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Editorial
Le monde, dans l'indifférence générale, est en train d'épuiser ses ressources en minéraux rares

par Jean-Paul Baquiast et Christophe Jacquemin
05/06/07

Cet éditorial s'appuie sur la documentation tirée d'un dossier réalisé par le NewScientist, 26 mai 2007, p. 34, Earth audit. World stripped bare.

Beaucoup d'études ont été consacrées à l'épuisement des réserves énergétiques fossiles comme à celui des terres arables et des ressources en eau. Mais il est une rareté encore plus menaçante, compte tenu des rythmes actuels de consommation. Pourtant personne n'y pense. Elle se manifestera à échéance de 5 à 30 ans, et compromettra les formes de développement considérées comme les plus prometteuses par rapport à la croissance traditionnelle qui reposait sur la consommation d'énergie et des matières premières de base.

De quelle rareté s'agit-il ? De celle concernant des minerais et métaux rares utilisés de plus en plus abondamment dans les technologies modernes, celles sur lesquelles on compte précisément pour remplacer les technologies anciennes et pour développer de nouveaux usages faisant un large appel aux télécommunications, aux automatismes et au virtuel. Quand on parle de rareté, il faut évidemment parler d'une rareté relative et non d'une rareté absolue, Aucun géologue sérieux ne nierait la possibilité de trouver du rhodium, du gallium ou du germanium sous les glaces de l'antarctique ou à grande profondeur sous terre. Mais les coûts d'extraction seraient tels, avec les méthodes actuelles, que de telles réserves n'auraient qu'un intérêt théorique.

Les produits en question sont non seulement de plus en plus rares, mais gaspillés, en ce sens qu'aucun effort de récupération n'est aujourd'hui organisé à l'échelle suffisante. Par ailleurs, ils ne peuvent pas être produits de façon synthétique. Prenons l'exemple du platine, qui constitue un composant indispensable aux pots catalytiques et aux piles à combustibles. Avec le développement d'une industrie automobile dite propre, les réserves de platine seront épuisées d'ici 15 ans. Il en est de même de l'indium, utilisé pour la réalisation des écrans plats, du tantalum utilisé dans les téléphones portables, de l'hafnium pour les puces électroniques, du gallium pour les cellules solaires et les LEDs, du germanium dans les semi-conducteurs…D'autres minerais ne sont pas considérés comme aussi rares, mais ils le deviennent rapidement. Citons le plomb, le nickel, l'étain, le zinc l'argent et l'antimoine, sans mentionner le cuivre et l'uranium dont les réserves économiquement exploitables se réduisent rapidement.

Dans tous ces cas, on constate que ni les gouvernements ni les entreprises n'entretiennent d'efforts pour estimer sérieusement les réserves ainsi que les taux de consommation globaux ou spécifiques à certains pays. En conséquence, aucun effort sérieux n'est fait pour économiser les sources, limiter les consommations et assurer les récupérations. Au contraire, les zones économiques se livrent actuellement à une surenchère pour mettre la main sur les réserves, préserver leurs habitudes de gaspillage et ne procéder à aucun investissement risquant d'accroître les coûts des produits finis.

Les Etats-Unis, comme toujours, se montrent les plus gros consommateurs et importateurs, les plus grands gaspilleurs et les moins coopératifs. Mais les pays émergents, notamment la Chine et la Corée du Sud, suivent leur exemple sans états d'âme. Que se passera-t-il si tous procèdent de même? Les réserves supposées aujourd'hui durer quelques décennies pourraient se trouver épuisées en 5 à 10 ans selon les cas. De plus, l'exploitation de filons difficiles d'accès pourront produire des bouleversements environnementaux qui risquent de n'être pas acceptés. Les conflits et les guerres ouvertes pour l'accès à des produits qui seront alors considérés comme vitaux ne seront pas loin. Ceci sera d'autant plus à craindre que beaucoup de sources se trouvent dans des Etats sous-développés, ravagés par les guerres civiles et les conflits d'intérêts entre sociétés minières et sociétés de commerce.

Dans ces conditions, que faudrait-il faire ? D'abord préciser les études relatives aux localisations, aux usages et aux flux commerciaux. Mais surtout mettre en place des techniques de récupération faisant appel à des technologies avancées. Ainsi certains chercheurs pensent pouvoir récupérer le platine composant en doses infimes (1,5 partie pour 1 million) la poussière des routes, en faisant appel à des bactéries. Plus classiquement, il faudra traiter les déchets industriels, les rebuts, les eaux usées. Mais comme ces techniques coûteront cher, comme pendant un certain temps encore il sera plus rentable de se battre pour accéder aux réserves encore existantes, comme il n'existe enfin aucun pouvoir économique global capable d'imposer des règles de bonne gestion, on ne voit pas trop comment l'ambiance de foire d'empoigne qui règne dans ces secteurs pourra faire place à la gestion de bon père de famille qui s'imposerait.

Nous ferons pour terminer ce sombre diagnostic une réflexion qui ne surprendra personne : les pays européens, si préoccupées par le problème de l'énergie, ignorent superbement des défis qui risquent de compromettre leur développement économique bien plus tôt et bien plus sévèrement que ne le fera la raréfaction du pétrole et du gaz.

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