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Economie politique
La crise américaine, crise conjoncturelle ou systémique?

par Jean-Paul Baquiast 13/03/2008


Les Etats-Unis vont-ils au devant d’une crise économique globale ? Quelle serait l’ampleur de cette crise ? Serait-elle plus ou moins forte que celle de 1929-33 ou pire, serait-elle véritablement systémique, touchant l’économie « réelle » américaine au cœur ? Qui en seront, au delà de l’économie américaine, les premières victimes ? Les pays liés étroitement à cette dernière (zone dollar) ? Les pays asiatiques ou les pays européens qui disposent d’une plus grande capacité de résistance ?

Pour tenter d’éclaircir ces questions que ne peuvent laisser personne indifférent, notamment en Europe, nous allons tenter de fournir quelques éléments de réflexion. Nous examinerons d’abord les indices incontestables montrant que la crise se rapproche. Nous rappellerons ensuite les ponts faibles systémiques (il faudra préciser ce terme) de l’économie américaine et derrière elle de l’économie mondialisée libérale.

En contrepoint de ces propos, le lecteur gardera en tête la grande question que devraient se poser tous les Européens et que nous traiterons dans un ouvrage à paraître "L'Europe ou le vide de puissance, JP. Bayol" : "que pourrait faire l’Europe pour sauvegarder ses fondamentaux, c’est-à-dire, concrètement, les facteurs de production liés à son économie réelle qui lui permettraient de ne pas mourir de faim en cas de crise étendue?".

Les indices d’une crise économique américaine qui se rapproche

L’économie américaine est menacée de récession, selon les experts. Il s’agit d’un thème de plus en plus évoqué dans la presse internationale de la fin février et du début mars 2008. Cette récession se caractérise d’abord par des pertes d’emplois. L'économie a supprimé 63.000 emplois en février, une grosse déception pour les analystes qui tablaient sur 25.000 embauches nettes. De plus, les chiffres de janvier ont été révisés pour faire ressortir 22.000 licenciements (au lieu de 17.000 annoncés initialement). Le niveau des suppressions d'emplois est le plus fort enregistré depuis mars 2003, au début de la guerre en Irak. C'est aussi la première fois que l'économie enregistre deux mois de licenciements consécutifs depuis juin 2003.

D’où proviennent ces pertes d’emplois ? Directement, de la crise de l’immobilier, qui entraîne une diminution des mises en chantier et donc de l’emploi dans la construction. Indirectement aussi de la crise de l’immobilier, qui se traduit par l’augmentation du nombre des ménages incapables de rembourser leurs prêts. Obligés de vendre à perte, ils ne peuvent maintenir leurs niveaux de consommation courante, ce qui pénalise de nombreux producteurs et distributeurs, lesquels licencient du personnel. D’autres éléments de récession s’y ajoutent, que nous examinerons ultérieurement, et qui sont liés à la crise mondiale du capitalisme financier.

Rappelons d’abord les causes de cette crise de l’immobilier, popularisée dans le monde entier sous le nom de crise des subprimes. Elle est née des excès de la dérégulation économique américaine, qui a favorisé la multiplication de sociétés d’investissements immobiliers à la moralité plus que douteuse. Michel Rocard, dans un article récent, a très bien décrit le mécanisme (Le Monde, 6 mars 2008). De véritables margoulins ont prêté massivement à des populations aux revenus faibles de quoi acheter ou faire construire un logement. Leurs espoirs de gain était fondés sur la perspective de revente de maisons dont les premiers propriétaires insolvables auraient été expropriés. Plus d’un million de ménages étaient concernés au départ par cette spéculation, mais le nombre des victimes ne cesse d’augmenter.

Note: Voici présentés en termes du langage courant, le principe de l’opération « Moi, société de construction immobilière, je dispose d’un titre par lequel Smith, candidat à la construction d’un logement, s’était engagé à me rembourser les $50.000 que je lui avais prêté pour l’aider à rassembler la somme nécessaire à la construction d’une maison coûtant $100.000. Mais je sais qu’il ne pourra pas s’acquitter de sa dette. Je pourrai donc faire saisir sa propriété sur laquelle je dispose d'une hypothèque et la revendre pour $100.000 sinon davantage (somme résultant de la valeur du bien calculée sur la base du prêt et des apports personnels de Smith). Je peux aussi vendre ce titre de créance à une banque dont je sais qu’elle aura les reins plus solides que les miens pour faire face aux éventuels délais ou problèmes de revente ». La banque concernée tiendra le même raisonnement. « Je dispose d’un portefeuille de créances dont les unes sont saines – je sais que le débiteur remboursera sans difficultés – et les autres douteuses. Je vends le tout à un établissement financier plus solide que moi qui pourra faire globalement son affaire de tous les recouvrements à réaliser. Pour plus de sécurité, je ne lui dirai pas que certaines créances sont douteuses ». La revente peut prendre la forme d'une transformation du paquet d'obligations en actions, ce que l'on nomme la titrisation. L'acheteur de ces actions spécule en bourse sur la hausse ou la baisse des cours. En cas de croissance économique, les dettes seront facilement remboursées, et le titre sera valorisé. Dans le cas contraire, désastre. Mais, rappelons-le, dans ce cas, la perte sera "en bourse" et aux dépends du spéculateur. Elle ne touchera pas immédiatement l'économie réelle.

Les banques petites et grandes , entraînées par l’espoir d’un gain dans un marché en croissance, n’ont pas fait l’effort d’analyser au cas par cas les créances, pour refuser celles qui n’étaient pas fiables. Elles n’ont pas non plus anticipé le ralentissement de l’économie américaine dû notamment à d’autres facteurs, comme la désindustrialisation que nous évoquerons ci-dessous. Ce ralentissement a diminué la demande sur le marché de l’immobilier, entraînant la baisse de la valeur en capital des immeubles. Devant l’épidémie des non-remboursements en chaînes, les établissements financiers les plus solides ont été mis en difficulté. Ces derniers jours les fonds d'investissement américains, qui avaient fait la réputation carnassière du capitalisme d'outre-atlantique (Carlyle, OEP, KKR) semblent avoir aussi des difficultés, une partie de leurs réserves se révélant définitivement "pourrie".

Rien n’indique aujourd’hui que le mécanisme puisse être enrayé puisque personne, même pas les fonds d’investissement, ne viendra payer les dettes des débiteurs défaillants. L’économiste Martin Feldstein a bien proposé, devant l’accroissement du nombre des saisies, jugé par lui « le risque le plus grand que l’on ait vu depuis 1930 » que le gouvernement fédéral lance un programme de prêts immobiliers à taux réduit aux personnes à risque, sécurisé sur leur revenu ultérieur. Encore faudrait-il que l’Etat fédéral, déjà très endetté, accroisse encore sa dette. Il faudrait aussi que les emprunteurs soient assurés d’un revenu ultérieur – autrement dit que l’emploi reprenne.

Or cette crise des subprimes et le climat de méfiance qui s’est installé chez les investisseurs et dans les banques ont entraîné une baisse importante de la demande et donc des emplois. Dans le seul secteur privé, les licenciements nets se sont chiffrés à 101.000 en février 2008, avec de fortes pertes d'emplois dans le bâtiment (-39.000) et dans l'industrie (-52.000), surtout pour les entreprises liées à l'immobilier. Mais le commerce de détail a aussi souffert (-34.000) tout comme les services (-20.000). Même la baisse du chômage, qui est passé de 4,9 à 4,8%, n'arrive pas à réconforter les analystes. Ils soulignent qu'elle s'explique avant tout par la baisse du nombre de personnes sur le marché de l'emploi (le même phénomène se note en France, quoique prétende le gouvernement). Toute détérioration de l'emploi se traduit par une baisse des revenus, ce qui peut être calamiteux dans une économie portée par la consommation. Elle se traduit finalement par la baisse de la confiance des ménages et des entreprises.

Pour remédier à cela, la plupart des économistes et des hommes politiques, G.W.Bush en premier, demandent à la Banque Fédérale d’augmenter les liquidités qu'elle compte injecter sur les marchés pour soulager la crise du crédit. Aussi les marchés réclament-ils une réaction « vigoureuse » de la part de la banque centrale. Celle-ci à déjà répondu favorablement, tout en annonçant des "concertations serrées" avec les autres banques centrales dans le monde. Elle avait déjà réduit son taux directeur de 2,25 points depuis l'été pour le ramener à 3%. Il sera sans doute être abaissé d'un point supplémentaire au cours des deux prochaines réunions de la Fed, dont la première est prévue le 18 mars. La baisse du taux encourage les emprunteurs mais ne suffit pas toujours à créer un climat de confiance chez les investisseurs. La Fed a par ailleurs annoncé que 100 milliards de crédits ont été ouverts sous forme de prêts aux banques afin d’accroître les liquidité du marché. Le président Bush avait précédemment annoncé de son côté que 156 milliards de déductions fiscales seraient programmés pour relancer la consommation, sans provoquer beaucoup de réactions.

Ajoutons qu’il est douteux que les autres banques centrales, notamment la BCE, non plus que les gouvernements européens (exception faite du malencontreux « paquet fiscal » de Sarkozy) suivent longtemps les Etats-Unis dans cette voie - sauf pour faire un geste. L’Europe commence à se préoccuper sérieusement des risques d’inflation, par excès de la demande sur l’offre entraînant la hausse des prix. La bonne logique consisterait à ne pas encourager la demande par la distribution de crédits à la consommation. Il faudrait au contraire encourager l’investissement par des aides aux entreprises de l’économie réelle, celles qui produisent de vrais biens, de préférence biens de production (comme dans le secteur des énergies renouvelables) et non des valeurs financières spéculatives.

Ceci dit, penser que la crise de l’économie américaine peut être attribuée à des causes évènementielles, comme la crise des subprimes, ne voient pas que le mal est bien plus profond.

Les points faibles systémiques de l’économie américaine

Par points faibles systémiques, nous entendons des faiblesses qui dépassent l’économie et mettent en cause tout le système politique et même culturel américain. Autrement dit, nous pourrions nous poser une question qui devrait être beaucoup plus souvent évoquée: les Américains sont-ils tombés sur la tête ?

Si l’on veut bien prendre un peu de recul pour mieux juger des tenants et des aboutissants de la crise américaine, que constate-t-on ?

1. Le reflux de l’investissement productif national

Dans les années 1980 à 2000, l’économie américaine, pourtant très favorisée par des coûts énergétiques et de matière première initialement bas, par la disposition d’une main d’œuvre abondante et de qualité, par un secteur high-tech très innovant et prospère, a renoncé à réaliser sur place (sur le territoire de l’Union) les investissements nécessaires non seulement pour satisfaire la demande intérieure et l’exportation, mais aussi pour entretenir et développer les grandes infrastructures publiques dont le niveau est aujourd’hui à peine supérieur à ce que l’on trouve dans le tiers-monde. Ces infrastructures sont pourtant, comme on le voit en Europe qui n’a jamais fait cette erreur, gages de productivité générale et de bonne intégration.

Les responsables de l’économie américaine ont préféré transférer (délocaliser) dans les pays émergents (Chine, Inde, Amérique latine) non seulement les sites industriels mais de plus en plus les capacités de recherche/développement. Qui a pris historiquement la décision de ces délocalisations ? Ce furent d’abord les actionnaires des entreprises capitalistes américaines qui ne se satisfaisaient plus, dans une économie de services financiers permettant pensaient-ils des gains rapides, du rythme lent de la croissance industrielle. Nous décrivons là le phénomène désormais bien connu dit de la financiarisation de l’économie mondiale, dont l’économie américaine n’est plus malheureusement la seule à souffrir. Le mouvement a été initialisé aux Etats-Unis et s’est étendu au reste du monde occidental. Du fait de la financiarisation, la direction de l’économie a échappé d’une part au patronat traditionnel et d’autre part aux autorités publiques de régulation. Les uns et les autres avaient l’habitude de privilégier de préférence l’investissement sur la dépense et le long terme sur le court terme. Les actionnaires visent au contraire les profits spéculatifs immédiats. Des techniques dont les fonds d’investissement sont passées maîtres, tel le LBO, permettre d’acheter les entreprises rentables, revendre avec bénéfices leurs actifs et laisser ce qui reste à la charge de la collectivité. Plus le marché est mondial, moins les régulations étatiques sont faibles, plus les gains sont grands.

Les actionnaires américains n’ont pas utilisé leurs bénéfices à investir aux Etats-Unis (non plus d'ailleurs qu’en Europe, jugée trop chère). Ils ont d’abord recherché des profits purement spéculatifs sur de nombreux marchés, tels ceux de l’énergie, des matières premières, du transport et des services financiers. Ces spéculations ne créent pas de valeur ajoutée productive. Au contraire. Ainsi la spéculation sur le pétrole ne met pas un litre de pétrole de plus sur le marché, que le pris du baril soit de 60, 80 ou 110 dollars. Ceux des bénéfices spéculatifs ainsi obtenus qui ont été réinvestis ne l’ont pas été aux Etats-Unis mais dans les pays émergents – lorsqu’ils n’ont pas été gaspillés en dépenses somptuaires.

Au plan industriel, les actionnaires américains ont investi dans les pays émergents, pour profiter des bas salaires. Ceci leur a permis de maintenir des taux de profit satisfaisants le temps qu’ils sont restés propriétaires des entreprises locales. Ils pouvaient en effet vendre bon marché sur le marché américain les biens fabriqués dans les pays émergents, contribuant à ruiner ce qui restait d’industrie américaine. Mais ce jeu ne peut plus durer. Les gouvernements de ces pays ont repris une partie de ces investissements. Ils ont investis de leur côté. Comme la demande locale de consommation n’est pas suffisante pour amortir les chaînes de production, ils exportent vers les économies occidentales, accroissant ce faisant le déficit commercial de ces dernières, sans profit cette fois-ci pour l’économie américaine, car les profits ne reviennent plus s’inscrire dans sa balance des paiements.

2. La boulimie en pétrole

Ce mal chronique de l’économie américaine est bien connu. Mais il faut cependant l’évoquer ici car ni le gouvernement ni les industriels du secteur de l’énergie ne font encore d’efforts sérieux pour s’en affranchir. Née à une époque où les gisements américains entretenaient une impression d’abondance, la boulimie en pétrole, source de profits spéculatifs à court terme pour une part très importante de l’industrie et du commerce du secteur de l’énergie, est devenue avec le temps un puits sans fonds de dépenses en dollars. Les pays exportateurs de pétrole (dont la plupart, notons le en passant, ne veulent aucun bien à l’Amérique), en bénéficient presque exclusivement. Parallèlement, l’économie américaine n’a fait aucun investissement sérieux dans les énergies non fossiles, non plus que, comme l’avait fait la France, dans le nucléaire (Les centrales américaines sont rares et obsolètes). Aujourd’hui encore, les lobbies de l’énergie et de l’industrie mécanique continuent à refuser tout ce qui pourrait réduire les profits nés des carburants fossiles. Ils vont jusqu’à nier le réchauffement climatique et la nécessité de rechercher des économies et d’autres sources énergétiques. Celles-ci seraient pourtant créatrices d’emplois et relanceraient donc la croissance, si elles étaient réalisées localement.

3. La folie militaire

Pour des raisons géopolitiques propres aux Etats-Unis, la croissance y a toujours été tirée par les dépenses et les investissements militaires. Des budgets considérables y sont traditionnellement consacrés aux recherches et industries du militaire et du spatial de défense. Depuis la seconde guerre mondiale, ceux-ci permettaient de financer des laboratoires et des industries dont les retombées en termes civils étaient considérables : brevets, sous-traitances, applications commerciales multiples. Depuis la guerre d’Irak, qui apparaîtra sans doute à l’avenir comme l’erreur gigantesque ayant déclenché le déclin américain, une partie de ces dépenses ne rapporte plus rien en termes d’investissements productifs. L’économiste Joseph Stiglitz (The Three Trillion Dollar War. Joseph E. Stiglitz, Linda J. Bilmes, 2008) estime que depuis 2001, trois trilliards de dollars ont été consacrés à des dépenses militaires directes ou liées aux pertes humaines ou diverses sans aucunes retombées économiques. On considère qu’il faut ajouter à cette somme l’équivalent en dépenses destinées à compenser les pertes humaines et manques à gagner divers. Or quelle économie, même prospère, pourrait-elle supporter une telle saignée sans dommage.

Il s’agit d’une somme estimée correspondre aux coûts de la crise des subprimes et à ses conséquences. Autrement dit, l’économie américaine et avec elle en partie le budget fédéral, doivent amortir un montant de dépenses improductives d’environ 6 à 10 trilliards de dollars, alors que le revenu national annuel est estimé à 11,6 trilliards en 2006. On sait que, saisie de la même aberration, l’économie de l’URSS avait sombré dès lors que le pouvoir avait voulu suivre l’exemple des Etats-Unis, non seulement en finançant des dépenses militaires sans bénéfices pour l’économie générale, mais aussi en se lançant dans des guerres terrestres (en Afghanistan) que l’armée Rouge n’était préparée à conduire.

Conclusion. Le recours généralisé à l’emprunt. Comment vivre indéfiniment à crédit aux frais du reste du monde ?

Face à toutes ces fuites en capital réel (celui des investissements productifs générant des produits qui eux-mêmes génèrent des revenus puis des emplois) l’économie américaine en proie à la financiarisation préfère, nous l’avons vu, soutenir la demande par le crédit. Cette vieille recette keynésienne n’a d’intérêt qu’à petite dose, quand les liquidités manquent pour investir. Mais les crédits abondamment distribués, non par des organismes sérieux mais par des spéculateurs visant le court terme, ont alimenté une consommation locale qui faute de produits nationaux s’est portée sur les biens et services importés à bas prix des pays émergents. Il en est résulté une détérioration de la balance commerciale, qu’il a fallu couvrir par des emprunts à l’étranger.

Confronté par ailleurs aux déficits budgétaires considérables dus notamment à la guerre en Irak et en Afghanistan, dont la fin n’apparaît pas proche, le Trésor américain a fait appel aux prêts internationaux. Il a profité de l’appétit des prêteurs internationaux pour le dollar considéré encore, malgré ses faiblesses récurrentes, comme une bonne monnaie de réserve, afin d'emprunter les sommes manquantes. Mais nous l’avons vu, ces sommes n’ont pas été réinvesties dans des industries et recherches productives à terme. Elles ont servi majoritairement à entretenir de nouvelles formes de consommation et de gaspillage.

Jusqu’où cela pourra-t-il durer ? Longtemps, disent les optimistes, car les fondamentaux de l’économie américaine resteraient sains, grâce notamment à un tissu extrêmement dense d’entreprises technologiques et à des importations de cerveaux qui ne semblent pas prêtes de se tarir, malgré les mesures restrictives imposées dans le cadre de la lutte contre la terreur.

Nous pensons pour notre part qu’il n’en sera rien. Les prêteurs sont de plus en plus des fonds d’Etat, russes, chinois ou pétro-islamiques, qui ne tiendront le régime politique américain la tête hors de l’eau que lorsqu’ils y auront encore intérêt, en attendant de pouvoir prendre le relais.

Quant à l’Europe, peut-être comprendra-t-elle aussi un jour qu’avec le potentiel conféré par l’euro et des capacités industrielles et scientifiques qui ne demanderaient qu’à être ressuscitées par des politiques économiques volontaristes, elle aurait mieux à faire qu’amortir indéfiniment les conséquences des fautes politiques et même morales des Etats-Unis ?

Pour un diagnostic beaucoup plus sévère, mais sans doute bien moins mesuré que le nôtre, voir
Global Europe Anticipation Bulletin
http://www.leap2020.eu/GEAB-N-22-est-disponible-!-Crise-systemique-globale-Septembre-2008-Phase-d-effondrement-de-l-economie-reelle-aux-Etats_a1293.html

 

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