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proposons ici une rubrique destinées à
publier des informations brèves suivant
de près l'actualité. Nous leur donnerons
une tonalité politique (politique industrielle,
politique scientifique, intelligence économique)
qu'il n'est toujours pas possible d'imposer à
toutes les autres rubriques de la revue. La page
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Les
centaines de milliards du Future Combat Systems américain
L’armée
américaine est à la veille de développer
le programme d’armements le plus coûteux
de son histoire. Cependant cette entreprise est d’ores
et déjà menacée d’échec
car elle dépend de trois programmes préalables
qui ont été viciés par des dépassements
de coûts et de délais, ainsi que par l’appel
à des technologies immatures. Il s’agit
du programme dit Future Combat Systems, que l’armée
qualifie de démarche de modernisation la plus
ambitieuse engagée depuis la 2e guerre mondiale.
Il comporte de nouvelles générations d’armes
à feu, de véhicules de combat, de robots
et de capteurs reliés par à un réseau
sans fil. Avec ces techniques, le soldat sur le champ
de bataille pourra par exemple utiliser des dispositifs
de commande à distance pour positionner des drones
d’observation au dessus d’une position ennemie
afin d’obtenir des coordonnées précises.
Celles-ci déclencheront des missiles capables
d’atteindre une cible en mouvement, quelle que
soit sa taille.
Le
dispositif sera extraordinairement coûteux. Un
tel programme devrait peser, selon le secrétaire
à la défense, 160 milliards de dollars.
Des experts indépendants l’évaluent
à 230 milliards. Mais ce devis ne prend pas en
compte les éléments critiques à
développer dans le domaine des télécommunications
radio et satellitaires, pouvant s’élever
à une trentaine de milliards supplémentaires.
Leur réalisation avait pris du retard ces derniers
mois, mais le maître d’œuvre contractuel,
Boeing, estime que celui-ci devrait être facilement
rattrapable. Certains militaires ayant l’expérience
du terrain ne sont pas de cet avis. Ils estiment qu’une
nouvelle génération de satellites beaucoup
plus rapide sera nécessaire. Le Government Accountability
Office a émis récemment deux rapports
mettant en doute la faisabilité globale du système.
Mais ces doutes n’ont pas impressionné
le Chef d’Etat major général George
W. Casey Jr., qui a déclaré la prise de
risques légitime lorsque des systèmes
d’armes aussi avancés sont en cause.
Le
JTRS
La
base du nouveau système de communication militaire
repose sur le Joint Tactical Radio System, ou JTRS,
dont le concept avait été proposé
en 1997. Il s’agissait d’obtenir un réseau
à très haut débit capable de transmettre
des données, incluant photos et cartes, ainsi
que de la vidéo destinées aux véhicules
en mouvement, bien plus efficacement que les réseaux
existants. Mais les difficultés rencontrées
furent telles qu’en 2005 la maîtrise d’ouvrage
du projet fut retiré à l’Armée
et confiée au département de la défense
lui-même. Il s’agissait en fait de se séparer
du maître d’œuvre Boeing. Mais ceci
ne fut pas fait. Le directeur du programme JTRS pour
Boeing, Ralph Moslener, affirme aujourd’hui que
les retards ont été rattrapés et
que les performances attendues seront obtenues. Il reste
que pour le moment, ce sont les systèmes de communications
militaires précédents qui sont utilisés
en Irak et en Afghanistan. Le coût du JTRS, après
révision, devrait être de 37 milliards
de dollars, s’ajoutant comme indiqué ci-dessus
aux 230 milliards, n’incluant pas l’inflation,
représentant la dépense globale à
consentir pour le seul Future Combat Systems.
Il
faut s’arrêter sur ce montant, en le comparant
au trillion de dollars qu’aurait jusqu’à
ce jour coûté, estimée au plus bas
(2 trillions vraisemblablement), la guerre en Irak.
Poussée par le lobby militaro-industriel (MICC),
l’armée américaine est sur le point
de financer un nouveau système d’armes
qui s’ajouterait à tous ceux, incluant
le JSF et le bombardier furtif, qui ont montré
leur incapacité à lutter contre les insurgents
irakiens menant une guerre des pauvres ou guerre de
4e génération. On ne peut pas penser que
des hommes politiques conscients et organisés,
ni même que des militaires raisonnables, puissent
engager la nation dans de telles opérations,
alors que des exigences de dépense bien plus
urgentes sont partout ailleurs. Ce sont en fait, dans
de tels cas, les industriels qui décident, dont
le plus emblématique, dans le cas du Future Combat
Systems, est Boeing – lequel Boeing pousse par
ailleurs l’Etat américain à contester
devant l’OMC les avances sur recettes que recevrait
Airbus de la part des gouvernements européens.
Seul compte pour ces industriels les contrats dont ils
bénéficieront, quel qu’en soit le
coût et l’inutilité finale.
L'ABM
Nous
voudrions à cet égard citer un article
de Philippe Grasset à propos des dépenses
inutiles que le lobby militaro-industriel impose dans
un autre domaine, celui de la défense anti-missiles
ABM. Les coûts futurs probables de l’ABM
seront de l’ordre de ceux évoqués
pour le Future Combat Systems, sinon supérieurs.
Son inefficacité sera certainement aussi grande.
Le MICC, après les Etats-Unis, est pourtant en
train de réussir à imposer ce concept
à l’Otan, Otan que le mouton français,
un moment éloigné du bercail, vient de
rejoindre.
« D’où
il ressort que l’ennemi central dans ces temps
eschatologiques, c’est la corruption. Entendons-nous
aussitôt, il s’agit de la corruption psychologique
et nullement de la corruption vénale. L’argent
a sa place, certes, comme elle l’a toujours eu.
Mais aujourd’hui, elle est là pour renforcer
la corruption psychologique, une corruption presque
inconsciente, presque automatique, qui évite
tout sentiment de culpabilité en détournant
l’esprit de l’auto-critique. La plupart
des fonctionnaires et hommes politiques qui exécutent
cette politique, à part quelques rares esprits
éclairés capables de saisir l’absurdité
de la situation ou quelques cyniques qui la saisissent
mais la poursuivent par intérêt, agissent
d’abord par des automatismes psychologiques qu’ils
tentent de justifier individuellement avec des arguments
rationnels.
Cette corruption psychologique est par définition
inconsciente. Le conformisme se forme aujourd’hui
dans l’inconscient des automatismes de la psychologie,
par le moyen de la contrainte de la communication aboutissant
notamment au “Groupthinking” . C’est
l’outil de l’intelligence qui est corrompu,
et non l’intelligence. Il y a là, effectivement,
une agression systémique contre l’intelligence,
ou l’intelligence se trouve enfermée dans
le système. Sans aucun doute, l’Otan en
est un bel exemple, parce que c’est un organisme
privé de toutes les références
fondamentales de la politique, notamment la légitimité,
la souveraineté. Le Groupthinking y règne
en maître. Tout homme politique plongé
dans le bain de l’Otan y est investi d’une
irresponsabilité plus ou moins grande. Certains
projets actuels de l’Otan montrent sans la moindre
dissimulation, avec une crudité égale
à celle du langage qu’il faut employer
pour les attaquer, leur totale absence de sens politique
(leur nihilisme politique). Le réseau anti-missiles
américain objet de tant de vains débats
soi-disant stratégiques est aujourd’hui
ouvertement qualifié par des officiers généraux
en fonction, au sein de cercles bureaucratiques internes
aux administrations nationales européennes ou
même à l’Otan, comme «une entreprise
du complexe militaro-industriel américain pour
accroître son emprise commerciale et ses revenus».
«Pourquoi personne ne dit cela en Europe et à
l’Otan?», – voilà une interrogation
que nous entendons souvent et que nous nous faisons
éventuellement à nous-mêmes, –
mais la réponse nous paraît très
vite évidente.
L’unanimité de l’Otan sur cette question
est une unanimité par abdication intellectuelle
complète, produit direct de la corruption psychologique
que nous décrivons ici. Les effets en sont la
perte du sens individuel de la responsabilité
collective, facilité notamment par la perte des
références courantes de la responsabilité
politique ».
Philippe Grasset espère que la crudité
d’un langage d’opposition à de tels
projets sera seule capable de forcer la pensée
à réagir contre les automatismes imposés
par la corruption psychologique qu’il dénonce.
Nous en sommes moins convaincus car les intérêts
matériels et politiques en jeu sont trop forts
pour se laisser facilement désarmer. Cependant,
comme nous n’avons pas d’autres armes, à
notre modeste place, que la crudité de ce langage,
nous sommes obligés de conclure que les programme
militaires américains sont des con… monstrueuses
et que les hommes politiques et diplomates européens
qui acceptent de se les faire enf…(imposer) sont
encore plus c…
http://www.washingtonpost.com/wp-srv/technology/interactives/futurecombat/index.html?sid=ST2008040800851
Le
LHC du CERN assigné en justice aux Etats-Unis
Un certain
Wagner, expert en radiations de hautes énergies,
ainsi qu’un certain Sancho, ont assigné
en justice, devant l’ U.S. District Court de Hawai
(USA) le CERN, pour le compte du LHC, ainsi que l’
U.S. Department of Energy, le Fermilab, la National
Science Foundation. Ils demandent à la cour d’ordonner
un moratoire de plusieurs mois dans le lancement des
premières opérations du Collisionneur,
le temps de revoir complètement les mesures de
sécurité prises. L’argument reprend
des craintes présentées déjà
depuis longtemps, dont les physiciens semblent avoir
démontré le caractère illusoire
: création de mini-trous noirs ou particules
d’antimatière et autres « strangelets
» susceptibles de détruire la planète.
La communauté
scientifique attend beaucoup du démarrage du
LHC, qui a déjà pris plus d’un an
de retard. Tour retard nouveau serait particulièrement
dommageable.
On
peut voir dans cette plainte la manœuvre d’
« experts » voulant se donner de la célébrité
ou, plus vraisemblablement, une réaction de milieux
politiques américains dépités de
voir que les Etats-Unis, pour une fois, se sont laissé
ravir la primauté scientifique dans un domaine
scientifique essentiel. Juridiquement, la question de
savoir en quoi une cour américaine peut être
compétente en matière de droit européen
(suisse ?) est posée. Mais les prophètes
de catastrophes ne s’arrêteront pas à
cela. JPB 30/03/2008
*
Article : LHC on hold, pending the release and review
of an updated CERN safety assessment
http://cosmiclog.msnbc.msn.com/archive/2008/03/27/823924.aspx
Réseaux
autoroutiers et ferrés chinois
La
revue Tracés (Bulletin technique de la Suisse Romande
( http://retro.seals.ch/digbib/vollist?UID=bts-004
) dont nous recommandons la lecture, consacre son numéro
05 du 19 mars 2008 à la question des transports
en Chine. On y montre l’effort d’investissement
véritablement colossal entrepris par ce pays pour
se doter de voies de communication modernes. Sur le plan
routier, c’est le secteur des autoroutes transcontinentales
qui a bénéficié des plus grands efforts
La plus longue autoroute du monde, traversant le désert
du Taklamakan (ie « d’où l’on
ne ressort jamais ») dans le Xinjiang, à
l’extrême ouest de la Chine, vient d’être
inaugurée. Longue de mille kilomètres, elle
dessert des régions aux ressources énergétiques
et minérales, mais aussi agricoles et touristiques,
considérables. Sans la route, ces ressources seraient
difficilement valorisables. Les ingénieurs ont
du résoudre de nombreux problèmes naturels
et techniques pour être prêts à temps.
L’un des plus délicats est l’ensablement,
contre lequel lutteront des barrières végétales
de très grande étendue. L’autoroute
n’offre pas pour le moment les prestations que l’on
trouve en Occident. La circulation y est particulièrement
dangereuse. Mais la situation devrait s’améliorer
progressivement.
Il
ne s’agit là qu’une portion d’un
réseau baptisé 7518 de 85.000 km d’autoroutes
prévu pour 2015-2020, soit 10.000 km de plus que
le réseau des Etats-Unis dont les Chinois s’inspirent
largement. Le coût total, difficile à estimer
et surtout à comparer aux dépenses équivalentes
dans les pays développés, devrait être
de 1 à 2 trillions de dollars. Les retombées
en termes de croissance devraient être bien supérieures.
Il s’agit donc d’investissements rentables.
Mais ils seront financés, comme ceux du capitalisme
occidental aux origines, en grande partie par la «
sueur du peuple ».
La
Chine ne méconnaît pas les limites du transport
routier, gros consommateur d’énergies fossiles.
Aussi développe-t-elle d’autres grands programmes
de transports, par voie fluviale, maritime et aérienne.
Le plus intéressant à terme concerne le
réseau ferroviaire. Le 11e plan de 2006 à
2010 a placé le rail en priorité. 200 milliards
de dollars seront investis, pour construire 20.000 km
de lignes dont 12.000 pour les transports de voyageurs.
Les travaux de la ligne à grande vitesse Beijing
Shanghai (1386 km) ont commencé. L’actualité
a par ailleurs remis en première ligne les travaux
précédemment consacrés à la
ligne Chine-Tibet, la plus haute du monde, qui favorise
l’immigration chinoise dans cette partie contestée
de l’Empire.
Quand
on considère tous les bénéfices attendus
de ces investissements, pour assurer notamment une plus
grande homogénéité des développements
économiques, ainsi qu’une réduction
globale des coûts de transport, on ne peut que regretter
l’absence d’une politique déterminée
de grandes liaisons intercontinentales en Europe. Celles-ci,
notamment ferroviaires, outre le rapprochement entre l’Europe
de l’ouest et celle de l’est, pourraient permettre
des connexions vers l’espace russe et pourquoi pas,
l’espace chinois, au bénéfice des
trois grands ensembles géostratégiques euro-asiatiques.
JPB. 28/03/08
* http://en.wikipedia.org/wiki/Expressways_of_China
Le
Svalbard Global Seed Vault
Lors
de la présentation du film Le
monde selon Monsanto par la 5, José Bové
avait affirmé que le sanctuaire à graines
dit Svalbard Global Seed Vault au Spitsberg était
une entreprise privée qui privatiserait et monnaierait
l'accès aux semences. C'est une accusation grave,
mais je n'en vois pas de preuves. Il y a bien un Global
Seed Diversity Trust dans le programme, mais celui-ci
semble être une ONG relevant de l'ONU. Est-ce qu'une
nouvelle fois Bové n'aurait-il pas démontré
son irresponsabilité d'agitateur déloyal?
JPB 28/03/08
http://en.wikipedia.org/wiki/Svalbard_Global_Seed_Vault
Un
axe russo-japonais dans le nucléaire. Nouvelle
concurrence pour Areva
Il
était évident que le Japon, grande puissance
mondiale, confrontée à la puissance chinoise,
ne pouvait pas rester insensible aux possibilités
d'accord stratégique avec la Russie. La Russie,
également confrontée à la Chine,
se heurtant à l'intransigeance américaine
et malheureusement, à l'intransigeance européenne
(suscitée ne grande partie par les Etats-Unis)
ne pouvait rester indifférente aux perspectives
japonaises. Les domaines de coopération nippo-japonaise
sont nombreux. Il s’agit d’abord de l’énergie,
et notamment du nucléaire, comme nous allons le
voir. Mais il s’agira aussi de l’espace, de
l’armement, sans doute également de la robotique
et des biotechnologies. Cette liste, qui peut s’étendre,
devrait suffire à inquiéter les intérêts
européens. S’ils sont exclus de tels rapprochements,
ou s’ils n’en tiennent pas compte, le réveil
sera douloureux. Dans l’immédiat, on peut
constater que le Japon ne semble pas inquiet des réactions
de Washington face à de tels accords. Considère-t-on
à Tokyo que la perte d’influence de l’économie
américaine lui retire de la légitimité
à prétendre faire la loi dans l’archipel
? S’agit-il seulement du fait que des alliances
actuelles ou futures entre firmes japonaises et américaines
permettent au Japon de jouer les rapprochements avec Moscou
sans encourir les foudres du Département d’Etat
?

Concernant
l’industrie nucléaire, la firme d’Etat
russe Atomenergoprom regroupant depuis 2007 tous les maillons
de la filière nucléaire russe (recherche,
mines, réacteurs, combustibles , recyclage et production
d’électricité) vient d’annoncer
le 20 mars 2008 la signature avec le japonais Toshiba
d’un accord cadre dans la construction de centrales
nucléaires civiles. Toshiba, comme l’on sait,
avait racheté en 2006 l’américain
Westinghouse. Il dispose d’un produit performant
dit de 3e génération, le réacteur
AP 1000, concurrent direct de l’EPR d’Areva.
S’il ne s’agit encore que d’un partenariat
stratégique, aux lignes restées vagues,
l’objectif est évidemment de répondre
en commun à la demande de telles centrales dans
le monde, estimée entre 150 et 400 réacteurs
d’ici 2020. L’apport de solutions en matière
de fourniture de minerai et de retraitement fera évidemment
partie de la compétitivité des offreurs.
Areva sera légitimée à investir,
si elle veut conserver sa part de marché. Elle
vient de s’associer avec le japonais Mitsubishi
Heavy Industries pour concevoir un réacteur de
1000 mégawatts baptisé Atméa 1 (notre
image).
(http://www.areva-np.com/scripts/press/publigen/content/templates/show.asp?P=880&L=FR).
Si l’accord russo-japonais se confirme, il ne restera
que 3 groupes en compétition dans le monde, Areva,
GE-Hitachi et Toshiba Energoprom. Ceci veut dire que toutes
manœuvres irresponsables venant du milieu politique
français, notamment de l’Elysée, relatif
au statut de l'entreprise et qui pourraient conduire à
affaiblir le crédit d’Areva dans le monde
ne seraient pas du tout opportunes. JPB. 24/03/2008
Offensives
tous azimuts de l'Elysée
L'Elysée veut renforcer son contrôle
sur les organismes de bioéthique et de prévention
des menaces. Le risque de voir la France s'isoler encore
plus de ses partenaires européens dans ces domaines
scientifiquement et politiquement sensibles ne va-t-il
pas augmenter?
Le
Comité consultatif national d'éthique pour
les sciences de la vie, créé en 1983 par
François Mitterand, va être réformé,
annonce l'Elysée. Dans le même temps, son
président vient d'être remplacé par
le professeur Alain Grimfeld. Quand une instance consultative
gène le pouvoir, en France comme en Russie, il
suffit de changer son président et les membres
se tiennent ensuite à carreau. Dans les cas extrêmes,
on "réforme" son statut. Chacun comprend
alors ce qu'il faudra dire pour complaire au pouvoir.
Mais quel était le crime de ce Comité, pourtant
connu dans les milieux scientifiques comme particulièrement
prudent ces dernières années concernant
les sciences de la vie, afin de ne pas heurter de front
les "sensibilités" des Eglises. Il aurait,
au terme d'une activité ayant produit plus d'une
centaine d'avis, émis de fortes réserves
sur les tests ADN destinés aux émigrés.
Cela aurait suffi pour déclencher la fureur des
ayatollahs de l'Elysée. La plus radicale de ces
ayatollahs, Emmanuelle Mignon, directrice de cabinet de
Nicolas Sarkozy et connue par ailleurs pour sa bienveillance
à l'égard des sectes, sera chargée
de proposer le nouveau statut. Ceci à quelques
mois des prochains Etats Généraux de la
bioéthique. Il s'agira d'y parler droit, ne pas
évoquer les cellules souches, les recherches sur
les embryons et autres sujets qui tiennent au coeur des
chercheurs français, mais qui fâchent la
droite.
Dans
un autre domaine, aux implications non moins grandes,
le criminologue "et consultant en sécurité"
Alain Bauer vient de remettre un rapport à l'Elysée
et à Matignon visant à créer un Conseil
supérieur de la formation et de la recherche stratégique
chargé d'anticiper sur les risques du bioterrorisme,
des accidents technologiques et des crises. Le dispositif
assez complexe existant actuellement serait simplifié
et ferait entrer des industriels afin de ne pas laisser
à des "administratifs" jugés trop
mous dans le "décèlement précoce
des menaces", un terrain d'action qui prendra de
plus en plus d'importance dans les années prochaines.
De plus il serait rattaché à l'Elysée
et à Matignon, plutôt qu'à l'Intérieur
et à la Défense. Nous serons nécessairement
prudents dans l'appréciation des menaces et de
la façon de les prévenir. Il s'agit d'affaires
sérieuses où la France s'est toujours montrée
un peu trop confiante ou naïve. Mais l'exemple des
Etats-Unis incite à la réserve. L'instrumentalisation
des risques, la dramatisation des évènements,
la diabolisation des adversaires y a fait, non seulement
le jeu des néo-conservateurs les plus faucons,
mais des sociétés de sécurité
privées qui gagnent aujourd'hui des dizaines de
milliards en s'étant substituées aux services
officiels - pourtant peu réputés pour leur
douceur angélique. Veut-on cela en France?
Veut-on
aussi cela en Europe? Dans les deux cas, la bioéthique
et la prévention des risques, une étroite
coopération devrait déjà être
organisée avec les autres pays européens.
Chacun sait malheureusement que cela n'est pas le cas
en pratique, chacun tirant la couverture à lui.
JPB 09/03/2008
*
CCNE http://www.ccne-ethique.fr/
Les
avions-ravitailleurs de l'US Air Force
A
la surprise générale, le Pentagone a finalement
choisi vendredi 29 février l'européen EADS,
maison-mère d'Airbus, allié à l'américain
Northrop Grumman, pour la modernisation de la flotte d'avions
ravitailleurs de l'armée de l'Air, au détriment
de son rival Boeing.
L'octroi de ce méga-contrat, qui porte sur 179
appareils pour quelque 35 milliards de dollars, est considéré
comme un revers majeur pour l'avionneur américain,
qui avait remporté la commande en 2003 avant de
la voir annulée, après que des fraudes eurent
été révélées. C'est
également un grand succès pour l'Européen
EADS qui s'impose enfin sur le plus grand marché
militaire du monde, réputé très protectionniste,
et où il n'avait jusqu'alors remporté que
de maigres victoires. Boeing présentait une version
dérivée de l'avion-cargo B767-200, le KC-767.
EADS offrait lui une version modifiée de son Airbus
A330, le KC-30.
L'équipe Northrop Grumann/EADS avait la meilleure
offre pour le gouvernement, selon la responsable des achats
de l'armée de l'Air américaine, avec plus
de passagers, plus de cargo, plus de carburant transporté,
plus de flexibilité . Il s'agit de l'un des plus
gros contrats alloués par le Pentagone, et la première
tranche d'un marché d'une valeur totale estimée
à plus de 100 milliards de dollars sur 30 ans.
Boeing, deuxième fournisseur du Pentagone après
Lochkeed Martin et donné jusqu'ici favori, s'est
dit "très déçu" vendredi
et n'a pas exclu de protester auprès du Government
Accountability Office, l'équivalent de la Cour
des comptes. L'armée de l'Air américaine
avait déjà attribué en 2003 un contrat
de location-vente à Boeing pour ses ravitailleurs,
finalement annulé après la découverte
de conflits d'intérêt qui ont valu la prison
à deux responsables de l'avionneur, et poussé
le secrétaire à l'Armée de l'air
américaine de l'époque à la démission.
Les soutiens politiques et médiatiques traditionnels
de Boeing commencent à se manifester vigoureusement.
Pour le républicain Duncan Hunter, membre de la
Commission des forces armées de la Chambre des
représentants, "la décision de l'US
Air Force va coûter plus de 100.000 emplois"
aux Etats-Unis, en profitant à "des gouvernements
européens qui refusent de nous soutenir dans la
guerre contre le terrorisme". Certains vont jusqu’à
dire que le prix du contrat sera payé par le sang
des soldats américains morts en Irak.
On doit s’interroger sur ce choix inattendu. Tous
les observateurs, nous les premiers, étaient persuadés
que Boeing, dans l’ambiance actuelle de patriotisme
industriel fiévreux, avait déjà partie
gagnée. Notre ami Philippe Grasset, dont la connaissance
des marchés de l’aéronautique est
sans égal (voir son article en date de ce jour
http://www.dedefensa.org/article.php?art_id=4948
) estime que, devant la supériorité
évidente de l’offre EADS Northrop, le Pentagone
ne pouvait pas choisir celle de Boeing. Sa situation,
comme celle de l’US Air Force, manifeste une telle
crise, non seulement budgétaire mais existentielle,
qu’il ne peut plus céder aux pressions nationalistes
habituelles. D’autant plus que celles-ci se révèlent
généralement plus coûteuses qu’il
n’apparaît à première vue.
Les annonces de Nicolas Sarkozy annonçant que la
France allait pleinement réintégrer l’Otan
et envoyer des contingents terrestres en Afghanistan ont-elles
joué ? Ce n’est pas impossible, même
si ce que dit ou non Sarkozy ne doit guère peser
face aux pressions industrielles diverses. Si cela était
cependant le cas, devrions nous mettre en balance le gain
économique d’une part et d’autre part
les risques énormes qu’entraînera l’engagement
français aux côtés des Etats-Unis
dans un conflit échappant à toute rationalité
?
Ajoutons que le Pentagone devrait en ce moment méditer
sur le bon usage qu’il avait fait jusqu’à
présent des crédits publics en faveur du
lobby militaro-industriel. Les préférences
affichées jusqu’à ce jour en faveur
d’avions hyper-sophistiqués mal adaptées
aux guerres de terrain sont de plus en plus critiquées.
Le 23 février 2008, un bombardier Northrop B-2
dit furtif s’est écrasé au décollage,
à la base d’Andersen, sur l’île
de Guam. C’est le premier B-2 perdu. L’avion
dit de Low Observable Technologies, ou LOT, est estimé
officiellement à 520 millions de dollars. Il coûte
en fait, selon les experts, de 2,2 à 4 milliards
l’unité. 21 exemplaires ont été
commandés pour un coût global officiel de
44 milliards, soit bien plus que le premier contrat des
avions ravitailleurs.
Selon Philippe Grasset, un aspect des plus intéressants
soulevé par la perte du B-2 a été
la discussion de la “théorie de la concentration”,
c’est-à-dire la théorie affirmant
que les forces américaine concentrent leur puissance
sur un minimum de plates-formes, ce qui rend cette puissance
d’autant plus vulnérable. Dans le cas du
B-2, c’est la concentration de la puissance de la
force de frappe à grande distance pour des objectifs
très protégés dans 21 bombardiers.
Dans le cas de la Navy, c’est la concentration de
la puissance de frappe aéronavale dans onze porte-avions.
Les critiques de cette “théorie” lui
opposent la “théorie de la dispersion”.
Il s’agit d’un débat important en cours
aux USA, notamment activé par la perspective d’une
possible perte importante au cours de telle ou telle opération
de la “guerre contre la terreur” et de ses
suites diverses. (Hypothèse de la perte d’un
porte-avions par attaque suicide au cours d’une
opération contre l’Iran, par exemple).
Le budget du Pentagone est officiellement de $515 milliards
pour l’année fiscale 2009. Il doit être
estimé de façon plus réaliste autour
de $1.000 milliards. JPB 01/03/08
Les
programmes spatiaux européens vus de l'Elysée
Au centre spatial de Kourou, le 11 février, Nicolas
Sarkozy a plaidé en faveur d'une "stratégie
spatiale raisonnée et cohérente" de
l'Europe, passant notamment par une coopération
accrue avec les Etats-Unis pour l'exploration de Mars.
"Il n'est pas question, je le dis pour la France
et je le propose à nos partenaires européens,
de réduire nos efforts ou nos ambitions dans le
domaine de l'espace", a-t-il déclaré
lors d'un discours prononcé depuis le salle de
commandement Jupiter du centre spatial guyanais.
Nous ferons deux observations sur ce point. D'une part
ces déclarations, qui ont une importance certaine
pour l'avenir stratégique de l'Europe et de la
France, ont été à peine relayées
par les médias lesquels n'avaient d'attention que
pour les réactions éventuelles de Sarkozy
père aux initiatives de Sarkozy fils à Neuilly.
Cela montre bien le désintérêt des
Français pour l'espace. Il est vrai qu'aucun gouvernement
ne leur en parle plus depuis longtemps.
D'autre part, c'est bien d'afficher des ambitions à
Kourou, mais il faudra en faire l'objet d'un volet important
de la présidence française de l'Union. En
prend-on le chemin? Enfin, concernant la coopération
avec la Nasa, bien dans l'esprit d'un retour dans le giron
atlantiste que préconise notre président,
il y a je crois une unanimité des experts pour
dire que la Nasa ne donnera jamais aucun rôle substantiel
à d'autres qu'à elle dans ses propres programmes.
Aussi bien, les Chinois ne font pas de la coopération
avec l'agence américaine le pilier de leurs programmes
spatiaux. Pour la Nasa, l'Europe et la Chine sont également
à tenir à distance. 12/02/08
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