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Chroniques
du post-humain
Chronique IV
Sur le biopouvoir
14/02/2008 |
|
Avec
Miguel Benasayag, nous publierons dans cette revue,
sans en engager nécessairement la ligne rédactionnelle,
une douzaine de chroniques où nous échangerons
à bâtons rompus des propos personnels
non seulement sur les sciences et les technologies
mais sur la façon dont elles sont reçues
dans la France contemporaine. Jean-Paul Baquiast
Miguel Benasayag est philosophe et psychanalyste,
enseignant, courriériste et auteur de nombreux
livres.
Pour
plus de détails, voir :
http://www.peripheries.net/article186.html
http://fr.wikipedia.org/wiki/Miguel_Benasayag
|
Jean-Paul
Baquiast
Tu dénonces dans un livre tout récent («
La santé à tout prix. Médecine
et biopouvoir » Bayard 2008) la façon
dont la médecine et le pouvoir social collaborent
pour imposer des normes de comportement aux citoyens. Tu
illustres ton propos en prenant un certain nombre d’exemples
que, comme acteur du secteur médical tu connais bien,
mais que, comme philosophe, tu souhaites voir examiner avec
un peu de recul. Tu t’appuie sur des exemples pris
dans des domaines suscitant ce que l’on appelle aujourd’hui
le compassionnel : le cancer, les handicaps, les soins palliatifs,
les troubles psychiques, la maladie d’Alzheimer…Dans
ces domaines, on comprend bien qu’une autorité
régulatrice intervienne pour optimiser la prévention
ou les soins. Il s’agit d’utiliser au mieux
les ressources nécessairement rares de la protection
sociale. Mais tu regrettes que ce faisant, le biopouvoir
oublie le caractère global du patient en ne voyant
en lui qu’une collection d’organes à
traiter et en lui imposant des conduites stéréotypes
qui négligent les conditions particulières
selon lesquelles chacun s’inscrit dans son milieu.
Ainsi, au lieu de placer le sujet dans un environnement
susceptible de le soutenir, on aggrave sa misère
en le transformant en un rouage dans un vaste système
de gestion, fonctionnant comme une entreprise.
Je
voudrais d’abord te demander si cette dénonciation,
aussi fondée qu’elle soit au regard de nombreux
cas particuliers, n’est pas pourtant un peu rapide.
Il faudrait je crois faire valoir les contreparties des
mesures rigoureuses imposées par le biopouvoir. Il
est un peu facile de reprocher à la corporation médicale
ou aux institutions sociales les normes de comportement
qu’elles veulent imposer aux individus d’une
façon que beaucoup trouvent policière : limitez
votre vitesse sur la route, évitez l’alcool,
mangez moins, cessez de fumer. Mais si, faute de ces interdictions,
notre société continuait à se remplir
d’invalides, d’alcooliques, d’obèses
et de tabagiques, personne n’y gagnerait rien –
même pas les intéressés qui finiraient
par reprocher aux institutions de ne pas les avoir mis en
garde. Il n’est pas anormal qu’un superorganisme
social impose des normes aux individus qui le composent,
dans les domaines de la santé comme dans de nombreux
autres. Sans ces normes, il se diluerait, il perdrait sa
raison d’être. Cela d’ailleurs a été
de tous temps, sous des formes différentes. Or j’aime
mieux que la Faculté, aujourd’hui, me demande
de moins fumer que de la voir, comme au 19e siècle,
condamner la masturbation comme débilitante.
Quelque
chose me gène aussi dans la dénonciation des
excès du biopouvoir, dénonciation que j’approuve
par ailleurs. Si en effet ce biopouvoir se trouve réduit,
ce seront d’autres pouvoirs qui prendront le relais,
sans bénéfices aucuns pour les individus.
Je pense aux lobbies des alcooliers, des cigarettiers, de
la Big Food dit aussi en France de la malbouffe. Ces pouvoirs,
dans la mesure où l’on peut identifier leurs
dirigeants, se comportent en véritables sociétés
du crime, qui n’hésitent pas, sciemment, à
empoisonner les jeunes comme, dans les pays en développement,
l’ensemble de la population.
Pour
mieux comprendre le biopouvoir (comme tous les nouveaux
technopouvoirs en général,) et ses perspectives
d’évolution vers la société dite
transhumaniste, je pense qu’il faudrait essayer de
mieux comprendre sa logique. Est-il le résultat de
ce que l’on pourrait appeler un complot de minorités
dirigeantes dont les représentants seraient bien
identifiés : syndicats de médecins, patrons
d’entreprises pharmaceutiques, directeurs de caisses
d’assurances maladies, etc. Ces gens se réuniraient
régulièrement pour rechercher la meilleure
façon de contrôler des individus réputés
anarchisants et rebelles afin d’en faire des «
clients » disciplinés.
A l’opposé de cette vision fortement inspirée
de la théorie du complot et de la Big Brotherisation,
ne faudrait-il pas considérer le biopouvoir en question
comme l’une des formes par lesquelles s’exprime
la structuration des sociétés humaines (et
animales) autour de dominants et dominés : les mâles,
les chefs, les guerriers, etc. Dans ce cas, il ne servirait
à rien de chercher à démanteler le
biopouvoir, si l’on ne suscitait pas un contre-pouvoir
susceptible de l’équilibrer.
Miguel
Benasayag
Je vais d’abord répondre à la question
de savoir comment analyser les biopouvoirs modernes et leurs
macro-processus. Je m’appuie sur des études
qui datent maintenant d’une cinquantaine d’années,
celles de Simondon par exemple (http://fr.wikipedia.org/wiki/Gilbert_Simondon).
L’idée est que la technique répond aux
problèmes qu’elle pose par des solutions techniques.
Ceci se fait de façon quasi automatique. Tu as dit
très bien dans ton livre que les techniques se développent
en buissonnant, comme le font les organismes vivants dans
le cadre de l’évolution darwinienne, sans aucun
souci de bien ou de mal. Il s’agit de stratégies
sans stratèges, selon l’expression. Certes,
il n’est pas exclu que dans certains cas, des «
décideurs » ou « responsables »
puissent intervenir pour optimiser tel aspect particulier
de la stratégie. Mais dans l’ensemble les individus
qui sont pris dans ces stratégies doivent se persuader
qu’il n’y a pas un Big Brother qui décide
de tout. Le biopouvoir fonctionne en système autonome.
Une
entreprise industrielles et commerciale
Mais
il faut aller plus loin. Ce que je dis du biopouvoir est
qu’il ne résulte pas seulement du développement
darwinien de nouvelles technologies de santé. Il
est aussi organisé en entreprise globale de type
industriel et commercial. Il reprend ce faisant un modèle
économique dont on nous dit qu’il est devenu
incontournable, dans le monde entier. Plus précisément,
le biopouvoir se comporte en entreprise pour qui les questions
de santé et la vie des citoyens doivent être
traitées comme des éléments significatifs
de gains ou de pertes. Les patients, comme d’ailleurs
les professionnels de santé eux-mêmes, sont
devenus des facteurs de production et de profit. On leur
impose des ratios, des calculs de probabilité, des
objectifs de résultats généralement
spéculatifs.
Je
ne critique pas cette démarche en elle-même.
On ne peut pas demander à une société
d’investir à perte. Elle cesserait vite de
pouvoir le faire. Mais encore faudrait-il le faire intelligemment.
Malheureusement pour le biopouvoir, les individus qui sont
pris dans ces spéculations obéissent à
de nombreux autres critères déterminatifs
que ceux envisagés par les experts du biopouvoir.
Prenons l’exemple de la sexualité. Le biopouvoir
considère celle-ci sous l’angle utilitariste
immédiat des assistances à la maternité
ou éventuellement des aides à la contraception
et à l’avortement. Mais l’essentiel des
activités sexuelles des individus se déroule
dans d’autres champs et pose d’autres problèmes…L’un
de ces problèmes est le développement des
maladies sexuellement transmissibles lors de rencontres
sexuelles que le biopouvoir voudrait bien empêcher
mais sur lesquelles il n’a pas prise. Il en existe
bien d’autres.
Ignorance
de la multidimensionnalité
Le
biopouvoir s’adresse à un homme unidimensionnalisé,
qui n’existe pas. Le modèle dans lequel le
biopouvoir essaye d’emprisonner le sujet constitue
une cage trop étroite. Le sujet en déborde
de partout. J’en ai eu une expérience concrète
en participant à des programmes de prévention
du sida. Nous nous sommes rendu compte que les messages
de prévention disant « si tu fais l’amour,
tu meurs » étaient conçus à
destination de l’homme artificiel imaginé par
le biopouvoir, celui qui ne veut pas mourir. Mais si tu
dis à l’homme réel, « tu baises,
tu meurs », beaucoup vont le faire deux fois
plutôt qu’une. Ce serait à cet homme
là qu’il faudrait s’adresser. Mais c’est
plus facile à dire qu’à faire.
Les
chercheurs en Intelligence artificielle ont du mal à
comprendre qu’un organisme n’est pas une accumulation
de divers mécanismes de survie bien huilés.
Il rassemble bien d‘autres processus répondant
à des fonctions intermédiaires toutes aussi
vitales pour sa survie mais qui peuvent mettre celle-ci
en danger. Le biopouvoir ne les a pas prévues et
découvre, au fur et à mesure qu’il cherche
à étendre son contrôle sur les individus,
que ceux-ci se rebellent plus que proportionnellement aux
possibilités du contrôle. Il existe des angles
morts dans lesquels le regard du stratège du biopouvoir
ne peut pénétrer.
Jean-Paul
Baquiast
Je suis tout à fait d’accord sur ton analyse.
J'ajouterais seulement que la multidimensionnalité
de l'individu humain ne tient pas à une mystérieuse
insondabilité de l'âme humaine. On peut d'ailleurs
en trouver des exemples chez l'animal. Elle tient à
ce que l'individu participe à plusieurs superorganismes
qui se croisent en lui et qu'il peut, pour telle ou telle
cause simple (une analogie se produisant dans son cerveau,
par exemple), basculer entièrement de l'un à
l'autre. Comme quoi il faudrait pour bien faire étudier
bien plus en profondeur que la science ne le fait aujourd’hui
les ressorts profonds des comportements individuels ET collectifs.
L'hyperscience transhumaniste telle que nous essayons de
l’imaginer pourra peut-être le faire.
Je
t’indique que les chercheurs en Intelligence artificielle
évolutionnaire, celle dans laquelle on ne cherche
pas à programmer à l’avance tous les
comportements du système artificiel, ont bien compris
ce que tu dis. Leur objectif est d’obtenir des robots
dits « incorporés » dans lesquels devront
pouvoir naître et se développer des affects,
des passions, des perversités diverses.
La
création d’ « entreprises » par
les robots
Replacés
en société avec des congénères,
ces robots découvriront l’association et nous
en montreront les logiques. Ce seront les leurs et pas nécessairement
les nôtres…Encore que…. On verra sans
doute ainsi se créer des « entreprises »
dont nos entreprises industrielles et commerciales représentent
une version parmi d’autres possibles dans l'univers.
Quelles seront leurs logiques ? Sans doute en priorité
les logiques du constructivisme structural propres à
tous systèmes, matériels ou biologiques, notamment
la nécessité d’économiser l’énergie
et les matières premières. Mais il y en aura
sans doute aussi d’autres, telles que l’équivalent
de l’altruisme.
Par
contre, en contrepartie de son inventivité et de
son adaptabilité, le robot pourra – éventuellement
– non seulement faire des bêtises qui entraîneraient
sa perte, mais devenir dangereux pour ses concepteurs eux-mêmes.
Si cette possibilité lui était interdite,
il ne serait pas vraiment autonome. Or on ne veut pas fabriquer
des esclaves mécaniques. Cela, on sait depuis longtemps
le faire.
Miguel
Benasayag
Tu évoques un point central. D’où proviennent
ces phénomènes que l’on appelle naïvement
« des bêtises » ? Pourquoi les gens commettent-ils
des bêtises (dans le domaine sexuel, dans la prise
de risque en voiture, etc.) au lieu de suivre sagement les
conseils qu’on leur donne ? Les bêtises qu’ils
commettent sont le reflet en surface de processus très
profonds et mal connus. Comme je le disais, il s’agit
d’angles morts dont les déterminants échappent
encore aujourd’hui à la science la plus évoluée.
Pour bien faire, il faudrait prévoir toutes ces bêtises,
autrement dit les programmer à l’avance. Mais
c’est impossible. Le champ des bêtises possibles
est trop grand pour être programmable. On ne peut
pas modéliser un angle mort ni commander son émergence.
Jean-Paul
Baquiast
Dans une approche organique de l’individu global,
est-ce que tu ferais correspondre ce que tu nommes des angles
morts aux contenus de l’inconscient de cet individu.
Pas seulement celui de son inconscient freudien mais des
multiples mécanismes inconscients résultant
du fonctionnement en interaction de ses multiples organes
? Reprenons l’exemple de ton bonhomme qui veut avoir
des relations sexuelles à risque malgré les
messages de prévention. Il fait émerger (apparaître)
un comportement dont la raison est a priori incompréhensible
pour le concepteur du message de prévention. Mais
une analyse plus fine pourrait peut-être montrer que
ce sujet particulier réagit à un message interne,
de type endocrinien (par exemple un excès momentané
de testostérone – je dis cela au hasard) qui
le pousserait à ne plus pouvoir entendre le «
langage de la raison » et à se lancer dans
« des bêtises » au terme desquelles il
finirait sidéen.
Miguel
Benasayag
Oui, mais on entre là, comme tu l’indiques,
dans un champ quasi infini de motivations possibles. Toutes
ne pourront pas être identifiées. Il faudra
en revenir à des calculs de probabilités,
ceux dans lesquelles excelle le biopouvoir mais auxquels
échappent en permanence des cas particuliers susceptibles
de ruiner l’ensemble des dispositifs de calculs de
gains et pertes.
Jean-Paul
Baquiast
Tu vas me reprocher de parler en gestionnaire froid, mais
je me demande si globalement, il ne faudra pas, faute de
pouvoir tout comprendre et pouvoir remédier à
tout, accepter ce que l’on pourrait appeler des pertes
collatérales. Ceci maintenant ou, à plus forte
raison, plus tard, dans une société post-humaine.
Tu évoques dans ton livre l’autiste ou le malade
d’Alzheimer. Tu dis que les mécanismes de prise
en charge que le biopouvoir – même bien intentionné
– leur applique sont désastreux pour eux car
ils tuent tout ce qui leur restait de personnalité
encore vivante, susceptible d’adoucir leur condition.
Je veux bien le croire. Mais tu indiques en même temps
que, pour éviter ces dégâts, il faudrait
mobiliser des familles entières ou des armées
d’aides-soignants. C’est à mon sens évidemment
impossible, même dans nos sociétés riches.
Si dans le même temps, on sait que des centaines de
millions d’enfants meurent dans le tiers monde faute
de soins élémentaires, on sera tenté
d’évoquer pour ces malades des pays riches,
comme pour les malades en soins palliatifs dont tu parles
par ailleurs dans ton livre, des solutions bien plus simples,
consistant selon l’expression des anciens médecins
à « laisser faire la nature ». Je m’empresse
à cette occasion de te dire que, dans mon propre
cas, si j’en ai le moment venu la possibilité,
je choisirai le suicide ou la mort assistée (voir
à ce sujet : ADMD http://www.admd.net/).
Miguel
Benasayag
Concernant les malades en fin de vie, tous les praticiens
hospitaliers savent qu’avec l’accord de la famille,
on s’arrange lorsqu’il n’y a plus d’espoir
à laisser faire la nature, comme tu disais. Malheureusement
il n’est pas possible de réglementer cela par
des lois. La société qui le ferait se détruirait
sans doute de l'intérieur.
Mais
je voudrais revenir sur ce que j’ai dit des malades
d’Alzheimer. Pour le biopouvoir et les pouvoirs sociétaux
en général, on identifie l’homme à
sa conscience. Je ne parle pas de son âme à
laquelle les matérialistes comme nous ne croyons
pas, mais à cette fonction finalement limitée
du cortex supérieur dite par les neurologues la conscience
de soi. Or l’homme est bien plus que la simple conscience
de soi dont il peut disposer. Ne fut-ce que par ses dimensions
animales.
Si
le biopouvoir élimine, pour des raisons utilitaires,
les hommes réduits à une condition animale,
il éliminera aussi pour les mêmes raisons utilitaires,
les vies animales dont il n’aura pas besoin ou dont
son alter ego le pouvoir agroalimentaire n’aura pas
besoin. De proche en proche, c’est toute la vie qui
disparaîtra. La société qui décide
d’éliminer les faibles ou les anormaux se condamnera
elle-même à terme.
Jean-Paul
Baquiast
Tu dis cela en raisonnant à froid. Mais lorsqu’on
annonce à des parents qu’ils risquent d’avoir
un enfant gravement handicapé, peu aujourd’hui
décident de le garder – et s’ils le font,
c’est généralement pour des raisons
que les psychologues ne manqueront pas de critiquer. Cela
veut dire que le biopouvoir n’est pas seulement régi
par des lois, mais par des interdits intériorisés
par les citoyens.
Miguel
Benasayag
Bien sûr. Les interdits non-dits, découlant
de normes elles-mêmes souvent non dites, sont souvent
bien plus efficaces que des lois explicites. Avec la loi,
tu peux discuter. Avec la norme, tu ne peux pas. Si tu n’es
pas d’accord, c’est que tu es anormal.
Jean-Paul
Baquiast
Notre conversation survole un peu vite ces questions très
discutées aujourd’hui. Il faudra y revenir,
dans la perspective notamment du post-humanisme. Comment
dans l’avenir, avec les possibilités offertes
par des technologies et appareillages de plus en plus puissants,
mais également sans doute toujours très coûteux,
la société arbitrera –t-elle entre soulager
quelques uns aux détriments de la grande masse, ou
répartir ses soins entre des milliards d’hommes
dont par ailleurs la prolifération menacera de plus
en plus les écosystèmes, au sein desquels
on peut prévoir des extinctions massives ?
Dimension
sacrificielle et Constructivisme
Miguel
Benasayag
Je reviens à mon analyse du biopouvoir. Pour répondre
à ta question, sans vraiment y répondre, je
dirai seulement que le calcul économique à
court terme qui fonde le biopouvoir ne prend pas en compte
la dimension sacrificielle de la consommation, dimension
très connue dans les sociétés primitives,
avec le potlatch ou le don gratuit. Ces comportements avaient
et ont encore, sous leur forme moderne, une portée
ontologique très forte. Je ne la juge pas en termes
de morale du bien et du mal, je me borne à la constater.
De plus je serais bien incapable de dire sur quels fondements
neurologiques ou génétiques elle repose. Mais
ce n’est pas en prétendant éliminer
ces comportements qu’on les élimine vraiment.
Au contraire. Les sociétés les plus rationnelles
n’arrêtent pas de produire du sacrificiel barbare.
L’argent qu’elle ne veut pas consacrer à
des handicapés, par exemple, notre société
passe son temps à l’engloutir dans d’autres
circuits sacrificiels…par exemple les rodéos
automobiles, qui créent soit dit en passant de nouveaux
handicapés.
Jean-Paul
Baquiast
Selon toi, l’argent que la société post-humaniste
ne consacrerait pas à augmenter les capacités
de ses représentants les plus favorisés, elle
ne l’utiliserait pas à améliorer le
sort des plus pauvres. Elle en ferait des usages apparemment
beaucoup plus absurdes…comme aujourd’hui dépenser
des fortunes pour le jeu et la drogue…. ?
Pourtant,
tu écris dans les derniers paragraphes de ton livre
« La santé à tout prix », consacrés
aux perspectives offertes par le développement des
capacités techniques dans la perspective du transhumanisme,
je cite (p. 137) :
«
Le développement des possibilités techniques
est en réalité loin d’être monopolisé
par le biopouvoir. Et la construction des entités
mixtes, voire des hybrides, peut être pensée
dans des projets d’émancipation….il s’agit
aujourd’hui de CONSTRUIRE ces pratiques et ces théories
qui, loin de revendiquer un passé illusoire, sauront
développer les infinis mondes possibles dans ce monde-ci,
avec ses techniques ».
Miguel
Benasayag
Oui, j’insiste sur le mot de Construction et de Construction
émergente. C’est bien d’ailleurs la méthode
que dans ton propre livre tu préconises pour la recherche
de consensus aussi bien concernant la « vérité
» des connaissances scientifiques que le « contenu
des valeurs morales »
Jean-Paul
Baquiast
Certes. Ce terme de construction, qu’il faudra évidemment
mieux définir, est à retenir comme vision
d’ensemble, je n’ose pas dire comme ontologie.
Mais on doit se persuader qu’il suppose une ouverture
à toutes les émergences, sans vouloir leur
imposer a priori des caractères dont nous sommes
ici et maintenant bien incapables de définir les
aspects « bons » ou « mauvais ».
N'est pas G.W. Bush qui veut.
(à suivre)