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Spore
Jean Paul Baquiast -Christophe Jacquemin 27/09/08

Le thème des origines de la vie fait actuellement, comme nous l’avons montré dans deux rubriques de ce numéro, l’objet d’un certain nombre de travaux de recherche. Des scientifiques évolutionnistes cherchent à appliquer les principes de la sélection darwinienne à la fabrication de cellules artificielles composées de molécules prébiotiques susceptibles après assemblages de se nourrir, se dupliquer et évoluer comme des organismes vivants. Si ces projets aboutissent, comme il y a tout lieu de l’espérer, il sera éminemment intéressant d’observer les descendances qu’auront ces entités, sous l’effet des lois darwiniennes de l’évolution. Mais les formes de vie ainsi créées demanderont de longues durées pour faire émerger de nouvelles espèces, comparables à celles existant sur Terre.

Compte tenu des facilités offertes par l’univers du virtuel, il était inévitable que des modèles des premiers processus vitaux et de l’évolution subséquente soient proposés par des concepteurs de jeux. Rappelons cependant que depuis plusieurs décennies des « jeux de la vie » très simples avaient été réalisés par des chercheurs en IA, tel celui de Conway. Aujourd’hui, la technologie peut faire beaucoup mieux.

C’est l’objectif que vise le jeu Spore, désormais disponible à la vente(1). Observons cependant un point important. On pourrait penser que ce jeu va à l’encontre des théories du créationnisme, selon lesquelles la vie et les espèces avaient été créées par Dieu. Il semble en effet justifier l’évolutionnisme darwinien, générateur de formes innombrables. Mais en fait on peut l’interpréter tout autrement. Contrairement aux apparences, Spore donne au joueur la possibilité de se comporter en une espèce de Dieu supérieur, fixant lui-même les contraintes à l’intérieur desquelles se dérouleront les compétitions darwiniennes. Son libre-arbitre peut s’exercer sans contraintes. Il se fixe à lui-même ses propres finalités, y compris les plus éculées, tel que régner sur son propre empire spatial. De là à faire penser que le Dieu des défenseurs du Dessein Intelligent (Intelligent Design) s’est comporté ainsi, il n’y a qu’un pas. Le propre de la théorie darwinienne de l’évolution, au contraire, fait reposer celle-ci sur des accidents survenus au hasard, auxquelles les espèces ont répondu par des mutations adaptatives elles-mêmes aléatoires, ne répondant à aucun plan préalable.

Si Spore peut familiariser ses utilisateurs aux processus évolutifs, il ne peut donc pas être présenté comme un outil acceptable pour enseigner l’évolution. Tant et si bien que les responsables des Parks créationnistes qui fleurissent un peu partout iront peut-être jusqu’à le proposer à leurs visiteurs.

Concernant les graphismes, ils sont loués par les critiques. Mais on peut à l'inverse considérer les personnages mis en scène comme particulièrement laids.

(1) Voir notre article du 6 mars 2006 : "Après les Sims, Will Wright concocte Spore, jeu de simulation de la vie"

Pour en savoir plus
Site web officiel : http://www.spore.com


L’hippocampe comporte une centrale de navigation
Jean Paul Baquiast - 26/09/08

Une étude dirigée par le Pr. Eleanor Maguire de l’University College London et financée par le Wellcome Trust a montré que l’hippocampe des chauffeurs de taxis londoniens, habitués depuis des décennies à se retrouver sans instruments modernes (cartes et GPS) dans les 320.000 rues du Grand Londres, s’est développé de façon anormale. Des analyses plus approfondies ont mis en évidence l’existence dans cette partie du cerveau humain de neurones bien particuliers, qui jouent le rôle d’aides à la navigation.

Il s’agit de 3 catégories de cellules : les cellules dites de localités (place cells) associées aux lieux mémorisés, les cellules dites d’orientation (head direction celles) qui permettent à la tête d’agir comme un compas afin d’indiquer la direction à suivre et les cellules de réseau (grid cells) qui donnent des indications sur la distance parcourue en utilisant des références analogues aux réseaux de méridiens et parallèles donnant la latitude et la longitude sur les cartes.

On peut penser que l’évolution a développé ces outils dans les cerveaux de tous les animaux appelés à se déplacer pour leur survie au-delà de l’horizon immédiat et retrouver rapidement les itinéraires utiles. Nous utilisons intuitivement, sans être chauffeur de taxi nous-mêmes, de tels neurones pour situer les lieux qui nous sont importants et, surtout, les itinéraires les meilleurs pour les atteindre. Ainsi, je sais intuitivement que pour aller de chez moi à la Poste, je dois monter dans la rue qui passe devant chez mon domicile, tourner à gauche puis encore à gauche et que le temps de parcours sera approximativement de 5 minutes.

L’étude du Wellcome Trust montrerait que l’exercice multiplie les 3 catégories de cellules nécessaires à ces performances. Mais l’information initiale n’est pas innée. Elle doit être entrée au moins une fois dans le système, soit par un déplacement réel soit par l’étude d’une carte. Nous sommes donc là en présence de ce que l’on pourrait appeler une aide cérébrale à la mémoire à long terme appliquée aux lieux, aux directions et aux distances.

L’étude ne précise pas si les oiseaux migrateurs, qui accomplissent des milliers de kilomètres, souvent hors de vue des terres ou sans visibilité et retrouvent toujours exactement leur destination, à l’aller comme au retour, disposent de tels neurones. Mais ces oiseaux, comme d’ailleurs d’autres grands migrateurs, tels les cétacés, disposent en supplément d’un système de référencement par rapport au Nord ou par rapport à d’autres repères géodésiques permanents. Il s’agit là de l’équivalent naturel, d’ailleurs encore mal étudié, du compas (boussole) et peut-être même du GPS (qui situe le voyageur en latitude, longitude et altitude). Les chauffeurs de taxis londoniens, aussi expérimentés qu’ils soient, ne semblent pas dotés de cerveaux capables de telles performances.

Pour en savoir plus
Article de Phyorg : http://www.physorg.com/news140336390.html


Des formes de sélection rudimentaires existant sur Terre avant l'apparition de la vie
Jean-Paul Baquiast - 25/09/08

Des formes de sélection rudimentaires existaient sur Terre avant l'apparition de la vie : c'est ce qu'annonce notamment un article du NewScientist relatant les travaux de Martin Nowak et Hisashi Ohtsuki, biologistes mathématiciens à Harvard. Ceux-ci ont utilisé des équations simples pour modéliser la croissance de chaînes complexes de molécules prébiotiques, acides nucléiques et protéines(1).

Le modèle montre que, puisque les chaînes longues nécessaires à la vie nécessitent plus de réactions chimiques que les chaînes courtes, elles sont moins fréquentes que celles-ci. Et si des réactions d'assemblage sont plus rapides que d'autres, les chaînes résultant de ces réactions rapides seront plus abondantes.

Le milieu prébiotique constitue dans ces conditions un laboratoire où s'exercent des dynamiques préévolutionnaires. Il dispose de diversité et d'informations, susceptible de générer une chimie complexe. Il s'agit donc d'un milieu favorable à l'apparition de molécules capables de favoriser les copies d'elle-même. Le premier réplicateur qui se reproduit le plus vite et avec le plus de précision réussit à s'imposer et préempte alors toutes les ressources du milieu.

On reproche à ce modèle de ne pas donner beaucoup de pistes pour simuler un tel réplicateur dans des conditions réelles. Le Graal de la recherche en ce domaine ne consiste pas seulement à produire des modèles mathématiques de l'apparition de la vie. Il consiste à produire un ensemble chimique réel, dont on pourra dire qu'il serait semblable aux premières formes de vie, et doté des mêmes caractéristiques.

(1) Prevolutionary dynamics and the origin of evolution, Martin A. Nowak,Hisashi Ohtsuki, in PNAS, septembre 2008 - Voir l'abstract

Pour en savoir plus
New Scientist :http://www.newscientist.com/channel/life/dn14726-did-evolution-come-before-life.html?


 

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