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Sciences
et politique
L'Europe, l'Espace, la Lune et Mars
par
Jean-Paul Baquiast 25/07/2008
Valérie
Pécresse, ministre français de la recherche
et de l'enseignement supérieur, a réuni du
20 au 22 juillet 2008 ses homologues européens chargé
de l'Espace à Kourou. L'objectif, dans le cadre de
la présidence française, était selon
la ministre de « créer une conscience spatiale
européenne », « mettre l'Espace au service
des citoyens » et finalement « remettre la politique
au coeur des affaires spatiales européennes ».
Mais les puissances spatiales non européennes n'attendent
pas l'Europe pour avancer
Source
AFP : Quinze ministres et secrétaires d'Etat se sont
réunis à l'initiative de la France du 20 au
22 juillet 2008 au Centre spatial guyanais, base de lancement
européenne des fusées Ariane et à partir
de fin 2009 des Soyouz russes, pour donner un contenu à
l'Europe de l'espace voulue par le Traité de Lisbonne.
Les ministres sont convenus de la nécessité
de trouver un financement stable et pérenne au programme
d'observation de l'environnement et de sécurité
GMES, pour que l'Europe ne soit pas dépendante des
Etats-Unis dans ce domaine tès important.
Les Européens veulent aussi éviter les errements
du système de navigation par satellites Galileo,
concurrent du GPS américain actuellement en construction
qui a eu le plus grand mal à être financé.
"Nous devons tirer les leçons de Galileo. L'une
d'entre elles est que le programme GMES exige une direction
politique forte et durable", a déclaré
à Kourou le commissaire européen à
l'industrie et vice-président de la Commission Günter
Verheugen.
Il a indiqué que la Commission européenne
présenterait avant la fin de l'année un document
sur l'organisation du programme GMES, dont les données
seront, pour leur partie civile, mises à la disposition
du public. Elles pourront notamment être utilisées
par des pays africains menacés par les conséquences
du changement climatique.
"Nous avons besoin d'un budget dédié
aux activités spatiales au-delà de 2013",
a également déclaré M. Verheugen qui
a précisé que cela impliquait à ses
yeux "une augmentation de l'enveloppe" budgétaire
consacrée à ce secteur.
Concernant les vols habités vers la Lune ou Mars,
"tout programme d'exploration devra se faire dans le
cadre d'un programme mondial ouvert à tous",
selon le communiqué français.
La ministre française a indiqué que la France
et l'Allemagne, notamment, s'étaient retrouvées
sur une position commune sur ce point. Pour autant, l'Europe
ne veut pas fermer la porte à ces missions. "Nous
devons continuer à examiner comment l'Europe participera
à l'exploration spatiale", a affirmé
le vice-président de la Commission.
M. Verheugen a estimé qu'"il y a un consensus
autour du fait que l'espace est politiquement important
pour l'Europe en tant que catalyseur pour une meilleure
intégration" et aussi en tant que "moteur
pour de nouvelles technologies".
Valérie Pécresse s'est réjouie qu'"un
certain nombre d'Etats aient commencé à se
poser très sérieusement la question de leur
entrée dans l'Agence spatiale européenne".
Elle a mentionné la Slovaquie, la Slovénie,
Chypre et Malte. La République tchèque est
devenue cette année le premier ancien pays de l'Est
à coopérer avec l'agence.
Sur le climat, la création d'un nouveau centre de
calcul européen spécifique, proposée
par la France, a été abandonnée au
profit d'une coordination des institutions déjà
existantes, pour "optimiser l'utilisation des données
spatiales", selon un communiqué de la présidence
française de l'UE. "Nous ne voulons pas créer
un nouvel institut doté d'une existence physique",
a expliqué M. Verheugen
Notre
commentaire
Nous
considérons que les ministres européens se
sont acquittés du service minimum. Aucune grande
ambition, aucune vision n'a été exprimée.
Le souci de tenir l'ESA à l'écart des «
ambitions politiques » peut se défendre, mais
se traduit par le fait que les moyens de l'Agence, déjà
réduits au minimum, ne vont pas augmenter. L'absence
d'un grand centre de calcul analogue à celui dont
dispose les Japonais (et bien entendu les Américains),
indispensable pour traiter les données et modèles
provenant des satellites, ne pourra être compensée
par une coopération de centres de calcul déjà
saturés. Quant à la volonté de traiter
les programmes d'exploration de la Lune et de Mars en coopération,
si elle peut se justifier, elle n'aurait de sens pour l'Europe
que si celle-ci prenait sans attendre de nouvelles initiatives
qui en feraient un partenaire de choix face à la
Nasa, à la Chine et à l'Inde.
La
Lune
Faut-il
rappeler que d'ici 2020, une véritable course à
la Lune est désormais engagée. Les premiers
objectifs visent à mettre en place une série
d'observatoires répartis sur toute la surface de
notre satellite, y compris sa face cachée, afin d'étudier
les phénomènes sismiques et géologiques
susceptibles d'avoir des conséquences sur la future
résidence permanente programmée par la Nasa.
Il s'agira d'un véritable réseau d'observatoires
dit International Lunar Network, pour lequel une série
de missions sont prévues, dans la suite des Kaguya
(orbiteur, Japon) et Chang'e1 (orbiteur, Chine).
On prévoit aujourd'hui les missions suivantes :
- en 2008/2009, de l'ICROSS (impacteur, USA) , du Chandrayaan
(orbiteur et impacteur, Inde) , du LRO (orbiteur, USA)
- en 2009/2010 du Chang'e2 (atterrisseur, Chine) et du Luna
Globe (atterrisseur, Russie)
- en 2011/2012 du GRAIL(Gravity Recovery and Interior Laboratory,
orbiteur, USA), du LADEE (orbiteur, USA), du Chandrayaan
2 (atterrisseur, Inde)
- à partir de 2013 du MoonLITE (atterrisseur, Grande
Bretagne) , du Moon Next (atterrisseur ESA) , des atterrisseurs
1 et 2 de l'International Lunar Network suivis en 2016 des
atterrisseurs 3 et 4 de l'ILN;
Mars
En
ce qui concerne Mars, en dehors des actions déjà
envisagées mais non encore financées, on notera
qu'une réunion d'un groupe intitulé International
Mars Architecture for Return of Samples (iMARS) s'est tenue
à Paris en juillet 2008. Le groupe projette l'envoi
sur Mars vers 2018 d'une mission robotisée complexe
destinée à rapporter sur Terre au moins 500
grammes d'échantillons du sol martien. Un Rover collecterait
les échantillons et les renverrait sur un orbiteur
lequel les ramènerait sur Terre. Aucune mission habitée
ne peut être prévue sur Mars avant de telles
missions préparatoires. La mission serait internationale
mais avec forte prédominance américaine.
Notes
1) Sur iMARS, voir http://www.msnbc.msn.com/id/25627499/
2)
Le numéro d'août 2008 de Sciences et Avenir
publie (Soyouz déménage, p.8) un article
intéressant sur l'arrivé à Kourou
des matériels et équipes russes permettant
l'utilisation de la base pour des lancements de la fusée
Soyouz 2. Il s'agit d'une avancée notable pour
l'Europe spatiale. Dans cet article, Jean-Yves Le Gall,
PDG d'Arianespace, estime qu'avec la série des
trois lanceurs Véga, Soyouz 2 et Ariane 5, ainsi
qu'avec l'astroport de Kourou aménagé en
conséquence, les perspectives sont très
saines. D'autant plus qu'Ariane 5 et Soyouz détiennent
un record de fiabilité.
3) Dans "Impasse de l'Espace. A quoi servent les
astronautes? " Seuil 2008, Serge Brunier reprend
une thèse bien connue: celle selon laquelle les
vols humains ne servent à rien, sinon à
procurer des marchés aux industriels. Pour lui,
l'exploration robotique, aujourd'hui et plus encore demain,
devrait suffire à satisfaire tous les besoins de
connaissance, voire d'exploration et de "colonisation"
que peuvent avoir les humains. Il considère qu'en
dehors des lobbies indsutriels, ce sont les lobbies émanant
des pilotes et astronautes qui maintiennent le mythe de
la présence humaine obligée.
Il est difficile de trancher ce débat. Certes,
si la recherche en robotique spatiale bénéficiait
de tous les crédits consacrés à l'IST
et aux futurs vols humains, elle ferait des progrès
considérables qui profiteraient à toutes
les sciences. Mais si certaines nations restaient seules
à se donner le prestige des vols humains, elles
prendraient sur les autres un avantage politique insupportable.
L'espèce humaine est ainsi faite qu'elle vit aussi
d'imaginaire et de ce que les Espagnols appellent le pundonor.