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Le
concept d'auto-évolution
Question
de Pierrick Bourrat pierrickbourrat42arobasehotmail.com
J'ai présenté à plusieurs de mes enseignants
le concept d'auto-évolution mentionné dans
votre blog Philoscience (http://philoscience.over-blog.com/article-1436394.html)
et repris dans votre livre Pour un matérialisme
fort. La plupart sont restés dubitatifs ou n'ont
pas été convaincus par la théorie,
à cause semblerait-il d'un manque de clarté
dans les mécanismes expliquant la possibilité
d'un tel mécanisme ou d'un ensemble de tels mécanismes.
Certains ont même parlé de créationnisme
ou de finalisme ...
Je souhaiterais que vous me donniez plus en détail
un ou deux exemples d'auto-évolution avec si possible
les références bibliographiques. Apparemment
l'exemple des plantes et du zinc n'a pas paru suffisant.
Mes interlocuteurs m'ont dit que l'adaptation observée
relevait de la plasticité phénotypique et
qu'elle ne se transmettait pas à la descendance.
Lorsque la plante avait besoin pour survivre de devenir
résistante au zinc, sa plasticité phénotypique
le lui permettait.....
Réponse
de J.P. Baquiast :
Je comprends bien qu'à une époque où
les religions attaquent de toute part le darwinisme, tout
ce qui pourrait ressembler à la recherche d'arguments
prouvant la fausseté de cette théorie est
suspect. Voyez par exemple la présentation par G
Kortho du livre (d'ailleurs largement dépassé
au plan de l'actualité des connaissances) d'un certain
Lima de Faria http://home.planet.nl/~gkorthof/kortho12.htm
montrant que cet auteur, tout en s'affirmant matérialiste,
s'en prend à Darwin et à la sélection
naturelle sans arguments sérieux.
Le concept d'auto-évolution pourrait donc à
juste titre être jugé dangereux par les évolutionnistes,
s'il était utilisé pour s'opposer directement
au darwinisme. Il est vrai aussi que la richesse des génomes
permet aux organismes de faire face à de nouvelles
contraintes en puisant dans leurs ressources génétiques
sans avoir besoin d'attendre de nouvelles mutations.
Il s'agit d'un mécanisme de plasticité,
pour reprendre votre mot, illustré par le système
immunitaire. Si grand est le nombre et la variété
des anticorps que, confronté à un nouvel antigène,
il se trouve généralement dans l'organisme
un anticorps capable de lui résister. Cet anticorps
précis peut alors se multiplier face à l'opportunité
qui lui est offert par l'infection, ce qui permet
par contrecoup à l'organisme de résister.
Ceci
dit, en reprenant ce terme d'ailleurs consacré
d'auto-évolution, j'ai voulu montrer
que l'on peut en faire un concept global destiné
à regrouper divers mécanismes (encore mal
étudiés, j'en conviens) qui peuvent conduire
les génomes à évoluer spontanément
et produire éventuellement des phénotypes
mieux adaptés. Ceci devrait notamment permettre de
mieux comprendre ce que le darwinisme désigne par
le terme lui-même assez vague de mutations au hasard.
Certaines de ces mutations peuvent effectivement être
totalement aléatoires, comme celles résultant
d'une irradiation. D'autres peuvent - si j'ai bien compris
les sources
citées dans l'article (voyez aussi à ce sujet
un autre article de notre revue Automates-intelligents - http://www.automatesintelligents.com/echanges/2005/jan/methodesbio.html)
provenir de transformations internes au génome à
l'intérieur d'un organisme particulier, qui peuvent
provoquer des modifications adaptatives favorables de la descendance.
En ce cas, ces modifications s'exprimeraient au sein d'un
ensemble aux éléments interagissants constitué
par l'organisme mutant, l'espèce à laquelle
il appartient et surtout la "niche" environnementale
(éconiche) que l'espèce a construite en s'insérant
dans ce milieu particulier.
On
conçoit que les mécanismes provoquant de telles
transformations n'auront pas les mêmes effets adaptatifs
selon qu'ils se produisent chez une fourmi, par exemple ou
chez un chimpanzé. Le même mécanisme,
dans un cas, produirait une modification sans effets sur l'adaptation
et dans l'autre une modification provoquant des effets favorables,
qui seront retenus par la descendance. Il me semble par ailleurs,
mais je suis prudent à cet égard, que le concept
d'auto-évolution soit seul à pouvoir expliquer
l'apparition des formes prébiotiques originales à
partir de la matière minérale. Ce serait seulement
après l'apparition de ces formes auto-évolutionnaires
que la sélection darwinienne aurait pu jouer. C'est
une telle hypothèse, si j'ai bien compris, que présente
Lima de Faria, mais sans doute en lui donnant une importance
excessive. On pourra consulter sur ce point l'ouvrage de Gilbert
Chauvet, Comprendre l'organisation du vivant et son évolution
vers la conscience
http://www.automatesintelligents.com/collection/chauvet1.html
L'auto-évolution
me paraît donc être un sujet ouvert, mais qui
en aucun cas ne peut pour un matérialiste permettre
de réintroduire la finalité.