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Editorial
L’Europe américaine
par Jean-Paul Baquiast et Christophe Jacquemin
16/04/2008

La désignation de Sylvio Berlusconi comme chef du gouvernement italien, le 15 avril, marque le retour de l’Italie dans le cercle des pays européens alliés dévoués à Washington. Le précédent gouvernement de Romano Prodi n’en était pas très éloigné. Il avait cependant décidé de retirer d’Irak le contingent italien. Aujourd’hui, depuis que Nicolas Sarkozy s’est rallié avec fracas à l’atlantisme, on ne compte plus, à part l’Espagne socialiste, d’Etat européen décidé, ne fut-ce qu’en principe, à prendre quelques distances avec l’Amérique. Même l’Allemagne de Angela Merkel, dont le suivisme sera sans doute moins automatique que celui de la France et de l’Italie, reste profondément soumise à l’influence américaine.

Est-ce une raison pour nous et ceux qui pensent comme nous de renoncer à faire entendre leur voix ? Nous sommes persuadés, inutile de le rappeler, que l’Europe ne se construira jamais en puissance indépendante si elle reste dans l’ombre des Etats-Unis. L’Amérique est ainsi faite qu'elle ne modifiera pas profondément, quelles que soient les difficultés rencontrées, la façon dont elle conçoit ses relations avec le reste du monde. Or elle les conçoit sur le mode de la vassalité. C’est sur cette vassalité qu’elle fonde très largement sa propre domination. Les nouvelles puissances émergentes qui refusent cette règle imposée sont considérées nécessairement par le système américain comme des ennemis potentiels. L’Europe n’est évidemment pas prête à endosser ce rôle difficile, contraire à des décennies de vie sous influence. De ce fait, elle se condamnera inévitablement à l’impuissance politique et économique. Tous les beaux discours que l’on tiendra sur les synergies euro-atlantiques et le radieux avenir qu’elles promettent ne changeront rien à cet état de choses.

Nous croyons cependant, férus que nous sommes de la « science » des systèmes complexes, que l’avenir n’est jamais totalement prévisible. Il est chaotique et des phénomènes apparemment mineurs, non observés à leur origine, peuvent changer radicalement les équilibres entre les forces. Il en est un qui mérite dès maintenant d’être étudié avec attention. Il relève de ce que l’on appellera peut-être plus tard la grande crise historique américaine. Le système américain semble engagé, du fait de sa « défaite sans fin » au Moyen Orient et de la course éperdue à la sophistication des armements par laquelle il espère faire face à des adversaires auxquels il ne comprend pas grand-chose, dans un processus d’auto-destruction quasi inéluctable. Le point important, souligné par ceux faisant un tel constat, est que ce système est trop rigide pour s’adapter et survivre. Contrairement à d’autres pays, notamment les pays européens qui ont pu sortir renforcés de crises bien plus dramatiques, l’Amérique n’a pas de résilience. Pour la vision apocalyptique qui imprime encore profondément la pensée de ses citoyens, la crise prouve qu’un péché mortel a été commis par la société. La seule façon de réparer le « mal » est d’accepter l’effondrement, en espérant qu’un nouvel ordre, divin sinon terrestre, prendra la suite.

On nous dira que cette description est caricaturale. L’Amérique s’adaptera à la crise montante parce que beaucoup d'Américains réalistes ne voudront pas se laisser embarquer dans des discours eschatologiques. Peut-être. Quoiqu’il en soit, pour ce qui nous concerne, nous pensons que les esprits des Européens doivent rester alertés. Ceux qui ne veulent pas lier le sort de la civilisation européenne à celui de la civilisation américaine doivent en permanence marquer les différences. En proposant des alternatives crédibles aux solutions que veut imposer l’euro-atlantisme d’aujourd’hui, ils rendront service, non seulement à l’Europe mais à ceux de leurs amis américains qui se désolidariseront des politiques suicidaires de Washington. Le domaine des sciences et des technologies constitue l'un des champs que les Européens doivent inlassablement marquer de leurs propres valeurs.

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