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Sciences
et politique
La
menace de la bombe EMP
par Jean-Paul Baquiast - 16/08/2008
Les risques que présenterait pour les Etats-Unis
une bombe électromagnétique à énergie
pulsée d'origine iranienne (EMP) font actuellement
l'objet d'une réévaluation à la lumière
de certains évènements récents
Kenneth
R. Timmerman, né en 1953, est un éditorialiste
et auteur politique d'opinion conservatrice extrême.
Il est responsable de l'organisation activiste Foundation
for Democracy in Iran qui milite pour le renversement
du pouvoir iranien actuel, mais qui n'a que peu d'échos
en Iran même. Il a beaucoup écrit sur les armes
de destructions massives au Moyen Orient et le fait que
l'Amérique ait entretenu leur dissémination.
Ce profil n'en fait pas un intermédiaire objectif
pour réfléchir aux dangers que peut faire
courir l'Iran d'aujourd'hui aux Etats-Unis. L'article qu'il
publie dans la revue Newsmax soulève cependant une
question qui ne peut laisser indifférent les responsables
de la défense, y compris en Europe. Il s'agit des
risques découlant d'une explosion nucléaire
en haute altitude, produisant une onde électromagnétique
détruisant tous les systèmes électriques
et électroniques à l'échelle d'un continent
entier. Le sujet avait déjà été
évoqué en France par le Général
Gallois, père de la force de frappe française,
sans éveiller semble-t-il beaucoup d'échos.
La
menace représentée par la Bombe EMP, générant
un flux Electro-Magnétique Pulsé ou Electromagnetic
Pulse (EMP) a depuis longtemps été évoquée
par les scientifiques et les militaires, notamment aux Etats-Unis.
Une Commission a été créée pour
étudier ce sujet, sous la présidence du Dr William
Graham, ancien Conseiller scientifique à la Maison
Blanche sous Ronald Reagan. Il s'agit de la «Commission
to Assess the Threat to the United States from Electromagnetic
Pulse (EMP) Attack». Les travaux de cette Commission
et d'autres analogues sont suivis attentivement par l'intelligence
israélienne.
Qu'est-ce
que la bombe EMP ou E-bombe ? il s'agit d'un engin destiné
à saturer l'environnement d'ondes électromagnétiques
de toutes longueurs d'ondes pour détruire de façon
définitive les composantsélectroniques de tout
ordinateur ou système électronique, supports
de communications, lignes électriques ou téléphoniques
dans sa zone d'action. Il existe deux types de bombes. La
plus simple est l'UWB à bande ultra large qui tire
profit d'un explosif générant un champ magnétique,
généralement une bombe H, la seconde est la
HPM qui utilise un générateur de micro-ondes
de haute puissance.
Un
engin nucléaire de ce type explosant dans l'atmosphère
affecterait une superficie de plusieurs millions de kilomètres
carrés, empêchant notamment tous les transferts
d'informations véhiculés par des ondes électromagnétiques
(radio, télévision, systèmes informatiques,
avions, etc.) Une telle bombe donne un avantage stratégique
énorme en paralysant l'ennemi sur son propre terrain
et du fait d'un plus que probable black-out provoquant une
panique au sein de la population.
Cette
utilisation n'évite pas la contamination radioactive
ou l'irradiation, mais les rend secondaires au regard des
effets sur les réseaux de communication. Selon les
analyses américaines récentes, la destruction
de ces réseaux ramènerait l'Amérique
à l'état de développement qui était
le sien au 18e siècle, avec une population qui progressivement,
en commençant par les plus faibles, n'atteindrait plus
que quelques trente millions d'habitants. Le système
politico-économique entier s'effondrerait, comme il
le ferait dans l'hypothèse d'une pandémie grippale
de grande virulence affectant les centres du pouvoir et de
la vie sociale.
On
sait que l'ancien projet de Guerre des Etoiles avait été
en partie imaginé pour parer à un tel danger.
Mais devant son coût et les difficultés techniques
rencontrées, il avait été abandonné.
Le programme actuel dit BMD dont le volet européen
devrait être déployé dans les prochaines
années en Europe sous la pression américaine
(voir notre article BMDE http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=111&r_id=
) en représente la version moderne, sur l'efficacité
de laquelle beaucoup d'experts s'interrogent. Il est présenté
comme pouvant faire face à des missiles, à
tête conventionnelle ou éventuellement nucléaire,
provenant des Etats dits voyous, notamment Iran ou Corée
du Nord et visant des objectifs terrestres. Les missiles
russes ne sont pas évoqués, on le sait. Mais
la menace de ces Etats voyous n'a jamais été
analysée, au moins dans les publications destinées
au public, comme prenant la forme de l'envoi d'une bombe
EMP. Il semblait que ces Etats n'avaient pas la technologie
nécessaire pour une telle bombe non plus que les
lanceurs indispensables à son positionnement en haute
altitude.
C'est
plutôt le «lobby juif» américain
et ses correspondants en Israël qui suivent l'évolution
de la question. Ils font en effet valoir qu'une bombe EMP,
mieux qu'une bombe atomique conventionnelle, pourrait neutraliser
entièrement l'Etat hébreu. Les Israéliens
insistent beaucoup, par ailleurs, sur le danger que représentent
les recherches iraniennes en matière de production
de matière fissile et de lanceurs. Le tout nourrit
une forte activité diplomatique et militaire américano-israélienne
autour de la nécessité d'une frappe préventive
sur l'Iran. Mais il semble que le DOD et une partie des chefs
militaires américains ne veuillent pas, pour le moment
du moins, envisager cette hypothèse.
Des
essais troublants
C'est
dans ce contexte qu'il faut examiner les propos de Kenneth
R. Timmerman, qui ne prétend pas s'exprimer pour
son propre compte, mais seulement rapporter les inquiétudes
de la communauté du renseignement américain,
dits dans l'article US.Intel. Community. Selon l'auteur,
le Dr Graham aurait témoigné devant le «
Armed Services Committee » de la Maison Blanche, en
faisant valoir que l'US Intel avait fait plusieurs rapprochements
troublants. L'Iran a récemment réussi des
essais de lancement à partir d'une plateforme en
Mer Caspienne, avec des missiles Scud et même des
missiles Shahab-3 (photo). Pourquoi utiliser une plate forme
en mer ? De plus, pourquoi avoir fait exploser les têtes
(war heads) au sommet de la trajectoire (apogée)
c'est-à-dire en haute altitude et non au dessus de
ce qui aurait pu être une cible terrestre ? Le lancement
plus récent d'une fusée Safir destinée
à mettre en orbite un petit satellite, ne peut que
renforcer les craintes.
Les Iraniens se sont ainsi placés dans l'hypothèse
où une bombe atomique serait lancée à
partir d'un navire en mer par un missile à longue
portée. La bombe exploserait dans la haute atmosphère
(40 à 400 km). Ce serait exactement ce qu'ils feraient
s'ils voulaient faire détonner anonymement une bombe
EMP au dessus des Etats-Unis, à partir d'un bâtiment
de commerce (éventuellement suicide) croisant au
large de la côte Est américaine. Les destructions
en résultant seraient celles auxquelles nous faisions
allusion au début de cet article. Les premiers tests
de lancement d'un Scud à partir d'un cargo avaient
d'ailleurs été entrepris dès 1998 et
se sont poursuivis depuis. Il faut noter que si un missile
lancé près des côtes américaines
n'était pas détruit dans les minutes suivant
son lancement par un anti-missile – ce qui est difficile
– sa destruction en altitude provoquerait l'explosion
de sa tète nucléaire et entraînerait
les effets redoutés.
Le
Claremont Institute, conservateur, réuni à
Dearborn, Mich. récemment, a repris et commenté
les propos du Dr Graham, en s'efforçant de montrer
que le président Mahmoud Ahmadinejad envisageait
cette hypothèse quand il expliquait que le monde
pouvait très bien se passer des Etats-Unis. Mais
qu'en conclure ?
Ce
qui manque à l'Iran est la tête nucléaire.
Les Iraniens, selon l'US. Intel, pourrait en posséder
une de la puissance suffisante vers 2015. Pourraient-ils
cependant monter le système complexe que représenteraient
le lanceur, son vecteur maritime et la bombe sans alerter
les services de renseignements ? Ceci parait douteux. Mais
beaucoup aux Etats-Unis et en Israël jugeront que rien
ne justifie de courir ce risque et que donc des frappes
préventives sur Téhéran s'imposent.
Mais frapper quoi et avec quels armes ? Et comment faire
face aux suites politiques d'une telle intervention ?
La
difficulté consistant à empêcher l'Iran
de se doter de bombes nucléaires ou EMP conduit d'ailleurs
le lobby militaro-industriel américain à demander
l'accélération du programme BMD, tout en s'assurant
qu'il serait efficace en cas de besoin, ce qui n'est pas
le cas actuellement. Au moins un trillion de dollars serait
nécessaire à cette fin. Mais les Etats-Unis
peuvent-ils s'offrir une telle dépense ?
Dans
tous les cas, la bienveillance de la Russie serait nécessaire.
Ceci expliquerait la modération actuellement manifestée
par Washington à l'égard de Moscou dans la
crise des Balkans. Mais ceci tout au contraire n'expliquerait
pas la provocation à l'égard des Russes que
représente l'accord USA-Pologne sur le BMDE. D'autant
plus que la partie européenne du BMD, comme indiqué
ci-dessus, ne jouerait sans doute aucun rôle dans
la prévention d'une attaque lancée par l'Iran
à partir des côtes américaines nord
atlantique. Peut-on il est vrai espérer des cohérences
stratégiques de la part des Etats-Unis actuellement,
sous un G.W. Bush finissant ?
Au-delà
de ces questions immédiates, nous pensons qu'évoquer
de nouveau la possibilité d'une agression par bombe
EMP sur les réseaux mondiaux présente un intérêt
politique et philosophique plus général. De
tels réseaux, devenus indispensables à notre
civilisation, ne devraient-ils pas être mieux protégés?
L'internet initial défini par la Darpa avait pour but
d'échapper par sa redondance aux attaques locales.
Qu'en est-il aujourd'hui?
Pour
en savoir plus :
Lire l'article de Kenneth R Timmerman
http://www.newsmax.com/timmerman/iran_nuclear_plan/2008/07/29/117217.html