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Infoxpress

février - mars - avril 2008

Nous proposons ici une rubrique destinées à publier des informations brèves suivant de près l'actualité. Nous leur donnerons une tonalité politique (politique industrielle, politique scientifique, intelligence économique) qu'il n'est toujours pas possible d'imposer à toutes les autres rubriques de la revue. La page Infoxpress ne remplacera pas la page ACTUALITES


 

Les centaines de milliards du Future Combat Systems américain

L’armée américaine est à la veille de développer le programme d’armements le plus coûteux de son histoire. Cependant cette entreprise est d’ores et déjà menacée d’échec car elle dépend de trois programmes préalables qui ont été viciés par des dépassements de coûts et de délais, ainsi que par l’appel à des technologies immatures. Il s’agit du programme dit Future Combat Systems, que l’armée qualifie de démarche de modernisation la plus ambitieuse engagée depuis la 2e guerre mondiale. Il comporte de nouvelles générations d’armes à feu, de véhicules de combat, de robots et de capteurs reliés par à un réseau sans fil. Avec ces techniques, le soldat sur le champ de bataille pourra par exemple utiliser des dispositifs de commande à distance pour positionner des drones d’observation au dessus d’une position ennemie afin d’obtenir des coordonnées précises. Celles-ci déclencheront des missiles capables d’atteindre une cible en mouvement, quelle que soit sa taille.

Le dispositif sera extraordinairement coûteux. Un tel programme devrait peser, selon le secrétaire à la défense, 160 milliards de dollars. Des experts indépendants l’évaluent à 230 milliards. Mais ce devis ne prend pas en compte les éléments critiques à développer dans le domaine des télécommunications radio et satellitaires, pouvant s’élever à une trentaine de milliards supplémentaires. Leur réalisation avait pris du retard ces derniers mois, mais le maître d’œuvre contractuel, Boeing, estime que celui-ci devrait être facilement rattrapable. Certains militaires ayant l’expérience du terrain ne sont pas de cet avis. Ils estiment qu’une nouvelle génération de satellites beaucoup plus rapide sera nécessaire. Le Government Accountability Office a émis récemment deux rapports mettant en doute la faisabilité globale du système. Mais ces doutes n’ont pas impressionné le Chef d’Etat major général George W. Casey Jr., qui a déclaré la prise de risques légitime lorsque des systèmes d’armes aussi avancés sont en cause.

Le JTRS

La base du nouveau système de communication militaire repose sur le Joint Tactical Radio System, ou JTRS, dont le concept avait été proposé en 1997. Il s’agissait d’obtenir un réseau à très haut débit capable de transmettre des données, incluant photos et cartes, ainsi que de la vidéo destinées aux véhicules en mouvement, bien plus efficacement que les réseaux existants. Mais les difficultés rencontrées furent telles qu’en 2005 la maîtrise d’ouvrage du projet fut retiré à l’Armée et confiée au département de la défense lui-même. Il s’agissait en fait de se séparer du maître d’œuvre Boeing. Mais ceci ne fut pas fait. Le directeur du programme JTRS pour Boeing, Ralph Moslener, affirme aujourd’hui que les retards ont été rattrapés et que les performances attendues seront obtenues. Il reste que pour le moment, ce sont les systèmes de communications militaires précédents qui sont utilisés en Irak et en Afghanistan. Le coût du JTRS, après révision, devrait être de 37 milliards de dollars, s’ajoutant comme indiqué ci-dessus aux 230 milliards, n’incluant pas l’inflation, représentant la dépense globale à consentir pour le seul Future Combat Systems.

Il faut s’arrêter sur ce montant, en le comparant au trillion de dollars qu’aurait jusqu’à ce jour coûté, estimée au plus bas (2 trillions vraisemblablement), la guerre en Irak. Poussée par le lobby militaro-industriel (MICC), l’armée américaine est sur le point de financer un nouveau système d’armes qui s’ajouterait à tous ceux, incluant le JSF et le bombardier furtif, qui ont montré leur incapacité à lutter contre les insurgents irakiens menant une guerre des pauvres ou guerre de 4e génération. On ne peut pas penser que des hommes politiques conscients et organisés, ni même que des militaires raisonnables, puissent engager la nation dans de telles opérations, alors que des exigences de dépense bien plus urgentes sont partout ailleurs. Ce sont en fait, dans de tels cas, les industriels qui décident, dont le plus emblématique, dans le cas du Future Combat Systems, est Boeing – lequel Boeing pousse par ailleurs l’Etat américain à contester devant l’OMC les avances sur recettes que recevrait Airbus de la part des gouvernements européens. Seul compte pour ces industriels les contrats dont ils bénéficieront, quel qu’en soit le coût et l’inutilité finale.

L'ABM

Nous voudrions à cet égard citer un article de Philippe Grasset à propos des dépenses inutiles que le lobby militaro-industriel impose dans un autre domaine, celui de la défense anti-missiles ABM. Les coûts futurs probables de l’ABM seront de l’ordre de ceux évoqués pour le Future Combat Systems, sinon supérieurs. Son inefficacité sera certainement aussi grande. Le MICC, après les Etats-Unis, est pourtant en train de réussir à imposer ce concept à l’Otan, Otan que le mouton français, un moment éloigné du bercail, vient de rejoindre.

« D’où il ressort que l’ennemi central dans ces temps eschatologiques, c’est la corruption. Entendons-nous aussitôt, il s’agit de la corruption psychologique et nullement de la corruption vénale. L’argent a sa place, certes, comme elle l’a toujours eu. Mais aujourd’hui, elle est là pour renforcer la corruption psychologique, une corruption presque inconsciente, presque automatique, qui évite tout sentiment de culpabilité en détournant l’esprit de l’auto-critique. La plupart des fonctionnaires et hommes politiques qui exécutent cette politique, à part quelques rares esprits éclairés capables de saisir l’absurdité de la situation ou quelques cyniques qui la saisissent mais la poursuivent par intérêt, agissent d’abord par des automatismes psychologiques qu’ils tentent de justifier individuellement avec des arguments rationnels.

Cette corruption psychologique est par définition inconsciente. Le conformisme se forme aujourd’hui dans l’inconscient des automatismes de la psychologie, par le moyen de la contrainte de la communication aboutissant notamment au “Groupthinking” . C’est l’outil de l’intelligence qui est corrompu, et non l’intelligence. Il y a là, effectivement, une agression systémique contre l’intelligence, ou l’intelligence se trouve enfermée dans le système. Sans aucun doute, l’Otan en est un bel exemple, parce que c’est un organisme privé de toutes les références fondamentales de la politique, notamment la légitimité, la souveraineté. Le Groupthinking y règne en maître. Tout homme politique plongé dans le bain de l’Otan y est investi d’une irresponsabilité plus ou moins grande. Certains projets actuels de l’Otan montrent sans la moindre dissimulation, avec une crudité égale à celle du langage qu’il faut employer pour les attaquer, leur totale absence de sens politique (leur nihilisme politique). Le réseau anti-missiles américain objet de tant de vains débats soi-disant stratégiques est aujourd’hui ouvertement qualifié par des officiers généraux en fonction, au sein de cercles bureaucratiques internes aux administrations nationales européennes ou même à l’Otan, comme «une entreprise du complexe militaro-industriel américain pour accroître son emprise commerciale et ses revenus». «Pourquoi personne ne dit cela en Europe et à l’Otan?», – voilà une interrogation que nous entendons souvent et que nous nous faisons éventuellement à nous-mêmes, – mais la réponse nous paraît très vite évidente.

L’unanimité de l’Otan sur cette question est une unanimité par abdication intellectuelle complète, produit direct de la corruption psychologique que nous décrivons ici. Les effets en sont la perte du sens individuel de la responsabilité collective, facilité notamment par la perte des références courantes de la responsabilité politique ».


Philippe Grasset espère que la crudité d’un langage d’opposition à de tels projets sera seule capable de forcer la pensée à réagir contre les automatismes imposés par la corruption psychologique qu’il dénonce. Nous en sommes moins convaincus car les intérêts matériels et politiques en jeu sont trop forts pour se laisser facilement désarmer. Cependant, comme nous n’avons pas d’autres armes, à notre modeste place, que la crudité de ce langage, nous sommes obligés de conclure que les programme militaires américains sont des con… monstrueuses et que les hommes politiques et diplomates européens qui acceptent de se les faire enf…(imposer) sont encore plus c…

http://www.washingtonpost.com/wp-srv/technology/interactives/futurecombat/index.html?sid=ST2008040800851


Le LHC du CERN assigné en justice aux Etats-Unis

Un certain Wagner, expert en radiations de hautes énergies, ainsi qu’un certain Sancho, ont assigné en justice, devant l’ U.S. District Court de Hawai (USA) le CERN, pour le compte du LHC, ainsi que l’ U.S. Department of Energy, le Fermilab, la National Science Foundation. Ils demandent à la cour d’ordonner un moratoire de plusieurs mois dans le lancement des premières opérations du Collisionneur, le temps de revoir complètement les mesures de sécurité prises. L’argument reprend des craintes présentées déjà depuis longtemps, dont les physiciens semblent avoir démontré le caractère illusoire : création de mini-trous noirs ou particules d’antimatière et autres « strangelets » susceptibles de détruire la planète.

La communauté scientifique attend beaucoup du démarrage du LHC, qui a déjà pris plus d’un an de retard. Tour retard nouveau serait particulièrement dommageable.

On peut voir dans cette plainte la manœuvre d’ « experts » voulant se donner de la célébrité ou, plus vraisemblablement, une réaction de milieux politiques américains dépités de voir que les Etats-Unis, pour une fois, se sont laissé ravir la primauté scientifique dans un domaine scientifique essentiel. Juridiquement, la question de savoir en quoi une cour américaine peut être compétente en matière de droit européen (suisse ?) est posée. Mais les prophètes de catastrophes ne s’arrêteront pas à cela. JPB 30/03/2008

* Article : LHC on hold, pending the release and review of an updated CERN safety assessment
http://cosmiclog.msnbc.msn.com/archive/2008/03/27/823924.aspx


Réseaux autoroutiers et ferrés chinois

La revue Tracés (Bulletin technique de la Suisse Romande ( http://retro.seals.ch/digbib/vollist?UID=bts-004 ) dont nous recommandons la lecture, consacre son numéro 05 du 19 mars 2008 à la question des transports en Chine. On y montre l’effort d’investissement véritablement colossal entrepris par ce pays pour se doter de voies de communication modernes. Sur le plan routier, c’est le secteur des autoroutes transcontinentales qui a bénéficié des plus grands efforts La plus longue autoroute du monde, traversant le désert du Taklamakan (ie « d’où l’on ne ressort jamais ») dans le Xinjiang, à l’extrême ouest de la Chine, vient d’être inaugurée. Longue de mille kilomètres, elle dessert des régions aux ressources énergétiques et minérales, mais aussi agricoles et touristiques, considérables. Sans la route, ces ressources seraient difficilement valorisables. Les ingénieurs ont du résoudre de nombreux problèmes naturels et techniques pour être prêts à temps. L’un des plus délicats est l’ensablement, contre lequel lutteront des barrières végétales de très grande étendue. L’autoroute n’offre pas pour le moment les prestations que l’on trouve en Occident. La circulation y est particulièrement dangereuse. Mais la situation devrait s’améliorer progressivement.

Il ne s’agit là qu’une portion d’un réseau baptisé 7518 de 85.000 km d’autoroutes prévu pour 2015-2020, soit 10.000 km de plus que le réseau des Etats-Unis dont les Chinois s’inspirent largement. Le coût total, difficile à estimer et surtout à comparer aux dépenses équivalentes dans les pays développés, devrait être de 1 à 2 trillions de dollars. Les retombées en termes de croissance devraient être bien supérieures. Il s’agit donc d’investissements rentables. Mais ils seront financés, comme ceux du capitalisme occidental aux origines, en grande partie par la « sueur du peuple ».

La Chine ne méconnaît pas les limites du transport routier, gros consommateur d’énergies fossiles. Aussi développe-t-elle d’autres grands programmes de transports, par voie fluviale, maritime et aérienne. Le plus intéressant à terme concerne le réseau ferroviaire. Le 11e plan de 2006 à 2010 a placé le rail en priorité. 200 milliards de dollars seront investis, pour construire 20.000 km de lignes dont 12.000 pour les transports de voyageurs. Les travaux de la ligne à grande vitesse Beijing Shanghai (1386 km) ont commencé. L’actualité a par ailleurs remis en première ligne les travaux précédemment consacrés à la ligne Chine-Tibet, la plus haute du monde, qui favorise l’immigration chinoise dans cette partie contestée de l’Empire.

Quand on considère tous les bénéfices attendus de ces investissements, pour assurer notamment une plus grande homogénéité des développements économiques, ainsi qu’une réduction globale des coûts de transport, on ne peut que regretter l’absence d’une politique déterminée de grandes liaisons intercontinentales en Europe. Celles-ci, notamment ferroviaires, outre le rapprochement entre l’Europe de l’ouest et celle de l’est, pourraient permettre des connexions vers l’espace russe et pourquoi pas, l’espace chinois, au bénéfice des trois grands ensembles géostratégiques euro-asiatiques. JPB. 28/03/08

* http://en.wikipedia.org/wiki/Expressways_of_China


Le Svalbard Global Seed Vault

Lors de la présentation du film Le monde selon Monsanto par la 5, José Bové avait affirmé que le sanctuaire à graines dit Svalbard Global Seed Vault au Spitsberg était une entreprise privée qui privatiserait et monnaierait l'accès aux semences. C'est une accusation grave, mais je n'en vois pas de preuves. Il y a bien un Global Seed Diversity Trust dans le programme, mais celui-ci semble être une ONG relevant de l'ONU. Est-ce qu'une nouvelle fois Bové n'aurait-il pas démontré son irresponsabilité d'agitateur déloyal? JPB 28/03/08
http://en.wikipedia.org/wiki/Svalbard_Global_Seed_Vault


Un axe russo-japonais dans le nucléaire. Nouvelle concurrence pour Areva

Il était évident que le Japon, grande puissance mondiale, confrontée à la puissance chinoise, ne pouvait pas rester insensible aux possibilités d'accord stratégique avec la Russie. La Russie, également confrontée à la Chine, se heurtant à l'intransigeance américaine et malheureusement, à l'intransigeance européenne (suscitée ne grande partie par les Etats-Unis) ne pouvait rester indifférente aux perspectives japonaises. Les domaines de coopération nippo-japonaise sont nombreux. Il s’agit d’abord de l’énergie, et notamment du nucléaire, comme nous allons le voir. Mais il s’agira aussi de l’espace, de l’armement, sans doute également de la robotique et des biotechnologies. Cette liste, qui peut s’étendre, devrait suffire à inquiéter les intérêts européens. S’ils sont exclus de tels rapprochements, ou s’ils n’en tiennent pas compte, le réveil sera douloureux. Dans l’immédiat, on peut constater que le Japon ne semble pas inquiet des réactions de Washington face à de tels accords. Considère-t-on à Tokyo que la perte d’influence de l’économie américaine lui retire de la légitimité à prétendre faire la loi dans l’archipel ? S’agit-il seulement du fait que des alliances actuelles ou futures entre firmes japonaises et américaines permettent au Japon de jouer les rapprochements avec Moscou sans encourir les foudres du Département d’Etat ?

Concernant l’industrie nucléaire, la firme d’Etat russe Atomenergoprom regroupant depuis 2007 tous les maillons de la filière nucléaire russe (recherche, mines, réacteurs, combustibles , recyclage et production d’électricité) vient d’annoncer le 20 mars 2008 la signature avec le japonais Toshiba d’un accord cadre dans la construction de centrales nucléaires civiles. Toshiba, comme l’on sait, avait racheté en 2006 l’américain Westinghouse. Il dispose d’un produit performant dit de 3e génération, le réacteur AP 1000, concurrent direct de l’EPR d’Areva. S’il ne s’agit encore que d’un partenariat stratégique, aux lignes restées vagues, l’objectif est évidemment de répondre en commun à la demande de telles centrales dans le monde, estimée entre 150 et 400 réacteurs d’ici 2020. L’apport de solutions en matière de fourniture de minerai et de retraitement fera évidemment partie de la compétitivité des offreurs. Areva sera légitimée à investir, si elle veut conserver sa part de marché. Elle vient de s’associer avec le japonais Mitsubishi Heavy Industries pour concevoir un réacteur de 1000 mégawatts baptisé Atméa 1 (notre image).
(http://www.areva-np.com/scripts/press/publigen/content/templates/show.asp?P=880&L=FR).

Si l’accord russo-japonais se confirme, il ne restera que 3 groupes en compétition dans le monde, Areva, GE-Hitachi et Toshiba Energoprom. Ceci veut dire que toutes manœuvres irresponsables venant du milieu politique français, notamment de l’Elysée, relatif au statut de l'entreprise et qui pourraient conduire à affaiblir le crédit d’Areva dans le monde ne seraient pas du tout opportunes. JPB. 24/03/2008


Offensives tous azimuts de l'Elysée

L'Elysée veut renforcer son contrôle sur les organismes de bioéthique et de prévention des menaces. Le risque de voir la France s'isoler encore plus de ses partenaires européens dans ces domaines scientifiquement et politiquement sensibles ne va-t-il pas augmenter?

Le Comité consultatif national d'éthique pour les sciences de la vie, créé en 1983 par François Mitterand, va être réformé, annonce l'Elysée. Dans le même temps, son président vient d'être remplacé par le professeur Alain Grimfeld. Quand une instance consultative gène le pouvoir, en France comme en Russie, il suffit de changer son président et les membres se tiennent ensuite à carreau. Dans les cas extrêmes, on "réforme" son statut. Chacun comprend alors ce qu'il faudra dire pour complaire au pouvoir. Mais quel était le crime de ce Comité, pourtant connu dans les milieux scientifiques comme particulièrement prudent ces dernières années concernant les sciences de la vie, afin de ne pas heurter de front les "sensibilités" des Eglises. Il aurait, au terme d'une activité ayant produit plus d'une centaine d'avis, émis de fortes réserves sur les tests ADN destinés aux émigrés. Cela aurait suffi pour déclencher la fureur des ayatollahs de l'Elysée. La plus radicale de ces ayatollahs, Emmanuelle Mignon, directrice de cabinet de Nicolas Sarkozy et connue par ailleurs pour sa bienveillance à l'égard des sectes, sera chargée de proposer le nouveau statut. Ceci à quelques mois des prochains Etats Généraux de la bioéthique. Il s'agira d'y parler droit, ne pas évoquer les cellules souches, les recherches sur les embryons et autres sujets qui tiennent au coeur des chercheurs français, mais qui fâchent la droite.

Dans un autre domaine, aux implications non moins grandes, le criminologue "et consultant en sécurité" Alain Bauer vient de remettre un rapport à l'Elysée et à Matignon visant à créer un Conseil supérieur de la formation et de la recherche stratégique chargé d'anticiper sur les risques du bioterrorisme, des accidents technologiques et des crises. Le dispositif assez complexe existant actuellement serait simplifié et ferait entrer des industriels afin de ne pas laisser à des "administratifs" jugés trop mous dans le "décèlement précoce des menaces", un terrain d'action qui prendra de plus en plus d'importance dans les années prochaines. De plus il serait rattaché à l'Elysée et à Matignon, plutôt qu'à l'Intérieur et à la Défense. Nous serons nécessairement prudents dans l'appréciation des menaces et de la façon de les prévenir. Il s'agit d'affaires sérieuses où la France s'est toujours montrée un peu trop confiante ou naïve. Mais l'exemple des Etats-Unis incite à la réserve. L'instrumentalisation des risques, la dramatisation des évènements, la diabolisation des adversaires y a fait, non seulement le jeu des néo-conservateurs les plus faucons, mais des sociétés de sécurité privées qui gagnent aujourd'hui des dizaines de milliards en s'étant substituées aux services officiels - pourtant peu réputés pour leur douceur angélique. Veut-on cela en France?

Veut-on aussi cela en Europe? Dans les deux cas, la bioéthique et la prévention des risques, une étroite coopération devrait déjà être organisée avec les autres pays européens. Chacun sait malheureusement que cela n'est pas le cas en pratique, chacun tirant la couverture à lui. JPB 09/03/2008

* CCNE http://www.ccne-ethique.fr/


Les avions-ravitailleurs de l'US Air Force

A la surprise générale, le Pentagone a finalement choisi vendredi 29 février l'européen EADS, maison-mère d'Airbus, allié à l'américain Northrop Grumman, pour la modernisation de la flotte d'avions ravitailleurs de l'armée de l'Air, au détriment de son rival Boeing.
L'octroi de ce méga-contrat, qui porte sur 179 appareils pour quelque 35 milliards de dollars, est considéré comme un revers majeur pour l'avionneur américain, qui avait remporté la commande en 2003 avant de la voir annulée, après que des fraudes eurent été révélées. C'est également un grand succès pour l'Européen EADS qui s'impose enfin sur le plus grand marché militaire du monde, réputé très protectionniste, et où il n'avait jusqu'alors remporté que de maigres victoires. Boeing présentait une version dérivée de l'avion-cargo B767-200, le KC-767. EADS offrait lui une version modifiée de son Airbus A330, le KC-30.

L'équipe Northrop Grumann/EADS avait la meilleure offre pour le gouvernement, selon la responsable des achats de l'armée de l'Air américaine, avec plus de passagers, plus de cargo, plus de carburant transporté, plus de flexibilité . Il s'agit de l'un des plus gros contrats alloués par le Pentagone, et la première tranche d'un marché d'une valeur totale estimée à plus de 100 milliards de dollars sur 30 ans.

Boeing, deuxième fournisseur du Pentagone après Lochkeed Martin et donné jusqu'ici favori, s'est dit "très déçu" vendredi et n'a pas exclu de protester auprès du Government Accountability Office, l'équivalent de la Cour des comptes. L'armée de l'Air américaine avait déjà attribué en 2003 un contrat de location-vente à Boeing pour ses ravitailleurs, finalement annulé après la découverte de conflits d'intérêt qui ont valu la prison à deux responsables de l'avionneur, et poussé le secrétaire à l'Armée de l'air américaine de l'époque à la démission.

Les soutiens politiques et médiatiques traditionnels de Boeing commencent à se manifester vigoureusement. Pour le républicain Duncan Hunter, membre de la Commission des forces armées de la Chambre des représentants, "la décision de l'US Air Force va coûter plus de 100.000 emplois" aux Etats-Unis, en profitant à "des gouvernements européens qui refusent de nous soutenir dans la guerre contre le terrorisme". Certains vont jusqu’à dire que le prix du contrat sera payé par le sang des soldats américains morts en Irak.

On doit s’interroger sur ce choix inattendu. Tous les observateurs, nous les premiers, étaient persuadés que Boeing, dans l’ambiance actuelle de patriotisme industriel fiévreux, avait déjà partie gagnée. Notre ami Philippe Grasset, dont la connaissance des marchés de l’aéronautique est sans égal (voir son article en date de ce jour http://www.dedefensa.org/article.php?art_id=4948 ) estime que, devant la supériorité évidente de l’offre EADS Northrop, le Pentagone ne pouvait pas choisir celle de Boeing. Sa situation, comme celle de l’US Air Force, manifeste une telle crise, non seulement budgétaire mais existentielle, qu’il ne peut plus céder aux pressions nationalistes habituelles. D’autant plus que celles-ci se révèlent généralement plus coûteuses qu’il n’apparaît à première vue.

Les annonces de Nicolas Sarkozy annonçant que la France allait pleinement réintégrer l’Otan et envoyer des contingents terrestres en Afghanistan ont-elles joué ? Ce n’est pas impossible, même si ce que dit ou non Sarkozy ne doit guère peser face aux pressions industrielles diverses. Si cela était cependant le cas, devrions nous mettre en balance le gain économique d’une part et d’autre part les risques énormes qu’entraînera l’engagement français aux côtés des Etats-Unis dans un conflit échappant à toute rationalité ?

Ajoutons que le Pentagone devrait en ce moment méditer sur le bon usage qu’il avait fait jusqu’à présent des crédits publics en faveur du lobby militaro-industriel. Les préférences affichées jusqu’à ce jour en faveur d’avions hyper-sophistiqués mal adaptées aux guerres de terrain sont de plus en plus critiquées. Le 23 février 2008, un bombardier Northrop B-2 dit furtif s’est écrasé au décollage, à la base d’Andersen, sur l’île de Guam. C’est le premier B-2 perdu. L’avion dit de Low Observable Technologies, ou LOT, est estimé officiellement à 520 millions de dollars. Il coûte en fait, selon les experts, de 2,2 à 4 milliards l’unité. 21 exemplaires ont été commandés pour un coût global officiel de 44 milliards, soit bien plus que le premier contrat des avions ravitailleurs.

Selon Philippe Grasset, un aspect des plus intéressants soulevé par la perte du B-2 a été la discussion de la “théorie de la concentration”, c’est-à-dire la théorie affirmant que les forces américaine concentrent leur puissance sur un minimum de plates-formes, ce qui rend cette puissance d’autant plus vulnérable. Dans le cas du B-2, c’est la concentration de la puissance de la force de frappe à grande distance pour des objectifs très protégés dans 21 bombardiers. Dans le cas de la Navy, c’est la concentration de la puissance de frappe aéronavale dans onze porte-avions. Les critiques de cette “théorie” lui opposent la “théorie de la dispersion”. Il s’agit d’un débat important en cours aux USA, notamment activé par la perspective d’une possible perte importante au cours de telle ou telle opération de la “guerre contre la terreur” et de ses suites diverses. (Hypothèse de la perte d’un porte-avions par attaque suicide au cours d’une opération contre l’Iran, par exemple).

Le budget du Pentagone est officiellement de $515 milliards pour l’année fiscale 2009. Il doit être estimé de façon plus réaliste autour de $1.000 milliards. JPB 01/03/08


Les programmes spatiaux européens vus de l'Elysée

Au centre spatial de Kourou, le 11 février, Nicolas Sarkozy a plaidé en faveur d'une "stratégie spatiale raisonnée et cohérente" de l'Europe, passant notamment par une coopération accrue avec les Etats-Unis pour l'exploration de Mars. "Il n'est pas question, je le dis pour la France et je le propose à nos partenaires européens, de réduire nos efforts ou nos ambitions dans le domaine de l'espace", a-t-il déclaré lors d'un discours prononcé depuis le salle de commandement Jupiter du centre spatial guyanais.

Nous ferons deux observations sur ce point. D'une part ces déclarations, qui ont une importance certaine pour l'avenir stratégique de l'Europe et de la France, ont été à peine relayées par les médias lesquels n'avaient d'attention que pour les réactions éventuelles de Sarkozy père aux initiatives de Sarkozy fils à Neuilly. Cela montre bien le désintérêt des Français pour l'espace. Il est vrai qu'aucun gouvernement ne leur en parle plus depuis longtemps.

D'autre part, c'est bien d'afficher des ambitions à Kourou, mais il faudra en faire l'objet d'un volet important de la présidence française de l'Union. En prend-on le chemin? Enfin, concernant la coopération avec la Nasa, bien dans l'esprit d'un retour dans le giron atlantiste que préconise notre président, il y a je crois une unanimité des experts pour dire que la Nasa ne donnera jamais aucun rôle substantiel à d'autres qu'à elle dans ses propres programmes. Aussi bien, les Chinois ne font pas de la coopération avec l'agence américaine le pilier de leurs programmes spatiaux. Pour la Nasa, l'Europe et la Chine sont également à tenir à distance. 12/02/08



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