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Dans cette page, nous présentons en quelques lignes des ouvrages scientifiques éclairant les domaines abordés par notre revue. Jean-Paul Baquiast. Christophe Jacquemin

mai-juin 2008

Breaking the Spell, Religion as a Natural Phenomenon, par Daniel Dennett, Viking 2006

Le philosophe évolutionniste Daniel Dennett, que nous connaissons bien dans cette revue, athée convaincu, a publié en 2006 un nouveau livre où il s'interroge sur l'hypothétique recherche des bases neurologiques génétiquement transmises de la croyance en Dieu. Ce thème semble de plus en plus à la mode. Nous pensons pour notre part qu'il ne faudrait pas réduire cette recherche à la croyance en Dieu, mais plus généralement aux croyances en général. Les bases neurologiques en sont sans doute des exaptations des bases par lesquelles les animaux dotés de cerveau naissent avec des aptitudes à apprendre de la part de leurs semblables.

Quant au livre de Daniel Dennett, permettez moi, une fois n'étant pas coutume, de ne pas le lire moi-même, mais de reprendre ici (j'espère qu'il ne s'en formalisera pas) les commentaires fort pertinents de Daniel Baril, communiqués par la liste brightsfrance@yahoogroupes.fr

Daniel Dennett est lui-même, avec Dawkins, un des fondateurs du groupe Brights US

Dieu et le cerveau, conférence donnée par le philosophe évolutionniste Daniel Dennett, professeur à l’Université de Tufts à Medford, près de Boston.

Le professeur Dennett a essentiellement fait porter son propos sur son analyse de la religion en tant que phénomène naturel, analyse qui fait l’objet de son dernier volume, Breaking the Spell (Briser le charme). Il a livré à Forum quelques réflexions sur la neurothéologie.

«Je serais très étonné si quelque chose d’important découlait de ces travaux, a-t-il déclaré. Bien sûr, il y a une zone du cerveau qui s’active quand vous pensez à Dieu, comme il y en a une qui s’active quand vous pensez à faire de la motoneige ou toute autre activité. Votre cerveau est votre pensée. Mais il serait surprenant de trouver des endroits dans le cerveau qui ne seraient prédictifs que de l’expérience religieuse; des dommages au cerveau causant l’épilepsie du lobe temporal sont aussi associés à des expériences religieuses. Dans le cas le plus improbable où l’on découvrirait une telle zone associée à l’idée de Dieu, cela ne nous dirait rien sur l’existence de Dieu lui-même.»

Selon le philosophe, l’imagerie cérébrale ne nous apprend donc rien sur Dieu, mais peut nous renseigner sur le concept de Dieu, c’est-à-dire sur la façon dont nous produisons cette idée. À son avis, la notion de Dieu proviendrait d’une exacerbation de certains réflexes qui nous conduisent à interpréter les évènements dont nous sommes témoins comme s’ils étaient le résultat de l’action d’un agent quelconque.

«Tous les animaux ont cette sensibilité qui les pousse à rechercher des agents lorsqu’ils sont surpris, dit-il. C’est un réflexe de survie face à un prédateur possible. Lorsque le chien entend un bruit à l’extérieur, il jappe puis se rendort. Mais les êtres humains possèdent un langage qui les amène à fabuler sur des réponses possibles et à créer des agents comme les diables, les fées ou les anges. Notre tête devient peuplée de ces agents.»

Le résultat, c’est qu’un bruit entendu dans la forêt pourra être interprété comme si un arbre nous avait parlé, donne à titre d’exemple Daniel Dennett. L’expérience nous ayant marqués, nous y pensons souvent et l’idée s’incruste dans notre cerveau. Nous la communiquons à d’autres, certains y croient, d’autres non, mais l’idée se répand qu’il y a un arbre qui parle dans la forêt et d’autres finissent par l’entendre à leur tour.

La religion: un «mème»?

Dans le modèle d’interprétation de Daniel Dennett, ce type de phénomène en chaine est appelé un «mème». Le mot, forgé par le biologiste Richard Dawkins, vient de la contraction de «mime» et de «gène». Un mème est un équivalent culturel du gène; il peut être une idée, une attitude ou une croyance qui se transmet d’un cerveau à un autre par réplication, comme le ferait un gène. Les mèmes les mieux adaptés à la condition humaine vont se transmettre par la culture.

«La croyance religieuse est donc un produit dérivé du fait que nous communiquons et que nous avons cet instinct de rechercher des agents. Je crois que ces dispositions naturelles sont à la source de la religion», affirme le philosophe.

Et la religion persiste parce qu’elle est un bon mème, comme le virus de la grippe persiste parce que c’est un bon virus. Toujours selon le professeur Dennett, la religion colle à l’espèce humaine de la même façon que certains animaux que nous n’avons pas domestiqués, tels le pigeon, le rat et l’écureuil, ont évolué en symbiose avec l’espèce humaine; ils en sont maintenant dépendants et l’on ne peut quasiment pas les éradiquer.

Daniel Dennett a également abordé le thème de la religion dans un précédent ouvrage, Darwin’s Dangerous Idea (Darwin est-il dangereux?), où il soutient que l’idée de Darwin, soit la sélection naturelle, a définitivement tué l’idée d’un Dieu personnel et interventionniste. «C’est une idée dangereuse parce qu’elle renverse complètement notre façon de penser et qu’elle entre en collision avec l’idée intuitive qu’il n’y a pas de création sans créateur; c’est comme de passer de la conduite automobile à gauche à la conduite à droite», indique-t-il.

Toutefois, il estime qu’un programme de recherche scientifique sur la religion pourrait conclure que certains aspects de la pratique religieuse sont bénéfiques sans pour autant que cette constatation confère une quelconque vérité aux contenus des croyances religieuses.


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