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Editorial
Agriculture et industrie agro-alimentaire en Europe
Une ré-évaluation s’impose

par Jean-Paul Baquiast et Christophe Jacquemin
08/08/07

Des évènements de grande importance se déroulent actuellement dans le monde, impliquant la production, la distribution et la transformation des produits agricoles. L’Europe, dont ces activités constituent l’une des premières forces, doit procéder à une nouvelle évaluation de l’importance qu’elle leur attache, des moyens qu’elle y affecte et de la façon dont, grâce à elles, elle pourra diffuser de nouvelles pratiques respectueuses tout autant de l’environnement que des consommateurs.

On constate cette année, à l’échelle du monde, un excédent de la demande sur l’offre en ce qui concerne les produits laitiers, entraînant des hausses de prix non négligeables. Ce phénomène marque déjà ou marquera rapidement les marchés de céréales et de viande. C’est une des conséquences de la croissance rapide de la demande émanant des pays émergents. Il affecte désormais l’agriculture et l’agroalimentaire comme il l’a fait de l’énergie et des matières premières industrielles.

La croissance de la demande mondiale n’aura aucune raison de s’arrêter, sauf crise économique générale. A la demande de produits d’alimentation s’ajoutera de plus en plus celle de bio-carburants. Ces demandes en hausse ne provoqueront pas à court ou moyen terme une croissance correspondante de l’offre. On sait que concernant l’énergie et les matières premières, les réserves vont nécessairement diminuer, en attendant le relais plus lointain des technologies nouvelles. Dans le domaine agricole, si des capacités de production demeurent encore inexploitées, elles ne sont pas très importantes et se heurteront inévitablement, dans les années prochaines, à la crise climatique et environnementale. Autrement dit, le recours à des agricultures intensives, grosses consommatrices en eau et en intrants chimiques, grandes destructrices des milieux naturels, grandes exportatrices de surplus subventionnés, ne sera plus possible. Quant aux produits alimentaires de synthèse, il ne faudra pas compter sur eux avant longtemps pour nourrir les affamés.

Concernant l’industrie agroalimentaire, la question se pose un peu différemment. La Big Food peut continuer sur sa lancée actuelle, en diversifiant de plus en plus ses produits, en les farcissant de compléments chimiques, en jouant de la publicité pour créer de nouvelles modes alimentaires et, finalement, en contribuant à répandre cette maladie désormais universelle qu’est l’obésité. La hausse des prix des matières premières agricoles ne la gênera pas beaucoup. La gourmandise de ses « cibles » est analogue à une addiction. Pas plus que la hausse du prix du tabac ne diminue la demande, la hausse des prix des aliments ne diminuera sensiblement la demande des consommateurs, même pas sans doute celle des plus pauvres, au moins dans les pays favorisés. Mais sont-ce là des raisons pour que l’industrie agro-alimentaire échappe à l’évaluation qui s’impose.

Nous pensons qu’en ce qui concerne tout au moins l’Europe, il convient d’examiner sans attendre le type d’avenir que nos sociétés prévoient pour leur agriculture et leur industrie agroalimentaire. A priori, il s’agit d’activités dans lesquelles l’Europe dispose d’éléments de puissance économique et politique non négligeable. L’augmentation de la demande mondiale ne pourra que renforcer ces atouts. Il conviendra donc de revoir les bases de la politique agricole commune, plus axée aujourd’hui sur la résorption des excédents que sur l’augmentation de la production. Concernant les industries alimentaires, il faudra cesser de les considérer comme secondes au regard des industries manufacturières. Il y a quelques mois encore, rares étaient ceux qui se seraient engagés pour que Danone reste dans le patrimoine industriel européen. Aujourd’hui, on accepte que le même Danone vende Lefèvre-Utile aux Américains comme s‘il s’agissait d’un élément de faible importance. Si l’Europe était dirigée avec un tant soit peu de perception stratégique des enjeux, elle élaborerait sans tarder une politique agro-industrielle de combat lui permettant de mieux valoriser à l’avenir les atouts importants conférés par ces secteurs.

Ceci ne devrait pas cependant être une raison pour que les lobbies agricoles et agro-alimentaires européens se croient autorisés à mettre en condition plus encore qu’ils ne le font actuellement gouvernements et citoyens. Nous l’avons dit, le temps de l’agriculture intensive ou de la suralimentation devrait être révolue. L’Europe, en intensifiant ses recherches agricoles, vétérinaires et diététiques, devrait donner au monde l’exemple d’une agriculture radicalement biologique, d’une nourriture simple et saine privilégiant les céréales par rapport aux viandes, de pratiques commerciales renonçant aux abus publicitaires. Serait-ce un rêve inaccessible ?

Nous pensons que c’est aux plus consciencieux de nos professionnels, de nos chercheurs et de nos citoyens qu’il appartient de répondre à cette question décisive pour la compétitivité économique et morale future de l’Europe.

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