Vers le site Automates Intelilgents
La Revue mensuelle n° 83
Robotique, vie artificielle, réalité virtuelle

Information, réflexion, discussion
logo admiroutes

Tous les numéros


Archives
(classement par rubriques)

Image animée
 Dans La Revue
 

Retour au sommaire

Automates Intelligents s'enrichit du logiciel Alexandria.
Double-cliquez sur chaque mot de cette page et s'afficheront alors définitions, synonymes et expressions constituées de ce mot. Une fenêtre déroulante permet aussi d'accéder à la définition du mot dans une autre langue (22 langues sont disponibles, dont le Japonais).

Sciences, technologies et politique

Livraison d’armes américaines au Moyen Orient, aveu d’impuissance de l’Amérique


par Philippe Grasset
02/08/07

Philippe Grasset est l'éditeur et l'auteur de la Lettre d'information géostratégique Dedefensa (www.dedefensa.org)


Les intentions de vente d’armes américaines au Moyen- Orient sont impressionnantes :
• $20 milliards pour les Etats du Golfe à livrer en 10 ans, dont près de $10 milliards pour l’Arabie Saoudite.
• $30 milliards pour Israël en dix ans.
• $13 milliards pour l’Egypte en dix ans.
• sans mentionner les espoirs portant sur de futurs achats indiens que Washington aimerait emporter en totalité: $30 milliards en 5 ans.

Tout ceci nous conduit à une analyse en trois points :

Premier point : ces livraisons projetées d’armement sont le signe de l’impuissance extraordinaire de la politique extérieure des Etats-Unis, caractérisée par le degré zéro de sa diplomatie dans cette zone. S’y ajoute l’impuissance de leur politique militaire, dont on nous disait qu’elle remplaçait avantageusement la diplomatie. Se trouver, ou se croire dans l’obligation de projeter de telles livraisons d’armes alors qu’on a déployé au cœur de la zone en question une partie importante de ses forces terrestres, navales et aériennes, alors qu’on dispose de la plus puissante armada militaire de l’histoire en volume budgétaire, en poids et en nombre, constitue un énorme aveu d’impuissance de ces forces.

Deuxième point : la parfaite inutilité de ce surarmement par rapport au danger qu’on affirme vouloir contenir (l’Iran, Al Qaïda). On se demande ce qu’il faudrait pour faire accepter par le Pentagone et sa bureaucratie les enseignements des guerres qu’ils sont en train de perdre, c’est-à-dire des guerres typiques de la Guerre de 4e Génération (G4G). Apparemment, rien n’y parviendra. Ces armements promis n’assureront aucune défense, — si besoin en était, — contre un pays comme l’Iran, dont on sait la propension à utiliser des moyens asymétriques dans les conflits. Ne parlons pas d’Al Qaïda, si Al Qaïda existe. Le cas d’Israël est également révélateur. Les armements qui vont être livrés, voire imposés aux Israéliens, iront dans le sens développé par les forces israéliennes depuis une vingtaine d’années, qui a abouti à la catastrophe d’il y a un an, contre le Hezbollah.

Troisième point, le plus évident d’une part, le plus chargé d’implication d’autre part. Il se divise en deux constats:

• Ces contrats sont une manne pour l’industrie d’armement américaine , et c’est bien entendu un argument d’une très grande force pour soutenir ces propositions. Toute l’Administration américaine est évidemment engagée, d’une façon ou l’autre, dans ce soutien de l’industrie d’armement, considérée à la fois comme un des bijoux du capitalisme américain et comme un des piliers de la sécurité nationale d’un système qui génère ce même capitalisme.

• Considérant les circonstances que nous avons décrites, où rien, absolument rien d’autre dans les mesures et politiques développées depuis 4 ans au Moyen Orient n’a donné le moindre résultat, il faut admettre que ce choix des ventes et livraisons d’armes devient désormais le seul attribut sérieux, ou faisant figure de sérieux, de la puissance des Etats-Unis. On peut alors considérer que ceux-ci sont entrés dans une phase où le seul attribut de puissance incontestable leur restant est bien la production et la dissémination des armements. C’est le triomphe de ce qu’il y a de plus fondamental, mais aussi de plus primaire dans le complexe militaro-industriel. On ne peut dire pour autant que ce soit un progrès décisif de la puissance américaine per se; c’est tout au contraire sa position ultime de tentative d’affirmation de puissance. Les livraisons d’armes américaine ont toujours existé dans la politique américaine. Elles constituaient un complément d’autres initiatives. Cette fois, elles semblent former l’essentiel de la politique de sécurité nationale. C’est le contraire d’un progrès ; c’est un ultime retranchement et un terrible aveu d’impuissance.

Voilà qui devrait faire réfléchir les stratèges européens.

Retour au sommaire