Dans
cette page, nous présentons en quelques lignes des ouvrages
scientifiques éclairant les domaines abordés par
notre revue. Jean-Paul Baquiast. Christophe Jacquemin
février-mars
2008
La
bionique, quand la science imite la nature Agnès Guillot,
Jean-Arcady-Meyer
Dunod - 2008
La
bionique englobe un vaste champs de recherches : applications
technologiques d'inventions naturelles, robots autonomes inspirés
d'animaux, hybrides artificiels équipés de vivants,
etc...
Cet ouvrage présente de nombreux exemples appartenant
à ces domaines, ainsi que leurs retombées fondamentales
et appliquées.
Les créatures artificielles
: des automates aux mondes virtuels. Jean-Claude Heudin
Odile Jacob. Collection Sciences - janvier 2008
De
l'érotique Galatée à l'Ève future,
du Golem de glaise au corps rapiécé du monstre
de Frankenstein, des robots de Capek au Terminator de Cameron,
de l'ordinateur paranoïaque de Kubrick à l'agent
Smith de Matrix, les créatures artificielles ont toujours
peuplé notre imaginaire et alimenté fascinations
et peurs.
Le
livre raconte leur histoire. Sur plus de deux mille ans, il
en révèle toutes les dimensions, artistiques et
mythiques aussi bien que scientifiques et techniques. Depuis
les peintures rupestres et les statues animées antiques,
les Jacquemarts et les automates des Lumières jusqu'aux
robots chiens de compagnie, aux héros virtuels des jeux
vidéo, aux virus informatiques et aux intelligences artificielles
d'aujourd'hui.
Explorant aussi les tendances actuelles et les perspectives
prochaines, il s'interroge : sommes-nous en passe de créer
de la vie ? Et laquelle ?
Des
robots doués de vie ? Agnès Guillot et Jean-Arcady-Meyer
le Pommier. Collection Les petites pommes du savoir, n°
46 - 25 mars 2004
Les
machines seront-elles un jour capable d'opérer seules
? Qu'est-ce que l'approche Animat du Lip 6 ? Comment les chercheurs
peuvent-ils aider leurs créatures à s'affranchir
de leur tutelle ? Ce que ne disaient pas les auteurs, c'est
qu'ils sont désormais, sauf erreur, prévés
de crédits de recherche. Le domaine sera plus que jamais
américain et japonais.
Le
malpropre. Polluer pour s'approprier. Michel Serres. Le Pommier
2008
Dans
ce petit livre, Michel Serres rappelle quelques évidences,
malheureusement peu perçues des décideurs, qu'ils
soit mondiaux, nationaux ou urbains. La volonté de déposer
ses déjections et ordures pour marquer le territoire
sur lequel on exerce des prétentions d'appropriation
remonte très haut dans l'histoire génétique
du vivant. Elle joue encore pleinement dans nos sociétés
modernes, se combinant, pourrions nous ajouter, à des
déterminismes épigénétiques, notamment
transmis par les associations interindividuelles au sein des
groupes. Parmi ces dernières, on ne peut que mentionner
l'exemple le plus flagrant, celui de la Camora napolitaine,
dont les pactes de corruption avec le parti (de gauche?) dit
démocrate inondent la Campanie et Naples d'ordures non
traitées. Le fait de cracher sur les quais de gare relève
évidemment des mêmes facteurs, à un bien
moindre degré de gravité (tant que l'on n'expectore
pas des bacilles de Koch, comme c'était le cas au début
du 20e siècle)..
La
question que ne pose pas Michel Serres concerne la possibilité
de lutter contre des comportements aussi lourdement déterminés.
Faut-il même seulement lutter? La seule façon efficace
de le faire ne serait-elle pas de s'approprier soi-même
les territoires dont l'on veut éliminer la présence
de l'autre, et de remplacer les pollutions de celui-ci par d'autres
marques de pouvoir et d'appropriation?
Joseph
E. Stiglitz, Linda J. Bilmes
L’ancien
Prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz est devenu,
en travaillant en équipe avec l’économiste
Linda Bilmes, le spécialiste du décompte du coût
réel de la guerre en Irak. Les deux auteurs viennent
de publier The Three Trillion Dollar War, livre qui
analyse le coût réel de cette guerre dans toutes
ses implications et toutes ses dimensions. Les chiffres cités
sont considérables, soit 3.000 milliards de dollars pour
les Etats-Unis et autant estimés pour le reste du monde,
en premier lieu les Britanniques et, évidemment, les
Irakiens eux-mêmes. On rappelle à titre de comparaison
que le budget annuel de la guerre en Irak pour le Pentagone
est estimé de 400 à 800 milliards de dollars.
Le
livre analyse l'ensemble des postes de dépenses, en comprenant
tous les soins donnés aux nombreux blessés de
la guerre, et d'autres éléments mal connus parce
que cachés, que les auteurs ont pu obtenir uniquement
en s'appuyant sur leur notoriété. Il montre également
les mensonges permanents de l'administration, ceci dès
le début de la guerre. Le vice-président estimait
alors qu'elle pouvait être payée très vite
par les bénéfices provenant de la vente du pétrole
irakien.
Les
auteurs font apparaître un autre phénomène,
particulièrement significatif de la réalité
de la crise politique aux Etats-Unis. Les 3 trillions de dollars
qui manquent au budget correspondent en gros aux coûts
estimés de la crise des subprimes et autres manques à
gagner en chaîne. Cette crise économique aurait
pu être évitée si l'argent public consacré
à la guerre avait été dès le début
utilisé pour favoriser l'investissement productif civil.
Mais aujourd'hui, l'Amérique devra faire face à
un "découvert" de 6 trillions de dollars. Qui
paiera? Aussi robuste que soit son économie, ce ne seront
pas les épargnes internes. Faudra-t-il faire appel aux
fonds souverains des pays du Golfe? Ce serait une bien mauvaise
nouvelle pour l'indépendance américaine dau regard
de la lutte que mène par ailleurs le pays contre les
fondamentalistes islamiques. Curieusement, note Joseph Stiglitz,
les candidats à l'élection présidentielle
n'envisagent aucune solution sérieuse, ni pour arrêter
la saignée de la guerre qui va s'amplifier encore, ni
pour rendre l'économie plus résiliente. La perspective
d'un effondrement du dollar et avec lui l'extinction des dettes
paraît à certains la seule porte de sortie. Mais
les plaies, aux Etats-Unis comme dans le reste du monde, seraient
immenses.
Tout
ceci conduit à s'interroger (vieille interrogation il
est vrai). Comment un pays supposé géré
de façon intelligente, sinon scientifique, peut-il se
laisser entraîner dans de tels pièges? Aveuglement,
incompétence? Nous répondrions pour notre part
volonté délibérée du lobby militaro-industriel.
Ces trillions de dollars sont allés dans les poches de
quelques uns, n'est-ce pas? JPB. 28/02/08
*
pour plus de détails, voir par exemple
http://www.timesonline.co.uk/tol/comment/columnists/guest_contributors/article3419840.ece
Economie
de l'immatériel et psychopouvoir. Bernard Stiegler, Mille
et Une Nuits 2008
Nous
avons plusieurs fois dans cette revue présenté
les ouvrages et les idées de Bernard Stiegler (voir notamment
"Mécréance et discrédit".
http://www.automatesintelligents.com/biblionet/2005/jan/stiegler.html
). D’une façon générale, nous
estimons que ce philosophe prolifique (il publie presque deux
ouvrages par an) mène un bon combat contre ce qu’il
nomme lui-même l’abrutissement du consommateur de
contenus culturels par les industries du même nom et les
intérêts politico-économiques qui les financent.
En gros, il s’en est pris dès le début de
son œuvre au marketing des grandes marques qui, soit par
la publicité soit en inspirant elles-mêmes des
programmes, visent à faire du téléspectateur
et du lecteur de la grande presse des clients asservis. Pour
lutter contre ce phénomène mondial, amplement
relayé en France et en Europe par les institutions, il
a créée une association, Ars Industrialis (
http://www.arsindustrialis.org/ ) dont Automates Intelligents
est membre. Par des conférences et des manifestes, cette
association cherche à provoquer de la part des pouvoirs
publics un retour au soutien de la création désintéressée,
que ce soit en France ou en Europe.
Le
dernier ouvrage de Bernard Stiegler, « Economie de
l’immatériel et psychopouvoir », vise
le même objectif. Mais il voudrait renouveler l’analyse
en montrant que le foisonnement des technologies NBIC (nano,
bio, info et cognotechnologies) va multiplier les possibilités
d’invasion des contenus et des réseaux «
culturels » par des dispositifs de contrôle des
cerveau et de fabrication de comportements favorables à
l’acceptation des nouveaux produits du capitalisme marchand.
Le livre comporte en fait trois entretiens dont les objets sont
un peu différents, mais qui visent la même démonstration.
L’entretien
numéro 2, consacré à la science, porte
ce procès sur le terrain de la création scientifique,
domaine qui nous intéresse particulièrement ici.
La recherche fondamentale, écrit-il, naît du désir
de connaître, que ce soit désir du chercheur ou
désirs des individus s’intéressant à
la science. Il s’agit d’un désir fondant
ce que Stiegler nomme dans un vocabulaire dont nous préférons
lui laisser l’usage une économie libidinale de
la science. Or si ce désir est détourné
par les nouveaux médias et ceux qui les financent vers
la production d’outils d’intermédiation toujours
plus performants mais consommant les ressources que la société
ne pourra plus consacrer à la recherche fondamentale,
celle-ci disparaîtra. Les réseaux à base
de NBIC ne véhiculeront plus alors que les messages publicitaires
et ceux du pouvoir, avec une force considérablement démultipliée.
Ce sera le rêgne du "psychopouvoir".
Les
nouveaux produits scientifiques et les « œuvres »
faisant appel à eux, du fait des nouvelles possibilités
de contrôle offertes par les technologies, finiront par
être encore plus dangereux que les démarches commerciales
pour tuer en l’individu toute capacité d’individuation.
L’individuation, dans cette critique, désigne la
démarche par laquelle un individu lambda devient,
non un consommateur toujours plus exigeant, toujours plus hyper
et toujours plus insatisfait, mais un foyer de réflexion
et de critique philosophique du monde, un foyer aussi de créativité
échappant aux modes et aux doxa.
Là
encore, pour éviter ce risque, déjà en
partie concrétisé, Bernard Stiegler en appelle,
non seulement au réveil des citoyens mais à l’Etat,
afin de réintroduire le sens du service public dans les
« industries culturelles » et les programmes. Malheureusement,
en ce qui concerne l’Europe, on ne voit pas se mettre
en place de véritables entreprises publiques européennes
capables de créer une culture européenne nouvelle
utilisant les technologies NBIC pour faire apparaître
une intelligence collective non marchande originale. L’Europe
est encore trop divisée, trop soumise à l’idéologie
libérale imposée par les Etats-Unis pour se doter
d’une telle culture. Nous examinerons cette question,
entre autres, dans un livre à paraître chez Jean-Paul
Bayol, en mai-juin prochain, « L’Europe ou le
vide de puissance ».
Pour
ce qui concerne la France, Bernard Stiegler pourrait peut-être
s’estimer entendu les pouvoirs, du fait de la décision
prise tout à trac par Nicolas Sarkozy visant à
supprimer la publicité sur les chaînes publiques.
Mais que mettre à la place ? Nous pensons que l'on ne
peut faire confiance à un Etat (ou à une majorité)
qui laisse à l’abandon l’éducation
nationale publique. Cet Etat ne va pas soutenir des créations
culturelles indépendantes du marketing des firmes. Ceci
d’autant plus que ce même Etat semble, toujours
sous la pression de son chef, le président de la République,
proposer un retour aux valeurs religieuses enseignées
dès l’école primaire par le curé
et l’imam. Pourquoi espérer que les chaînes
dépendant de l’Etat pour leur financement et la
désignation de leurs cadres ne se verraient pas imposer
de défendre et illustrer les religions et leurs enseignements
les plus conservateurs, les moins favorables à l’autonomie
de l’individu?
Quant
à la recherche fondamentale, ce ne sont pas les gouvernements
européens, non plus que le gouvernement français
pour sa part, qui vont relancer son financement. Les budgets
sont au contraire de plus en plus affectés à des
recherches appliquées, certes utiles, mais dont l’essentiel
sera récupéré par des entreprises multinationales
opérant en dehors de l’Europe, contre son indépendance
et sa souveraineté.
Plus
généralement, nous pensons que, aussi bien intentionné
que paraisse ce dernier livre de Bernard Stiegler, il manque
en partie sa cible en ne renouvelant pas ses analyses. Plus
gravement, il ne se livre à aucune étude scientifique
sérieuse concernant les concepts d’individu, d’individuation
ou même de science. Celle-ci n’est pas seulement
la découverte d’un prétendu réel
en soi, mais la construction d’un réel relativisé
nouveau. Bernard Stiegler n’approfondit pas davantage
les bases neurales, épigénétiques, génétiques
des comportements individuels et collectifs qu’il dénonce.
L’auteur, qui se veut très au fait des technologies
émergentes, l’est beaucoup moins des nouvelles
recherches sur les super-organismes et les macro processus qui
structurent en profondeur l’évolution des sociétés
actuelles. Le lecteur le plus inattentif de notre revue, comme
le montre les courriers que nous recevons, en sait plus que
lui à ce sujet. Certes les 130 pages de l'ouvrage ne
permettaient pas d'en faire un traité, mais quelques
allusions aux thèmes que nous évoquons ici l'auraient
crédiibilié.
Ajoutons,
en forme de coup de pied de l’âne amical (oui, oui,
amical), que de façon générale, l’ouvrage
est véritablement illisible, par un abus de termes prétendument
philosophiques non traduits du grec. Le lecteur ordinaire dont
je suis n’y comprend rien. La plupart de ceux que Stiegler
veut toucher ne le liront pas. Notre auteur est beaucoup plus
compréhensible quand il s’exprime sur France Culture.
Dommage qu’il n’écrive pas comme il parle.
Nous avions fait cette remarque précédemment.
Mais Bernard Stiegler est comme beaucoup d’entre nous.
Il ne changera pas. JPB 28/02/08
Neil
Shubin, "Your Inner Fish: A Journey Into the 3.5-Billion-Year
History of the Human Body.” Pantheon press, 2008
Neil
Shubin est professeur de paléontologie et de physiologie
évolutionnaire à l'université de Chicago
et au Field Museum. Dans ses écrits, il s'attache à
montrer les filiations multiples qui relient les espèces
entre elles, dans le cadre de l'évolution darwinienne.
Concernant l'homme, il insiste sur le fait que la plupart de
nos caractéristiques anatomiques et comportementales
trouvent des précurseurs chez des animaux apparemment
très loin de l'homme. Il montre aussi que, dans le cadre
de cultures plus idéologiques que scientifiques, beaucoup
d'"autorités morales et politiques" condamnent,
au nom d'une vue inexacte des valeurs naturelles, des comportements
ou des propriétés qui dans la nature s'étaient
révélées vitales pour assurer l'adaptation
dans des conditions difficiles. Dans un
article récent du New York Times, , il montre ainsi
que le clonage et la parthénogenèse (reproduction
sans semence mâle) surviennent dans certaines espèces
en cas de raréfaction de la population. L'inconvénient
en est l'appauvrissement de la diversité génique,
mais il s'agit d'un moindre mal. Les travaux comme celui de
ce chercheur sont manifestement encouragés par le désir
des scientifiques de refuser les vues religieuses sur le caractère
divin de la prétendue nature humaine. JPB 27/O2/08
*
voir sur Edge: http://www.edge.org/3rd_culture/bios/shubin.html
Forum
Carolus. "Pour
une Europe européenne, Une
avant-garde pour sortir de l’impasse"
Editions Xenia, 2007
Le
Forum Carolus, créé en octobre 2004, rassemble
un certain nombre de personnalités européennes
ayant décidé de réfléchir ensemble
aux questions stratégiques européennes (http://www.forum-carolus.org/fr/index.php).
Il est dirigé par Henri de Grossouvre, dont le livre
« Paris, Berlin, Moscou » (L'Age d'Homme Editions,
2002) avait provoqué une certaine surprise dans les cercles
européens atlantistes. Cet ouvrage recommande, dans le
cadre d’une coopération euro-asiatique, le resserrement
des liens entre l’Union Européenne et la Russie
(voir le site de l’association http://www.paris-berlin-moscou.org/page_1.html).
Le
livre que vient de publier le Forum Carolus,"Pour une
Europe Européenne, Une avant-garde pour sortir de l’impasse"
, présente une quinzaine de propositions émanant
d’hommes politiques, d’enseignants et d’éditorialistes
qui veulent sortir l’Europe de son atonie actuelle en
faisant appel à l’action commune de six Etats considérés
comme le cœur historique de l’Europe, la France,
l’Allemagne, la Belgique, le Luxembourg, l’Autriche
et la Hongrie. Le nom des auteurs, sauf exceptions, ne dira
pas grand-chose au lecteur français moyen, surtout s’il
est parisien. Ceci tient à ce que la connaissance des
forces vives européennes, dont Strasbourg est le centre,
tant par sa position géographique que pour son rôle
de siège du parlement européen, reste limitée
chez nous, même chez ceux qui s’intéressent
à l’avenir de l’Union.
Ce
reproche n’est pas à faire aux Alsaciens, qui pour
des raisons historiques remontant au Moyen-Âge, se sont
toujours intéressés aux évènements
multiples ayant secoué le monde rhénan, conçu
comme s’étendant à l’ex-Empire austro-hongrois.
Aujourd’hui, les liens culturels et économiques
établis entre ce cœur de l’Europe et les régions
Alsace et Lorraine constituent une richesse pour la France,
souvent mal valorisée par Paris. Face au coup d’arrêt
marqué par le rejet français et néerlandais
du projet de Traité Constitutionnel, il était
donc normal que des personnes émanant de ces deux Régions
proposent, en liaison avec des représentants d’autres
pays européens, une voie permettant de faire progresser
l’Europe malgré tout. L’adoption probable
du nouveau traité, dit de Lisbonne, n’enlèvera
rien à ce besoin. L’Europe à 27 et plus
sera toujours un grand corps assez informel, pour qui un cœur
et un cerveau actifs resteront utiles.
«
Pour une Europe européenne » va plus loin cependant
que proposer des rapprochements inter-régionaux. L’ambition
du livre est de montrer qu’une coopération étroite
entre les Etats énumérés ci-dessus serait
seule capable de faire de l’Europe un ensemble politique
capable de lutter à armes égales avec les super-Etats
qui ne lui veulent aucun bien. Aujourd’hui, même
dans le cadre du nouveau traité, l’Union européenne
risque de rester ce qu’elle est depuis quelques dizaines
d’années, c’est-à-dire un grand marché
au plan économique et l’instrument de la diplomatie
américaine au plan des relations extérieures.
Les
appels à des coopérations renforcées entre
Etats européens volontaires sont de plus en plus nombreux
aujourd’hui. La raison en est l’aggravation de la
crise politique, économique et environnementale qui marque
le monde, y compris dans les pays asiatiques censés prendre
la tête d’une nouvelle croissance. Dans l’esprit
de ceux des Européens qui jugent indispensable ces coopérations
renforcées, faute de pouvoir espérer à
horizon prochain la création des Etats-Unis d’Europe
souhaités par beaucoup mais rendue impossible par la
peur de voir cette Europe fédérale instrumentalisée
par l’Amérique, c’est autour des membres
de l’Eurogroupe qu’elle devrait se faire. Le partage
des avantages apportés par l’euro devrait inciter,
dans cette perspective, à la création d’un
« gouvernement économique et financier »
de la zone euro, étendu progressivement à des
politiques sociales, fiscales et industrielles communes. Mais
ceci supposerait une véritable coupure de l’Europe
en deux. Un tel « gouvernement » ne se concevrait
pas en effet sans des fiscalités et des réglementations
communes, lesquelles imposeraient une frontière extérieure
commune, interne à l’actuelle Union.
Malheureusement,
si l’on peut dire, le projet d’un gouvernement économique
et financier de la zone euro, aussi attrayant qu’il soit,
se heurte aujourd’hui au fait qu’un nombre de plus
en plus grand de pays rejoignent l’Euro, sans pour autant
vouloir partager des politiques communes. Par ailleurs l’espace
Schengen vient de s’étendre et l’on n’image
pas qu’il soit doublé de nouvelles frontières
renforçant les obstacles aux mouvements des biens et
des personnes.
Ces
objections seront inévitablement faites au projet d’avant-garde
proposé par le Forum Carolus. Cela n’empêche
pas de prendre en considération les propositions faites
par les auteurs rassemblés dans le livre. Elles pourraient
être reprises dans le cadre du futur traité Européen,
si les institutions communes renforcées : Présidence,
Parlement, « ministre des affaires étrangères
»…décidaient de prendre à bras le
corps la construction d’une Europe aussi politiquement
puissante que ses principaux concurrents. Dans un article du
Monde en date du 27 février 2008, l’économiste
Jean Pisani-Ferry s’étonne que l’Europe,
dont la puissance économique est proche de celle des
Etats-Unis, supporte bien moins bien que ceux-ci les crises
périodiques. Elle le tient à son manque d’ambition,
à sa subordination. Des institutions décidées
à inventer le développement dont l’Europe
a besoin pourraient faire beaucoup pour lui donner le dynamisme
qui lui manque.
La
plupart des propositions du livre seraient à retenir
en ce sens. Nous y retrouvons notamment les idées de
Paneurope France sur la souveraineté technologique et
scientifique de l’Europe, brillamment exposées
par Jean-Claude Empereur, que nous ne présenterons pas.
On y trouve aussi, notamment sous la plume de la spécialiste
en stratégie Hajnalka Vincze de Hongrie, des arguments
percutants en faveur d’une défense européenne
découplée de l’Otan et par conséquent
de l’influence américaine. Mais, quels que soient
l’intérêt et l’urgence des ruptures
de paradigme proposées par le livre, le lecteur se posera
inévitablement la question des voies et moyens concrets
permettant de les provoquer. Dans l’Europe politique actuelle,
les chefs de gouvernements sont de plus en plus enclins à
refuser de coopérer. Le relâchement des liens entre
l’Allemagne et la France qui se manifeste actuellement
en est un signe inquiétant. Par ailleurs, tout laisse
penser que le prochain président américain voudra
réinstrumentaliser l’Europe dans le cadre d’une
nouvelle guerre froide contre la Russie et ses dépendances.
Le nombre grandissant des personnalités européennes
favorables à une relance de l’euro-atlantisme,
en France même, ne peut que préoccuper.
Cependant,
l’avenir s’annonce turbulent. La perspective de
plus en plus probable d’une crise économique mondiale,
ne faisant que précéder celle ultérieure
d’une grande crise environnementale, pourra provoquer
deux résultats opposés. Dans un cas, l’Europe
terrifiée retournera au plus vite se blottir dans les
bras de son faux allié l’Amérique. Dans
l’autre cas, elle se décidera enfin à se
prendre en mains. Dans ce dernier cas, les propositions du Forum
Carolus devraient trouver amplement matière à
s’appliquer.
Perline
et Thierry Noisette. Le vote électronique. 2008
Présenté
comme un progrès, le vote électronique a été
imposé à un million et demi d'électeurs
français lors des scrutins de 2007. Pourtant,
les expériences passées incitent à la prudence
: en Irlande, par exemple, après 52 millions d'euros
de dépenses, le vote électronique a été
abandonné. L’arrivée
des ordinateurs de vote "rend opaque ce qui était
visible", selon la formule du Conseil constitutionnel.
Les
votes par ordinateur sont en effet entachés de risques
: pannes, bugs, piratages, fraudes indétectables.
Contrairement
aux votes par bulletin papier, dépouillés publiquement,
personne ne peut affirmer que les résultats issus des
machines correspondent réellement aux votes effectués.
Le
vote électronique, imposé sans aucun débat,
ni parlementaire ni avec la population, exclut les citoyens
du contrôle des urnes.
Thierry
Noisette et Perline, journalistes, sont également les
auteurs de La bataille du logiciel libre (éd. La Découverte).
Ce livre
de 107 pages est édité chez In Libro Veritas,
sous licence Creative Commons by-nc-sa, et vendu au prix de
14 €. Il est téléchargeable gratuitement
:
http://www.ilv-edition.com/librairie/vote_electronique__les_boites_noires_de_la_democratie.html
Pr.
Luc Montagnier, Le combat de la vie, JC. Lattes
L'auteur, découvreur du virus du sida, présente
dans ce livre les réflexions de toute une vie dédiée
à la lutte contre les maladies infectieuses. Le grand
public retiendra son plaidoyer en faveur d'une médecine
préventive. Il s'agit d'identifier chez des patients
bien portants, surtout s'ils sont vieillissants, les indicateurs
marquant la dégradation des défenses naturelles.
Les facteurs agressifs, rassemblées sous le terme de
"stress oxydant", résultent du mode de vie
ou d'infections latentes non détectées. Il faut
pour les faire apparaître passer des tests de laboratoire
et les soumettre à l'examen de médecins bien informés.
Ce n'est malheureusement pas le cas de tous. Une reconversion
à grande échelle de la médecine serait
nécessaire. Le livre trace les grandes lignes d'une politique
de santé ainsi refondée. On retrouvera là
l'approche que suggérait notre ami Gilbert Chauvet, en
proposant les outils d'une analyse globale de l'organisme vivant.
L'auteur,
par ailleurs, traite des maladies émergentes, des pandémies
pouvant en résulter et des pratiques préventives
ou curatives qui devraient être adoptées. Il évoque,
pour être complet, les risques du bioterrorisme.
Certains
critiques estiment que ce livre apporte plus de banalités
que de révélations. Il résulterait de la
volonté d'un chercheur en fin de cycle pour faire encore
parler de lui. Le jugement est certainement excessif.
Sur le sujet des épidémies, on lira aussi le livre
de Maxime Schwartz et François
Rhodain, Des microbes et des hommes, qui va l'emporter? Odile
Jacob. JPB 12/02/08
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