence humaine
(voir ci-dessous notre brève relative au projet Blue
Brain). Nous pensons pour notre part qu'à condition
de bien poser les problèmes au départ, comme l'a
fait Alain Cardon, n'importe qui disposant d'un
simple micro-ordinateur avec quelques entrées-sorties
pourrait générer des consciences locales au sein
d'un tel système.
L'internet
des objets, dont on parle beaucoup aujourd'hui, en tirera certainement
des conséquences.
Référence:
http://www.sciencedaily.com/releases/2009/11/091117124009.htm
La
communication bio-photonique
Jean-Paul Baquiast - 27/11/2009
En
dehors des ondes gamma intracérébrales évoquées
dans la brève précédente, un autre type
de communication interne aux organismes vivants aurait été
identifié par des chercheurs américains et russes.
Au sein de cultures de cellules, des cellules isolées
les unes des autres pourraient coordonner leurs processus chimiques
internes en échangeant de photons. Des flux de photons
dans les fréquences optiques et UV paraissent émis
à la fréquence de 10 photons par cm2 et par seconde,
ce qui ne s'expliquerait pas par une activité thermodynamique
normale. De telles émissions pourraient accroître
de 50% la fréquence des divisions cellulaires.
Pour Sergei Mayburov de l'Institut Lebedev de Physique
à Moscou, la communication optique entre cellules serait
un processus standard au sein des plantes et des bactéries.
La photosynthèse avait été expliquée
des 1960 par le fait que les photons entrant dans une cellule
stimulent la création d' « excitons »
ou pairs d'électrons susceptibles de voyager dans
de longues chaînes moléculaires, modifiant la façon
dont celles-ci réagissent avec les autres molécules
présentes dans la cellule.
Mayburov pense que ce processus devrait être réversible,
non limitée à la photosynthèse et utilisée
pour moduler les communications entre cellules. Mais ces hypothèses,
bien que considérées comme très prometteuses,
sont encore difficiles à vérifier. De plus, comment
les cellules distingueraient elles entre les biophotons et les
photons de la lumière ambiante. Enfin comment les émissions
de biophotons pourraient elles être cohérentes,
afin de transporter une information significative.
Il reste que, comme en ce qui concerne la photosynthèse
elle-même, la longue cohabitation qui s'est établie
au long de milliards d'années d'évolution
entre les premières cellules vivantes sorties des ombres
abyssales et la lumière du soleil recèle encore
nombre de mystères prometteurs.
Référence: arxiv.org/abs/0909.2676:
Coherent and Noncoherent Photonic Communications in Biological
Systems
Le
cerveau fait appel à des ondes gamma de fréquences
différentes pour communiquer en interne
Jean-Paul Baquiast - 27/11/2009
Des chercheurs de l'Université norvégienne de
Science et de technologie ont découvert que l'hippocampe,
dans un cerveau de rat, utilise les ondes gammas émises
par diverses parties du cerveau pour focaliser son attention
sur les événements les plus récents en
évitant le » bruit » produit par des évènements
plus anciens précédemment mémorisés.
Ces ondes seraient de fréquences différentes selon
l'âge de l'événement, les basses fréquences
transportant l'information relative aux expériences passées
et la haute fréquence étant réservée
aux évènements en train de se produire. L'hippocampe,
qui joue un rôle important dans la perception de l'espace,
se comporte alors comme un auditeur de radio qui recherche sur
son poste la fréquence des émetteurs qui l'intéressent.
Les chercheurs ont identifié différentes fréquences
d'onde gamma, mais ils n'ont pas encore d'hypothèses
relatives à la façon dont les aires cérébrales
produisent ces ondes et modulent leurs fréquences.
Ils en concluent quoiqu'il en soit qu'ils ont mis
en évidence un mode de connection entre aires cérébrales
et faisceaux de neurones bien plus souple que celui résultant
de connexions physiques à base de neurotransmetteurs.
Ce serait en fait le mode standard de communication interne
dans le cerveau, tout au moins quand il s'agit de ce que
l'on pourrait appeler le traitement de l'actualité.
Il serait intéressant de pouvoir dans ces conditions
se brancher sur les émetteurs, voire sur les récepteurs,
du cerveau pour identifier plus finement les échanges,
voire intervenir dans le trafic, comme le font chez les humains
les « grandes oreilles » de la police. Ceci tout
au moins chez le rat...
Pour en savoir plus
Science
daily : http://www.sciencedaily.com/releases/2009/11/091120000140.htm
Nature
: Laura Lee Colgin, Tobias Denninger, Marianne Fyhn, Torkel
Hafting, Tora Bonnevie, Ole Jensen, May-Britt Moser & Edvard
I. Moser. Frequency of gamma oscillations routes flow of information
in the hippocampus. Nature, 2009; 462 (7271): 353 DOI: 10.1038/nature08573
.
IBM
accusé d'annonces mensongères
Jean-Paul
Baquiast- 28/11/2009
Il faut se méfier lorsque des ingénieurs informaticiens
annoncent avoir réalisé l'équivalent
d'un cerveau de chat, quand ce n'est pas de nourrisson,
en utilisant les ressources d'un ordinateur géant,
fut-il d'IBM. Un curieux conflit vient d'éclater
entre deux groupes de chercheurs travaillant de façon
différente sur un IBM Blue Gene. Un concours avait été
lancé en février 2008 par la National Academy
of Engineering, afin de récompenser le chercheur qui
pourrait le mieux, par ingénierie inverse, simuler une
portion significative d'un cerveau de mammifère.
Début novembre, le chercheur Dharmendra Modha d'IBM
fit connaître au monde entier (nous attendions un peu,
avant d'en faire mention ici, bien nous en a prit) qu'il
venait de simuler l'équivalent d'un cerveau
de chat, ce qu'il présentait comme un pas décisif
dans la simulation du cerveau humain.
Or
dans une lettre ouverte, le chercheur Henry Markram, directeur
du projet Blue Brain mené en collaboration avec du personnel
d'IBM à l'Ecole Polytechnique fédérale
de Lausanne, vient d'accuser de propagande mensongère
cette annonce, indiquant qu'au mieux Modha avait simulé
un cerveau de fourmi. IBM a répondu à son tour,
en mentionnant les universités associées au travail
de Modha, Stanford, Wisconsin-Madison, Cornell, le Columbia
University Medical Center, l'University of California-Merced
et le Lawrence Berkeley National Laboratory. Ceci dit, IBM en
rabat sur l'annonce de Modha, semblant dire qu'il
ne cherche pas vraiment à simuler un cerveau de mammifère,
mais plutôt à améliorer l'efficacité
énergétique et fonctionnelle d'un futur
calculateur reproduisant au mieux les architectures décelées
dans les cerveaux de mammifères.
Ce
recul d'IBM n'a pas empêché Dharmendra
Modha d'obtenir le Prix Gordon Bell à la récente
SC09 Supercomputing Conference. Ce à quoi Markhram a
répliqué que si quelqu'un méritait
un prix, c'était lui. Chez IBM, les chats se battent
entre eux.
Nous
avions signalé le Blue Brain Project de l'EPFL
en son temps (voir http://www.automatesintelligents.com/labo/2007/dec/bluebrainproject.html
) tout en indiquant que cette démarche n'était
sans doute pas la meilleure pour simuler le cerveau. Comment
en effet construire un ensemble hyper-complexe de millions de
cellules en relations synaptiques, fut-il limité à
une minicolonne corticale, lorsque l'on ne sait pas exactement
comment dans la nature ces cellules se connectent et pourquoi
faire ?
* Voir IEEE
http://spectrum.ieee.org/blog/semiconductors/devices/tech-talk/blue-brain-project-leader-angry-about-cat-brain
PS
au 29/11/2009. Alain Cardon nous écrit, en réaction
à cet article:
"La voie suivie par IBM est une
espèce de tromperie car on sait qu'elle est vaine. Le
niveau neuronal n'est pas pertinent pour représenter
ni la pensée calculable, ni la pensée humaine.
Il faut se baser sur une architecture représentant les
actions de groupes neuronaux "significatifs" pour
des caractères idéels (des actions ne sont pas
des objets matériels), agréger ces groupes actifs
selon une voie morphologique dynamique et se baser sur un contrôle
satisfaisant les instances du modèle freudien. C'est
là-dessus que j'ai travaillé et c'est la voie
qui mène à la transposition. Mais IBM est IBM,
une entreprise financière qui opère pour sa fortune.
Ils sont assez mal placés devant Google et les systèmes
comme Linux, et surtout devant les systèmes hyper-distribués.
C'est la fin d'une certaine sorte d'informatique basée
sur les machines, les grosses machines, les réseaux propriétaires."
Retour
au sommaire