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La Revue mensuelle n° 86
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La route intelligente (intelligent highways) et l'intelligence artificielle adaptative
par Jean-Paul Baquiast 12/01/08

Le concept de route intelligente fait son chemin. Il s’agit d’un des domaines où les systèmes d’Intelligence artificielle adaptative, dits aussi « multi-agents évolutionnaires» trouveront très vite des applications militaires mais aussi et surtout civiles. Il va de soi que ce concept est associé à celui de « véhicule intelligent » qui est devenu maintenant une réalité, notamment aux Etats-Unis. Nous avions signalé il y a quelques semaines, à cet égard, les performances déployées par les concurrents du dernier Urban Grand Challenge organisé par la Darpa. Les engins robotisés gagnant avaient parcouru sans accidents quelque 60 miles en quelques heures, dans un environnement urbain reconstitué [Voir notre actualité du 5/11/07].

Le premier objectif de la route intelligente, comme du véhicule intelligent, est d’éliminer les risques provenant de défaillances des humains. Celles-ci sont considérées comme beaucoup plus fréquemment accidentogènes que les défaillance mécaniques ou robotiques. Mais la route, comme le véhicule, ne se contentera pas seulement d’être intelligente. Elle sera aussi écologiquement intelligente, en ce sens qu’elle privilégiera les technologies les moins polluantes et les plus économes en énergie.

Dans ce domaine, les revêtements routiers réutiliseront après retraitement sur place les enrobés bitumineux usées, afin d’éviter leur évacuation et leur remplacement par d’autres. Mais l’objectif à terme vise à utiliser de nouveaux composés d’origine végétale utilisant des liants fabriqués à froid. En septembre 2007, le groupe Colas a ainsi été distingué pour son produit Végécol, le premier liant de nature végétale mis sur le marché. Mais on peut aller beaucoup plus loin, imaginer par exemple des revêtements qui absorberaient les composants toxiques produits par les moteurs à explosion actuels. Ceci en utilisant des molécules ou nanomolécules activées notamment par la lumière solaire, qui ne manque pas sur les routes. C’est déjà le cas de la « chaussée dépolluante » de la société Eurovia, enrichie en oxyde de titane, censée neutraliser les oxydes d'azote par photocatalyse.

En matière de sécurité, de nouveaux matériaux sont à l’étude, pour faciliter la conduite et corriger les moments d'inattention. Ainsi on pourra raccourcir la distance de freinage ou avertir l'automobiliste, par un changement de couleur, que le sol est gelé. On imagine aussi, ce qui paraît plus futuriste, un revêtement qui reconnaîtrait la trajectoire d'un véhicule ayant perdu sa maîtrise, et qui se ramollirait pour l'aider à freiner. Plus classiquement, les barrières de sécurité pourraient être dotées de capteurs signalant les anomalies ou appelant les secours en cas d’accident. Concernant les véhicules, les capteurs d'alcoolémie ou d'états psychiques anormaux, sans mentionner le besoin de sommeil, commencent déjà à se répandre.

Au-delà de ces systèmes encore rustiques, l’imagination des chercheurs et des ingénieurs travaille désormais à plein sur les réseaux associant des composants intelligents dialoguant entre le sol, le véhicule et des stations de contrôle et d'intervention implantées aux endroits stratégiques. Ces composants, reliés par des systèmes de radio-communication utilisant pleinement les possibilités de ce que l’on nomme désormais le Web des objets, aux normes de l’IPV6 (voir notre article http://www.automatesintelligents.com/echanges/2007/juin/ipv6.html), multiplieront les émetteurs récepteurs d’informations concernant l’état du sol, l’état de la trajectoire mais aussi le maintien des capacités du véhicule, du conducteur et des passagers. Ils feront, comme on le pressent de plus en plus, appel aux systèmes d’Intelligence artificielle multi-agents évoqués en introduction, afin de minimiser les temps de réactions, susciter les réponses les plus appropriées et, inévitablement, étendre le champ et la portée des contrôles.

La détection de risques possibles ou en cours entraînera en effet des réactions systémiques de plus en plus intrusives, que ce soit sur la chaussée (modification du nombre de voies ou des ordres donnés aux conducteurs) ou à bord du véhicule (freinage voir arrêt commandé en cas d’urgence). Les automobilistes se figurant encore que la voiture leur permet d’exprimer toutes les richesses de leur personnalité se rebelleront sans doute contre cette intervention de la collectivité dans ce qu’ils considèrent comme le dernier rempart de leur intimité. Mais ils s’habitueront vite, si le nombre des morts, accidents et pollutions multiples diminuait véritablement. Ils devront choisir, s'ils doivent absolument se déplacer, entre cela, le ferroroutage et, pourquoi pas, plus simplement, le train ou le tram.

L’expérience montre en effet qu’il est absolument impossible de faire confiance à l’individu pour éviter les accidents, dont des tiers innocents sont les premières victimes, contrairement à ce que prétendent les associations dites de « défense des automobilistes ». On découvre actuellement par exemple que les routiers, présentés comme de grands professionnels de la route, comportent parmi eux un nombre croissant de chauffeurs qui regardent la télévision ou pratiquent les jeux vidéo en conduisant. Par ailleurs, ils n’hésitent pas à absorber des litres de vin rouge, distribués gratuitement à la tireuse dans les restaurants d’autoroutes, sous l’œil bienveillant de la maréchaussée (voir M6, Enquête exclusive, Bernard de la Villardière, Routiers. La route de tous les dangers, 09/01/07, 24h).

Sur ces sujets, on consultera, notamment, en France, le Centre d'études sur les réseaux, les transports, l'urbanisme et les constructions publiques (Certu), ainsi que le Laboratoire central des ponts et chaussées (LCPC). Mais c’est surtout aux Etats-Unis, dans les pays asiatiques et dans certains pays européens que les recherches bénéficient des crédits les plus importants. Les marchés seront considérables. Seuls en profiteront les industriels ayant acquis les systèmes les plus économiques et les performants.

On trouvera sur le web, pour en savoir plus, de nombreux sites répondant aux mots-clefs Intelligent Highways et Intelligent Vehicles.

 

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