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La Revue mensuelle n° 82
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Courrier

Courriers adressés par les lecteurs (questions, observations, critiques)
Sauf accord express de ceux-ci, nous ne publierons ici pas leurs références

Sur le libre-arbitre

Question
de Guillaume de L.

La juxtaposition de ces deux paragraphes tiré de ton article présentant "I am a strange Loop" de Douglas Hofstadter...

« Le Moi n’est pas libre. Il est déterminé, mais les modalités de ce déterminisme n’apparaissent pas clairement à l’observation, car les causes en sont complexes et enchevêtrées. De plus, chacun perçoit, de façon évidemment erronée, qu'il est libre de prendre telle ou telle décision 9). Douglas Hofstadter exécute en quelques lignes, et de façon bien réjouissante, l’hypothèse chrétienne du libre-arbitre. L’illusion d’être libre et responsable fait partie des modes hallucinatoires par lesquels le concept de Moi dynamise le sujet conscient – tout en renforçant son influence sur lui. »

« La façon de voir le monde et la conscience qu’il nous propose (et qui plus généralement inspire la science matérialiste) ne doit pas être source de désespoir ou de désenchantement. Elle apporte, nous dit-il dans la dernière page de son livre, une façon plus subtile et plus profonde de comprendre ce que c’est que d’être humain « a deeper and subtler vision of what it is to be human ». Nous pourrions dire la même chose de la description du cosmos que donne la science matérialiste moderne : une façon plus subtile et plus profonde de comprendre ce qu’est l’univers, au regard des descriptions simplistes et aliénantes qu’en donnent les religions. »

provoque une interrogation chez moi : comment peut-on être joyeux et enchanté d’apprendre que le libre–arbitre n’existe pas, que la liberté du sujet est une hallucination du Moi…(position que je partage en grande partie) Que cela nous apporte une compréhension plus subtile et profonde de l’univers, OK. Mais pour ma part, j’ai beaucoup de mal à m’en réjouir. Car alors, en quoi nos vies sont-elles si différentes de celle d’une fourmi qui est programmé pour aller chercher des morceaux de feuille et les ramener à la fourmilière, ou d’un vers de terre remuant la terre ? Certes, nous avons l’immense chance, qu’ils n’ont pas, de pouvoir regarder le Loft sur TF1 ou de lire Heidegger… Mais si le libre-arbitre n’existe pas, si notre liberté est une hallucination, en quoi ces « choix » sont-ilsfondamentalement différent de ceux de la fourmi, qui pourra choisir telle feuille, ou telle partie plutôt qu’une autre ? Il nous reste, maigre consolation, la profondeur de notre regard sur l’univers et la conscience de notre aliénation.

Réponse
De C. Jacquemin

Merci de ce commentaire très pertinent. Il peut y avoir plusieurs réponses à ta question. Celle que je pourrais proposer pour ma part est liée au bonheur (ou même au plaisir) que donne la recherche scientifique et les philosophies de la connaissance s'appuyant sur elle. L'individu, ses angoisees et ses espérances personnelles s'y dépassent face à la découverte - je dirais pour ma part à la construction, étant défenseur de l'idée d'une science constructiviste - de vastes ensembles de connaissances, jamais interrompue, où de nouvelles questions obligent à remettre en cause sans arrêt ce que l'on croyait savoir.

Ceci peut donner un bonheur analogue, je pense, à celui qu'apporte à certains la construction d'un bateau en bois à l'ancienne, la création artistique ou autres activités où le Moi cesse de devenir enfermé sur lui pour s'ouvrir aux autres. La science permet d'exercer l'esprit, mais aussi l'affectivité, l'imagination, la sensibilité.... La seule chose qu'elle ne puisse procurer est la joie liée à l'exercice physique...et encore. Rien n'exclue d'ailleurs que les fourmis, dans leurs petites têtes, puissent ressentir des plaisirs analogues en construisant leur fourmilière

Certes, participer à des cérémonies religieuses comme le pélerinage de Chartres peut donner des joies de même nature à certains individus. Encore faut-il qu'ils puissent croire en Dieu. Mais s'ils croient en Dieu, ils s'interdisent comme le notent tous les scientifiques matérialistes, les joies encore plus vastes de la découverte (ou de la construction) du "réel" puisque tout a déjà été dit par les Ecritures.

Je vais prochainement commenter, avec mes faibles moyens, l'évolution qui se dessine actuellement en cosmologie concernant les prétendues lois fondamentales de la physique, utilisées pour justifier le principe anthropique fort. Je pense que j'aurai un certain plaisir, que j'espère pouvoir faire partager aux lecteurs, à réfléchir sur ce point. Pour un créationniste, la question n'aurait aucun intérêt.


A propos du concept de souveraineté technologique européenne

Question

L'avion Rafale est encore un exemple de souveraineté mal placée. En voici la description sous wikipedia. Malheureusement, dans cet article, rien n'est dit sur la prouesse qui a conduit la France à se lancer seule dans cette aventure. Pour résumer, l'avion qui a coûté une fortune, et donc a lourdement handicapé le budget de l'armée française (rallonge des porte-avions et retard sur tous les autres programmes), s'avère une vieillerie dès sa mise en circulation et est invendable.

Réponse
de JP. Baquiast

Sur le Rafale et plus généralement les technologies françaises, je crois qu'il faut éviter les jugements sommaires, répandus par la concurrence anglo-saxonne et répétées de façon mécanique par les atlantistes européens. Sans être corrompu par Dassault, je crois que l'on peut rappeler ceci:

1. Question prix. 1.1. Le coût de développement de l'avion ne peut être comparé à aucun autre, car les constructeurs étrangers ne communiquent pas à ce sujet et surtout ne comptabilisent pas les aides directes et indirectes qu'ils reçoivent de leurs gouvernements. Il en est de même d'ailleurs pour l'aviation civile. 2.2. Le Rafale est plutôt économique à la vente. Selon Defense Aérospace.com , cité par Dedefensa.org, notre correspondant spécialiste de l'aéronautique, le Rafale s’impose aisément comme le moins coûteux avec le JAS 39 Gripen (l’avantage de l’avion français étant démultiplié par ses capacités et sa puissance très supérieures à celles de l’avion suédois), — $62,1 et $68,9 millions respectivement pour le Rafale et le Gripen. Le reste se situe dans une autre catégorie de prix, on dirait la “catégorie anglo-saxonne” et assimilée : des $78,4 millions du F/A-18E aux $177 millions du F-22 (avec en intermédiaire : $108,2 millions pour le F-15E, $115 millions pour le JSF et $118,2 millions pour l’Eurofighter Typhoon).
2. Question performances, le Rafale est versatile et léger, contrairement à l'Eurofighter et les américains tels le F.15 ou le F.A 22 Raptor qui sont de l'avis des aviateurs "clumsy". C'est un avion de ce genre qui s'impose dans les guerres de 4e génération. On sait que l'US Air Force s'est plainte de l'inadéquation de ses avions en Irak, suite à des plaintes de l'infanterie. Or il ne s'agit plus aujourd'hui de préparer une guerre contre les soviétiques.
3. Question disponibilité, le Rafale peut être fourni avec de courts délais, alors que l'avion mythique américain JSF F 35 promis à tous les alliés des Etats-Unis depuis 10 ans pour les décourager d'avoir une industrie aéronautique en propre est toujours en discussion de finalisation, avec un prix astronomiquement en hausse.
4. Mais pourquoi si le Rafale est à ce point merveilleux, personne ne l'achète? Parce que les pressions américaines (en faveur du F35 notamment) et anglaises (en faveur de l'Eurofighter où British Aerospace, BAE, a une part importante) jouent à plein. Quand je dis pression, c'est corruption à tout va. On a suivi, en s'en indignant en France, la façon dont le Département d'Etat a fait pression sur les Polonais pour les décourager d'acheter le Rafale. Vous n'ignorez pas non plus le scandale BAE / Yamama (http://www.dedefensa.org/article.php?). Tony Blair et l'establishment britannique y sont lourdement compromis. C'est grâce à cette corruption d'origine britannique (les Américaine s'étaient tenus à l'écart, malgre leurs liens avec BAE) que ceux des Saoudiens qui voulaient acheter des Rafales, comme Chirac le croyait naïvement, ont finalement renoncé.
5. Last but not least: La France est aujourd'hui la seule puissance au monde disposant encore d'une aéronautique militaire crédible (je ne mentionne pas la Russie ni la Suède ni le Brésil qui se situent à la marge). Les Américains ont réussi à décourager tous les autres pays. Or qui dit industrie aéronautique de défense crédible dit aussi industrie aéronautique et spatiale crédible. Voudrait-on tout abandonner aux concurrents?

J'ajoute que notre revue participera sans doute à l'automne à une journée organisée en Belgique pour expliciter les arrières plans du Joint Stike Fighter F 35, la plus grande esbrouffe politico-industrialo-militaire de ces dernières années.

PS: sur le concept de technologies de souveraineté appliquée à l'aviation militaire, vous pouvez lire l'article de Philippe Grasset reprenant une intervention faite lors de notre colloque sur la souveraineté technologique européenne en avril 2004 http://www.dedefensa.org/article.php?art_id=1087


A propos de l'article de Jean-Paul Baquiast consacré au livre de Jean Staune dans ce numéro

Question

Vous écrivez: "je crois que l'homme n'est qu'un produit local de l'évolution globale, lui-même en pleine évolution. Je crois que des automates intelligents pourront prochainement disposer de corps et de cerveaux bien supérieurs à ceux des humains"

J'ai plusieurs problèmes avec cette "croyance"
1) Philosophiquement, j'ai du mal à imaginer qu'un individu puisse concevoir quelque chose d'une complexité supérieure à ce qu'il peut imaginer, par définition.
2) La démarche serait -si la chose était concevable- suicidaire puisque cette créature plus intelligente "esclavagiserait" nécessairement son constructeur-concepteur ou procèderait à son extermination selon ce qu'elle aurait estimé de "plus utile"
3) Il me semble que ce soit d'un optimisme excessif quant à l'état d'avancement de la science. N'est-ce pas la vanité suprême que d'imaginer que l'homme soit tellement intelligent qu'il puisse seulement concevoir plus intelligent que lui ?
Je me souviens d'un groupe de chercheurs astrophysiciens, biologistes, médecins, pharmacologues qui étaient à pu près tous d'accord pour dire, il y a 25 ans de ça, en l'an 2000, "Heureusement, ce ne sera plus un problème de vieillir si la mécanique est en bon état car avec les progrès de la recherche spatiale, les maladies type Alzheimer auront disparu".....Well, well, well.;

Réponse
de JP. Baquiast

Je conçois bien que la question des super-intelligences et super-corps soit posée comme vous le faites. Je ne me cramponne pas mordicus à la "croyance" que j'avais exprimée. Cependant, je peux vous proposer quelques réponses:
1. l'automate intelligent, dans l'hypothèse "forte" de ce qu'il convient d'appeler le robot autonome, ne sera pas conçu par l'homme mais résultera d'une évolution darwinienne en interaction avec d'autres robots et avec son environnement. L'ambition de tous les scientifiques travaillant dans cette direction est de voir en effet apparaître quelque chose que l’intelligence humaine, aujourd’hui, n’aurait pu imaginer. Mais cette ambition, même si elle n’est pas toujours consciente et explicitée, est celle de beaucoup de ceux qui travaillent dans les nouvelles sciences et technologies : les réseaux, les biotechnologies, les nanotechnologies, la physique des hautes énergies, etc.
2. la démarche serait – ou pourrait être – suicidaire pour les humains s’ils n’essayaient pas, d’une part de fixer à l'avance des contraintes de développement (ni trop étroites ni trop larges) et surtout, s’ils n’essayaient pas de « s’augmenter » en parallèle et en dialogue avec les nouvelles entités. C’est toute la problématique, souvent maladroitement présentée, du posthumanisme ou plutôt du posthumain. Le problème, comme je l’ai indiqué dans mon livre, est alors du sort des humains qui resteraient à la traîne : que deviendront-ils ? Comment accepteront-ils leur situation ? Mais ce problème se pose déjà cruellement à une grande partie de l’humanité.
3. concernant les délais à compter avant que des changements substantiels se produisent dans les intelligences, les corps et les sociétés, dans le sens indiqué ci-dessus, chacun fera ses propres prévisions – et d’ailleurs se trompera nécessairement. Tout dépendra de ce qui sera affecté aux recherches correspondantes, face à d'autres dépenses, notamment les énormes budgets militaires engloutis en pure perte pour la recherche..

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