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Editorial
A propos de
la relativité d'échelle, de Laurent Nottale
par
Jean-Paul Baquiast et Christophe Jacquemin
31/03/07
|

M31, Galaxie d'Andromède (voir à
ce sujet dans ce numéro l'interview de Laurent Nottale)
Crédit & Copyright: Jason Ware
Les thèmes importants susceptibles d'inspirer
l'éditorial de ce numéro d'avril
ne manquent pas. Evoquons d'abord l'importante
question des élections présidentielles puis
législatives françaises, à l'occasion
desquelles tous les citoyens avertis des enjeux de la science
et de la technologie s'inquiéteront de connaître
le degré d'engagement effectif des candidats
sur ces sujets. En ce domaine comme dans les autres, il
ne s'agira pas seulement de promettre mais de tenir
parole, ceci pendant au moins 5 ans. Un autre thème,
s'étendant cette fois-ci à l'échelle
de l'Union Européenne, concerne la façon
dont la volonté des 27 Etats-membres affichée
à Bruxelles le 9 mars et visant à développer
les énergies renouvelables permettra d'encourager
les technologies véritablement innovantes.
Cependant
nous avons choisi par le présent éditorial de
vous proposer un saut, si l'on peut dire, à l'autre
bout de l'univers. Il est relié à l'actualité
par un article du NewScientist daté du 10 mars 2007
concernant une éventuelle fractalité de l'univers,
que nous commentons par
ailleurs. Nous présentons en effet dans ce numéro
un entretien avec le cosmologiste français Laurent
Nottale, directeur de recherche au CNRS, affecté à
l'Observatoire de Paris-Meudon. Il nous y expose en termes
dont vous apprécierez la clarté les grandes
lignes de sa théorie dite de la relativité d'échelle.
Celle-ci, bien que formulée depuis déjà
quelques années, peine encore à acquérir
l'importance que, selon nous, elle devrait prendre. C'est
sans doute, comme l'explique Laurent Nottale, parce que les
hypothèses se situant aux bases communes de disciplines
jusqu'ici peu enclines à coopérer ont beaucoup
de mal se faire entendre.
Nous
ne sommes pas suffisamment experts en cosmologie relativiste
et en physique quantique – puisque ce sont les deux
grands domaines dans lesquels intervient la théorie
de la relativité d'échelle – pour juger
de la pertinence de celle-ci. Nous pouvons par contre constater,
comme il est exposé dans l'entretien, que des expériences
probantes valident indiscutablement certaines des prévisions
de cette théorie. On peut aussi observer comment celle-ci
vient simplifier un paysage cosmologique où les hypothèses
les plus contre-intuitives prolifèrent actuellement.
Les concepts d'inflation primordiale, de matière noire
et d'énergie noire sont appelés en renfort par
les théoriciens pour expliquer les observations apportées
par les nouvelles générations d'observatoires,
notamment le Wilkinson américain, que relaiera bientôt
la sonde Planck européenne. Or face à cette
prolifération d'articles mais aussi de crédits
d'étude, on pourrait dire de la relativité d'échelle,
en reprenant un terme de Laurent Nottale appliqué par
lui à la «courbure» einsteinienne, qu'il
s'agit d'un « énoncé d'abandon d'hypothèses
». On ne saurait être indifférent à
l'espèce de rasoir d'Occam ainsi proposé.
Un
deuxième aspect fondamental de la relativité
d'échelle, à nos yeux tout au moins, est qu'elle
généralise l'approche relativiste de la physique
quantique selon laquelle il n'y a pas de réel en soi
descriptible par des valeurs absolues, mais qu'il n'existe
que des relations entre observateur (instruments) et observé.
Nous avons fréquemment, depuis que cette revue existe,
développé ce point en donnant la parole à
des physiciens-épistémologues comme Mioara Mugur-Schächter
qui en a fait la base même de la méthode avec
laquelle elle recommande aujourd'hui d'appréhender
aussi bien le «réel» quantique que le «réel»
macroscopique*. Ici cette approche, convenablement mathématisée,
est généralisée à l'ensemble de
l'univers, depuis le plus petit jusqu'au plus grand. L'application
du théorème de Schrödinger aux objets cosmiques,
décrits en termes de fonction d'onde, donne un résultat
surprenant, que nous laissons au lecteur le plaisir de découvrir.
A
la fin de l'entretien, Laurent Nottale fait une observation
qui mériterait de longs développements. On
sait que pour le mathématicien René Thom la
science ne devrait pas se borner à décrire
mais à expliquer. Nos lecteurs savent que c'est
l'ambition de Gilbert Chauvet en ce qui concerne la
biologie puisqu'il pense avoir élaboré
une véritable théorie mathématique
de la vie. Or la physique quantique dans sa totalité
et la cosmologie post-einsteinienne pour l'essentiel
se limitent à décrire les phénomènes
physiques.
Au
contraire, le principe de relativité d'Einstein, selon
Laurent Nottale, propose une réponse au pourquoi, alors
que les autres tentatives de la physique se limitent au comment.
C'est un bel hommage que Laurent Nottale rend à Einstein,
dont l'on a sans doute trop tendance aujourd'hui à
oublier l'apport. Mais comme la relativité d'échelle
peut être considérée comme une extension
de la relativité d'Einstein, nous nous devons d'inclure
son auteur dans cet hommage.
*
Voir à ce sujet l'analyse de son ouvrage "Sur
le tissage des connaissances" : http://www.automatesintelligents.com/biblionet/2006/sep/mms.html