Retour
au sommaire
Automates
Intelligents s'enrichit du logiciel
Alexandria.
Double-cliquez sur chaque mot de cette page et s'afficheront
alors définitions, synonymes et expressions constituées
de ce mot. Une fenêtre déroulante permet
aussi d'accéder à la définition du
mot dans une autre langue (22 langues sont disponibles,
dont le Japonais). |
Sur la menace de la bombe EMP
par
Jacques Rivier 28/10/2008
Jacques Rivier est informaticien. Il nous a adressé
cet article, en réaction à celui publié
sur notre site 1)
L'attention
sur le problème est louable car ce dernier est ignoré
du grand public, mais probablement pas uniquement. Par exemple,
il n'existe aucune opinion publique (pour autant que ce
terme corresponde à une réalité) pour
s'émouvoir du encore non-évènement
de l'attaque pourtant dûment préparée
par les États-Unis., Israël et al. – pays
démocratiques - ... contre l'Iran.
Je
me permets quelques précisions et commentaires sur
le sujet, j'en profite pour l'élargir à peine,
commentant une situation mondiale désespérément
chaotique.
Les conséquences de l'explosion d'une bombe EMP 2)
qui détruirait tous systèmes électriques
incluant l'électronique seraient, à mon avis,
un peu plus graves que nous le prétend l'auteur :
« le retour au "XVIIIème siècle
» c'est à dire avant l'ère du machinisme.
Bien que non spécialiste de cyndinique, je crois
que cette présentation est oublieuse de quelques
scories de notre civilisation.
En effet, comment évolueraient les installations
sensibles, disons pour simplifier tout ce qui, dans l'UE,
est placé dans la catégorie « site Seveso
» ? Ces installations requièrent une surveillance
minimum, un entretient voir une maintenance continue; ce
sont entrepôts de matières dangereuses, usines
chimiques produisant de nombreux toxiques ainsi que de fragiles
installations nucléaires.
Il
est très possible qu'après la destruction
des systèmes de régulation et de surveillance,
des outils électroniques et électromécaniques
étant au moins endommagés, se répande
autour des installations toutes sortes de matières
toxiques, qui autant à court terme qu'à très
long terme rendraient la vie humaine, difficile voir impossible.
Pour la chimie, on peut imaginer des rejets de poisons,
'nous' en fabriquons de toutes sortes par milliers de tonnes
chaque année; sans accident majeur ceux-ci se retrouvent
partout dans le milieu ... Pour le nucléaire tel
évènement pourrait devenir rapidement apocalyptique.
Les centrales nucléaires pourraient se mettre à
exhaler des éléments qui rendraient leur voisinage
inhabitable pour des centaines de milliers d'années.3)
La radioactivité totale d'une centrale nucléaire
est considérable; chaque centrale (et tous les établissements
du domaine) recèle des stockages qui doivent être
surveillés-maintenus en permanence en attendant une
certaine décroissance de l'intensité des rayonnements.
De plus, je ne crois pas qu'un coeur de centrale chargé,
puisse supporter un arrêt total prolongé sans
dommages. En plus de ces matériaux en transit, juste
avant ou juste après usage, il faut prendre en compte
les déchets accumulés; des milliers de tonnes
de toxiques déjà produits, dont l'activité
mortifère ne s'éteindra pas pour certains,
avant quelques centaines de milliers d'années ..
Si la plupart des machines ne fonctionnaient plus, si l'électricité
était absente ou rare, je ne vois pas de moyens autre
que la fuite pour ne pas se faire contaminer à mort.
Car qui, avec quels moyens et quelles compétences
saurait intervenir pour éviter des dispersions irréversibles
? Les matières dangereuses seraient donc laissées
à l'abandon et se répandraient inexorablement
dans le milieu. Loi d'entropie. Dans ces conditions, de
grandes zones des territoires touchés deviendraient
plus ou moins rapidement inhospitalières. Ce ne serait
pas le retour au 18ème siècle, mais à
quelques milliards d'années en arrière, quand
la radio-activité naturelle était trop élevée
pour admettre la survie de systèmes vivants complexes.
Je crois que nous avons commis la folie de fabriquer des
machines et des produits, qui en cas d'évènements
graves, guerre, épidémie, météorite,
attentat, rendraient nos territoires invivables pour très
très longtemps aux éventuels survivants. En
fonctionnement 'normal', nous avons réussi à
polluer très gravement notre milieu donc nos organismes;
n'oublions jamais que la prévalence des cancers,
pour ne parler que de ces affections graves, des enfants
augmente de 1 à 1,5% par an – le niveau monte
inexorablement 4) .... La planète, notre unique et
à jamais milieu de vie, est polluée de manière
irréversible aux 'échelles de temps humaines'
!
La probabilité d'occurrence d'un accident majeur,
bombe EMP, guerre atomique, épidémie mondiale,
grave crise économique durable (famine), ... est
très faible, mais non nulle, et l'histoire nous a
appris que malgré toutes les bonnes intentions déclarées
et les mises en garde, le pire peut toujours advenir 5)
.. Non seulement notre capacité à éviter
les catastrophes non advenues n'est pas (peu) prise en compte
dans l'élaboration des décisions, mais encore,
les décideurs ne sont pas ceux qui subissent les
risques. Je construis une usine qui potentiellement peut
tuer les gens alentour 6), mais personnellement je ne risque
rien de cette usine. Ceci est vrai pour toute la chaîne
de décision 7) .
En reprenant maintenant les prémisses de cet article
concernant des risques de violence justifiant des attaques
contre des États dénoncés comme «
ennemis », il faut regarder la réalité
en face. L'approche qui qualifie des "méchants
iraniens" (et autres) face aux "gentils étasuniens"
est le fruit empoisonné d'une histoire facile à
rappeler. En passant, on rapprochera avec jubilation et
inquiétude, ce discours véritablement identique
à ceux de la hiérarchie de l'église
catholique aux siècles passés dénonçant
les hérétiques.
Historiquement 8) , et c'est incontestable, le comportement
des gouvernements des États-Unis (pas exclusivement
bien-sûr, mais ils sont beaucoup beaucoup plus puissants
économiquement et militairement que tous les autres
pays du monde) est essentiellement violent et agressif envers
le reste du monde; il n'est donc pas surprenant que de nombreux
pays en retour, usassent de violences à leur encontre.
Si les étasuniens, disons les occidentaux, ont la
mémoire courte, emportés dans un progrès
oublieux, voir éradicateur du passé 9), il
n'en est pas ainsi de tous les peuples. La politique à
la fois irresponsable et inconséquente de ce pays
et ses valets occasionnels, mènent le Monde à
des catastrophes. De nombreux signes nous montrent que nous
y allons.
Il
est temps de le voir afin de ne plus s'y soumettre.
Comme suggéré ci-dessus, 'nous' avons un comportement
irrationnel face aux risques. Nous ne savons pas évaluer
les conditions et les coûts d'une catastrophe évitée.
Il suffit d'une part de regarder au quotidien les risques
que prennent bien des gens dans leur comportement, et d'autre
part, les statistiques des accidents dus à ce comportement.
Des faits. En se plaçant dans une perspective non
individuelle, mais de groupe, de pays, on retrouve les mêmes
comportements irresponsables, peut-être pour la simple
et bonne raison que se sont les mêmes personnes qui
décident.
Nous n'avons pas encore pris la mesure des risques pour
les populations, car nous n'avons pas encore laissé
aux populations les moyens de les choisir .10) .
En illustration du sujet, je peux prendre l'exemple récent
de l'invasion de l'Irak. La plupart des populations étaient
contre et l'ont fait savoir spontanément et massivement;
souvenons-nous, tous les dirigeants et décideurs
ou presque étaient pour (tant les gouvernements que
les patrons de trans-nationales) ... Pourtant, ce sont d'abord
les populations qui pâtissent pour longtemps de ce
désastre annoncé.
Idem le "néolibéralisme fou" qui
est devenu un féodalisme de quelques fortunes au
mépris des populations ... Accepter l'instabilité
(et croire que le marché instantané pouvait
réguler la vie économie dont les bases de
temps n'ont strictement rien à voir !) au nom de
la rentabilité est débile et irresponsable
car faux. En effet, tout ce qui est possible et rentable
n'est pas nécessairement l'optimum de la qualité
de vie durable. C'est pourtant ce qui se dit et se fait
quotidiennement, malgré de multiples mises en garde.
Ce n'est donc pas un manque de connaissances, une absence
de recherches, mais bien un question de pouvoir.
L'équation dominant-dominé peut être
reposée à partir de ces deux questions simplistes
: Qui décide et qui prend les risques ? (i.e. Qui
subit les effets des erreurs commises ?).
Seule une société, habitée et animée
par des personnes éduquées, informées,
consultées, (...) et solidaires pourrait tempérer
les folies de décideurs 11).. Après quelques
millénaires d'histoire humaine, nous savons avec
certitude qu'une société pérenne et
paisible est basée sur le respect de principes démocratiques
12) : respect infini de chaque personne, séparation
et équilibre des pouvoirs, informations de chacun
- publicité des connaissances, etc ...
Or les tenants du 'néolibéralisme', en prônant
la concurrence de chacun contre tous les autres (de l'individu
au continent), laissant faire le capital (un produit tangible
de l'activité globale de toute la population), détruisant
les solidarités, ont réduit les institutions
cohésives et démocratiques. De fait les pouvoirs
que procure l'accumulation de biens et qui reflètent
la richesse mondiale, fruits de l'effort de chacun (passé
et présent) ne sont plus régaliens. Dans ces
conditions, il est illusoire de croire à une possible
paix du monde 13).. J'ose le raccourci abrupt mais réaliste
dans la marche du monde : le pouvoir de l'argent privé
submerge les pouvoirs régaliens.
Espérons qu'en cette période chaotique et
sans futur discernable, nécessitant des réorganisations
importantes (révolution ?), la sagesse et les aspirations
des populations soient prises en compte. En particulier
la répartition consentie des pouvoirs est une condition
nécessaire et peut-être suffisante pour une
qualité de vie acceptable pour chacun et pour tous,
maintenant et à jamais – Ô mieux aimée
!
«
Va, petit livre, et choisis ton monde,
car, aux choses folles, qui ne rit pas, bâille ; qui
ne se livre pas, résiste ; qui
raisonne se méprend ; et qui veut rester grave, en
est maître. » 14)
Notes
1) http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2008/90/bombe.htm
2) Electromagnetic Pulse (impulsion électromagnétique)
ou E-bombe
3) Catastrophe ou non, ce 'cadeau' empoisonné devra
être convenablement géré par nos milliards
de descendants sous peine de mort. Sauf oubli mortel, notre
génération sera haïe aux siècles
des siècles ...
4) Je prétends que la prévention est indigente
au regard des effets.
5) 'Loi de Murphy' : tout ce qui peut tomber en panne, tombe
en panne un jour ou l'autre.
6)
On se souviendra opportunément de la catastrophe
épouvantable et impunie de Bhopal (~300 000 personnes
touchées -16-30 000 morts).
7) Actuellement en France, des maires acceptent au nom de
la population hostile, des stockages millénaires
de matières radioactives sur le territoire qu'ils
administrent durant quelques années. Hiatus temporel
problématique car irréversible.
8) Déjà vers 1908, relire avec délices
Anatole France dans l'île des pingouins, livre IV,
chapitre 3.
9) D'où la frénésie de commémorations
et de recherche d'identités.
10)
Les louables tentatives depuis la SDN (bientôt 100
ans) pour gérer la planète à travers
les grandes institutions sont fréquemment sabotées
par des 'intérêts supérieurs' égoïstes
pour ne pas dire mercantiles.
11) Situation délicate (mais indissociable de la
charge) des décideurs hésitant entre s'occuper
des intérêts de la population gérée
(nation, .. , commune, .., entreprise) et ménager
les pouvoirs de nuisances qui les menacent ...
12) Ces principes étant parfois contradictoires,
cela demande donc arbitrages, c'est le propre d'une société
démocratique.
13)
A supposer qu'il en ait, quelque soit la bonne volonté
d'un gouvernement vis à vis de la population, s'il
ne gère qu'une trop faible part des richesses produites,
il ne pourra jamais établir une société
apaisée... Encore un problème de répartition
des pouvoirs.
14) Exergue de Rodolphe Töpffer