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Economie politique
Le plan de relance européen: trop timide et mal conçu
par
Jean-Paul Baquiast et Christophe Jacquemin - 26/11/2008
Face à la crise, le Plan de relance européen
annoncé le 26/11 sera selon nous insuffisant en termes
de montants budgétaires et condamné à
l'inefficacité du fait de ses vices de conception.
En effet, les Etats européens n'ont pas encore accepté
de redéfinir entièrement non seulement le montant
mais surtout les modalités des investissements qui
seraient nécessaires.
La
crise n'est pas seulement financière. Elle est déjà
économique. Elle s'inscrira par ailleurs de plus en
plus dans la grande crise environnementale mondiale, laquelle
interdira de recourir à des formes de relance de la
croissance incompatibles avec la poursuite du protocole de
Kyoto et la protection de la biodiversité. En ce sens,
la crise, entendue comme l'impossibilité de revenir
à la situation antérieure, sera globale et au
moins décennale. Elle va obliger sans nul doute tous
les pays du monde à des réajustements considérables.
Il faudrait tenter de les prévoir sans attendre. Pour
ce qui concerne l'Europe, les gouvernements feraient preuve
de sagesse en ne cachant pas ces réalités sous
un optimisme qui ne trompe plus personne.
Dans
ces conditions, nous sommes obligés de constater que
les mesures dites de relance annoncées par les Européens
seront à la fois insuffisantes sur le plan quantitatif
et inefficaces en ce qui concerne les objectifs et les méthodes.
Sur
le plan quantitatif, un plan de Relance s'élevant à
quelque 200 milliards, tel que proposé par le président
de la Commission le 26 novembre, pour une période maximale
de 2 ans, n'est pas à la hauteur des besoins. Il s'élève
à 1,5% du PIB cumulé des 27 Etats-membres, ce
qui n'est pas comparable, (pour un PIB grossièrement
de même grandeur), aux plans américains, soit
700 milliards de $ de l'actuel Plan Paulson et au moins 800
milliards sur deux ans annoncés par Barack Obama pour
le début de l'année prochaine. Tout laisse penser
d'ailleurs que la future administration américaine
fera beaucoup plus et très vite.
Les prévisions de la NIC 2008 2008 (que nous avons
présentées sur un autre site : http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=179&r_id=)
et confortées par celles du prévisionniste privé
Gerard Celente et du Trends Research Institute (http://www.energy-daily.com/reports/Commentary_Nostradamus_Redux_999.html)
montrent que les fondements mêmes de la société
américaine seront ébranlés dans les deux
prochaines années, avec possibilité de manifestations
sociales très déstabilisantes, sinon révolutionnaires.
Dans ce cadre, le gouvernement fédéral serait
donc finalement obligé d'intervenir encore plus massivement,
notamment par des trains d'investissements publics au profit
des nouvelles technologies et des nouvelles énergies.
A terme de plusieurs années, comme c'est souvent le
cas outre-Atlantique, la puissance américaine pourrait
s'en trouver renforcée.
Concernant
la méthode, devant l'opposition de l'Allemagne à
toute approche globale et face à une Commission incapable
de gérer des politiques économiques, industrielles
et de recherche coordonnées au niveau des 27, les Etats
vont être laissés libres d'affecter les ressources
que leur permettront leurs situations budgétaires à
des investissements divers dont ils garderont la maîtrise.
Les ressources budgétaires propres de la Commission
se limiteront aux quelques milliards non dépensés
du budget 2008. Dans l'ensemble, on privilégiera des
mesures «ciblées, rapides et temporaires»,
autrement dit, très probablement, démagogiques
et finalement inefficaces. On parle déjà en
France d'aides pour l'achat des véhicules neufs invendus.
Pourquoi pas d'aides à la restauration haut de gamme?
Ceci
signifie qu'aucune véritable politique d'investissements
sur le long terme et conçue à l'échelle
du continent européen tout entier ne pourra être
envisagée. Manifestement, les gouvernements ne s'intéressent
pas à de tels investissements car ils ne peuvent
pas générer beaucoup d'emploi à court
terme. Par ailleurs ils obligent à des arbitrages
difficiles entre les pays européens, car tout ne
peut pas être fait partout de la même façon.
On conçoit qu'il est plus facile d'aider dans le
désordre l'immobilier (souvent au profit d'entrepreneurs
douteux) que mettre en place de grands réseaux de
transports européens, qu'ils soient terrestres (ferroviaires)
ou numériques.
Ce
seraient pourtant ces investissements de long terme, conjuguant
recherche fondamentale, recherche-développement et
infrastructures qui seraient nécessaires. Prenons un
exemple rarement évoqué : celui des investissements
en matière de santé publique,
plus particulièrement pour la lutte contre les grandes
maladies et la prévention des futures pandémies.
Un plan européen global, piloté non par les
industries pharmaceutiques ou les corporations, mais par une
Agence européenne travaillant dans la transparence
avec les meilleurs experts disponibles, devrait être
engagé sans attendre. Il s'agirait de doter l'Europe
des différents outils dont elle aura besoin tant en
interne que dans ses relations de coopération, notamment
avec la Russie et l'Afrique. Les retombées économiques
et sociales d'un tel plan seraient considérables. Les
Etats devraient accepter d'y coopérer au lieu de ne
rien faire, ou de se concurrencer stérilement.
La
question de la Dette ne devrait pas se poser
Quant
à la question des limites imposées aux dépenses
publiques par le respect des engagements de Maastricht, nous
avons plusieurs fois fait valoir que la question de la dette
ne devrait pas être posée, si les investissements
nécessaires étaient traités sur le mode
de l'investissement industriel à long terme. Les grands
investissements européens envisagés dans cet
article seront par définition, sauf exception, rentables
à terme de 10 à 5 ans. Ils le seront soit directement,
comme dans le domaine des énergies douces, soit indirectement,
par les économies qu'ils permettront en termes de comptabilité
globale, comme en ce qui concerne les équipements et
produits de santé évoqués ci-dessus.
Ils devraient donc être inscrits dans des budgets pluriannuels,
de 10 à 15 ans en général, au sein desquels
les recettes procurées en fin de période viendront
rembourser les dépenses engagées immédiatement.
Le seul risque qui découlerait de cette façon
de procéder serait un risque inflationniste initial,
de type "physique", au cas où les besoins
en matières premières et main d'œuvre nécessaires
aux investissements excédaient les ressources immédiatement
disponibles. Mais compte tenu de la crise déflationniste
qui s'annonce, ce risque est négligeable. Dans la perspective
envisagée ici, il faudrait évidemment que la
Banque centrale européenne accepte de créer
véritablement de la monnaie (comme l'on disait pendant
la dernière guerre mondiale) et ne fasse pas appel
aux fonds souverains arabes.
On
nous objectera que l'Union européenne ne dispose pas
des Institutions nécessaires pour gérer de tels
programmes, dont les ambitions et les enjeux politiques seraient
tels qu'ils échapperaient à la compétence
juridique et au savoir-faire des institutions communes actuelles.
C'est évident, et c'est bien pourquoi nous pensons
que les pays qui, comme la France, voudraient s'engager réellement
dans des politiques néo-keynésiennes (ou
néo-colbertistes, pour reprendre notre expression employée
dans d'autres articles [voir notamment notre
manifeste anti-crise]) devraient dès maintenant
conjuguer leurs efforts pour mettre en place des coopérations
renforcées, faisant appel à des structures intermédiaires
de type Agence intergouvernementale. Ces dernières,
sous le contrôle des institutions politiques européennes
et nationales, seraient responsables des grands volets des
politiques d'investissement évoquées ici [nous
avons développé précédemment cette
perspective en ce qui concerne la mise en place d'une Agence
européenne de l'énergie].http://www.automatesintelligents.com/edito/2006/nov/edito.html
Si,
poussés par la nécessité, les Européens
acceptaient de s'engager dans la voie préconisée
dans cet article, on pourrait alors parler, non plus d'un
plan de relance, mais d'un véritable plan de développement
· développement durable, évidemment !