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La Revue mensuelle n° 84
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Publiscopie

L'Esprit, l'IA et la Singularité
Par Serge Boisse
Lulu.com, 2007, 670 pages (auto-édition)

Présentation par Jean-Paul Baquiast 16/09/2007

 

 

 


Serge BoisseSerge Boisse est ingénieur principal des études et de l'exploitation de l'aviation civile, actuellement enseignant à l'Ecole Nationale de l'Aviation Civile.

Il a dirigé des applications informatiques importantes sur de grands systèmes, intéressant notamment le contrôle aérien. Il a également mené des recherches en intelligence artificielle et en mathématiques.

Site personnel http://sboisse.free.fr/home.php

Site du livre; présentation et achat en ligne
http://www.lulu.com/content/1073086

Présentation par l'auteur

"Que se passe-t-il dans notre cerveau ? Comment fonctionne notre esprit ? Et notre conscience ? Pourra-t-on créer un jour une intelligence artificielle véritable ? Comment la concevoir, quelles seront ses capacités, et devons-nous en avoir peur ? Ce livre répond en détail à toutes ces questions. Il nous montre que l'IA est pour demain, et que nous devons nous y préparer. Car grâce aux nanotechnologies, cette « ingénierie à l'échelle des atomes », un esprit artificiel ne sera pas « aussi intelligent qu'un homme ». Il le sera des millions de fois plus, et, si nous le concevons de la manière adéquate (détaillée dans le livre), il se passera un événement unique dans l'histoire de l'humanité, une singularité. Précis mais non sans humour, abondamment illustré, ce livre pose clairement la question de ce qui se passera avant, pendant et après cet événement unique, qui sera d'une importance comparable à l'invention du langage, du feu, ou de l'écriture !"

Pour en savoir plus
The Singularity Institute : http://www.singinst.org/
L'institut vient de tenir un Sommet en septembre 2007 qui a réunit beaucoup des défenseurs et prophètes de l'IA forte : http://www.singinst.org/summit2007/
Alain Cardon, projet de conscience artificielle : http://www.alaincardon.net/
The Singularity Is Near: When Humans Transcend Biology par Ray Kurzweil. Ce livre vient d'être vient d'être traduit en francais sous le titre "Humanité 2.0: La bible du changement".
The Emotion Machine, Commonsense Thinking, Artificial Intelligence and the Future of the Human Mind, par Marvin Minsky, 2006, Simon and Schuster
Challenging Nature. The clash of Science and Spirituality at the New Frontier of Life, par Lee M. Silver, 2006, Harper Collin.

 

Nous supposons que certains de nos lecteurs, probablement pressés et habitués au style impersonnel des publications scientifiques, se détourneront de la lecture du livre de Serge Boisse, L'Esprit, l'IA et la Singularité. Ceci pour plusieurs raisons. Le titre d'abord leur paraîtra inspiré d'une vision de l'IA qui, dans l'esprit des professionnels du domaine, ne devrait plus avoir cours car inutilement messianique(1). Nous verrons ce qu'il en est dans la suite de cette présentation. Mais certains reprocheront peut-être aussi à l'auteur son style familier adopté sur ses sites. Ils le jugeront incompatibles avec une recherche abordant des domaines aussi complexes. Ils auront sans doute tort car il est très probable au contraire que la forme adoptée par l'auteur, proche du langage parlé, lui apporte des lecteurs jeunes ou moins jeunes que des présentations plus classiques, c'est-à-dire austères, détourneraient. Disons d'emblée que cette forme adoptée par le livre, sans doute un peu agaçante au début, ne nous a pas du tout détourné du fond, au contraire. Appuyé par de nombreux croquis et schémas, l'ouvrage est particulièrement lisible – ce qui ne l'empêche pas de devenir ardu voire très ardu (ce n'est pas une critique) lorsque la matière l'exige.

La troisième difficulté à laquelle se heurtera la diffusion du livre est le fait qu'il n'est actuellement distribué que par Internet, en télé-achat, aucun éditeur n'ayant voulu prendre le risque de le publier dans le format papier. Il est vrai que le coût d'une édition classique, pour un ouvrage de 600 pages abondamment illustré, le rendrait sans doute invendable. La solution de la diffusion par Internet paraît donc, pour le moment du moins, la seule réaliste. Mais apparemment elle heurte l'idée encore répandue que toute œuvre sur le web se doit d'être gratuite.

Venons-en maintenant au fond de la question, en évitant les digressions, c'est-à-dire en allant à l'essentiel. Nous avons trouvé le livre de Serge Boisse, de même que la démarche dont il s'inspire, du plus haut intérêt. Ceci notamment dans un pays comme la France, où les « élites », trop souvent, ignorent les grands enjeux technologiques et scientifiques autour desquels, sauf catastrophes, se construira le monde de demain.

Le thème du livre

Le thème général est simple. Pour sa part, notre Revue y a déjà consacré de nombreux articles. L'évolution accélérée et convergente des sciences et technologies «émergentes et convergentes », info, bio, cogno et nanotechnologies, produira l'apparition d'entités intelligentes qui bouleverseront la façon dont nous considérons l'avenir de la vie et de l'homme sur la Terre. Ce bouleversement se produira inéluctablement, sauf catastrophes toujours possibles résultant de la bêtise et de la folie des hommes. L'échéance de l'événement pourrait être proche, quelques décennies voire quelques années. Ce délai sera fonction de la détermination qui sera mise à la réalisation des nouvelles intelligences.

Il sera aussi fonction des préalables et contraintes qui seront affichées par les bailleurs de fonds et donneurs d'ordre. S'il s'agit de réaliser des entités intelligentes à des fins militaires ou industrielles, les maîtres d'ouvrage hésiteront à mettre en circulation des produits qui ne seraient pas maîtrisables et qui pourraient se retourner contre leurs concepteurs et employeurs. Mais si, dans le cadre d'une recherche plus désintéressée, on voulait donner toute ses chances à l'intelligence artificielle future, il faudrait la laisser se développer librement, selon les lois biologiques de l'évolution darwinienne. Le risque, mais aussi le grand espoir en terme de découverte scientifique, serait qu'alors puissent apparaître des organisations artificielles aux capacités de développement foisonnantes, sur un mode différent de ce que nous connaissons actuellement. Ces différences, si elles étaient marquées et si elles disposaient de toutes les ressources d'un environnement technologique de plus en plus riche, pourraient les rendre porteuses d'un regard sur le cosmos différent du nôtre, et infiniment précieux en termes heuristiques, à condition évidemment que nous puissions le comprendre.

Un dernier point, essentiel selon nous, caractérise ce nouveau paradigme. Contrairement à ce qu l'on croit généralement, la réalisation de ces nouvelles entités ne demanderait pas de moyens considérables. Quelques scientifiques et ingénieurs compétents, quelques clusters de ressources informatiques en réseau, quelques laboratoires prêtant leurs équipements pour les premiers essais, pourraient suffire à lancer le projet de ce que Serge Boisse appelle une IA vraie (c'est-à-dire aussi sinon plus intelligente que ne l'est l'intelligence humaine, individuelle ou collective). Ensuite, par la force de l'auto-complexification, le prototype pourrait s'enrichir de lui-même, à condition d'être encouragé à le faire par ses concepteurs initiaux.

Mais alors, dira-t-on, pourquoi de tels systèmes n'existent-ils pas en abondance ? Certes, on sait que les robots évolutionnaires ou autonomes sont de plus en plus nombreux et intelligents, que ce soit dans le domaine militaire aux Etats-Unis (le Pentagone affecte d'importants crédits à ces recherches) ou dans le domaine civil, notamment au Japon. Nous avons plusieurs fois dans cette Revue insisté sur le différentiel de développement qui sépare maintenant en ce domaine l'Europe des autres pays technologiques, dont les conséquences économiques et en termes de puissance ne vont pas tarder à se faire sentir. Mais, même aux Etats-Unis, on est encore à quelques années d'une IA disposant des capacités intellectuelles, affectives et corporelles d'un enfant de 5 ans, premier objectif que se donnent les chercheurs. Pourquoi donc cette lenteur ? La réponse à la question n'est pas simple. Elle tient à divers facteurs qui se conjuguent pour empêcher le décollage d'un projet vraiment novateur. Alain Cardon a pu les constater à ses dépends. D'abord, le concept d'une entité super-humaine fait peur. Il s'agit d'une peur pratique : comment éviter qu'elle ne se retourne contre l'homme. Mais il s'agit surtout d'une peur religieuse : il est sacrilège de vouloir refaire ce qui est du ressort du divin, c'est-à-dire la vie et l'esprit. Même les athées semblent éprouver cette peur révérencielle. Les gestionnaires de crédits de recherche, en tous cas, n'hésitent pas à l'évoquer face aux rares demandeurs.

Des scientifiques et informaticiens un peu visionnaires, tel le fondateur du Singularity Institute cité par Serge Boisse, ont cependant commencé à travailler dans ce sens. Mais l'Amérique d'aujourd'hui n'est plus aussi ouverte qu'elle l'était auparavant. Ces tentatives, même si elles sont soutenues par un esprit aussi médiatiquement appuyé que l'est Ray Kurzweil, inquiètent manifestement les censeurs néo-conservateurs et évangélistes. On y voit sans doute des intrusions du terrorisme international ou, pire, du démon.

Nous estimons que la résistance implicite sinon systématique devant de telles perspectives est une mauvaise action à l'égard de la science en général et de l'humanité en particulier. Elle exprime un manque de confiance dans les capacités d'adaptation de l'homme qui pénalisera à terme tous ceux en mal d'imagination créatrice. Pour notre part, nous avons fait une sorte de pari de Pascal(2) : quelles que soient la vitesse et l'ambition caractérisant le développement d'une intelligence artificielle autonome, il se trouvera des humains qui pourront entrer en symbiose avec elle et « augmenter » ainsi leurs capacités physiques et mentales. C'est d'ailleurs ce que la plupart des hommes ont fait depuis la première révolution industrielle et scientifique. Certes, ces humains futurs ne ressembleront pas plus aux hommes d'aujourd'hui que ceux-ci ne ressemblent à l'homo ergaster. Mais qui s'en plaindra ?

Les hommes d'aujourd'hui, en effet, ne sont pas si parfaits qu'ils ne puissent être améliorés, sur le mode essais et erreurs, à condition qu'apparaissent un certain nombre d'options entre lesquelles puissent se faire des comparaisons. On verrait apparaître, horresco referens, des « post-humains » ou « transhumains » ? Et alors ? Face aux crises environnementales et politiques qui s'annoncent, des hommes aux capacités intellectuelles (et affectives) décuplées ne seraient pas inutiles.

Pourquoi lire le livre ?

Compte tenu du vaste problème que nous venons de résumer, en quoi le livre de Serge Boisse pourrait-il contribuer à éclairer les esprits français trop souvent englués dans les problématiques d'avant-hier. Nous vous suggérons quelques réponses qui devraient dans un premier temps vous inciter à vous procurer le livre, le discuter et, le cas échéant, entrer en contact avec l'auteur :

L'Esprit, l'IA et la Singularité est d'abord un bon résumé de l'état de l'art concernant l'Intelligence Artificielle et ses versions les plus évoluées. On y trouve notamment l'essentiel de ce qu'un esprit généraliste devrait savoir sur les recherches actuelles concernant le cerveau, l'esprit et l'apprentissage, ainsi que sur les processus décisionnels(3). De plus, contrairement aux ouvrages spécialisés en neurosciences, ce qui est dit de ces sujets complexes est présenté dans la perspective de réaliser le cahier des charges fonctionnel, si l'on peut dire, d'une intelligence artificielle incorporée dans un robot évolutionnaire. Si par exemple l'auteur résume ce que l'on sait actuellement du mécanisme de la vision, c'est pour montrer que ce mécanisme est relativement facile à implémenter sur un système artificiel. C'est ainsi que travaillent les roboticiens, sans se perdre dans des considérations essentialistes. Il faut montrer au lecteur que la voie est féconde. Le livre résume également les travaux de divers chercheurs ayant conduit des projets ou écrit des ouvrages concernant l'Intelligence Artificielle et la robotique. Même nous qui pensions connaître tout (ou presque ! ) des généralités sur la question y avons appris des choses intéressantes.

L'Esprit, l'IA et la Singularité s'efforce par ailleurs de désarmer à l'avance les critiques qui se font déjà jour à l'égard des recherches appliquées concernant l'Intelligence Artificielle, la robotique et les nanotechnologies. Ceci surtout si, comme l'auteur le suggère, les capacités de reproduction des moteurs moléculaires étaient associées à celles des systèmes intelligents. Il montre comment – et il n'y a pas de raisons d'en douter –une IA amicale pourrait être mise en chantier, quitte à restreindre (on dit contraindre), un peu mais pas trop, ses capacités d'auto-complexification. Ceux qui en France sont toujours prêts à en appeler aux pseudos comités d'éthique et aux moratoires pour cacher leur peur du changement devraient ainsi se trouver privés d'arguments.

L'Esprit, l'IA et la Singularité, dernier mérite de grand poids à nos yeux, a été écrit par un auteur français ou, pour rester dans l'approche européenne qui est la nôtre, par un auteur européen. Autrement dit, il pourrait s'agir d'une véritable semence franco européenne susceptible de germer dans un champ jusqu'ici envahi jusqu'à saturation par les espèces d'importation américaine. Quelles que soient les qualités de ces dernières, nous hésiterons toujours à en faire, comme la presse scientifique mainstream, notre ordinaire quotidien. On retrouve dans le domaine de l'Intelligence Artificielle la question que nous évoquons souvent à propos de l'Espace. Si l'Europe ne développe pas un grand programme lunaire et martien autonome, elle pourra faire le deuil de ses ambitions géopolitiques futures, à supposer qu'elle en nourrisse encore. Certes, l'actuel Programme-Cadre européen finance quelques projets concernant la robotique autonome, mais nous sommes loin encore de ce qu'il faudrait faire pour rejoindre les Grandes Puissances qui développent d'ambitieuses réalisations concernant les « cognitive systems » d'aujourd'hui et de demain.

Pour conclure, nous serions tentés ici de donner à l'auteur le conseil de ne pas s'en tenir à ce livre dans la voie qu'il a si bien tracée. S'il en avait la possibilité matérielle, ne pourrait-il pas, à l'exemple de ce qu'a fait le fondateur du Singularity Institute, réunir (par Internet pour commencer) un petit nombre de pionniers qui accepteraient avec lui de développer en « grid » à leurs moments perdus et plutôt qu'errer sur Second Life, les spécifications ou les premiers modèles du système dont il rêve. Nous sommes persuadés que si l'entreprise paraissait sérieuse, certains de nos lecteurs n'hésiteraient pas à prendre contact avec lui.

Notes
(1) A l'inverse du livre présenté ici, le petit ouvrage de Jean-Gabriel Ganascia, l'Intelligence artificielle, Le Cavalier Bleu, 2007, 125 pages, veut démonter les « idées reçues » sur l'intelligence artificielle. L'auteur dirige une équipe de recherche au sein du LIP6, Laboratoire d'Informatique de Paris6. Il montre ce qu'il nomme les enjeux et les limites de l'IA, souvent située selon lui aux frontières de la science fiction. Il s'est (courtoisement) opposé aux projets de son collègue Alain Cardon, bien connu de nos lecteurs, concernant la réalisation d'une conscience artificielle. Ajoutons que ce livre de format commode, devrait faire partie malgré sa dimension un peu réductrice, du bagage de toute personne se voulant informée de l'évolution des sciences et technologies.
(2) Jean-Paul Baquiast, Pour un principe matérialiste fort, J.P.Bayol, 2007. http://www.editions-bayol.com/PMF
(3) Ajoutons qu'à l'occasion l'auteur apporte des idées personnelles qui sembleraient prometteuses si elles faisaient l'objet de développements.


Post-Scriptum: L'auteur, à qui nous avions soumis cette critique, nous a fait les observations suivantes, dont la lecture complétera utilement notre article

Vos deux critiques sont très constructives et très détaillées, je vous en remercie. n'ai que des éloges à vous faire. Deux petites observations cependant. Vous adoptez un point de vue très "spécialiste en IA", ce qui est bien normal, mais cela vous conduit à passer presque sous silence (à l'exception de la vision) la part importante de mon livre consacrée à la description de l'esprit humain d'un point de vue "psychologique". Or je crois que ce livre intéressera(it) certes des spécialistes en IA et des informaticiens, mais aussi des psychologues désireux de savoir ce que les informaticiens ont à dire sur l'esprit humain.

Par ailleurs vous ne parlez presque pas de la part de mon livre que je consacre aux nanotechnologies, à leurs dangers mais aussi à leurs promesses, ainsi qu'aux applications potentielles de l'IA vraie, lesquelles sont peu connues quoi qu'on en dise, et notamment, du fait que j'affirme qu'IA+nanotech conduiront à la Singularité. Je comprends évidemment que le mot Singularité puisse faire peur et que son usage pourrait me classer dans la catégorie des "illuminés singularitaristes", ce que je ne suis pas, j'espère !

Pour conclure, trois choses sont pour moi claires:

- d'une part il est nécessaire de faire prendre conscience à un public éclairé sinon le plus large possible que la construction d'une IA est en passe de cesser d'être un problème technique pour devenir un problème politique,

- d'autre part le fait que ce problème politique doit trouver une solution en Europe.

- et enfin que mon livre, par la description matérialiste qu'il donne de l'esprit sans faire l'hypothèse de l'âme ni celle de Dieu, pourrait bien être un moyen de desamorcer la bombe spiritualiste qui nous menace. Je me demande dailleurs si je ne devrais pas faire un livre grand public du genre "l'esprit, comment ça marche", dans une optique résolument matérialiste et mécaniste. Qu'en pensez vous ?

Ma réponse à Serge Boisse:
- j'ai choisi pour ne pas trop allonger mon article de ne pas commenter vos propos sur les nanotechnologies et la Singularité. Il s'agit de thèmes que notre Revue a déjà souvent abordés.
- l'idée d'un livre matérialiste grand public sur l'esprit est bonne. Mais il y a déjà des précédents dont il faudra tenir compte. Voyez par exemple Christopher Frith
http://www.automatesintelligents.com/biblionet/2007/juil/frith.html
JPB.

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