Retour
au sommaire
Automates
Intelligents s'enrichit du logiciel
Alexandria.
Double-cliquez sur chaque mot de cette page et s'afficheront
alors définitions, synonymes et expressions constituées
de ce mot. Une fenêtre déroulante permet
aussi d'accéder à la définition du
mot dans une autre langue (22 langues sont disponibles,
dont le Japonais). |
| Economie
politique
Considérations théoriques
et pratiques sur la croissance économique
par Jean-Paul Baquiast 21/10/07
|
Nous
comptons publier périodiquement sous cette rubrique,
dans nos prochains numéros, quelques articles économiques
ou de politique économique. Après tout, ces
disciplines devraient aussi être considérées
comme des sciences. Automates-Intelligents

logo de la société Croissance-fr.com
Définition
théorique
On définit la croissance économique comme l'expansion
du revenu national, c'est-à-dire la production totale
de tous les biens et services d'un pays au cours d'une période
donnée. On mesure habituellement la croissance économique
en se fondant sur le rythme auquel change le produit intérieur
brut (PIB) Le PIB peut lui-même être calculé
de différentes façons. On utilise généralement
pour ce faire la valeur marchande des biens et services produits
par un pays. C'est le PIB nominal. Il peut augmenter à
la suite d'une hausse de la production de biens et de services,
d'une hausse de leurs prix ou des deux. Si l'on tient compte
du taux d'inflation, on obtient un PIB réel correspond
au taux de croissance du PIB nominal moins le taux d'inflation.
Outre la valeur marchande des biens et services, on peut
exprimer les variations du PIB et donc celles de la croissance
en volume de la production (qui mesure la variation des
quantités de biens et services produits) et en niveau
de l'emploi (qui mesure l'activité telle
que définie par les statistiques du chômage).
Les recettes fiscales étant pour l'essentiel
assises sur la production et les revenus du travail, l'évolution
des recettes par rapport aux dépenses publiques (s'exprimant
généralement par un déficit lui-même
compensé par une augmentation de la dette publique),
sert également à caractériser le taux
de croissance d'un pays. La consommation portant enfin
aussi bien sur des biens produits sur le sol national que
sur des biens importés, la balance commerciale, positive
ou négative, sert aussi à mesurer la croissance.
Il est évident qu'un solde négatif persistant
de la balance commerciale d'un pays compromettrait
sa croissance à terme.
Aborder
la question de la balance commerciale d'un pays oblige à
poser la question du libre-échange. Il est évident
que si un pays dispose d'avantages compétitifs (faibles
coûts salariaux par exemple), mais ne peut pas exporter
les produits en bénéficiant du fait du protectionnisme
des autres pays, il n'en tire aucun avantage. La mondialisation
libérale, assimilée à l'ouverture généralisée
des frontières, est donc considérée par
les pays émergents comme favorisant leur croissance,
puisqu'elle leur permet de valoriser leur atout principal,
en l'espèce une main-d'oeuvre en quantité et
bon marché. Elle est au contraire considérée
par les vieux pays industriels comme un facteur de récession,
puisqu'elle entraîne une baisse de l'emploi dans les
secteurs concurrencés par les pays émergents.
La fonction de production repose sur l'utilisation des facteurs
de production, travail et capital. La croissance dépend
donc des quantités de facteurs de production disponibles
et de la manière dont ils sont utilisés. Concernant
le facteur travail, on dira que la croissance est possible
grâce à une augmentation de la quantité
de travail disponible ou par une augmentation de la qualité
du facteur travail utilisé (accroissement de la qualification
moyenne des salariés). En ce qui concerne le facteur
capital (capital technique et non capital financier), la croissance
se traduit par des investissements qui viennent accroître
ou améliorer le stock de capital technique disponible,
ce qui permet une augmentation des quantités de biens
et services produits. Concernant le capital technique, il
faut également tenir comptedu progrès technique
qui accroît la productivité des facteurs de production
utilisés. Près de la moitié de la croissance
économique serait le fait de ce progrès technique.
La croissance économique dépend ainsi à
la fois de l'augmentation des quantités de facteurs
de production utilisés dans le processus productif,
mais aussi de l'amélioration des techniques de production
permettant de produire plus de biens et services avec les
mêmes quantités de facteurs de production. On
peut alors distinguer la croissance intensive : augmentation
de la production à volume de facteurs de production
identiques (grâce à des gains de productivité
) et la croissance extensive, permise grâce à
l'augmentation des quantités de facteurs de production
utilisés (mise de nouvelles terres en culture, ouverture
de nouvelles usines…). On retiendra un point essentiel,
apparemment oublié par les Européens: il ne
peut pas y avoir de croissance durable sans industrie, qu'elle
soit manufacturière ou qu'elle porte sur des produits
immatériels (on parlera d'industries culturelles et
d'industries du savoir et de l'intelligence.
La
fiabilité des différents indicateurs évoqués
ci-dessus dépend de la qualité de l'appareil
d'observation économique et d'étude
statistique dont dispose le pays. En Europe, il est apparu
très tôt que les méthodes nationales
devaient être harmonisées le plus possible.
C'est la tâche d'une direction générale
spécialisée de la Commission européenne,
Eurostat.
Dans cet article, nous analysons les conditions de la croissance
en termes macro-économiques globaux. Mais chaque
pays peut et doit se livrer à des analyses micro-économiques
n'intéressant que lui. C'est ainsi que
se pose actuellement en France la question de la diminution
des « freins à la croissance » tenant
à la persistance d'archaïsmes prétendus
ou véritables. Nous préférerions parler
de freins à la productivité et aussi de freins
à une bonne redistribution des bénéfices
de la production, qui pénalisent le niveau de vie
des milieux sociaux défavorisés.
Croissance, développement
et impacts environnementaux
Il va de soi que la croissance économique, telle qu'elle
est calculée, ne mesure que la variation quantitative
d'un agrégat économique, le PIB. Elle n'est
donc pas synonyme de développement au sens propre du
terme. Le développement est une notion abstraite définissant
plutôt l'évolution qualitative d'un pays et se
traduisant par des évolutions démographiques,
économiques, sociales ou culturelles. Le développement
est généralement associé à la
croissance, mais il peut y avoir croissance sans développement.
L'harmonisation des différentes méthodes d'évaluation
du développement devrait donc, dans un monde globalisé,
être réalisée au niveau des Nations Unies
et des instituts spécialisés, notamment FMI
et banque mondiale. On conçoit qu'à ce niveau,
les divergences d'appréciations culturelles, politiques,
voire religieuses, ne permettent pas toujours d'avoir des
critères de développement communs à tous
les Etats du monde.
Ajoutons un point essentiel. Depuis quelques années,
les experts ont admis le fait que le développement,
quel que soit ses modes de calcul, devait prendre en compte
l'impact des activités humaines sur l'environnement.
Mais en ce domaine, les indicateurs sont particulièrement
insuffisants. Il faudrait pouvoir mesurer des indices qui
sont devenus essentiels comme la qualité des terres
cultivables, des eaux douces et océaniques, de l'air,
des divers biotopes. Se mettre d'accord sur des indicateurs
acceptés par tous les pays et tous les intérêts
économiques qu'ils représentent suppose des
études scientifiques et des arbitrages politiques
sous une autorité commune. On en est loin. Avec les
méthodes actuelles de comptabilité nationale,
comme l'a fait remarquer un expert, on arrive à comptabiliser
comme facteur de croissance l'activité d'un industriel
réparant les dégâts qu'il a lui-même
provoqués.
Devant la gravité du problème, il faut cependant
se satisfaire d'estimations même partielles,
notamment celles portant sur l'évolution des
ressources (terres arables, eau, air, biodiversité,
etc.). Le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution
des climats GIEC (IPCC en anglais) est devenu, au niveau
des Nations Unies, la structure aujourd'hui la mieux
à même de rassembler et confronter les études
et les observations. Comme on le sait, les objectifs des
pays en termes de croissance apparaissent de plus en plus
difficilement compatibles avec les impératifs de
protection des climats et de la biodiversité. C'est
là le défi majeur s'imposant dorénavant
à tous, dépasser les marchandages entre intérêts
particuliers pour définir des objectifs mondiaux
de croissance qui soient véritablement durables.
La question de la croissance est en fait complexe et suscite
les controverses entre intérêts contradictoires.
Jusqu'à ces dernières années, il n'y
avait pas beaucoup d'économistes et de scientifiques
pour contester les bienfaits d'une croissance positive généralisée.
Les critiques du Club de Rome formulées dans les années
1970 avaient été oubliées. Mais depuis
la prise de conscience mondiale des méfaits du réchauffement
climatique et de la destruction des écosystèmes,
un nombre croissant d'experts, relayés par des militants,
critiquent le concept même de croissance. Le monde,
selon eux, ne pourra supporter une exploitation toujours accrue
de ses ressources, d'autant plus que la population actuellement
estimée à 6,5 milliards d'habitants, devrait
s'élever à plus de 9 milliards vers 2050. Si
l‘on voulait leur assurer un minimum vital convenable,
il faudrait repenser complètement les comportements
économiques et sociaux qu'implique la définition
que l'on donne aujourd'hui de la croissance. Certains n'hésitent
pas à envisager au contraire une décroissance,
au moins dans le domaine des biens matériels nécessairement
limités. Mais cette décroissance ne pourrait
affecter que les consommateurs des pays riches. On ne peut
pas demander aux populations les plus pauvres de descendre
au dessous de ce que l'on estime être le seuil de survie.
Sinon, il s'agirait d'un génocide.
Les pays riches et au sein de ceux-ci, les intérêts
économiques et politiques proches des pouvoirs, refusent
évidemment énergiquement cette perspective de
décroissance. Ils font assaut d'arguments pour montrer
qu'une croissance soutenable est possible et indispensable.
Mais derrière ces arguments, on relève souvent
la volonté de ne rien changer à leurs habitudes
actuelles. Le monde doit continuer as usual, ceci
jusqu'à ce que des crises majeures imposent des changements.
Malheureusement, ceux-ci, non préparés, seront
à la fois trop tardifs et globalement dangereux. Le
rapport de la commission présidée par Jacques
Attali pour la libération de la croissance illustre
parfaitement l'approche de ceux qui ne veulent changer qu'à
la marge (1).
La croissance dans la pratique
Selon les régions du monde, la croissance reçoit
des définitions très différentes.
La croissance au plan
mondial
Traditionnellement, on appelle croissance mondiale une augmentation
globale des quantités produites de biens et services
supérieure à l'accroissement des effectifs
démographiques du monde. Il en résulte une
amélioration elle-même globale des niveaux
de vie moyens. L'augmentation des quantités
de biens et services produits découle de plusieurs
facteurs, notamment : mise en exploitation de nouvelles
ressources (terres, matières premières, énergies)
– industrialisation et progrès technique (mécanisation
et automatisation de la production, développement
des transports) – qualification des personnes à
tous niveaux - développement des échanges
résultant d'une plus grande ouverture des frontières
afin de permettre à chaque pays d'exporter librement
les biens et services dans lesquels il dispose d'avantages
compétitifs. La croissance mondiale est très
inégalement répartie. Les pays dits occidentaux
en ont jusqu'ici été les principaux
bénéficiaires. Les pays pauvres en sont encore
très largement exclus. Les pays dits émergents
accèdent progressivement à des types de croissance
jusqu'ici rencontrés seulement dans les pays
occidentaux.
Aujourd'hui, cette conception traditionnelle de la
croissance apparaît de moins en moins recevable. Si
le progrès technique se maintient et même s'accélère,
ainsi que l'ouverture des frontières et donc des
marchés de consommation, la mise en exploitation
de nouvelles ressources, comme l'exploitation des
ressources actuelles, se heurte à l'épuisement
des réserves naturelles et aux limites de tolérance
des écosystèmes. Dans de très nombreux
domaines, ces derniers se dégradent, parfois très
vite. Enfin, la croissance démographique se poursuivra
au moins jusqu'au milieu du 21e siècle, ce
qui sera globalement un handicap, compte tenu du fait que
les ressources, même compte tenu d'un progrès
technique important voire encore très important,
croîtront dorénavant moins vite que la population,
au moins dans le demi-siècle. L'élévation
moyenne des niveaux de vie qui caractérisait la croissance
traditionnelle risque donc de s'arrêter ou de
diminuer. Globalement, il n'est pas exclu, malgré
l'industrialisation et le progrès technique,
de voir la croissance globale se transformer en stagnation,
sinon en décroissance. Là encore, le phénomène
sera très inégalement réparti. Nous
verrons in fine que des catastrophes majeures ne
sont pas à exclure, dont les régions du globe
les plus pauvres seront les premières victimes.
Les pays qui, spontanément (sans mécanismes
correcteurs appliqués au plan international) sauvegarderont
le mieux leur croissance seront ceux disposant d'un ou plusieurs
des avantages suivants: importantes réserves de ressources
naturelles susceptibles d'échapper en partie
à l'épuisement et à la future
crise environnementale (terres cultivables, matières
premières, énergies); importantes réserves
de main-d'oeuvre acceptant des rémunérations
salariales très faibles (situation nécessairement
non durable du fait des résistances qu'elle provoque,
en interne et en externe), potentiel industriel et de R/D
leur permettant de bénéficier à plein
du progrès technique; augmentation quantitative et
qualitative de leur personnel qualifié, plus rapide
que celle de leur population. Leur niveau de vie pourra
augmenter ou tout au moins se maintenir. Les inégalités
déjà signalées se maintiendront cependant
très probablement.
Les pays qui spontanément (sans mécanismes
correcteurs appliqués au plan international) verront
leur croissance s'arrêter voir se transformer
en décroissance sinon en effondrement, seront ceux
qui ne disposeront pas de ressources naturelles ou dont
les ressources seront frappées en premier par la
crise environnementale, dont le potentiel productif restera
peu touché par le progrès technique ou sous-exploité,
dont la main d'oeuvre disponible restera durablement en
dessous du seuil de pauvreté ce qui multipliera les
tensions sociales et dont les personnels qualifiés
n'augmenteront pas en proportion de la croissance
démographique. Leur situation s'aggravera si
la croissance de leur population se poursuit très
au-delà du taux de renouvellement. Leur niveau de
vie ne pourra que régresser, là encore de
façon très inégalitaire.
La croissance dans les
pays dits émergents (Chine, Inde, divers pays asiatiques,
sud-américains voire africains)
Ces
pays bénéficient actuellement de fort taux de
croissance (souvent plus de 10%, sous réserve de la
fiabilité de leurs indicateurs statistiques), entraînant
une augmentation des niveaux de vie moins forte mais cependant
sensible. Cela tient à ce qu'ils se dotent d'un potentiel
industriel de plus en plus performant (intégrant les
formes les plus récentes du progrès technique)
et qu'ils mobilisent leurs fortes réserves en main-d'œuvre,
non qualifié et qualifié, au service de cette
industrie, en les rémunérant aux alentours du
minimum vital. Pour le moment, ils produisent des biens et
services principalement destinés aux pays riches, lesquels
disposent encore d'assez de réserves monétaires
pour pouvoir consommer sans produire. Par ailleurs, l'ouverture
de leurs marchés extérieurs, notamment dans
les vieilles économies industrielles, reste suffisante
pour leur permettre d'y exporter en abondance les biens et
services que leurs faibles coûts salariaux rendent très
compétitifs. Mais les marchés extérieurs
se tariront progressivement, du fait de la résistance
des pays importateurs et, plus simplement, de l'appauvrissement
progressif de ceux-ci. Leur croissance ne pourra se maintenir
qu'en visant les marchés intérieurs. Alors elle
sera obligatoirement ralentie et rejoindra les normes mondiales,
parce que les consommateurs intérieurs, dans leur grande
masse, n'ont pas d'épargne. Ils ne disposent que leur
force de travail.
En dehors de la résistance politico-commerciale à
une plus grande libéralisation des échanges
provenant des pays développés (réactions,
notamment, des pays occidentaux désireux de protéger
ce qui leur reste de potentiels industriels et technologiques),
le principal obstacle à la croissance forte des pays
émergents viendra de ce que les industries de ces
pays se heurteront de plus en plus aux limites environnementales
: raréfaction et hausses des prix des ressources
naturelles, pollutions accélérées des
sols, de l'air et de l'eau. En interne, à
terme, il est probable que les salariés demanderont
à bénéficier de rémunérations
plus conformes à celles versées dans les pays
riches. La croissance en quantité pourrait en être
ralentie, mais le niveau de vie s'améliorerait.
La croissance dans les pays producteurs de combustibles
fossiles et dans les pays miniers. (Pays de l'OPEP,
Russie, certains pays africains).
Ceux-ci
bénéficient (sauf pour le moment les pays
africains pour la plupart en crise politique) de forts taux
de croissance, tenant à l'exportation de leurs
ressources en énergie et matières premières.
Les prix de vente de ces ressources sur les marchés
internationaux ne vont pas cesser de monter, même
si les pays industriels ou les exigences de la lutte contre
la crise climatique poussent à la recherche de solutions
alternatives. Les bénéfices qu'ils en
tirent sont pour l'essentiel soit gaspillés, soit
affectés à des investissements non productifs
à terme. Dans l'immédiat cependant leur
niveau de vie s'améliore, ainsi que leur influence
politique au plan international. Pour préparer l'avenir,
ces pays voudraient consacrer les réserves de change
qu'ils accumulent (fonds souverains) à acquérir
en tout ou en partie les industries dont disposent encore
les pays occidentaux. Mais ceux-ci commencent à vouloir
se protéger, en premier lieu dans les secteurs dits
stratégiques, concept dont la définition est
très large.
La croissance aux Etats-Unis
Les
Etats-Unis se voudraient les représentants et le
chef de file des pays occidentaux (incluant le Canada, l'Australie,
les pays européens et quelques autres, dont le Japon).
En fait, ils mènent et imposent une politique unilatéraliste,
en matière économique et diplomatique, qui
oblige à leur faire une place à part dans
cet article. Leur croissance a jusqu'ici été
la plus forte de celle des pays occidentaux. Elle repose
sur un certain nombre de ressources naturelles (agriculture
notamment) et surtout sur un fort potentiel industriel et
de recherche, les mettant en tête dans la course au
progrès technique, ceci même si la délocalisation
en Asie d'une partie de ce potentiel soit en train
d'affaiblir leur rôle comme moteur de croissance.
Les ressources humaines américaines sont suffisantes,
bien que la qualification moyenne des personnels laisse
à désirer. Un autre point fort du modèle
de croissance américaine est la volonté, que
rien ne dément, du MICC (Military Industrial
Congressional Complex) de dominer politiquement et
technologiquement le reste du monde, notamment les autres
pays développés.
Le
point faible de la croissance américaine est qu'elle
est tirée en grande partie par la consommation intérieure,
elle-même alimentée par le crédit. Elle
se porte de plus en plus sur des biens et services importés
des pays émergents. Les crédits dont bénéficient
les consommateurs américains proviennent eux-mêmes
en grande partie des bénéfices accumulés
par les producteurs asiatiques du fait de leur succès
à l'exportation. On obtient un mécanisme que
l'histoire jugera sans doute assez abracadabrantesque.
| |
Le monde actuel multiplie les paradoxes, sans que
cela n'inquiète vraiment les opinions publiques.
On voit ce que l'on pourrait appeler le "Club
des pays occidentaux endettés" principalement
représentés par les Etats-Unis consommer
de plus en plus en produisant de moins en moins.
* Que consomment-ils ?
Les productions des pays asiatiques à bas niveau
de vie que ceux-ci n'affectent pas à l'augmentation
de leur consommation interne mais à l'exportation
vers les pays occidentaux.
* Mais comment payent-ils leurs importations ?
Par des emprunts faits auprès de ces mêmes
pays asiatiques à bas niveau de vie .
* D'où viennent les capitaux grâce
auxquels ces pays asiatiques consentent des prêts
à leurs acheteurs ? De la différence
entre ce que coûte aux industriels asiatiques
les produits qu'ils fabriquent (salaires très
bas notamment) et des prix de vente de ces mêmes
produits exportés dans les pays occidentaux.
Cette différence est importante et permet actuellement
aux banques chinoises d'accumuler de véritables
trésors de guerre grâce auxquels elles
ont commencé de monter à l'assaut des
entreprises occidentales « opéables».
* Jusqu'où ce mécanisme continuera-t-il
à ruiner les pays riches ? Jusqu'à
ce que ceux-ci n'aient plus de liquidités,
n'ayant plus de revenus provenant d'industries sur
lesquelles ils auraient conservé un contrôle
politique. On a craint en septembre 2007 que la crise
des crédits hypothécaire aux Etats-Unis
ne marque le début de l'éclatement de
l'immense bulle des emprunts faits par les opérateurs
financiers américains auprès de leurs
homologues asiatiques. Si cet éclatement se
produisait, provoquant l'effondrement de la zone dollar
et des échanges au sein du G7, les industriels
asiatiques seraient certainement très embarrassés.
Certes, ils pourraient commencer à produire
pour leur marché intérieur, en visant
des produits d'ailleurs très simplifiés
et moins gaspilleurs. Mais l'effort de reconversion
à faire serait grand. En contrepartie positive,
les pressions qu'ils exercent sur l'environnement
pourraient peut-être diminuer.
***
Quels
sont les ordres de grandeur des sommes définissant
le PIB des Etats-Unis, leurs principales sources de
dépenses et le volume de leur endettement.
D'après une évaluation dont nous garantissons
pas l'exactitude de détail mais qui donne un
ordre de grandeur, les chiffres selon l'US Bureau
of Economic Analysis, seraient les suivants:
Les
Etats-Unis ont un PIB voisin de $14 T (1 trillion
de dollars, soit 1.000 milliards dans la terminologie
américaine). Ils exportent chaque année
environ $0,7 T et importent le double, $1,4 T soit
10% du PIB. Leurs dépenses de santé
sont de $2 T, soit 15% du PIB, et augmentent beaucoup
plus vite. La guerre au Moyen Orient leur coûtera
$2,4 T pour les 10 prochaines années (rebus
sic stantibus). La dette globale est voisine
de $50 T dont $9 T pour les administrations publiques,
$13 T pour les ménages, les $28 T restant concernant
les entreprises et établissements financiers.
Le taux d'épargne des ménages est nul.
Leur dette est surtout hypothécaire, pour environ
$10 T.
Quoiqu'il
en soit, on voit que l'on est loin d'un
petit problème de crédits hypothécaires.
En fait, nul ne voit comment les Etats-Unis pourront
rembourser leur dette. Si la Réserve Fédérale
augmente ses taux, elle accélère la
récession. Si elle les baisse, elle provoque
l'effondrement du dollar, venant notamment d'une préférence
accrue pour l'euro ou le yen de pays disposant actuellement
de porte-feuilles en dollars.
Des
risques de cette nature pèsent également
sur la croissance au sein des économies européennes.
Seule la France, contrairement à ce que l'on
prétend souvent, étant moins endettée
que ses voisins, échappe en partie à
la menace, mais elle le paye par de moindres équipements
immobiliers et industriels. Tout ceci traduit le fait
que l'on ne peut pas vivre indéfiniment à
crédit.
Face
aux pays occidentaux se trouve la Chine qui pour le
moment a souscrit une bonne partie des emprunts américains.
Son PIB 2006 est de $2,7 T. Ses exportations sont
de $1 T, soit 37% du PIB, pour $0,8 T d'importations.
Le solde commercial est voisin de 10% du PIB. Un tiers
de ses exportations, environ $0,3 T vont vers les
Etats-Unis (qui rappelons-le, empruntent pour les
payer). La Chine a pour le moment intérêt
au statu quo, mais jusqu'à quand ?
|
|
La croissance dans les
pays européens
Globalement,
les atouts dont ceux-ci bénéficient sont limités.
En dehors d'un fort potentiel agricole (certes de
plus en plus vecteur de puissance économique aujourd'hui)
ils n'ont pas de ressources en matières premières
énergétiques ou minières. Ils ont laissé
se dégrader leur potentiel industriel et de recherche,
préférant la consommation à l'investissement.
Leurs coûts salariaux sont relativement élevés
(au regard de ceux du reste du monde). Par contre le niveau
de qualification des personnels demeure – pour le
moment – encore très compétitif.
Les pays européens copient en fait le modèle
de développement économique américain,
sans avoir les bases ayant permis à celui-ci de conserver
une certaine efficacité : politique de puissance dans
les domaines stratégiques, forts investissement dans
la R/D, etc. Se désindustrialisant et perdant des points
en matière de R/D, ayant de moins en moins de produits
et services à vendre sur les marchés intérieurs
et extérieurs, leurs déficits budgétaires
et commerciaux augmentent. Par conséquent leur taux
de croissance diminuent régulièrement voire
régressent, comme le fera inexorablement leur niveau
de vie. Ce constat est à nuancer selon les Etats, mais
globalement il nous paraît incontestable.
La grande crise environnementale qui s'annonce pourrait
être pour les pays européens l'occasion
de se reprendre. Ils n'ont que peu de sources de richesse
potentielle. La première est l'agriculture. La seconde
sera la capacité d'exploiter des sources d'énergie
non fossiles (énergies renouvelables, nucléaire).
La troisième pourrait être dans les applications
des sciences émergentes. Mais dans ces deux derniers
cas, ils seront en concurrence avec d'autres pays pour qui
c'est également là une perspective stratégique.
Il leur faudra donc consentir de grands sacrifices pour
lesquels ils ne semblent pas politiquement près :
diminuer les consommations de biens matériels, surtout
si ceux-ci sont importés ou s'ils sont producteurs
de gaz à effet de serre, investir considérablement
dans les industries stratégiques, les industries
« vertes » et la R/D, se protéger par
des réglementations adéquates de la concurrence
des pays qui ne respecteraient pas les critères de
protection de l'environnement et la réciprocité.
En contrepartie, et afin d'améliorer encore
la compétence des populations, investir dans les
biens et services immatériels, en privilégiant
l'intelligence. Cela ne coûte rien et rapporte
beaucoup, à tous égards.
La croissance en France
Les gouvernements français, à la recherche
d'une popularité facile, ont toujours voulu
favoriser la consommation, même si elle porte sur
des produits importés, gaspilleurs, gros dépensiers
en carbone. Les investissements publics dans les secteurs
stratégiques ont été abandonnés
depuis longtemps.
Globalement, le gouvernement actuel ne s'écarte pas
de cette politique. La définition qu'il se donne de
la croissance reste floue. S'agit-il d'augmenter les revenus
distribués (politique de la demande) sans augmenter
la production et donc sans se préoccuper de l'impact
de ces revenus distribués sur la balance commerciale
et l'environnement ? L'inflation serait alors au rendez-vous.
S'agit-il d'obtenir de la Banque centrale européenne
une baisse de son taux directeur afin de rendre les exportations
françaises plus attractives ? Les effets d'une telle
mesure seraient contradictoires, de plus les autres pays européens
doutent de son efficacité en ce qui les concerne. S'agit-il
de lever des freins franco-français à la productivité,
dans la vieille tradition du rapport Rueff-Armand, reprise
par la commission dite Attali ? Il y a là un certain
travail à faire, mais le rapport de cette commission
est assez décevant. Certaines propositions semblent
inspirées par les détenteurs d'« avantages
acquis » au profit de l'agriculture, de la distribution
et du patronat traditionnel. Elles négligent les questions
liées à la protection de l'environnement.
S'agirait-il
enfin, comme nous le souhaitons, de voir relancer le concept
d'investissements stratégique et de patriotisme
industriel, dans les technologies de puissance ou de protection
de l'environnement, d'une part, dans la recherche scientifique
fondamentale et appliquée d'autre part (politique
de l'offre) – le tout si possible prolongé
à l'échelle européenne ? Le moins
que l'on puisse dire est que cela ne semble pas être
le cas aujourd'hui, sous prétexte du manque de disponibilités
budgétaires. Aussi, faute de dispositifs permettant
de réaliser des épargnes forcées indispensables,
de telles relances, à supposer qu'elles soient
décidées, n'auraient qu'un effet
marginal. Ce serait pourtant de ces politiques d'offre
qui permettraient de relancer l'activité, les
salaires distribués, l'emploi et finalement
la croissance.
La croissance dans les
pays les plus pauvres
Ces
pays (pris globalement, sans tenir compte des cas particuliers)
présentent tous les handicaps qui les ont toujours
exclus et continueront de les exclure des formes de croissance
telles que définies plus haut. Il est inutile d'en
refaire la liste ici. Leur situation ne pourra que s'aggraver
du fait de la crise environnementale et économique
qui s'annonce. Au moins un milliard et demi de leurs
habitants en supporteront directement les effets, parfois
mortels dans les prochaines décennies. Bien entendu,
ces pays et ces populations ne resteront pas passifs devant
les désastres et les morts annoncées. L'avenir
est donc gros de conflits devant lesquels les considérations
ci-dessus sur la croissance paraîtront d'aimables
dissertations.
Mais aborder les questions d'ampleur que suscitent
ces perspectives supposerait de remonter encore plus avant
dans la recherche des fondamentaux définissant les
possibilités de survie de l'humanité
et des écosystèmes tels que nous les connaissons.
D'autres cercles de réflexion le font. Nous
l'avons fait nous-mêmes ailleurs et ne le referons
pas ici.
Note
(1) On s'est étonné de
voir 43 experts supposés éminents et présidés
par l'illustre Jacques Attali présenter au nom de la
Commission pour la libération de la croissance une
liste de mesures qui sont, soit mineures, soit à contre-courant.
On est loin du rapport Rueff-Armand que la Commission s'était
semble-t-il donné pour modèle de pensée
libérale.
La
principale critique, selon nous, qui doit être présentée
au rapport est qu'il ignore ce qui devrait être la priorité
de tous : la lutte pour la protection de l'environnement.
Les propositions qu'a préparées le Grenelle
du même nom seront – même si on les juge
encore timides – autrement utiles. Prenons les Grandes
surfaces. Il est moins urgent de vouloir supprimer la concurrence
que lui fait le commerce de détail qu'exiger d'elles
qu'elles utilisent à plein les énergies renouvelables
pour s'éclairer, se chauffer et se réfrigérer.
Quand à l'habitat urbain, au lieu de créer à
partir de rien de nouvelles villes nouvelles prétendument
écologiques, mieux vaudrait réhabiliter avec
des solutions vertes les habitats anciens, en y intéressant
directement ceux qui y vivent.
Plus
généralement, c'est le concept même de
croissance qui aurait du être mis en question par la
Commission. Il y a des croissances écologiquement correctes
et d'autres qui ne le sont pas. Nous en discutons sur d'ailleurs
souvent sur ce site. Mais les intérêts représentés
par les membres de la Commission pour la libération
de la croissance n'avaient pas l'intention d'aborder cette
question difficile – question d'ailleurs que le président
de la République n'avait pas donné l'impression
de vouloir leur poser.
Il
serait dommage en tous cas que nos voisins européens
ignorent les débats français animant le Grenelle
de l'Environnement et s'imaginent que notre conscience du
problème est résumée par le rapport Attali
sur la croissance. Mais sans doute n'entendront-ils même
pas parler de celui-ci.
* http://medias.lemonde.fr/mmpub/edt/doc/20071012/966118_rapportattali.pdf