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| Hors-série
La révolution du zootechnocène
par Jean-Paul Baquiast 24/04/2008
|
Note: j'avais mis ce texte en discussion
sur le site de travail de Automates Intelligents à
la date du 24 avril. Il se trouve qu'il a intéressé
Pascal Jouxtel, fondateur et premier président de la
Société francophone de mémétique
(http://www.memetique.org/).
Pascal est l'auteur d'une remarquable synthèse
sur la mémétique, la seule par ailleurs existant
en français, "Comment les systèmes pondent"
, Le Pommier 2006. Comme l'article cite plusieurs fois la
mémétique, dont j'avais dès le début
personnellement évoqué les développements
dans cette revue à l'intention de nos lecteurs. Pascal
m'a proposé de compléter mon propre texte par
des commentaires, afin d'en faire ce qu'il considère
comme pouvant être la base d'une refondation de la mémétique
(ci-dessous en italique). Sans retirer à l'article
origine sa vocation plus générale, je ne verrais
que des avantages à ce qu'il puisse, enrichi des commentaires
de Pascal Jouxtel, contribuer s'il était nécessaire
à une éventuelle "refondation" de
la mémétique. Mais l'objectif serait ambitieux
et ne pourra pas se limiter à ces quelques pistes.
JPB 12/05/08.
Appelons
Ere du zootechnocène la période d'évolution
de la Terre qui s'est ouverte avec l'apparition
des premiers outils techniques au sein de certaines espèces
de primates, voici environ 1,5 million d'années
avant le temps présent. Cette ère évolutive,
qui se poursuit encore, est caractérisée par
la prolifération sur le mode darwinien d'organismes
zootechniques qui ont changé et continuent à
changer profondément les équilibres géologiques
et biologiques précédents.
On
sait que certains scientifiques ont proposé d'appeler
cette même période l'«anthropocène»,
compte tenu des bouleversement apportés par l'homme
(anthropos) aux milieux géologiques et biologiques
antérieurs. Nous voudrions ici introduire un changement
important de point de vue. Ce n'est pas l' « homme »,
concept dont les définitions sont multiples et dont
les correspondances dans la nature n'ont cessé de changer
au cours des temps, qui serait le facteur causal de ces bouleversements.
Nous estimons que le regard contemporain, inspiré par
l'anthropocentrisme traditionnel, s'attache à l'homme
comme le regard de l'imbécile, selon le dicton chinois,
s'attache au doigt du sage qui montre la lune.
Pascal
Jouxtel.. Allons même plus loin : dit autrement, l'homme
en soi ne serait qu'une « trace » laissée
par la transition entre le règne biologique et le règne
post-biologique, qu'on pourrait appeler culturel ou informationnel.
Le peu de temps occupé par l'homme dans l'histoire
de la vie et le caractère exponentiel de la transition
pourrait correspondre à la vue rapprochée d'un
« front de changement » de l'évolution.
De
ce fait, il ne voit pas l'essentiel, l'évolution
induite par la prolifération des techniques instrumentales
dont les lois de développement obéissent à
d'autres logiques que celles mises en œuvre par
les organismes vivants. Certes, ces techniques instrumentales
ont pris naissance (pour l'essentiel) au sein des
sociétés humaines, à l'intérieur
desquelles elles ont trouvé les « aliments
» nécessaires à leur croissance. Mais
les sociétés humaines ne les ont pas plus
créées qu'elles n'ont créé
les maladies contagieuses qu'elles hébergent
également. Elles n'en sont pas davantage «
responsables ». Il s'agit de développements
parallèles co-induits (s'influençant
respectivement) mais répondant à des logiques
différentes. Ces différences vont peut-être
apparaître plus clairement dans les prochaines années.
Le temps parait venu en effet où, sans couper tous
liens avec les sociétés humaines, les techniques
instrumentales prendront un essor propre, de type auto-évolutionnaire
ou auto-référent, grâce auquel elles
construiront des mondes où le biologique «
traditionnel » jouera un rôle de moins en moins
grand au regard de ce que l'on nomme l' «
artificiel. »
Les
enseignements de la mémétique
Mais
comment, dira-t-on, prêter aux techniques instrumentales,
objets inobservables par les moyens de la science traditionnelle,
des propriétés leur donnant la capacité
d'agir de façon proactive sur le monde matériel
? Nous voudrions pour répondre à cette question
inscrire l'approche proposée ici dans une tradition
déjà vieille de quelques décennies,
celle de la mémétique. On sait que la mémétique,
à la suite de Richard Dawkins et de quelques autres
chercheurs tels que Susan Blackmore, pense possible d'expliquer
de façon scientifique l'évolution de
l'espèce humaine par le développement
en son sein d'entités informationnelles réplicatrices
sur le mode darwinien, qui ont été nommés
les mèmes. Pour la mémétique, l'homme
n'existe pas en tant que tel. Certes, l'espèce
humaine (sapiens sapiens) parait définie au plan
génétique par la possession d'un génome
qui n'aurait pas varié depuis quelques dizaines
de milliers d'années. Mais ce ne sont pas les
mutations survenues au sein de ce génome qui auraient
été la cause première de son évolution
récente. Ces mutations, ayant par exemple permis
l'acquisition d'un « gros cerveau »,
ont été induites par la prolifération
au sein des groupes humains d'innombrables entités
de type culturel, se reproduisant par imitation, les mèmes.
Pour
Susan Blackmore, par exemple, des mèmes ayant pris
la forme des « mots » échangés lors
des premiers échanges langagiers, imités et
transformés sans cesse au sein des sociétés
primitives, ont provoqué l'expansion des aires cognitives
du cerveau. A côté des mots, de nombreux autres
mèmes, prenant la forme de modules comportementaux
reproductibles par l'imitation, tels des gestes ou attitudes,
ont construit et continuent à construire des édifices
sociaux transcendant les individus humains. Les méméticiens
n'aiment pas beaucoup que l'on compare les mèmes à
des virus ou à des bactéries. Cependant, les
mèmes se reproduisent et colonisent les humains sur
un mode très ressemblant à celui des virus ou
des bactéries. Leur comportement est «égoïste»,
en ce sens qu'ils se développent là où
le terrain leur est favorable. Parfois, ce développement
peut bénéficier à la survie adaptative
de leurs hôtes, donnant naissance à des symbioses
dont chaque partenaire profite (c'est ce que font certaines
bactéries qui peuplent les viscères des animaux
en permettant à ceux-ci l'assimilation des aliments).
Mais dans d'autres circonstances, le développement
du mème entraîne la destruction de l'hôte.
Cette destruction ne provoquera pas nécessairement
celle du mème, qui ne s'en répandra que mieux(1).
P.J.
Je confirme que les méméticines n'aiment pas
trop cette malheureuse métaphore virale ! Parler
de symbiose voudrait dire que l'on reste – humain
et mème – à l'intérieur
du même règne. Or il y a deux confusions qui
se superposent là-dedans : la première est
la confusion gène-mème, deux objets qui appartiennent
à deux règnes différents. Les humains
n'ont pas de mèmes. Ce sont leurs solutions
qui en ont. On dit souvent que le mème est une entité
mal définie, mais la définition « élément
de code culturel reconnaissable » est assez largement
acceptée On est à peu près d'accord
sur l'essence culturelle et informationnelle du mème,
qui le distingue du gène. Bien sûr, on pourrait
objecter que le gène n'est pas strictement
identique à la ou les chaînes moléculaires
qui le transmettent ; il est lui aussi abstrait et informationnel.
Cependant on voit bien que l'algorithme évolutionnaire,
pour fonctionner, suppose une consubstantialité entre
le support de codage du réplicateur et la créature
qui lui sert de véhicule. De l'ADN à
l'homme, on reste dans la sphère de la biologie.
Eh bien, du mème codé à la créature
culturelle, on doit rester dans la sphère de la culture.
La deuxième confusion, qui provient d'un simple
abus de langage, consiste à parler de mème
alors qu'on parle d'une créature mémétique,
c'est-à-dire d'une pratique culturelle.
Cette simplification va souvent de pair avec la métaphore
virale car le virus est lui-même quasiment un bout
de code génétique qui se déplace sans
grand appareil.
On utilise la métaphore virale pour son rôle
illustratif, son rôle de « marketing »
de la théorie mémétique. Richard Brodie,
auteur de « Virus of the mind », explique :
je voulais appeler mon livre « introduction à
la mémétique », mais je me suis dit
qu'avec un titre pareil, j'en vendrais à
peine 2000, alors j'ai essayé de jouer avec
l'effet réplicateur d'une formule à
sensation. Le livre fut un best seller !
L'image que je préfère, pour ma part,
est celle d'une niche écologique, où
la relation entre mème et humain est exactement analogue
à la relation entre le génome d'une
espèce et le terrain sur lequel cette espèce
s'est implantée. Tu l'emploies toi-même
un peu plus bas… Sans trop se rapprocher d'un
spiritualisme que tu rejettes, on pourrait se demander ce
que la rivière « pense » des poissons,
ce que l'arbre « pense » des oiseaux…
tous des parasites !
On commence à devenir méméticien quand
on revendique haut et fort que parler d'évolution
darwinienne des codes culturels n'est pas une métaphore.
En
simplifiant, nous retiendrons que pour la mémétique,
les contenus de la culture humaine d'une part, ceux
du cerveau des individus humains d'autre part, sont
les produits de la compétition ou de la coopération
d'un ensemble très riche de mèmes. Suzan
Blackmore pousse le paradoxe en affirmant que le Moi, revendiqué
par l'individu conscient comme l'expression
la plus haute de sa personnalité, n'est pas
autre chose qu'un « mèmeplexe »,
exprimant la présence de mèmes dominants ayant
pris possession de son cerveau. Pour Richard Dawkins, ce
serait la compétition-coopération darwinienne
entre gènes « égoïstes »
qui permettrait de comprendre l'histoire génétique
des espèces vivantes à travers les âges.
Parallèlement, ce serait la compétition-coopération
darwinienne entre mèmes « égoïstes
» qui permettrait de comprendre l'histoire des
cultures animales et humaines à travers les âges.
Il existe évidemment des interactions permanentes
(dites parfois épigénétiques) entre
ces deux évolutions, nature et culture, dont tous
les phénomènes du monde vivant actuel sont
les résultats.
On
voit donc que dans l'esprit de la mémétique,
des agents informationnels invisibles pour le regard non
averti jouent un rôle éminent dans la transformation
d'un monde physique dont les composants chimiques
et biochimiques sont, eux, facilement observables. Cela
n'a rien d'étonnant pour les théoriciens
de l'information. Plutôt qu'étudier
des objets physiques immédiatement observables (par
exemple une mélodie, prenant la forme matérielle
d'une suite de notes jouées par un instrument
ou transcrite sur un document papier), ils attachent de
l'importance aux relations en réseaux qui s'établissent
entre ces objets physiques, par l'intermédiaire
des corps et cerveaux momentanément en relation avec
eux ou occupés par eux. Ce sont ces relations qui
provoquent les changements du monde matériel que
nous pouvons constater.
Pour
reprendre l'exemple de la Marseillaise, ce ne sera
pas la texture de la mélodie qui intéressera
les méméticiens, mais le fait que cette mélodie,
reprise par des centaines d'humains, puisse constituer
un signal politique déclencheur d'un assaut
victorieux. Le mème, qui est un agent informationnel,
agit sur le monde matériel par l'intermédiaire
du ou des corps qu'il mobilise. Pour expliquer le
pourquoi de l'action matérielle visible induite
par tel ou tel mème, il faut retracer l'histoire
évolutive de ce mème au travers des milieux
corporels ou immatériels qu'il a traversé.
On n'étudiera pas le mème d'un
côté et les milieux d'un autre, mais
l'évolution de leurs relations respectives.
Ceci
posé, les méméticiens accepteront-ils
de considérer comme des mèmes les techniques
instrumentales et les usages qu'elles véhiculent?
P.J.
Bien sûr que oui.
Qui
dit technique instrumentale dit instrument. Or un instrument,
par exemple une arme à feu, est un objet du monde
matériel. Il ne s'agit pas d'idées
ou d'images. Mais à nouveau, ce ne sera pas
l'instrument lui-même qui nous intéressera
en premier lieu. Ce seront les comportements que sa manipulation
provoquera chez ses utilisateurs, autrement dit les conséquences
des relations entre l'instrument et les hommes.
Le
lecteur de cet article ne devra donc pas s'étonner
de nous voir élargir l'approche mémétique,
dont la fécondité est indiscutable, en proposant
de prendre comme objet d'étude scientifique
les relations qui s'établissent entre les instruments
techniques et leurs utilisateurs humains, plutôt qu'en
attachant le regard soit sur les instruments seuls, soit
sur les utilisateurs seuls.
P.J.
Pour moi, il s'agit davantage d'une précision
et d'un ancrage plus ferme au regard des sciences
telles que l'anthropologie, plutôt qu'un
élargissement. A titre personnel, je trouve aussi
particulièrement étroite l'approche
des mèmes qui les limitent à des idées,
surtout quand il s'agit d'idées malignes
qu'on implanterait dans les cerveaux contre le gré
des gentilles personnes. La vision que j'essaie de
construire pour une mémétique telle que je
l'envisage est assez large pour englober à
la fois les logiques de décision conscientes ou non
(intra-idée), les symboles qui fédèrent
les communautés (inter-idée), les règles
et procédures qui façonnent le monde (inter-objet)
et enfin les liaisons neuronales qui matérialisent
les représentations et les motivations (intra-objet).
Cette cartographie des approches plurielles de la mémétique
est expliquée en détail dans mon ouvrage précité,
« Comment les systèmes pondent ».
Ajoutons
qu'enraciner l'approche mémétique
dans le monde relativement concret des techniques instrumentales
et des comportements qu'elles génèrent
au sein des sociétés humaines lui donnera
un terrain solide qui, selon nous, manque encore à
beaucoup des développements de cette science. En
effet, un des points faibles de la mémétique
« grand public », celle qui fait l'objet
de milliers d'échanges dans les listes de diffusion
mémétiques, est de ne pouvoir définir
avec précision ce qu'elle entend par mème.
Tout peut jouer ce rôle, un comportement que l'on
imite, un refrain que l'on colporte, une image du
type de celles que distribuent désormais à
profusion les réseaux multimedia modernes, mais aussi
un outil qui passe de mains en mains en générant
des comportements stéréotypés. Pour
nous, ce devrait être dorénavant autour de
l'évolution de l'outil et de sa technologie,
indiscutables points forts, que la mémétique
devrait concentrer ses efforts.
P.J.
De fait, il y a au moins deux écoles chez les méméticiens,
que je qualifierais d'objectiviste et de subjectiviste,
la première situant l'action des mèmes
et de leur créatures dans un terrain essentiellement
interhumain et donc dans la relation entre la pratique instrumentée
et son terrain psychosocial, tandis que la deuxième
traite davantage de l'adhésion, des ressorts
intimes de la manipulation, et de ce qui fait que l'on
accepte et transmet malgré soi des codes. Je suis
plutôt objectiviste, mais je reconnais que ces deux
approches sont complémentaires, comme les deux faces
d'une même médaille. Le problème
se pose chaque fois que l'on commence à se
voir soi-même objet de l'étude que l'on
mène en tant que sujet. Les forums de discussion
témoignent justement de cette complémentarité
difficile à démêler. Il me semble que
la nouvelle mémétique « à la
Baquiast » est encore plus extrêmement objectiviste
que la mémétique « à la Jouxtel
», mais ça me va.
Quoiqu'il
en soit, notre propos ici n'est pas de réformer la
mémétique, mais seulement de profiter du regard
nouveau qu'elle propose pour rajeunir et compléter
les études consacrées par la sociologie traditionnelle
aux relations entre l'homme, ses outils et plus généralement
les machines (voir par exemple les travaux de Simondon ou
de Foucault). Ces études vont d'un extrême à
l'autre. Ou bien elles mettent l'accent sur l'homme considéré
comme responsable de l'évolution des techniques, ou
bien elles considèrent les techniques comme responsables
de l'évolution de l'homme (notamment dans l'esprit,
très oublié aujourd'hui, du matérialisme
d'inspiration marxiste). Ce faisant, elles n'aboutissent à
rien de constructif car elles passent à côté
de ce qui devrait être l'objet de leurs études,
l'organisme ou le superorganisme né de la relation
permanente et co-évoluante (co-développement)
associant les techniques et leurs utilisateurs du monde vivant(2).
P.J.
Bien au contraire, je trouve tout à fait légitime
d'amorcer ici une refondation de la mémétique,
refondation que je cautionne complètement et à
laquelle je m'associe d'autant mieux que, d'une
part, elle correspond bien à l'approche objectiviste
que je voudrais explorer et que, d'autre part, elle
est rendue nécessaire par une absence de dynamique
significative, dans le monde de la recherche, que la SFM
est la première à reconnaître et à
déplorer. Comme je n'en suis plus le président,
mais que nous faisons, toi et moi, partie de ses fondateurs,
sentons-nous libres aujourd'hui d'affirmer clairement
comment nous voyons les choses. Je sais qu'il existe
des méméticiens « mainstream »
- tels que Bertrand Biss ou Charles Mougel - qui s'y
reconnaîtront.
Nous
proposons donc ici ce que l'on pourrait nommer une
version zootechnocentrée de la mémétique.
A cette fin, nous ferons l'hypothèse que l'évolution
du monde terrestre résulte des compétitions
darwiniennes s'établissant au sein d'une
faune proliférante d'organismes encore mal
identifiés, véritables acteurs dont il est
temps de faire sérieusement l'étude,
et que nous nommerons des organismes zootechniques. Ces
compétitions ne se substituent pas aux compétitions
existant entre les gènes et entre les mèmes,
mais elles élargissent leur territoire. Elles obligent
à prendre en compte, comme on le verra, l'ensemble
des sphères où se joue l'avenir de la
vie sur la Terre : géosphère, biosphère
et infosphère. Mais elles obligent aussi à
revoir toutes les idées reçues relatives à
l'homme, à la conscience, à son libre-arbitre...
Exemples
d'organismes zootechniques
Appelons
organisme zootechnique un ensemble symbiotique constitué
d'un certain nombre d'organismes biologiques
(parlons d'humains pour simplifier cette première
présentation) réunis par l'utilisation
d'un objet ou d'un processus physique qui n'est
pas un organisme biologique mais qui évolue cependant
sur un mode darwinien (mutation/sélection) selon
des lois qui lui sont spécifiques. L'objet
sert d'outil aux humains. Ceci signifie qu'il
leur fournit énergie et subsistances. Les humains,
en échange, apportent à l'objet les
soins qui lui permettent de survivre et de muter en fonction
de ses lois évolutives. Il s'agit d'une
évolution que l'on dira artificielle parce
qu'elle n'obéit pas aux processus de
l'évolution darwinienne biologique, mais elle
s'inscrit cependant dans les règles de l'évolution
darwinienne par mutation-sélection.
P.J.
Oui, réintégrer l'artificiel au sein
d'un naturel élargi, voilà bien un combat
qui nous rapproche (j'y retrouve l'esprit de
la fable technologique « Alien » qui situe l'homme
dans son acrobatique interposition morale et physique entre
la bête et la machine…).
Les
organismes zootechniques sont de plus en plus nombreux et
de plus en plus performants, leur nombre se multipliant
selon une loi exponentielle. Comme cependant ils se développent
dans un monde naturel dont les ressources ne sont pas illimitées,
ils entrent en compétition pour l'accès
aux ressources, détruisant les équilibres
du milieu terrestre acquis depuis des millénaires.
Nul ne peut évidemment prédire l'avenir
des conflits ainsi engagés, ni le visage du monde
de demain.
Prenons
pour illustrer un propos qui pourrait demeurer trop abstrait,
parmi des centaines d'autres possibles, l'exemple
de trois grands organismes zootechniques qui influencent
en profondeur l'évolution des écosystèmes
contemporains. Il s'agit du système [homme-arme
individuelle], du système [homme-automobile] et du
système [homme-robot autonome]. Le premier remonte
à l'histoire des civilisations, le second a
pris un grand essor à partir du début du 20e
siècle au sein des sociétés industrielles,
le troisième commence à se mettre en place
dans certaines sociétés technologiquement
avancées.
P.B.
Attention, juste un point de langage. J'ai l'impression
que que tu fais facilement l'amalgame entre l'espèce
et l'individu en employant le même mot «
organisme ». Ce que tu cites en exemple pour un organisme
zootechnique lié à une famille d'outils
donnée (disons une automobile) correspond selon moi
à une espèce, ou carrément un embranchement,
dans l'arbre « phylomémétique
» des espèces culturelles, prises en tant que
génératrices d'usages autour d'une
technologie ou d'un objet donné. Or lorsque
tu affirmes que ces organismes ont une croissance exponentielle,
j'ai plutôt l'impression qu'il s'agit
du nombre de créatures (donc d'usages individuels
et circonstanciés). Le doute demeure car il est possible
que le nombre d'espèces zootechniques soit
aussi en croissance exponentielle, mais j'aurais plutôt
tendance à dire qu'il subit une réduction
comme les espèces biologiques. Il me semble toujours
important de distinguer précisément, sans
trop alourdir le discours, lorsqu'on parle d'une
pratique instanciée ou d'une pratique générique.
Réponse
de JPB: je parlais de la croissance exponentielle des espèces
zootechniques, due à l'apparition continue de nouvelles
technologies et outils s'en inspirant (cf. ci-dessous La Singularité).
Mais cette croissance n'exclue pas celle des individus utilisateurs.
Soit
le système [homme-arme individuelle]. On connaît
l'influence politique qu'il exerce dans certains pays, aux
Etats-Unis avec la puissante American Rifle Association mais
aussi dans les zones tribales d'Asie mineure où l'homme
chef de famille ne se conçoit pas sans son fusil, substitut
moderne de l'antique poignard. Il s'agit d'un système
que l'on peut étudier très concrètement,
en conjuguant diverses approches. La composante «homme»
du système peut par exemple être observée,
au niveau de chacun des individus concernés, par les
techniques de l'imagerie cérébrale fonctionnelle.
On constatera qu'un certain nombre de zones corticales spécifiques
sont activées par l'usage de l'arme, par la pensée
que l'on utilise l'arme ou simplement par le fait de regarder
un tiers utiliser l'arme. Il existe donc bien, en faisant
abstraction des différences individuelles, des objets
neuronaux ou objets mentaux (pour reprendre l'expression popularisée
par Jean-Pierre Changeux dans son ouvrage fondateur «
L'homme neuronal ») qui constituent les fondations biologiques
de l'organisme zootechnique que nous étudions.
La
composante « homme « de ce système peut
aussi être étudiée globalement par la
psychologie et la sociologie, qui fourniront des modèles
statistiquement significatifs des comportements induits
chez leurs possesseurs par les armes individuelles. Mais
l'étude de l'organisme zootechnique considéré
n'aurait pas de sens si elle ne comportait pas en
parallèle l'étude des logiques évolutives
qui ont entraîné la transformation des armes
de poing à travers les âges. Ce ne fut pas,
comme on pourrait le penser, la seule demande des utilisateurs
qui a permis ainsi le passage du tromblon à la carabine
ou du pistolet d'arçon au révolver puis
au pistolet automatique. Ce furent surtout des perfectionnements
imaginés par les ingénieurs manufacturiers,
compte tenu de l'évolution des techniques de
forge et d'usinage. On peut considérer qu'ils
étaient inévitables, selon le constat fait
depuis longtemps que tout ce que permet à un certain
moment la technique se trouve réalisé quelques
temps après. Nous reviendrons sur ce point essentiel
ci-dessous. Ces perfectionnements ont généré
de nouveaux usages et fait naître de nouvelles catégories
de détenteurs et d'utilisateurs d'armes.
On peut admettre en règle générale
que c'est l'évolution technologique,
obéissant à des lois propres, qui précède
l'évolution des usages et qui précède
donc les conséquences à grande échelle,
positives ou négatives sur le milieu, qu'entraînent
ces usages.
P.J. Plutôt que de «
l'admettre en règle générale
», pourquoi ne serait-ce pas un des objectifs de cette
mémétique refondée que de le démontrer
? On s'apercevrait que les formulations « évolution
technologique » et « évolution des usages
» recouvrent différents aspects d'une
même réalité. Il faut pour cela décrire
plus précisément les étapes du cycle
de vie des créatures dont il est question. Ce sont
des créatures d'essence événementielle,
des instances.
Ainsi, qu'est-ce qu'un usage individualisé
lorsqu'on cherche à lui donner un début,
une fin, à repérer l'implication des
personnes concernées et à compter les ressources
globales qu'il consomme ? Le monde de l'entreprise
regorge de milliers de variétés d'usage
lié à des objets. En regardant de plus près,
on y voit les choses se dessiner plus finement autour des
technologies et des pratiques. Par exemple, fabriquer un
vélo constitue un écosystème particulier
de compétences. Distribuer commercialement des vélos
en constitue un autre bien distinct, même s'ils
sont interconnectés. Enfin, utiliser un vélo
ouvre un monde encore tout différent d'usages
et de pratiques, interconnecté à d'autres,
etc. Le liant culturel de ces pratiques (industrie, commerce,
loisir) pourrait s'appeler « l'amour du
vélo »… Ce que la mémétique
a d'indécent voire d'immoral aux yeux
de certains et qui confine au tabou, c'est justement
sa capacité à jeter sur le monde des outils,
et donc sur le monde du travail, un regard de naturaliste.
Observons,
sans nous attarder, que l'organisme zootechnique homme-arme
fut sans doute l'ancêtre de tous les autres. Autant
que l'on sache, l'association de certains primates avec des
outils prélevés dans la nature remonte à
plus d'un million et demi d'années avant le temps présent.
Elle a profondément modifié les partenaires
de cette association, les primates devenus hominiens d'un
côté, mais aussi, ne les oublions pas, les silex
et autres instruments en bois et en os dont l'évolution
est narrée dans les manuels de technologie, sans malheureusement
que l'on attache à cette évolution l'importance
qu'elle mérite. On voit dans la pierre taillée
le produit du génie humain, en oubliant de voir dans
l'hominien le produit du génie de la pierre. Précisions
ce point de vue qui paraîtra emprunt de mysticisme.
On ne sait pas très bien pourquoi certains primates
ont, à la différence de leurs contemporains,
attaché de l'importance au fait qu'un tranchant de
silex pouvait découper la chair. Certains experts supposent
qu'une mutation s'était produite dans le cortex des
premiers, les rendant sensibles à des caractères
du monde extérieur qu'ils ne distinguaient pas auparavant.
Mais faire appel à des mutations ressemble un peu à
une solution de facilité. Pourquoi ne pas imaginer
que l'initiative est venue d'un rognon de silex qui a eu (par
hasard) la bonne idée d'éclater en débris
tranchants et de se trouver sous le pied d'un primate que
rien ne prédestinait à devenir un inventeur.
Un couple se serait alors formé dont les développements
en termes de compétitivité auraient définitivement
déclassé les autres primates, restés
rivés à des pierres banales, sans génie,
utilisées à l'occasion pour casser des noix,
puis abandonnées ensuite(3).
P.J.
Tout à fait d'accord
Nous
pourrions élargir notre analyse, en restant dans
le domaine essentiel des armes et de leurs utilisateurs,
en considérant la question des armes de chasse associées
aux associations de chasseurs, ou celle, autrement lourde
de conséquences, des systèmes d'armes
utilisés par les militaires. Aujourd'hui, ce
sont essentiellement les recherches à finalité
de défense qui font progresser les connaissances
scientifiques. Elles visent pour l'essentiel à
détruire des humains, en dehors même de tout
conflit effectivement déclaré. De plus, elles
abordent des domaines, tels la virologie ou les nanotechnologies,
où les erreurs de manipulation pourraient être
désastreuses. Il serait donc logique de mettre des
limites à ces recherches, pour des considérations
de sécurité. Rien cependant ne peut arrêter
les lobbys militaro-industriels qui les financent. Ces lobbies
sont pourtant composés d'humains que l'on
pourrait croire accessibles à la raison. Mais en
réalité, les processus qui les motivent relèvent
d'automatismes liés à l'évolution
de l'organisme zootechnique au fonctionnement duquel
ils participent, avec le même degré d'irresponsabilité
que celui des cellules de l'estomac participant au
fonctionnement du système digestif.
Le
système homme-automobile constitue notre second exemple
d'organisme zootechnique. Il est moins porteur de risques
immédiats que le précédent (exception
faite des morts de la route). Mais on insiste à juste
titre aujourd'hui sur les destructions qu'il impose aux écosystèmes
traditionnels. Là encore, de nombreuses méthodes
d'analyse scientifique permettrait de caractériser
avec précision les activités cérébrales
et les composantes affectives caractérisant l'humain
qui use et abuse de l'automobile. Le développement
de la voiture et de la route intelligentes, dotées
de nombreux dispositifs capables de dialoguer avec l'automobiliste
et de s'adapter à son profil individuel, permettra
parallèlement d'analyser la façon dont le système
automobile évolue en permanence pour mieux mettre en
condition son utilisateur. En rapprochant ces diverses études,
on pourra définir avec une objectivité croissante
le profil des relations quasi monstrueuses qui s'établissent
entre les composantes biologico-psychologiques et les composantes
technologiques de l'organisme zootechnique constituant le
«monde de l'automobile». Au plan global, des études
comportementales ou économiques préciseront
en termes statistiques l'impact de ce monde sur le monde non
automobile. On constatera aussi que, quels que soient les
dégâts humains et environnementaux provoqués
par le développement inéluctable de l'organisme
homme-automobile, rien ni personne ne parait aujourd'hui en
mesure d'arrêter son expansion.
P.J. Je suis étonné
que le mot « pétrole » n'apparaisse
pas dans ce paragraphe, tant il me parait évidemment
connecté, lourd d'implications, etc. Un oubli
volontaire pour ne pas partir trop loin ? Il me semble qu'en
termes de risque pour l'humanité, l'augmentation
incontrôlable du prix des carburants constitue pratiquement
une preuve du fait que les usages des technologies prolifèrent
de façon autonome et qu'il faut une force éco-techno-culturelle
considérable pour en arrêter ou en modifier
le développement.
Remarquons
qu'un humain peut participer, en succession ou en
superposition, à plusieurs organismes zootechniques
entre lesquels il partagera les ressources de son corps
et de son cerveau. On rencontre ainsi, dans le monde de
l'automobile, des conducteurs irascibles détenteurs
d'armes qui en font parfois usage contre d'inoffensifs
tiers ayant prétendument manqué de respect
à l'égard de la chère voiture.
On constate cependant une certaine étanchéité
entre organismes zootechniques, même lorsqu'ils
se superposent ou se succèdent dans le temps. C'est,
lorsque le conflit se révèle inévitable,
le système le plus compétitif qui prend le
dessus sur les autres.
P.J.
Attention, ici, typiquement, l'utilisation du modèle
« créature-habitat » aurait épargné
cette observation un peu précipitée qui ressemble
à une sorte de « patch » de secours pour
un problème qui ne se pose pas en réalité.
Bien sûr que plusieurs créatures peuvent se
partager les ressources du même habitat ! Plusieurs
organismes zootechniques peuvent concurremment utiliser
un même humain… .
Le
système [homme-robot autonome] représente
le troisième exemple d'organisme zootechnique
que nous nous proposons d'étudier ici. Il s'insère
dans un superorganisme beaucoup plus étendu, celui
formé par les humains et les ordinateurs ou autres
systèmes informatiques, les uns et les autres reliés
de plus en plus systématiquement par des réseaux
de transport d'informations à haut débit.
Beaucoup d'études ont été consacrées
depuis quelques années à cet univers proliférant.
Certains y voient, non sans raison, un supercerveau qui
se mettrait en place, peut-être pas encore à
l'échelle de la Terre entière, mais
du moins au sein de zones géographiques où
la densité du trafic approche celle des échanges
entre neurones dans un cerveau. L'originalité
des systèmes techniques impliqués dans ce
vaste superorganisme est qu'ils sont spontanément
beaucoup plus réactifs et évolutifs que les
armes à feu et les automobiles précédemment
citées. Il se produit donc, en quelques mois et années,
des phénomènes de co-évolution illustrant
bien l'influence réciproque des composants
biologiques et des composants technologiques du superorganisme.
Dans
le cas particulier du système homme-robot autonome,
nous nous trouvons en présence d'un couple
où le composant technologique deviendra très
vite beaucoup plus évolutif et par conséquent
beaucoup plus créateur que son partenaire humain.
Nous faisons allusion ici, non aux robots programmables
qui n‘ont pas beaucoup d'intérêt,
mais aux robots évolutionnaires capables de se doter
de contenus cognitifs et affectifs comparables à
ceux des humains. Certes, de telles machines ne sont encore
que des prototypes, rarement produites en pré-séries,
mais il est certain qu'à échéance
de quelques années, elles envahiront non seulement
les environnements militaires mais les environnements civils.
Les auteurs spécialistes de la question montrent
comment des rapports spécifiques s'établiront
entre ces robots et ceux qui interagiront avec eux. Selon
la méthodologie proposée ici, ce sont ces
rapports qu'il conviendra d'étudier,
plutôt que s'interroger sur le caractère
d'intelligence, de conscience ou de sensibilité
que développent chacun de leur côté
les partenaires humains et technologiques de l'échange.
P.J.
Oui, complètement d'accord, et c'est
pour cela qu'il faut apprendre à focaliser
l'attention sur l'instance de la relation d'usage
afin d'étudier celle-ci comme une « créature
» qui vit, meurt, se reproduit et consomme des ressources.
On peut dire que, lorsque l'on a compris cela, on est devenu
méméticien!.
Comme
dans les exemples précédemment cités,
il sera possible d'observer avec beaucoup de précision
les modifications des architectures et connexions interneuronales
qui se produiront en conséquence aussi bien dans le
système nerveux des humains que dans la mémoire
des robots. On reliera ces informations à des études
comportementales plus générales, portant par
exemple sur les relations d'amour (certains auteurs parlent
même de relations visant à la production d'un
plaisir physique partagé) s'établissant entre
humains et robots(4).
Les
deux catégories de partenaires bénéficieront
de l'accélération du progrès
technique dans le domaine des technologies de l'information,
que nous évoquerons ci-dessous par le terme de Singularité.
Ainsi les humains, qu'ils le veuillent ou non à
titre individuel, se trouveront progressivement, par effet
d'entraînement, conduits à « augmenter
» leurs divers organes et même les capacités
de leurs cerveaux, en devenant progressivement des «
cyborgs ». Dans le même temps, les robots se
doteront spontanément (à l'insu de leurs
constructeurs humains) de propriétés semblables
à ce que chez l'animal on désigne par
le terme de conscience primaire. Très vite par la
suite, ils pourront aussi acquérir des consciences
de soi plus ou moins riches et la relative autonomie de
comportement que cette propriété implique.
Certains,
à cette perspective, évoquent le thème
du Golem échappant à ses créateurs.
Pour nous, même si individuellement certains robots
peuvent devenir non seulement indépendants des humains
mais agressifs à leur égard, il ne s'agirait
que d'un phénomène marginal. Fantasmer
sur l'indépendance des robots consisterait
à perdre de vue le postulat que nous avons posé
d'emblée. Rappelons une nouvelle fois ce postulat
: quelles que soient les technologies, les relations de
celles-ci avec leurs partenaires biologiques (humains le
plus souvent mais de plus en plus aussi animaux et végétaux)
se développent au sein d'organismes globaux,
que nous avons proposé de nommer des organismes zootechniques.
Ces organismes génèrent des contraintes de
croissance qui, sans imposer un avenir défini à
l'avance, canalisent la synthèse des structures
et formes nouvelles. Dans un organisme vivant, l'apport
de capacités nouvelles à un organe du corps
ne rend pas celui-ci indépendant du reste du corps.
C'est l'ensemble de l'organisme qui se
trouve augmenté. Il en sera de même des systèmes
hommes-robots, qui bénéficieront sous forme
d'augmentation de capacité des perfectionnements
acquis par leurs différents composants, biologiques
ou artificiels.
Ces
systèmes homme-robots feront partie du zoo de créatures
nouvelles dont l'explosion caractérise et caractérisera
de plus en plus l'ère du zootechnocène
dans laquelle nous sommes engagés. Nous avons vu
que les organismes zootechniques peuvent se superposer,
en recrutant des composants dans d'autres organismes.
Il est évident ainsi que les systèmes homme-arme
ou homme-automobile, pour rester dans les exemples que nous
avons retenus, bénéficieront des augmentations
apportées aux hommes et aux machines dans le cadre
du système homme-robot. Des hommes augmentés
grâce aux produits de l'évolution du
système homme robot manipuleront des armes et des
automobiles intelligentes, elles-mêmes augmentées
par cette même évolution. Le zoo des nouveaux
organismes zootechniques ne se limitera pas à ceux-ci.
Des centaines d'autres organismes se développeront
et entreront en compétition darwinienne pour l'accès
aux ressources (théoriquement finies) du monde global.
Symbioses mais aussi conflits seront inévitables,
accompagnés vraisemblablement d'extinctions
massives. Les paléohistoriens des prochains millénaires
évoqueront peut-être un phénomène
analogue à celui dit de l'explosion du cambrien,
avec les extinctions massives qui ont suivi l'apparition
d'espèces révolutionnaires mais éphémères
dont on peut aujourd'hui retrouver des fossiles dans
les falaises du Burgess.
Cas particuliers
Il
est évident que les exemples d'organismes zootechniques
présentés ici simplifient considérablement
la perspective du zoo ou de la faune à laquelle nous
faisons allusion. Dans une étude plus détaillée,
il faudrait évoquer aussi les organismes très
influents nés autour du développement des
techniques énergétiques, des techniques agro-alimentaires,
des techniques de santé, des techniques spatiales…
P.J. Mais oui ! On peut imaginer
les déploiements de l'arbre des espèces
zootechniques, avec notamment des embranchements comme les
couples [Homme-vêtement], [Homme-maison], et pour
employer un formalisme plus simple, les couples H-fourchette
(filiation de H-couteau qui vient de H-arme de poing), ou
encore H-casserole, H-grigri et son descendant H-remède,
lequel ouvre la voie à toute l'industrie pharmaceutique
(encore un univers technique qui se développe pour
son propre compte… j'ai trouvé par hasard
ce texte amusant :
http://www.eco-live.org/index.php?option=com_content&task=view&id=47&Itemid=80
…
Il y en a un autre que j'apprécie particulièrement,
c'est le couple zootechnique H-miroir dont nos métiers
du conseil sont les héritiers indirects. Selon moi,
cette approche brillante va encore faire dire à nos
amis anthropologues : « de quoi se mêlent-ils
ceux-là, ils doivent d'abord rattraper 764
années d'études et lire nos 200.000
ouvrages spécialisés avant de parler de ces
sujets ! ».
Mais
dans l'immédiat il semble impossible de ne
pas évoquer deux types d'organismes zootechniques
dont l'apparition et le développement jouent
un rôle particulier sur l'évolution de
la planète Terre. Nous voulons parler de ceux nés
autour des technologies du désir, d'une part,
des technologies observationnelles d'autre part.
Voyons
d'abord les organismes associant des entités
biologiques et des technologies ayant pour effet de faire
naître du désir. Dans la nature, d‘innombrables
méthodes suscitant le désir ont été
sélectionnées par l'évolution,
au niveau des plantes et ses animaux, parce qu'elles
favorisaient la reproduction : consommation d'un fruit
dont les graines seront disséminées, sélection
d'un partenaire sexuel à fort potentiel…
On peut donc dire que le capitalisme libidinal décrit
par certains auteurs, tel Bernard Stiegler, remonte loin
aux origines de la vie. Il faut voir que les technologies
ayant pour effet de favoriser la créativité
des individus, encourager la consommation et donc la production,
susciter le désir de façon quasi institutionnelle,
se sont développées dès l'aube
des sociétés humaines à des échelles
qui défient le bon sens. Comment des groupes sociaux
démunis de tout pouvaient-ils investir dans des processus
et des produits si dispendieux, si gaspilleurs, provoquant
souvent l'effondrement des sociétés
victimes du phénomène, comme l'a montré
Jared Diamond ?
P.J.
Le prochain livre de Bloom, s'il réussit à
voir le jour, traitera intégralement de ce thème.
Le capitalisme a, s'il doit survivre, grand besoin
de retrouver une sensualité fondatrice, un côté
bienfaisant, convivial et poétique qu'il a
totalement perdu.
On
trouvera à cela des raisons liées à
la génétique, le groupe humain, comme tous
les groupes animaux, générant des dominants
et des dominés, les dominants affirmant leurs pouvoirs,
religieux ou civils, par des travaux et constructions exceptionnels,
supportés par les dominés. . Les méméticiens
évoqueront en parallèle les conflits entre
mèmes pour la conquête des esprits, les mythes
religieux ou héroïques suscitant, eux aussi,
des conduites de consommation/gaspillage dont seuls ces
mèmes profitent. Quoiqu'il en soit, les techniques
permettant à ces facteurs causaux de s'exprimer
pleinement se sont multipliées dès le 35e
millénaire BP comme en témoigne l'art
pariétal. Ces mêmes techniques, se perfectionnant
sans cesse, ont depuis, dans le domaine de l'architecture
monumentale, produit les mégalithes, les temples,
les châteaux forts et les cathédrales que nous
connaissons.
Les
sociétés modernes n'ont pas renoncé à
de tels encouragements à des productions de prestige
apparemment inutiles d'un point de vue strictement économique.
Mais les technologies suscitant le désir et favorisant
la consommation se sont multipliées. Elles touchent
dorénavant tous les humains, pauvres ou riches. Nous
n'évoquerons pas les domaines du sexe symbolique et
notamment du cyber-sex, qui pourtant mériteraient des
études moins superficielles que celles à eux
consacrées. Beaucoup plus lourdes de conséquences
sont les technologies relevant d'une publicité de plus
en plus scientifique, visant à transformer les contenus
des cerveaux afin de faire de leurs possesseurs des consommateurs
dépendants (addicts) des produits promus. A une époque
où la rareté affecte toutes les ressources matérielles,
où les espèces animales et végétales
sont menacées de disparition du fait de la surconsommation
sinon de la destruction ludique, il serait bien plus utile
que ces technologies encouragent la décroissance. Mais
encore une fois, il s'agit de technologies égoïstes,
manipulées par des génomes et des mèmeplexes
égoïstes. Elles se répandront jusqu'à
ce que des crises dont elles sont incapables de prévoir
et moins encore de prévenir la venue provoquent un
désastre général(5).
Toutes différentes sont les technologies que nous
avons qualifiées d'observationnelles. Il s'agit
de celles ayant depuis quelques millénaires, mais
plus particulièrement en Europe depuis la Renaissance,
visé à perfectionner les organes sensoriels
afin de mieux faire comprendre l'organisation du monde
visible et invisible. Inutile de refaire ici l'histoire
de l'instrumentation scientifique, dont les développements
ne cessent aujourd'hui de prendre de l'ampleur,
entraînant avec eux l'avancement exponentiel
des sciences et des techniques. Soulignons plutôt
deux points. Les outils scientifiques visent en principe
à observer le réel, afin d'en comprendre
les lois. D'où le terme utilisé ici
de technologies observationnelles. Mais le scientifique
n'observe pas tout ce qu'il souhaiterait observer.
Il observe ce que les instruments lui permettent de voir.
En ce sens, la découverte scientifique est très
dépendante, non seulement des crédits qui
lui sont affectées et des finalités, civiles
et militaires qui lui sont assignées, mais du «
progrès » des instruments. Or celui-ci, comme
nous l'avons déjà indiqué à
propos d'autres technologies, obéit à
des lois évolutives complexes où la prétendue
volonté humaine n'a que peu de rôle à
jouer. Le superorganisme zootechnique scientifique qui étend
ses ramifications à l'échelle de toutes
les nations mériterait donc d'être étudié
en tant que tel. Les déterminismes qui régulent
sa compétitivité darwinienne vis-à-vis
de tous les autres n'ont encore été
élucidé que très superficiellement.
Des sociétés qui se prétendent scientifiques
ne peuvent s'en tenir à des approches aussi
sommaires.
P.J.
On retrouve la vieille nature autoréférente
de M², le mème des mèmes, ou encore (merci
à F. Von Hayek et Thomas Kuhn), la mémétique
vue comme une sorte d'épistémologie
évolutionniste. La science des sciences qui se regarde
elle-même avec les yeux de Darwin !.
Le
second point que nous voudrions présenter complète
le précédent. Dorénavant beaucoup de
scientifiques considèrent que, comme c'est
déjà le cas en physique quantique (tout au
moins dans l'acception actuelle de cette science),
c'est l'instrument associé à l'observateur
qui construit le « réel ». Celui-ci n'existe
pas en soi, mais émerge progressivement de l'interaction
entre un inframonde indescriptible dans l'absolu et
les différents organismes matériels et biologiques
qui sont apparus depuis les origines du cosmos. Les technologies
observationnelles et expérimentales du domaine scientifique
font partie de ces organismes. Il est donc important de
comprendre les lois encore ignorées, s'il en
est, selon lesquelles elles évoluent en compétition
avec toutes les autres.
Quelques
questions-réponses
Nous
terminerons cet article en abordant quelques questions où
l'approche proposée ici pourrait suggérer
des réponses parfois différentes de celles
données spontanément par le sens commun.
1.
Humains
Notre
objectif n'est pas ici de nier ou minorer le rôle
des humains dans l'évolution de l'anthropocène,
aussi bien comme individus que comme groupes sociaux. Nous
considérons par contre que, si l'on veut étudier
ce rôle de façon scientifique, il faut se débarrasser
des a priori métaphysiques que, depuis des siècles
sinon davantage, les philosophes et clercs s'intéressant
à cette question projettent sur l'homme, l'espèce
humaine, l'humanité et l'humanisme. Il
n'existe pas une essence humaine existant en soi que
l'on retrouverait à travers les sociétés
et les âges. Chaque individu humain (comme d'ailleurs
chaque individu animal) est le produit ici et maintenant
de l'expression d'un certain nombre de ses gènes,
elle-même déterminée par les caractéristiques
physiques et sociales du milieu dans lequel il est né.
Parmi ces caractéristiques jouent massivement, dès
la naissance, des contraintes culturelles véhiculées
par la société à laquelle il appartient.
Elles sont d'abord transmises par l'éducation.
Mais, en appliquant le postulat de la mémétique
qui est très largement le nôtre, nous admettrons
que, tout le long de la vie du sujet, l'envahissement
du cerveau inconscient et conscient de chaque individu par
les mèmes circulant dans les milieux sociaux dont
il fait partie contribuent tout autant que l'éducation
- à supposer que celle-ci ne puisse être décrite
comme résultant simplement de cet envahissement -
à déterminer son fonctionnement.
On
peut certes admettre que certaines constantes, inscrites
principalement dans l'héritage génétique
mais éventuellement aussi dans les héritages
sociétaux, se retrouvent à travers les âges
et les groupes. Mais cela ne suffit pas à nos yeux
pour nous permettre de parler de nature humaine. Dès
que l'on veut analyser en détail l'impact
sur l'évolution des individus et des groupes,
il faut postuler que chaque individu et chaque groupe sont
spécifiques, produits d'un bouquet de déterminismes
qui ne se retrouvent pas systématiquement en d'autres
temps et en d'autres lieux.
Nous
avons voulu montrer ici que parmi ces déterminismes,
on doit aujourd'hui considérer en priorité
les interactions se produisant entre les humains tels que
nous venons de les définir et les pratiques technologiques.
Ces interactions définissent l'organisme ou
système zootechnique dont nous recommandons l'étude.
Elles sont différentes de l'un à l'autre.
En effet, comme les techniques sont très nombreuses
et évolutives, il apparaît autant de types
d'individus humains et de groupes humains qu'il
y a de techniques. Il est possible de procéder à
des regroupements, mais ceux-ci sont à proposer avec
prudence, précisément pour ne pas faire revivre
le mythe d'une nature humaine se retrouvant identique
à travers les âges et les sociétés,
avec les qualités et les défauts qui lui sont
prêtés.
Il
est inutile de préciser que si les concepts d'humain,
de nature humaine, d'humanisme ont eu tant de succès
dans les esprits, c'est parce que les mèmes
correspondants permettaient à des groupes sociaux
dominants d'imposer des valeurs et des comportements
conformes à ce qu'ils attendaient des individus
et groupes dominés pour y affirmer leur pouvoir.
Depuis les origines de la pensée morale, ce furent
principalement des contenus d'inspiration spiritualiste
qui ont nourri le concept d'humain. L'humain
a été, dans les religions monothéistes,
présenté comme créé par Dieu
et doté d'une âme elle-même à
l'image de Dieu. Mais, même dans les sociétés
laïques, comme on le voit aujourd'hui avec l'inflation
injustifiée prise par le concept d'humanisme,
la métaphysique n'a pas renoncé à
utiliser pour l'analyse des situations concrètes
impliquant les humains des préjugés conformes
à des valeurs d'inspiration spiritualistes
(sinon découlant d'un simple conservatisme intellectuel)
. Dans la mesure où la science adopte ces préjugés
sans les discuter, elle se prive de la possibilité
de faire apparaître le caractère spécifique
de l'action exercée, au cas par cas, par les
humains sur les phénomènes évolutionnaires
non humains. Autrement dit, elle renonce à tenter
de décrire cette action de façon efficace.
Prenons
un exemple très simple, en application de ce que
nous avons indiqué plus haut relativement à
l'existence hypothétique d'un superorganisme
zootechnique (disons en ce cas anthropotechnique) associant
des humains et des technologies d'armement. Peut-on
considérer que le militaire doté d'une
arme et conduit à l'utiliser dans une situation
de conflit sera le même type d'humain que l'instituteur
enseignant à des enfants la construction d'un
cerf-volant ? Sûrement pas. Dans le premier cas, l'individu
émergeant de la situation de conflit sera soumis
à l'expression d'un certain nombre de
déterminismes génétiques et culturels
qui en feront une machine à tuer. Dans l'autre
cas, l'individu émergeant de la situation de
transmission de savoir exprimera d'autres gènes
et d'autres traditions culturelles qui en feront un
acteur d'une autre fonction sociale, aussi importante
sans doute en termes évolutionnaires que celle liée
à la défense du territoire et à la
destruction de l'étranger, visant à
la reproduction du modèle social. Les deux individus
considérés ont sans doute les mêmes
gènes, mais, à situation différente,
des gènes différents s'expriment. Le
soldat et l'enseignant que nous prenons en exemple
ne sont pas enfermés dans des statuts dont ils ne
pourraient pas sortir, si les circonstances changeaient.
Par contre, si les circonstances ne changeaient pas, le
discours moral consistant à penser qu'avec
de bonnes paroles, le soldat pourrait se transformer en
instituteur tout en conservant l'usage de son arme
et tout en restant incorporé dans une unité
combattante n'aurait aucun sens. A l'inverse,
on ne fera pas de l'instituteur un combattant impitoyable,
si on lui demandait de continuer simultanément à
exercer ses talents pédagogiques au sein de sa classe.
On
ajoutera à ce qui précède que, ne voulant
pas nous donner une idée trop arrêtée
de ce qu'est l'humain, nous ne nous jugeons
pas en mesure dans cet article de disserter sur le post-humain
ou le transhumain, résultant de l'ajout de
prothèses artificielles aux corps et cerveaux biologiques.
Il y aura sans doute autant de types de posthumains que
d'humains, correspondants à chacune des grandes
catégories d'organismes zootechniques du futur.
2.
Consciences
Nous
n'avons pas besoin ici de développer beaucoup le concept
de conscience, car cette propriété, trop connotée
de contenus métaphysiques, notamment celui de libre-arbitre
qui pour nous n'a aucun sens, serait plus dangereuse qu'utile.
Concernant la conscience individuelle humaine, on peut considérer
que n'ayant pas de rôle causal, l'influence qu'elle
peut avoir sur les comportements est très limitée.
Certes, les individus humains prennent des décisions,
mais c'est leur corps tout entier qui le fait, à la
suite de processus où le cerveau joue un grand rôle
et dont on peut, comme nous l'avons suggéré
en évoquant les techniques d'imagerie fonctionnelle
cérébrale, commencer à percer les arcanes.
La conscience exprime une simple fonction d'affichage, qui
n'est d'ailleurs pas sans intérêt dans les sociétés
où les individus utilisent le langage pour communiquer(6).
Aussi
bien, d'une façon générale, les
décisions individuelles et leurs traductions en expressions
conscientes n'ont de poids, dans l'évolution
des superorganisme zootechniques dotés de langages,
que sous forme de phénomènes collectifs, analysables
en termes statistiques. Elles fourniront des indices permettant
l'étude aussi bien des déterminismes
qui les provoquent que des résultats auxquels elles
aboutissent.
Il
sera par contre intéressant d'étudier
ce que l'on pourrait appeler les phénomènes
de conscience collective. Les organismes zootechniques comportent
des humains, nous l'avons vus, qui sont dotés
de cerveaux capables de générer des représentations
sommaires des organismes auxquels ces individus appartiennent.
Ainsi les humains possesseurs d'automobiles et recrutés
de ce fait par le superorganisme que nous avons nommé
le « monde de l'automobile » possèdent
quelques vagues idées sur le passé, le présent
et le futur de ce superorganisme. Mais ces représentations
n'ont pas l'efficacité de celles que
le cerveau de chacun de ces automobilistes produit, sous
le nom de conscience supérieure, pour leur compte
propre. Elles ne sont même pas comparables à
la conscience primaire caractérisant les animaux
complexes. La raison en est que l'organisme zootechnique
ne dispose pas de capteurs à large spectre ni d'un
cerveau global capables de le situer dans le monde en termes
stratégiques. Ses capteurs ne lui signalent que des
états intérieurs rarement significatifs et
interprétables à eux-seuls (par exemple le
nombre d'automobiles par millions de personnes) . Son cerveau
se limite à quelques opérations associatives
sans capacité de modélisation globale. Les
conséquences à long terme de son action ne
lui apparaissent donc pas.
P.J.
Il n'est pas étonnant qu'on arrive à
une difficulté de ce genre si l'on essaie trop
tôt de voir le « superorganisme », qui
est pour moi une sorte d'écosystème
abritant des pratiques instanciées, ou encore l'enveloppe
de l'espèce comme une créature en soi.
Il faudrait probablement un niveau de maillage des cerveaux
beaucoup plus intense pour voir émerger une forme
de conscience collective. Cela dit, il est probable que
notre notion - européenne et moderne - de conscience
comme singularité auto-référente attachée
à une enveloppe d'autonomie individuelle doive
prochainement être dépassée. C'est
justement une des questions que je souhaite poser à
la conférence qui ouvrira le séminaire de
la SFM le 27 juin. .
Certes,
les cerveaux des composants humains du système sont
activés par les quelques informations globales qui
leur parviennent, mais celles-ci sont trop rares, trop partielles
et surtout trop tardives pour permettre une modélisation
efficace de l'organisme dans son milieu. Les individus,
par ailleurs, sont trop faibles au regard des forces physiques
et économiques qui animent les organismes zootechniques,
pour pouvoir, sauf exception, influer à titre individuel
sur leur comportement. Ils sont emportés dans le
fonctionnement du système comme le sont les cellules
du corps, incapables de comprendre celui-ci et d'agir
sur lui. Il est donc vain d'espérer que les
cerveaux des humains participant aux organismes zootechniques,
fussent-ils parmi les plus influents, puissent générer
des « états de conscience » et a fortiori
des « décisions volontaires » susceptibles
d'avoir une influence sensible sur l'évolution
de chacun de ces organismes. Ils ne pourront pas davantage
agir sur le monde global dans lequel tous ces organismes
se disputent les ressources nécessaires à
leur survie.
Multiplier
les enquêtes et études économiques n'apportera
que peu de progrès dans la pertinence de la vision
qu'aura l'organisme collectif à travers
les cerveaux de chacun de ses membres. On pourra donc comparer
le fonctionnement d'un organisme zootechnique à
ce que serait le déroulement d'un mécanisme
géologique aveugle et sourd, à peine plus
informé qu'un tsunami ou une inondation.
Nous
pouvons peut-être cependant réserver l'avenir.
Il n'est pas exclu qu'au sein de certains des
organismes hypercomplexes résultant du fonctionnement
en réseau d'humains et de systèmes d'intelligence
artificielle ou mieux encore de robots, puissent apparaître
des consciences collectives correspondant à l'amorce
d'un véritable cerveau global. On doutera cependant
du fait que ces faits de conscience collective puissent
jamais être causaux. Ils se borneront à refléter
avec une clarté plus ou moins grande un certain nombre
des états de l'organisme. Il n'est d'ailleurs
pas certain que les cerveaux humains individuels puissent
les percevoir et les interpréter.
3.
Sciences
De
la même façon que nous souhaitons ici dépouiller
l'humain et la conscience des mythes que les diverses
métaphysiques leur attachent, nous voudrions enlever
tout caractère transcendantal à la science.
Disons, en simplifiant beaucoup, que les connaissances scientifiques
propres à un lieu et à un moment donnés
résument le résultat des expérimentations
ayant « marché » au regard des pratiques
de la science expérimentale, c'est-à-dire
ayant confirmé des hypothèses sur le monde
généralement élaborées selon
la raison inductive. Il s'agit en fait de recettes,
même lorsqu'elles nous conduisent à envisager
des perspectives cosmologiques sans limites. Ces recettes
sont utilisables tant que de nouvelles expériences
n'obligent pas à les modifier.
Nous
avons souligné précédemment que, tant
pour la formulation des hypothèses que pour le montage
des procédures expérimentales, le développement
darwinien spécifique de ce que nous avons appelé
les organismes zootechniques faisant appel aux technologies
observationnelles joue désormais un rôle capital.
Encore faut-il que ces organismes comportent des humains
convaincus de la validité de la démarche.
On trouvera toujours par ailleurs d'autres organismes
qui se construiront autour de technologies, sans doute moins
coûteuses à mettre en œuvre, diffusant
la croyance aux miracles et autres prodiges.
4.
Evolution
L'organisme
zootechnique, symbiose réussie du vivant et du matériel,
a dès le début bénéficié
des aptitudes à la reproduction propres au biologique
et au matériel. Comme un organisme biologique, il
est capable de reproduction et de mutation, donnant ainsi
naissance à de nouvelles formes parmi lesquelles
la sélection naturelle retient les plus aptes à
la survie. Les travaux de Richard Dawkins et de ses successeurs
méméticiens ont depuis longtemps montré
comment des organismes non biologiques, les mèmes,
du fait qu'ils sont imités (avec des erreurs)
se reproduisent et mutent au sein des réseaux d'échanges
d'information. Nous admettrons que les organismes
zootechniques se comportent de la même façon.
Ils sont imités et leurs imitateurs les reproduisent
avec des erreurs faisant apparaître des variants dont
certains peuvent se révéler mieux adaptés
à leurs besoins de survie. Si une première
lignée d'organismes zootechniques s'est
constituée autour de l'usage d'une pierre
comme outil, c'est parce que le premier primate ayant
découvert par essais et erreurs l'intérêt
d'un tel usage a été amplement copié
par ses congénères. Ses nouvelles performances
l'avaient signalé à l'attention
de tous;
P.J.
Mieux que l'admettre, il nous faut le démontrer, l'observer,
le simuler et pour cela, il nous faut préciser le modèle
des nos créatures. C'est l'essentiel du travail en
cours avec Charles Mougel sur le simulateur Memsim..
D'autres
formes de reproduction permettent aux organismes zootechniques
de se dupliquer, de muter et d'améliorer leur
compétitivité. Aujourd'hui, ces organismes
sont décrits par d'innombrables documents vantant
leurs mérites et assurant leur reproduction en dehors
de l'observation directe ou du contact physique. Il
s'agit de manuels ou recueils de savoir-faire grâce
auxquels tout organisme jusque là non informé
en réalisera des copies ou des variantes qu'il
conservera si celles-ci se révèlent utiles
à sa compétitivité. Des systèmes
de formation professionnelle et universitaire sont entièrement
dédiés à la diffusion de ces recueils
de recettes.
Nous
avons évoqué un autre type de reproduction
rendant les organismes zootechniques particulièrement
aptes à envahir l'espace disponible. Il s'agit
de ce que l'on pourrait appeler l'auto-perfectionnement
spontané de leurs composants technologiques. Aucune
machine, aucune technique, aucun instrument scientifique
n'est stable. Ceux qui l'ont conçu et
l'utilisent les modifient sans cesse, sous prétexte
d'amélioration, mais souvent en l'absence
de réel besoin, simplement parce qu'ils ne
peuvent pas faire autrement. Il en résulte une «
croissance » permanente, dont les résultats
peuvent être utiles dans certains domaines mais qui
dans d'autres contribuent à l'épuisement
des ressources et aux affrontements.
Par
ailleurs, de plus en plus souvent, avec l'envahissement
des organismes zootechniques par les sciences dites émergentes
(NBIC), les capacités et les services rendus par
les composant technologiques évoluent sur un rythme
quasi exponentiel (Loi de Moore). Ainsi le système
global se développe-t-il lui aussi sur un rythme
quasi exponentiel, entraînant dans sa croissance les
associés humains.
P.J. Il faudrait développer
ce gigantesque point !
5.
Economie
Les
organismes zootechniques, comme tous les systèmes
biologiques, consomment de l'énergie et des
matières premières pour vivre et se reproduire.
Ils éliminent des déchets en proportion. Comme
ils vivent en compétition dans un monde aux ressources
finies, ce sont les systèmes les mieux armés
pour la prédation qui l'emportent sur les autres.
Cette prédation s'exerce tout autant à
l'égard des systèmes analogues moins
bien armés pour la survie qu'à l'égard
des systèmes biologiques et géologiques naturels.
On ne constate généralement pas de mécanismes
d'auto-régulation permettant aux organismes
zootechniques d'économiser les ressources de
leur environnement. La compétition entre eux s'exerce
sur le mode malthusien le plus classique, jusqu'à
l'épuisement de ces ressources et à
ce que « mort s'ensuive ». Il est tout
à fait possible, du fait de l'incapacité
où sont les organismes zootechniques de réguler
leur évolution individuelle en tenant compte des
capacités de résistance du milieu terrestre,
que celui-ci s'effondre en provoquant la disparition
des organismes zootechniques les plus complexes et partant
les plus fragiles.
P.J.
Je trouve que c'est vite dit, car les systèmes
de régulation se trouvent facilement en élargissant
les limites du système observé et généralement
en attendant que les dégâts soient tels que
les consciences extérieures s'en alarment !
On voit ainsi des systèmes de régulation plus
composites, éco-politico-culturels, qui font émerger
des formes zootechniques concurrentes afin de contrer la
prolifération des premières en utilisant les
mêmes ressources. C'est ce qu'on voit
aujourd'hui avec les rayons du commerce équitable
dans les grandes surfaces. Ce sera aussi peut-être
le cas des médecines alternatives, c'est aussi
le cas malheureusement de formes d'action violente
comme la guérilla ou le terrorisme.
Le
produit le plus visible de l'activité des organismes
zootechniques, en dehors de leurs bilans en termes d'intrants
et de sortants, prend la forme de « construction de
niches », assurant à leurs membres abri et
protection. Dans le cas du système homme-automobile,
il s'agira des multiples infrastructures permettant
aux transports routiers de s'étendre. Ces niches
sont analogues à celles construites par les espèces
biologiques (telle la termitière pour les termites).
Mais elles prennent souvent, du fait de la puissance des
mécanismes technologiques mis en œuvre, des
proportions considérables. Elles remodèlent
l'environnement biologique et physique d'une
façon jamais constatée à cette échelle
sur la Terre, en dehors de grands phénomènes
cataclysmiques.
Les
niches, selon le mécanisme décrit par les
évolutionnistes sous le nom de « sélection
de niches », offrent aux organismes biologiques qui
en bénéficient des conditions spécifiques
à l'intérieur desquelles se déroule
leur évolution darwinienne. Même si leurs génomes
paraissent ne pas évoluer, les humains enserrés
dans chacune de ces niches finissent par adopter des caractères
morphologiques et comportementaux qui les distinguent fortement
et contribuent le plus souvent à les opposer. Parler
d'une « unité » de l'espèce
humaine n'a donc jamais correspondu aux réalités,
comme nous l'avons rappelé ci-dessus. Les niches
elles-mêmes entrent en compétition pour utiliser
l‘espace et les ressources. On connaît ainsi
les combats qui opposent les infrastructures routières
à celles des systèmes zootechniques concurrents,
transports ferroviaires, maritimes et aériens. Il
se peut qu'à l'avenir, tirant parti des
techniques de modifications génétiques qui
se développeront inévitablement, certaines
niches imposent à leurs « ressortissants »
des caractères génétiques spécifiques,
censés favoriser leur insertion dans la niche. Le
phénomène n'aurait rien de nouveau.
Ainsi les primates humains, évoluant au sein des
niches permises par l'utilisation des techniques avec
lesquelles ils sont entrés en symbiose, se sont-il
très rapidement distingués, génétiquement
et culturellement, des autres primates.
6.
Logique évolutive d'ensemble
Le
monde du zootechnocène évolue sur le mode
darwinien classique (mutation, sélection, amplification)
lequel a toujours été celui des systèmes
évolutionnaires biologiques. Nous y avons déjà
fait allusion. Autrement dit, cette évolution n'obéit
à aucune finalité. Elle ne respecte aucune
« valeur » déterminée a priori.
Les seules valeurs qui a posteriori paraissent s'imposer
sont celles qui ont été sélectionnées
par l'évolution comme les plus aptes à
permettre la survie des organismes qui les affichent.
Il est rigoureusement impossible, par conséquent,
de prévoir ni globalement ni en détail ce
à quoi conduit l'évolution du zootechnocène
au sein du cosmos (pas plus qu'il n'était
possible de prédire antérieurement les résultats
de l'évolution du biologique). Les perspectives
les plus hautes, comme les catastrophes les plus radicales,
peuvent se produire. Ceci concernant aussi bien l'avenir
des systèmes biologiques que celui des systèmes
techniques.
En
quoi dans ces conditions pouvons nous dans cet article évoquer
le terme de « révolution du zootechnocène
? C'est que les logiques évolutives des systèmes
techniques composant les organismes zootechniques subissent
une accélération exponentielle qu'aucun
système biologique ne peut enregistrer de son propre
chef. Le futurologue Ray Kurzweil a décrit ce phénomène
d'accélération et prédit qu'il
conduirait à une situation dans laquelle les propriétés
de tous les systèmes techniques se conjugueraient
pour dessiner un futur où deviendrait possible tout
ce qui est aujourd'hui considéré comme
inaccessible à la technique.
P.J. J'aime bien cette idée
de convergence, même si elle est assez effrayante.
On voit déjà se dessiner une convergence entre
la voiture et l'ordinateur, entre le téléphone
et la maison, et aussi d'une certaine façon
entre les œuvres d'art et les armes, etc. D'autres
facteurs, comme la co-génération électrique
privée généralisée, devraient
nous faire vivre des jours intéressants. Les méméticiens
ont vraiment intérêt à se dépêcher
de préciser leurs modèles….
Tous les constituants techniques des organismes zootechniques
subissent actuellement, de par leur logique interne, une
évolution qui leur confère progressivement
des capacités sinon identiques du moins, dans des
registres différents, comparables à celles
des systèmes biologiques. Certains systèmes
informatiques se transforment progressivement en systèmes
robotiques générateurs de pensées et
d'affects. D'autres créent des univers
virtuels aussi complexes que les univers réels. Les
techniques de génie génétique commencent
à réaliser artificiellement des systèmes
biologiques. D'autres franchissent directement le
pas et produiront bientôt des organismes de synthèse
ayant les propriétés des organismes vivants.
Parallèlement, les systèmes biologiques se
voient progressivement augmentés par de multiples
prothèses s'ajoutant à leurs organes
sensoriels et mœurs comme à leurs cerveaux.
Ce sont les cyborgs, auxquels nous avons fait allusion.
Il n'est pas impossible que les organismes zootechniques
de demain puissent reculer au-delà des limites de
la planète Terre, voire au-delà du système
solaire, les capacités d'action des organismes
zootechniques actuels.
Mais
répétons le, il est impossible d'affirmer
qu'un tel futur se réalisera effectivement.
Une catastrophe de même ampleur pourrait tout aussi
bien se produire. Rien n'interdit même de penser
que ces deux évolutions, malgré leurs différences
radicales, puissent se superposer.
Pour
conclure à propos du volontarisme politique
Le
lecteur objectera que notre article ne décrit que
des phénomènes obéissant à divers
déterminismes et ne laisse donc aucune place au volontarisme
politique. Autrement dit, nous désespérons
Billancourt et faisons le jeu du libéralisme. Nous
avons en effet indiqué ci-dessus, à propos
de la conscience, que le concept de libre-arbitre du moi
conscient individuel n'avait pas de sens pour nous.
Ce postulat s'applique également au concept
de libre-arbitre du moi conscient collectif. Les décisions
des groupes sont déterminées par les mêmes
causes complexes que celles entraînant les décisions
des individus. Elles ne sont pas libres, au sens où
elles pourraient dépendre d'un choix arbitraire
fait par le sujet, non motivé par une quelconque
cause antérieure.
Mais, dira-t-on, ne niez vous pas l'évidence.
Continuellement, l'observation de la vie politique,
entre autres, montre comment des groupes prennent des décisions
collectives plus ou moins lourdes de conséquences
: envahir un pays pour mettre la main sur ses réserves
pétrolières, entrer en dissidence pour résister
à l'oppression d'une puissance occupante…Ces
décisions ont fait l'objet de choix délibérés,
appuyés par de nombreux arguments rationnels. Elles
auraient pu ne pas être prises. Si on m'explique
que ces décisions résultent du comportement
de superorganismes déterminés par des motivations
inconscientes, je n'aurai plus aucun argument pour
me mobiliser en soutien ou en opposition à leur égard.
J'aurai toutes les chances, ce faisant, de laisser
la voie libre aux tyrans de toutes sortes qui profiteront
de mon désengagement politique.
Or,
selon nous, cette façon de présenter les choses
repose sur un aveuglement, résultant d'une conception
mythologique selon laquelle l'homme, à l'image de Dieu,
serait capable de décider librement de ce qu'il fait
ou ne fait pas. En réalité, dès qu'il
nous semble que nous prenons une décision librement,
c'est que notre corps tout entier a déjà pris
la décision. Il en est de même à propos
des décisions collectives. Si la Maison Blanche décide
d'envahir l'Irak, c'est que la décision avait été
prise depuis un certain temps de façon inconsciente
par les différents éléments constituant
le « corps » du superorganisme. L'annonce «Le
président des Etats-Unis décide de faire ceci
ou cela» n'a qu'un seul intérêt, faire
connaître au monde que le lobby militaro-industriel
américain est déjà engagé dans
les manœuvres initialisant la guerre en Irak, et recruter
par mimétisme des adhérents..
Il
en est de même d'une décision de résistance
à l'oppression. Si mes amis et moi décidions
de nous insurger contre une mesure tyrannique, ce serait
en fait le signe que nous serions déjà entrés
en résistance. Si nous nous interrogeons sur l'opportunité
de le faire, ce serait seulement le signe que nous sommes
pour le moment résignés à la tyrannie.
Mais nous avertissons cependant d'éventuels sympathisants
du fait que la décision pourrait changer;
C'est
bien ainsi qu'agissent les superorganismes animaux.
Ils prennent des décisions ou n'en prennent
pas. Ce qui les distingue des superorganismes comportant
des humains, c'est qu'ils ne disposent pas du
langage pour annoncer au reste du monde leurs décisions
ou leurs non-décisions. Cependant de nombreux autres
moyens leur permet de faire connaître les décisions
prises par le groupe. Ces moyens s'adressent aussi bien
aux congénères qu'éventuellement aux
représentants d'autres espèces. Le tout n'a
rien de "volontaire", évidemment. Ainsi
lorsqu'une bande d'oiseaux se jette sur un cerisier
pour le piller, ils font connaître par un certain
nombre de signes cette décision à d'autres
de leurs congénères, qui s'empressent
de se joindre aux premiers.
Pour
appliquer ce qui précède à la rédaction
de cet article, l'auteur que je suis n'ira pas affirmer
qu'il pouvait ou non l'écrire, ou qu'il pouvait ou
non choisir telle ou telle des phrases le composant. Si
je l'ai écrit, c'était parce que mon cerveau
(c'est-à-dire mon corps inséré dans
un certain nombre de superorganismes) l'avait déjà
entièrement rédigé en pensée
sans que je le sache. Si j'avais eu l'impression que je
pouvais ne pas l'écrire, ceci aurait été
parce que mon cerveau aurait déjà décidé
de ne pas traiter ce sujet et qu'il m'aurait déjà
orienté vers une toute autre activité.
Notes
(1)
Pensons à des airs militaires, telle
la Marseillaise, chantée par les soldats de l'An II
attaquant au mépris de leur vie les carrés des
Impériaux («La Marseillaise ailée
et volant dans les balles». V. Hugo )
(2) Ces « utilisateurs » sont
principalement des humains. Mais il ne faut pas oublier que
d'autres « utilisateurs », en nombre immense,
sont impliqués par le développement des techniques,
dans le monde végétal et animal. Personne évidemment
ne leur a demandé si ce rôle leur convenait.
(3) Nous faisons ici appel à une parabole
dépourvue de toute prétention à la pertinence
paléo-anthropologique. Elle vise à illustrer
le mécanisme très contre-intuitif aboutissant
à l'émergence des organismes zootechniques.
Il s'agit de relier cette émergence à une cause
aléatoire, trouvant sa racine dans l'environnement
et non dans l'homme, cause qui aurait aussi bien pu ne pas
se produire, du moins en ces lieux et à ces époques.
Certains lecteurs demanderont peut-être : « pourquoi
tous les primates n'ont-ils pas, un jour ou l'autre, découvert
les vertus manufacturières des outils de pierre ? »
. Nous répondrons qu'en matière d'innovation
et de gains de compétitivité, selon l'expression,
les premiers arrivés « raflent toute la mise
», ne laissant rien aux autres.
(4) Voir Gregory Bedford et Elizabeth Malartre.
"Beyond Human, Living with Robots and Cyborgs",
Tom Doherty Associates, 2007, ainsi que David Levy, "Love
+ Sex with Robots", Harper Collins, 2007.
(5) On trouve tous les jours les preuves
de l'absurdité que les contenus mémétiques
publicitaires et les technologies permettant leur diffusion
propagent dans les milieux sociaux. Une étude américaine
vient de mettre en évidence (20 avril 2008) ce que
l'on soupçonnait déjà. L'humain citadin
en bonne santé physique et psychique n'a pas besoin
de boire plus d'un demi litre d'eau par jour, au contraire
du litre et demi minimum prescrit par les annonces émanant
de l'industrie des eaux minérales. Inutile de prédire
que cette information de bon sens ne fera pas son chemin dans
l'univers des messages publicitaires.
(6) Nous nous bornerons pour les lecteurs
souhaitant que cette étude ne fasse pas l'impasse sur
les phénomènes de conscience individuelle, à
renvoyer à d'autres articles de notre revue, notamment
ceux présentant les théories récentes
de la conscience proposées par Christopher Frith, Gérald
Edelman et Antonio Damasio.