Dans
cette page, nous présentons en quelques lignes des ouvrages
scientifiques éclairant les domaines abordés par
notre revue. Jean-Paul Baquiast. Christophe Jacquemin
mai-juin-juillet
2008
Drones,
mystérieux robots volants
Marc GROZEL - Geneviève MOULARD
Lavauzelle juin 2008
Marc
Grozel, capitaine de corvette, est spécialiste du domaine
Drones à l'Etat-major de la marine. Geneviève
Moulard, est consultante dans le domaine aéronautique.
Fiche de lecture par Jean-Paul Baquiast 19/07/2008
Ce
gros livre, remarquablement documenté, vient à
temps pour présenter à un public francophone un
domaine de l'aéronautique qui lui demeure encore trop
souvent étranger. Les drones, comme on le sait, sont
des engins volants qui n'embarquent pas de pilotes tout en restant
commandés par systèmes électroniques sophistiqués
permettant de les maintenir sous contrôle humain dans
le cadre des missions diverses qui leur sont dévolues.
Présentation
par l'éditeur
Cent
ans après les débuts de l'aviation pilotée,
les drones aériens, au centre de multiples innovations
technologiques, arrivent à maturité. Nés
d'un besoin de tout connaître sur son ennemi, ils sont
les vecteurs aériens non pilotés de l'ère
moderne. Depuis une vingtaine d'années, on les voit apparaître
dans les médias spécialisés. Du fait de
la méconnaissance du sujet, ils sont encore enrobés
de mystère pour un grand nombre d'entre nous car ils
appartiennent à un monde secret et ils nous inquiètent.
Drones militaires, drones civils, ils se généralisent
et deviennent incontournables pour la surveillance dans certains
emplois civils, pour le renseignement et, dans une moindre proportion,
pour le combat dans les forces armées. On les a devinés
dans les années 1960 au Vietnam. Ils ont été
présents, très tôt, en Israël. On les
a vus apparaître en 1991 en Irak, puis au Kosovo et en
Afghanistan. C'est de l'actualité quotidienne dans le
monde civil et des impératifs de la guerre qu'est né
leur besoin et, donc, leur doctrine d'emploi. Mais, à
part quelques spécialistes, que savons-nous de l'impact
de ce nouvel outil de puissance, robot ou système intelligent,
sur notre vie de tous les jours et sur notre comportement ?
Que sont ces mystérieux robots volants ? Quelles missions
ont « les yeux et le feu » du XXIe siècle
? L'ouvrage donne une réponse claire, factuelle et positive
du sujet, tout en rappelant le cheminement historique induisant
le besoin actuel. Il brosse le portrait des systèmes
de drones par types, par familles, par pays, sans oublier leurs
forces et leurs faiblesses, les expérimentations et leur
emploi opérationnel. Les auteurs abordent le phénomène
de société qu'ils provoquent avec leur éclairage
personnel. La révélation du secret démystifie
le vecteur aérien non piloté, nouvelle branche
de l'Aéronautique.
Nous
ne reprendrons pas ici la courte description du contenu du livre
que donne l'éditeur. Elle suffit pour convaincre le lecteur.
Il trouvera dans cet ouvrage l'essentiel de ce qu'il faut connaître,
non seulement sur les drones en tant que matériels mais
sur les problématiques stratégiques et politiques
très étendues que font naître ces engins
et leur emploi.
Indiquons
seulement que les auteurs ont voulu se limiter aux drones aériens.
Ils ont donc exclu de leur étude les matériels
marins et sous marins de toutes tailles capables d'opérer
sans pilote à bord. Ils ont aussi exclu les véhicules
militaires robotisés de plus en plus répandus
notamment dans l'armée américaine. Ils n'ont pas
davantage abordé le vaste domaine des engins spatiaux
opérant sur un mode robotique, de façon plus ou
moins autonome. Parmi ceux-ci, on verra prochainement apparaître
de véritables robots capables de se comporter sur les
planètes proches aussi bien et mieux que des humains,
ceci pendant de longs délais et sans aucun contrôle
des stations terrestres, vu l'éloignement. Il est évident
que les technologies développées pour répondre
à ces divers besoins se retrouveront utilisées
par les drones aériens ...et réciproquement. C'est
dire l'intérêt de l'étude de la question
des drones pour ceux qui comme nos lecteurs veulent comprendre
les enjeux qui s'attachent à l'automatisation ou, pour
parler plus exactement, à l'autonomisation sur le mode
évolutionnaires des produits par lesquels les humains
échappent aux contraintes de leur milieu.
Dans
le cadre de cette présentation nécessairement
courte, nous voudrions nous limiter à trois points qui
rejoignent les préoccupations plus générales
abordées par ailleurs sur ce site.
1.
Le domaine des drones, comme celui de l'aviation militaire,
notamment celui des grands drones dits HALE (Haute Altitude,
Longue Endurance) et MALE (Moyenne Altitude, Longue Endurance)
n'est en pratique abordable que par les puissances géopolitiques
disposant d'une très bonne base industrielle. Il ne s'agit
pas nécessairement de grandes puissances puisque Israël,
pour les besoins de sa défense, a développé
il est vrai sur la base de coopérations avec les Etats-Unis,
des matériels très performants. Il faut néanmoins
prendre l'affaire, si l'on peut dire, très au sérieux.
Nous sommes loin de l'aéromodélisme, comme certains
pourraient encore le croire. Or l'aéronautique civile
et militaire reste encore le monopole d'un nombre réduit
d'Etats, dominés techniquement et politiquement par les
Etats-Unis. Il est regrettable que la France, dont les industriels
pourraient rester parmi les premiers au monde s'ils n'étaient
pas progressivement abandonnés par le pouvoir politique,
ne se préoccupe pas vraiment d'être présente
dans le domaines des drones. Des démonstrateurs ont été
mis au point ou sont en projet mais à ce jour aucune
série suivie n'est programmée.
La
même observation doit être étendue à
l'Europe. Un certain nombre de pays européens, notamment
l'Italie, ont une bonne base industrielle et ont réalisé
certains produits. Mais là encore, les rivalités
nationales ont empêché que de véritables
séries européennes de drones ne soient décidées
par les gouvernements.
La
filière relèverait manifestement d'une démarche
politique européenne commune, capable de proposer aux
armées et aux industriels des objectifs ambitieux, servis
par des crédits substantiels. Pour les drones militaires,
l'Agence Européenne de Défense serait sans doute
le meilleur cadre possible. Mais elle est de plus en plus sous
influence directe ou indirecte des membres de l'Otan eux-mêmes
au service des stratégies américaines. De plus
il ne faudrait pas se limiter à l'aspect défense,
puisque, comme indiqué ci-dessus, les progrès
réalisés dans les drones militaires bénéficieront
à de nombreuses applications spatiales et civiles.
Or,
non seulement via l'Agence de Défense mais directement,
l'Europe est de plus en plus soumise à la dépendance
qu'impose à des gouvernements atlantistes le lobby militaro-
industriel américain et le Pentagone. Ainsi, malgré
ses retards et ses dérives techniques et budgétaires,
le programme du Joint Stike Fighter F-35 est encore considéré
par les Européens comme une solution crédible
– ce qui neutralise tout espoir de se doter d'une industrie
aéronautique autonome en matière d'avions de combat.
Comment alors espérer qu'un programme visant à
réaliser une gamme intégrée de drones européens,
avec tout ce que cela suppose en matière notamment de
communication opérationnelle, soit un jour décidé
par les Européens. La France aurait pu comme elle l'avait
fait avec le Rafale, donner l'exemple, quitte à ne pas
être suivie dans l'immédiat. Mais le temps où
les gouvernements avaient jugé bon, pour assurer l'indépendance
nationale, de se doter de vecteurs aériens indépendants
des Etats-Unis semble loin derrière nous.
2.
Sous un tout autre angle, la question des drones pose un problème
qui commence à être évoqué sérieusement,
aux Etats-Unis même. Il s'agit de la façon dont
des technologies innovantes sont utilisées pour répondre
au fantasme affiché dès la guerre du Golfe, le
concept de zéro-morts. On voit bien que derrière
ce concept, imposé là encore par le lobby militaro
industriel américain qui voit l'occasion de disposer
de crédits de plus en plus élevés en vue
de matériels de plus en plus sophistiqués, se
dessine un grand échec stratégique. La guerre
de 4e génération oblige les « pays riches
» à combattre des adversaires disposant de moyens
beaucoup plus rustiques mais animés d'une forte connaissance
du terrain et des populations. Les drones sont de plus en plus
considérés par les Américains comme capables
de répondre à ces nouveaux défis, puisqu'ils
peuvent en principe, mieux qu'un bombardier furtif hors de prix,
observer voir déloger des adversaires dissimulés
dans les villages. Ils peuvent aussi, aux mains des forces spéciales,
faciliter voire mener des opérations clandestines à
partir du territoire d'une puissance avec laquelle (comme le
Pakistan) on ne se trouve pas officiellement en guerre.
Mais
ne va-t-on pas retrouver là l'illusion de pouvoir mener
une guerre technologique évitant les affrontements directs
? A supposer même que ceci soit possible, l'expérience
américaine actuelle, découlant de la guerre en
Irak, montre que des militaires à qui l'on espère
épargner, non seulement les risques personnels, mais
la vue des destructions imposées chez l'ennemi par la
guerre technologique, en sortent pour une grande part brisés
psychologiquement – ce qui est d'ailleurs tout à
leur honneur. Les drones risquent de participer au rejet de
systèmes d'armes dont les hommes seront de plus en plus
exclus. Les auteurs du livre « Drones, mystérieux
robots volants », signalent à juste titre le rejet
qu'ils inspirent à de nombreux pilotes militaires et
civils. On pourrait penser qu'il s'agit d'une difficulté
passagère qui participe de la réticence des sociétés
actuelles à voir se développer des systèmes
robotiques de plus en plus autonomes. Mais nous pensons que
le rejet touche une question plus complexe, celle qu'inspirera
sans doute de plus en plus à des forces armées
très technicisées l'espèce de honte de
devoir se confronter à des adversaires s'engageant corps
et âme beaucoup plus directement, dotés de simples
RPG7 ou même de ceintures d'explosifs.
La
question ne concernera pas seulement les applications militaires
des drones, mais leur emploi au service de la police urbaine.
Il n'est pas sûr que la solution aux affrontements qui
ne manqueront pas de se développer dans les banlieues
des mégapoles soit facilitée par la multiplication
de drones de surveillance, aussi discrets soient-ils. La question
déjà posée de l'efficacité des caméras
de surveillance, se retrouvera à plus grande échelle.
Ces technologies, sans doute utiles, ne remplaceront pas les
politiques préventives d'intégration. Malheureusement,
il sera plus facile à des gouvernants avides de gesticulation
de faire appel à des solutions de cette nature plutôt
qu'à celles beaucoup plus longues et coûteuses
de la prévention sociale et de la remise à niveau
économique des minorités.
C'est
pourquoi nous pensons qu'il serait dommage de faire des drones
le symbole de nouvelles formes d'oppression technoscientifique.
Leurs usages au service de la sécurité civile
et plus généralement aux observations scientifiques
diverses sont bien assez nombreux pour justifier la production
de ces appareils. On retrouve là une question déjà
posée par l'hélicoptère. Si celui-ci était
resté associé dans l'esprit du public aux seuls
hélicoptères tueurs, ils n'auraient pas la popularité
qu'ils ont justement acquise aux mains des services de sauvetage
et d'assistance.
3.
Terminons par un point qui intéressera plus particulièrement
les roboticiens. Les auteurs ne croient pas possible de développer
des drones qui serviraient de plates-formes technologiques à
de véritables cerveaux artificiels. Ceux-ci pourraient
cependant à terme, comme nous l'avons indiqué
plus haut, leur dicter des comportements pleinement autonomes,
sans intervention humaine. Sans doute ont-ils raison, pour des
raisons pratiques. L'encombrement du ciel dans les pays développés
est tel que de tels engins, à supposer qu'ils soient
globalement plus sûrs que s'ils restaient sous contrôle
humain, seraient cependant considérés comme des
facteurs de risques insupportables. Mais nous pensons que la
question ne se poserait pas concernant des drones hélicoptères,
notamment en vol stationnaire. Le laboratoire d'informatique
de Paris-6 avait précisément réalisé
quelques développements dans cette direction, autour
de mini- hélicoptères dotés de capacités
robotiques évolutionnaires visant à l'autonomie.
Ces recherche sont malheureusement, à notre connaissance,
été arrêtées. Il serait très
intéressant de les reprendre, avec des matériels
de plus grande taille. 19/07/2008
Breaking
the Spell, Religion as a Natural Phenomenon, par Daniel Dennett,
Viking 2006
Le philosophe
évolutionniste Daniel Dennett, que nous connaissons bien
dans cette revue, athée convaincu, a publié en
2006 un nouveau livre où il s'interroge sur l'hypothétique
recherche des bases neurologiques génétiquement
transmises de la croyance en Dieu. Ce thème semble de
plus en plus à la mode. Nous pensons pour notre part
qu'il ne faudrait pas réduire cette recherche à
la croyance en Dieu, mais plus généralement aux
croyances en général. Les bases neurologiques
en sont sans doute des exaptations des bases par lesquelles
les animaux dotés de cerveau naissent avec des aptitudes
à apprendre de la part de leurs semblables.
Quant
au livre de Daniel Dennett, permettez moi, une fois n'étant
pas coutume, de ne pas le lire moi-même, mais de reprendre
ici (j'espère qu'il ne s'en formalisera pas) les commentaires
fort pertinents de Daniel Baril, communiqués par la liste
brightsfrance@yahoogroupes.fr
Daniel Dennett est lui-même, avec Dawkins, un des fondateurs
du groupe Brights US
Dieu
et le cerveau, conférence donnée
par le philosophe évolutionniste Daniel Dennett, professeur
à l’Université de Tufts à Medford,
près de Boston.
Le professeur Dennett a essentiellement fait porter son propos
sur son analyse de la religion en tant que phénomène
naturel, analyse qui fait l’objet de son dernier volume,
Breaking the Spell (Briser le charme). Il a livré à
Forum quelques réflexions sur la neurothéologie.
«Je
serais très étonné si quelque chose d’important
découlait de ces travaux, a-t-il déclaré.
Bien sûr, il y a une zone du cerveau qui s’active
quand vous pensez à Dieu, comme il y en a une qui s’active
quand vous pensez à faire de la motoneige ou toute autre
activité. Votre cerveau est votre pensée. Mais
il serait surprenant de trouver des endroits dans le cerveau
qui ne seraient prédictifs que de l’expérience
religieuse; des dommages au cerveau causant l’épilepsie
du lobe temporal sont aussi associés à des expériences
religieuses. Dans le cas le plus improbable où l’on
découvrirait une telle zone associée à
l’idée de Dieu, cela ne nous dirait rien sur l’existence
de Dieu lui-même.»
Selon
le philosophe, l’imagerie cérébrale ne nous
apprend donc rien sur Dieu, mais peut nous renseigner sur le
concept de Dieu, c’est-à-dire sur la façon
dont nous produisons cette idée. À son avis, la
notion de Dieu proviendrait d’une exacerbation de certains
réflexes qui nous conduisent à interpréter
les évènements dont nous sommes témoins
comme s’ils étaient le résultat de l’action
d’un agent quelconque.
«Tous
les animaux ont cette sensibilité qui les pousse à
rechercher des agents lorsqu’ils sont surpris, dit-il.
C’est un réflexe de survie face à un prédateur
possible. Lorsque le chien entend un bruit à l’extérieur,
il jappe puis se rendort. Mais les êtres humains possèdent
un langage qui les amène à fabuler sur des réponses
possibles et à créer des agents comme les diables,
les fées ou les anges. Notre tête devient peuplée
de ces agents.»
Le
résultat, c’est qu’un bruit entendu dans
la forêt pourra être interprété comme
si un arbre nous avait parlé, donne à titre d’exemple
Daniel Dennett. L’expérience nous ayant marqués,
nous y pensons souvent et l’idée s’incruste
dans notre cerveau. Nous la communiquons à d’autres,
certains y croient, d’autres non, mais l’idée
se répand qu’il y a un arbre qui parle dans la
forêt et d’autres finissent par l’entendre
à leur tour.
La
religion: un «mème»?
Dans le modèle d’interprétation de Daniel
Dennett, ce type de phénomène en chaine est appelé
un «mème». Le mot, forgé par le biologiste
Richard Dawkins, vient de la contraction de «mime»
et de «gène». Un mème est un équivalent
culturel du gène; il peut être une idée,
une attitude ou une croyance qui se transmet d’un cerveau
à un autre par réplication, comme le ferait un
gène. Les mèmes les mieux adaptés à
la condition humaine vont se transmettre par la culture.
«La
croyance religieuse est donc un produit dérivé
du fait que nous communiquons et que nous avons cet instinct
de rechercher des agents. Je crois que ces dispositions naturelles
sont à la source de la religion», affirme le philosophe.
Et
la religion persiste parce qu’elle est un bon mème,
comme le virus de la grippe persiste parce que c’est un
bon virus. Toujours selon le professeur Dennett, la religion
colle à l’espèce humaine de la même
façon que certains animaux que nous n’avons pas
domestiqués, tels le pigeon, le rat et l’écureuil,
ont évolué en symbiose avec l’espèce
humaine; ils en sont maintenant dépendants et l’on
ne peut quasiment pas les éradiquer.
Daniel
Dennett a également abordé le thème de
la religion dans un précédent ouvrage, Darwin’s
Dangerous Idea (Darwin est-il dangereux?), où il soutient
que l’idée de Darwin, soit la sélection
naturelle, a définitivement tué l’idée
d’un Dieu personnel et interventionniste. «C’est
une idée dangereuse parce qu’elle renverse complètement
notre façon de penser et qu’elle entre en collision
avec l’idée intuitive qu’il n’y a pas
de création sans créateur; c’est comme de
passer de la conduite automobile à gauche à la
conduite à droite», indique-t-il.
Toutefois,
il estime qu’un programme de recherche scientifique sur
la religion pourrait conclure que certains aspects de la pratique
religieuse sont bénéfiques sans pour autant que
cette constatation confère une quelconque vérité
aux contenus des croyances religieuses.
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