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La Revue mensuelle n° 87
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Dans cette page, nous présentons en quelques lignes des ouvrages scientifiques éclairant les domaines abordés par notre revue. Jean-Paul Baquiast. Christophe Jacquemin

février-mars 2008





La bionique, quand la science imite la nature Agnès Guillot, Jean-Arcady-Meyer
Dunod - 2008

La bionique englobe un vaste champs de recherches : applications technologiques d'inventions naturelles, robots autonomes inspirés d'animaux, hybrides artificiels équipés de vivants, etc...
Cet ouvrage présente de nombreux exemples appartenant à ces domaines, ainsi que leurs retombées fondamentales et appliquées.


Les créatures artificielles : des automates aux mondes virtuels. Jean-Claude Heudin
Odile Jacob. Collection Sciences - janvier 2008

De l'érotique Galatée à l'Ève future, du Golem de glaise au corps rapiécé du monstre de Frankenstein, des robots de Capek au Terminator de Cameron, de l'ordinateur paranoïaque de Kubrick à l'agent Smith de Matrix, les créatures artificielles ont toujours peuplé notre imaginaire et alimenté fascinations et peurs.

Le livre raconte leur histoire. Sur plus de deux mille ans, il en révèle toutes les dimensions, artistiques et mythiques aussi bien que scientifiques et techniques. Depuis les peintures rupestres et les statues animées antiques, les Jacquemarts et les automates des Lumières jusqu'aux robots chiens de compagnie, aux héros virtuels des jeux vidéo, aux virus informatiques et aux intelligences artificielles d'aujourd'hui.
Explorant aussi les tendances actuelles et les perspectives prochaines, il s'interroge : sommes-nous en passe de créer de la vie ? Et laquelle ?


Des robots doués de vie ? Agnès Guillot et Jean-Arcady-Meyer
le Pommier. Collection Les petites pommes du savoir, n° 46 - 25 mars 2004

Les machines seront-elles un jour capable d'opérer seules ? Qu'est-ce que l'approche Animat du Lip 6 ? Comment les chercheurs peuvent-ils aider leurs créatures à s'affranchir de leur tutelle ? Ce que ne disaient pas les auteurs, c'est qu'ils sont désormais, sauf erreur, prévés de crédits de recherche. Le domaine sera plus que jamais américain et japonais.


Le malpropre. Polluer pour s'approprier. Michel Serres. Le Pommier 2008

Dans ce petit livre, Michel Serres rappelle quelques évidences, malheureusement peu perçues des décideurs, qu'ils soit mondiaux, nationaux ou urbains. La volonté de déposer ses déjections et ordures pour marquer le territoire sur lequel on exerce des prétentions d'appropriation remonte très haut dans l'histoire génétique du vivant. Elle joue encore pleinement dans nos sociétés modernes, se combinant, pourrions nous ajouter, à des déterminismes épigénétiques, notamment transmis par les associations interindividuelles au sein des groupes. Parmi ces dernières, on ne peut que mentionner l'exemple le plus flagrant, celui de la Camora napolitaine, dont les pactes de corruption avec le parti (de gauche?) dit démocrate inondent la Campanie et Naples d'ordures non traitées. Le fait de cracher sur les quais de gare relève évidemment des mêmes facteurs, à un bien moindre degré de gravité (tant que l'on n'expectore pas des bacilles de Koch, comme c'était le cas au début du 20e siècle)..

La question que ne pose pas Michel Serres concerne la possibilité de lutter contre des comportements aussi lourdement déterminés. Faut-il même seulement lutter? La seule façon efficace de le faire ne serait-elle pas de s'approprier soi-même les territoires dont l'on veut éliminer la présence de l'autre, et de remplacer les pollutions de celui-ci par d'autres marques de pouvoir et d'appropriation?


Joseph E. Stiglitz, Linda J. Bilmes

L’ancien Prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz est devenu, en travaillant en équipe avec l’économiste Linda Bilmes, le spécialiste du décompte du coût réel de la guerre en Irak. Les deux auteurs viennent de publier The Three Trillion Dollar War, livre qui analyse le coût réel de cette guerre dans toutes ses implications et toutes ses dimensions. Les chiffres cités sont considérables, soit 3.000 milliards de dollars pour les Etats-Unis et autant estimés pour le reste du monde, en premier lieu les Britanniques et, évidemment, les Irakiens eux-mêmes. On rappelle à titre de comparaison que le budget annuel de la guerre en Irak pour le Pentagone est estimé de 400 à 800 milliards de dollars.

Le livre analyse l'ensemble des postes de dépenses, en comprenant tous les soins donnés aux nombreux blessés de la guerre, et d'autres éléments mal connus parce que cachés, que les auteurs ont pu obtenir uniquement en s'appuyant sur leur notoriété. Il montre également les mensonges permanents de l'administration, ceci dès le début de la guerre. Le vice-président estimait alors qu'elle pouvait être payée très vite par les bénéfices provenant de la vente du pétrole irakien.

Les auteurs font apparaître un autre phénomène, particulièrement significatif de la réalité de la crise politique aux Etats-Unis. Les 3 trillions de dollars qui manquent au budget correspondent en gros aux coûts estimés de la crise des subprimes et autres manques à gagner en chaîne. Cette crise économique aurait pu être évitée si l'argent public consacré à la guerre avait été dès le début utilisé pour favoriser l'investissement productif civil. Mais aujourd'hui, l'Amérique devra faire face à un "découvert" de 6 trillions de dollars. Qui paiera? Aussi robuste que soit son économie, ce ne seront pas les épargnes internes. Faudra-t-il faire appel aux fonds souverains des pays du Golfe? Ce serait une bien mauvaise nouvelle pour l'indépendance américaine dau regard de la lutte que mène par ailleurs le pays contre les fondamentalistes islamiques. Curieusement, note Joseph Stiglitz, les candidats à l'élection présidentielle n'envisagent aucune solution sérieuse, ni pour arrêter la saignée de la guerre qui va s'amplifier encore, ni pour rendre l'économie plus résiliente. La perspective d'un effondrement du dollar et avec lui l'extinction des dettes paraît à certains la seule porte de sortie. Mais les plaies, aux Etats-Unis comme dans le reste du monde, seraient immenses.

Tout ceci conduit à s'interroger (vieille interrogation il est vrai). Comment un pays supposé géré de façon intelligente, sinon scientifique, peut-il se laisser entraîner dans de tels pièges? Aveuglement, incompétence? Nous répondrions pour notre part volonté délibérée du lobby militaro-industriel. Ces trillions de dollars sont allés dans les poches de quelques uns, n'est-ce pas? JPB. 28/02/08

* pour plus de détails, voir par exemple
http://www.timesonline.co.uk/tol/comment/columnists/guest_contributors/article3419840.ece


Economie de l'immatériel et psychopouvoir. Bernard Stiegler, Mille et Une Nuits 2008

Nous avons plusieurs fois dans cette revue présenté les ouvrages et les idées de Bernard Stiegler (voir notamment "Mécréance et discrédit".
http://www.automatesintelligents.com/biblionet/2005/jan/stiegler.html ). D’une façon générale, nous estimons que ce philosophe prolifique (il publie presque deux ouvrages par an) mène un bon combat contre ce qu’il nomme lui-même l’abrutissement du consommateur de contenus culturels par les industries du même nom et les intérêts politico-économiques qui les financent. En gros, il s’en est pris dès le début de son œuvre au marketing des grandes marques qui, soit par la publicité soit en inspirant elles-mêmes des programmes, visent à faire du téléspectateur et du lecteur de la grande presse des clients asservis. Pour lutter contre ce phénomène mondial, amplement relayé en France et en Europe par les institutions, il a créée une association, Ars Industrialis ( http://www.arsindustrialis.org/ ) dont Automates Intelligents est membre. Par des conférences et des manifestes, cette association cherche à provoquer de la part des pouvoirs publics un retour au soutien de la création désintéressée, que ce soit en France ou en Europe.

Le dernier ouvrage de Bernard Stiegler, « Economie de l’immatériel et psychopouvoir », vise le même objectif. Mais il voudrait renouveler l’analyse en montrant que le foisonnement des technologies NBIC (nano, bio, info et cognotechnologies) va multiplier les possibilités d’invasion des contenus et des réseaux « culturels » par des dispositifs de contrôle des cerveau et de fabrication de comportements favorables à l’acceptation des nouveaux produits du capitalisme marchand. Le livre comporte en fait trois entretiens dont les objets sont un peu différents, mais qui visent la même démonstration.

L’entretien numéro 2, consacré à la science, porte ce procès sur le terrain de la création scientifique, domaine qui nous intéresse particulièrement ici. La recherche fondamentale, écrit-il, naît du désir de connaître, que ce soit désir du chercheur ou désirs des individus s’intéressant à la science. Il s’agit d’un désir fondant ce que Stiegler nomme dans un vocabulaire dont nous préférons lui laisser l’usage une économie libidinale de la science. Or si ce désir est détourné par les nouveaux médias et ceux qui les financent vers la production d’outils d’intermédiation toujours plus performants mais consommant les ressources que la société ne pourra plus consacrer à la recherche fondamentale, celle-ci disparaîtra. Les réseaux à base de NBIC ne véhiculeront plus alors que les messages publicitaires et ceux du pouvoir, avec une force considérablement démultipliée. Ce sera le rêgne du "psychopouvoir".

Les nouveaux produits scientifiques et les « œuvres » faisant appel à eux, du fait des nouvelles possibilités de contrôle offertes par les technologies, finiront par être encore plus dangereux que les démarches commerciales pour tuer en l’individu toute capacité d’individuation. L’individuation, dans cette critique, désigne la démarche par laquelle un individu lambda devient, non un consommateur toujours plus exigeant, toujours plus hyper et toujours plus insatisfait, mais un foyer de réflexion et de critique philosophique du monde, un foyer aussi de créativité échappant aux modes et aux doxa.

Là encore, pour éviter ce risque, déjà en partie concrétisé, Bernard Stiegler en appelle, non seulement au réveil des citoyens mais à l’Etat, afin de réintroduire le sens du service public dans les « industries culturelles » et les programmes. Malheureusement, en ce qui concerne l’Europe, on ne voit pas se mettre en place de véritables entreprises publiques européennes capables de créer une culture européenne nouvelle utilisant les technologies NBIC pour faire apparaître une intelligence collective non marchande originale. L’Europe est encore trop divisée, trop soumise à l’idéologie libérale imposée par les Etats-Unis pour se doter d’une telle culture. Nous examinerons cette question, entre autres, dans un livre à paraître chez Jean-Paul Bayol, en mai-juin prochain, « L’Europe ou le vide de puissance ».

Pour ce qui concerne la France, Bernard Stiegler pourrait peut-être s’estimer entendu les pouvoirs, du fait de la décision prise tout à trac par Nicolas Sarkozy visant à supprimer la publicité sur les chaînes publiques. Mais que mettre à la place ? Nous pensons que l'on ne peut faire confiance à un Etat (ou à une majorité) qui laisse à l’abandon l’éducation nationale publique. Cet Etat ne va pas soutenir des créations culturelles indépendantes du marketing des firmes. Ceci d’autant plus que ce même Etat semble, toujours sous la pression de son chef, le président de la République, proposer un retour aux valeurs religieuses enseignées dès l’école primaire par le curé et l’imam. Pourquoi espérer que les chaînes dépendant de l’Etat pour leur financement et la désignation de leurs cadres ne se verraient pas imposer de défendre et illustrer les religions et leurs enseignements les plus conservateurs, les moins favorables à l’autonomie de l’individu?

Quant à la recherche fondamentale, ce ne sont pas les gouvernements européens, non plus que le gouvernement français pour sa part, qui vont relancer son financement. Les budgets sont au contraire de plus en plus affectés à des recherches appliquées, certes utiles, mais dont l’essentiel sera récupéré par des entreprises multinationales opérant en dehors de l’Europe, contre son indépendance et sa souveraineté.

Plus généralement, nous pensons que, aussi bien intentionné que paraisse ce dernier livre de Bernard Stiegler, il manque en partie sa cible en ne renouvelant pas ses analyses. Plus gravement, il ne se livre à aucune étude scientifique sérieuse concernant les concepts d’individu, d’individuation ou même de science. Celle-ci n’est pas seulement la découverte d’un prétendu réel en soi, mais la construction d’un réel relativisé nouveau. Bernard Stiegler n’approfondit pas davantage les bases neurales, épigénétiques, génétiques des comportements individuels et collectifs qu’il dénonce. L’auteur, qui se veut très au fait des technologies émergentes, l’est beaucoup moins des nouvelles recherches sur les super-organismes et les macro processus qui structurent en profondeur l’évolution des sociétés actuelles. Le lecteur le plus inattentif de notre revue, comme le montre les courriers que nous recevons, en sait plus que lui à ce sujet. Certes les 130 pages de l'ouvrage ne permettaient pas d'en faire un traité, mais quelques allusions aux thèmes que nous évoquons ici l'auraient crédiibilié.

Ajoutons, en forme de coup de pied de l’âne amical (oui, oui, amical), que de façon générale, l’ouvrage est véritablement illisible, par un abus de termes prétendument philosophiques non traduits du grec. Le lecteur ordinaire dont je suis n’y comprend rien. La plupart de ceux que Stiegler veut toucher ne le liront pas. Notre auteur est beaucoup plus compréhensible quand il s’exprime sur France Culture. Dommage qu’il n’écrive pas comme il parle. Nous avions fait cette remarque précédemment. Mais Bernard Stiegler est comme beaucoup d’entre nous. Il ne changera pas. JPB 28/02/08


Neil Shubin, "Your Inner Fish: A Journey Into the 3.5-Billion-Year History of the Human Body.” Pantheon press, 2008

Neil Shubin est professeur de paléontologie et de physiologie évolutionnaire à l'université de Chicago et au Field Museum. Dans ses écrits, il s'attache à montrer les filiations multiples qui relient les espèces entre elles, dans le cadre de l'évolution darwinienne. Concernant l'homme, il insiste sur le fait que la plupart de nos caractéristiques anatomiques et comportementales trouvent des précurseurs chez des animaux apparemment très loin de l'homme. Il montre aussi que, dans le cadre de cultures plus idéologiques que scientifiques, beaucoup d'"autorités morales et politiques" condamnent, au nom d'une vue inexacte des valeurs naturelles, des comportements ou des propriétés qui dans la nature s'étaient révélées vitales pour assurer l'adaptation dans des conditions difficiles. Dans un article récent du New York Times, , il montre ainsi que le clonage et la parthénogenèse (reproduction sans semence mâle) surviennent dans certaines espèces en cas de raréfaction de la population. L'inconvénient en est l'appauvrissement de la diversité génique, mais il s'agit d'un moindre mal. Les travaux comme celui de ce chercheur sont manifestement encouragés par le désir des scientifiques de refuser les vues religieuses sur le caractère divin de la prétendue nature humaine. JPB 27/O2/08

* voir sur Edge: http://www.edge.org/3rd_culture/bios/shubin.html


Forum Carolus. "Pour une Europe européenne, Une avant-garde pour sortir de l’impasse" Editions Xenia, 2007

Le Forum Carolus, créé en octobre 2004, rassemble un certain nombre de personnalités européennes ayant décidé de réfléchir ensemble aux questions stratégiques européennes (http://www.forum-carolus.org/fr/index.php). Il est dirigé par Henri de Grossouvre, dont le livre « Paris, Berlin, Moscou » (L'Age d'Homme Editions, 2002) avait provoqué une certaine surprise dans les cercles européens atlantistes. Cet ouvrage recommande, dans le cadre d’une coopération euro-asiatique, le resserrement des liens entre l’Union Européenne et la Russie (voir le site de l’association http://www.paris-berlin-moscou.org/page_1.html).

Le livre que vient de publier le Forum Carolus,"Pour une Europe Européenne, Une avant-garde pour sortir de l’impasse" , présente une quinzaine de propositions émanant d’hommes politiques, d’enseignants et d’éditorialistes qui veulent sortir l’Europe de son atonie actuelle en faisant appel à l’action commune de six Etats considérés comme le cœur historique de l’Europe, la France, l’Allemagne, la Belgique, le Luxembourg, l’Autriche et la Hongrie. Le nom des auteurs, sauf exceptions, ne dira pas grand-chose au lecteur français moyen, surtout s’il est parisien. Ceci tient à ce que la connaissance des forces vives européennes, dont Strasbourg est le centre, tant par sa position géographique que pour son rôle de siège du parlement européen, reste limitée chez nous, même chez ceux qui s’intéressent à l’avenir de l’Union.

Ce reproche n’est pas à faire aux Alsaciens, qui pour des raisons historiques remontant au Moyen-Âge, se sont toujours intéressés aux évènements multiples ayant secoué le monde rhénan, conçu comme s’étendant à l’ex-Empire austro-hongrois. Aujourd’hui, les liens culturels et économiques établis entre ce cœur de l’Europe et les régions Alsace et Lorraine constituent une richesse pour la France, souvent mal valorisée par Paris. Face au coup d’arrêt marqué par le rejet français et néerlandais du projet de Traité Constitutionnel, il était donc normal que des personnes émanant de ces deux Régions proposent, en liaison avec des représentants d’autres pays européens, une voie permettant de faire progresser l’Europe malgré tout. L’adoption probable du nouveau traité, dit de Lisbonne, n’enlèvera rien à ce besoin. L’Europe à 27 et plus sera toujours un grand corps assez informel, pour qui un cœur et un cerveau actifs resteront utiles.

« Pour une Europe européenne » va plus loin cependant que proposer des rapprochements inter-régionaux. L’ambition du livre est de montrer qu’une coopération étroite entre les Etats énumérés ci-dessus serait seule capable de faire de l’Europe un ensemble politique capable de lutter à armes égales avec les super-Etats qui ne lui veulent aucun bien. Aujourd’hui, même dans le cadre du nouveau traité, l’Union européenne risque de rester ce qu’elle est depuis quelques dizaines d’années, c’est-à-dire un grand marché au plan économique et l’instrument de la diplomatie américaine au plan des relations extérieures.

Les appels à des coopérations renforcées entre Etats européens volontaires sont de plus en plus nombreux aujourd’hui. La raison en est l’aggravation de la crise politique, économique et environnementale qui marque le monde, y compris dans les pays asiatiques censés prendre la tête d’une nouvelle croissance. Dans l’esprit de ceux des Européens qui jugent indispensable ces coopérations renforcées, faute de pouvoir espérer à horizon prochain la création des Etats-Unis d’Europe souhaités par beaucoup mais rendue impossible par la peur de voir cette Europe fédérale instrumentalisée par l’Amérique, c’est autour des membres de l’Eurogroupe qu’elle devrait se faire. Le partage des avantages apportés par l’euro devrait inciter, dans cette perspective, à la création d’un « gouvernement économique et financier » de la zone euro, étendu progressivement à des politiques sociales, fiscales et industrielles communes. Mais ceci supposerait une véritable coupure de l’Europe en deux. Un tel « gouvernement » ne se concevrait pas en effet sans des fiscalités et des réglementations communes, lesquelles imposeraient une frontière extérieure commune, interne à l’actuelle Union.

Malheureusement, si l’on peut dire, le projet d’un gouvernement économique et financier de la zone euro, aussi attrayant qu’il soit, se heurte aujourd’hui au fait qu’un nombre de plus en plus grand de pays rejoignent l’Euro, sans pour autant vouloir partager des politiques communes. Par ailleurs l’espace Schengen vient de s’étendre et l’on n’image pas qu’il soit doublé de nouvelles frontières renforçant les obstacles aux mouvements des biens et des personnes.

Ces objections seront inévitablement faites au projet d’avant-garde proposé par le Forum Carolus. Cela n’empêche pas de prendre en considération les propositions faites par les auteurs rassemblés dans le livre. Elles pourraient être reprises dans le cadre du futur traité Européen, si les institutions communes renforcées : Présidence, Parlement, « ministre des affaires étrangères »…décidaient de prendre à bras le corps la construction d’une Europe aussi politiquement puissante que ses principaux concurrents. Dans un article du Monde en date du 27 février 2008, l’économiste Jean Pisani-Ferry s’étonne que l’Europe, dont la puissance économique est proche de celle des Etats-Unis, supporte bien moins bien que ceux-ci les crises périodiques. Elle le tient à son manque d’ambition, à sa subordination. Des institutions décidées à inventer le développement dont l’Europe a besoin pourraient faire beaucoup pour lui donner le dynamisme qui lui manque.

La plupart des propositions du livre seraient à retenir en ce sens. Nous y retrouvons notamment les idées de Paneurope France sur la souveraineté technologique et scientifique de l’Europe, brillamment exposées par Jean-Claude Empereur, que nous ne présenterons pas. On y trouve aussi, notamment sous la plume de la spécialiste en stratégie Hajnalka Vincze de Hongrie, des arguments percutants en faveur d’une défense européenne découplée de l’Otan et par conséquent de l’influence américaine. Mais, quels que soient l’intérêt et l’urgence des ruptures de paradigme proposées par le livre, le lecteur se posera inévitablement la question des voies et moyens concrets permettant de les provoquer. Dans l’Europe politique actuelle, les chefs de gouvernements sont de plus en plus enclins à refuser de coopérer. Le relâchement des liens entre l’Allemagne et la France qui se manifeste actuellement en est un signe inquiétant. Par ailleurs, tout laisse penser que le prochain président américain voudra réinstrumentaliser l’Europe dans le cadre d’une nouvelle guerre froide contre la Russie et ses dépendances. Le nombre grandissant des personnalités européennes favorables à une relance de l’euro-atlantisme, en France même, ne peut que préoccuper.

Cependant, l’avenir s’annonce turbulent. La perspective de plus en plus probable d’une crise économique mondiale, ne faisant que précéder celle ultérieure d’une grande crise environnementale, pourra provoquer deux résultats opposés. Dans un cas, l’Europe terrifiée retournera au plus vite se blottir dans les bras de son faux allié l’Amérique. Dans l’autre cas, elle se décidera enfin à se prendre en mains. Dans ce dernier cas, les propositions du Forum Carolus devraient trouver amplement matière à s’appliquer.


Perline et Thierry Noisette. Le vote électronique. 2008

Présenté comme un progrès, le vote électronique a été imposé à un million et demi d'électeurs français lors des scrutins de 2007. Pourtant, les expériences passées incitent à la prudence : en Irlande, par exemple, après 52 millions d'euros de dépenses, le vote électronique a été abandonné. L’arrivée des ordinateurs de vote "rend opaque ce qui était visible", selon la formule du Conseil constitutionnel. Les votes par ordinateur sont en effet entachés de risques : pannes, bugs, piratages, fraudes indétectables.

Contrairement aux votes par bulletin papier, dépouillés publiquement, personne ne peut affirmer que les résultats issus des machines correspondent réellement aux votes effectués. Le vote électronique, imposé sans aucun débat, ni parlementaire ni avec la population, exclut les citoyens du contrôle des urnes.

Thierry Noisette et Perline, journalistes, sont également les auteurs de La bataille du logiciel libre (éd. La Découverte).

Ce livre de 107 pages est édité chez In Libro Veritas, sous licence Creative Commons by-nc-sa, et vendu au prix de 14 €. Il est téléchargeable gratuitement :
http://www.ilv-edition.com/librairie/vote_electronique__les_boites_noires_de_la_democratie.html


Pr. Luc Montagnier, Le combat de la vie, JC. Lattes

L'auteur, découvreur du virus du sida, présente dans ce livre les réflexions de toute une vie dédiée à la lutte contre les maladies infectieuses. Le grand public retiendra son plaidoyer en faveur d'une médecine préventive. Il s'agit d'identifier chez des patients bien portants, surtout s'ils sont vieillissants, les indicateurs marquant la dégradation des défenses naturelles. Les facteurs agressifs, rassemblées sous le terme de "stress oxydant", résultent du mode de vie ou d'infections latentes non détectées. Il faut pour les faire apparaître passer des tests de laboratoire et les soumettre à l'examen de médecins bien informés. Ce n'est malheureusement pas le cas de tous. Une reconversion à grande échelle de la médecine serait nécessaire. Le livre trace les grandes lignes d'une politique de santé ainsi refondée. On retrouvera là l'approche que suggérait notre ami Gilbert Chauvet, en proposant les outils d'une analyse globale de l'organisme vivant.

L'auteur, par ailleurs, traite des maladies émergentes, des pandémies pouvant en résulter et des pratiques préventives ou curatives qui devraient être adoptées. Il évoque, pour être complet, les risques du bioterrorisme.

Certains critiques estiment que ce livre apporte plus de banalités que de révélations. Il résulterait de la volonté d'un chercheur en fin de cycle pour faire encore parler de lui. Le jugement est certainement excessif.

Sur le sujet des épidémies, on lira aussi le livre de Maxime Schwartz et François Rhodain, Des microbes et des hommes, qui va l'emporter? Odile Jacob. JPB 12/02/08

 


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