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| Sciences,
technologies et politique
Conséquences
technologiques à tirer de l'accord de Bruxelles
(08/03/07) sur la limitation de la production des
gaz à effet de serre.
par
Jean-Paul Baquiast 09/03/07
|
Les
dirigeants de l'Union européenne sont parvenus à
s'entendre le 9 mars 2007 afin de fixer un objectif contraignant
sur le développement des énergies renouvelables.
Les vingt-sept Etats membres de l'Union européenne
se fixent pour but de réduire de 20 % au moins en
2020 la production de gaz à effet de serre, par rapport
à son niveau de 1990. L'Europe envisage d'aller jusqu'à
30 %, si les autres pays industrialisés font de même.
Mais il s'agit d'un objectif global et moyen. Aux termes
de l'accord, les Vingt-Sept négocieront leurs propres
objectifs nationaux, en fonction "des différents
points de départ nationaux" (niveau existant
des énergies renouvelables, ressources énergétiques
et potentiel de réduction de chaque pays).
Une certaine ambiguïté règne sur l'objectif
de réduction de 20% de la production de GES. S'agit-il
de réduire les émissions provenant des combustibles
fossiles, y compris en faisant appel au nucléaire,
ou de développer jusqu'à 20% la part de la production
des énergies renouvelables, nucléaire exclu.
Paris entendait que le nucléaire, en tant que source
d'énergie faiblement émettrice de gaz à
effet de serre, soit pris en compte dans l'attribution des
objectifs nationaux de développement des énergies
renouvelables. De nombreux autres Etats, en premier lieu l'Allemagne,
l'Autriche et l'Irlande ne voulaient pas faire entrer le nucléaire
en compte, puisqu'ils continuent à prétendre
(contre toute vraisemblance) vouloir toujours "sortir
du nucléaire" . Pour lever les réticences
françaises, le texte indique que les Vingt-Sept prennent
acte de l'évaluation de la Commission sur "la
contribution de l'énergie nucléaire dans le
cadre de préoccupations grandissantes sur la sécurité
des approvisionnements d'énergie et de la réduction
des émissions de CO2". Mais pour satisfaire les
pays hostiles au nucléaire, notamment , le texte final
rappelle "qu'il appartient à chacun des Etats
membres de décider s'il aura ou non recours à
l'énergie nucléaire".
La
chancelière Angela Merkel, qui a piloté la
signature du "plan énergétique"
adopté par les Vingt-Sept au titre de présidente
de l'Union, a reconnu une grande satisfaction à "être
arrivée aujourd'hui à des objectifs si ambitieux
et crédibles", qui permettront à l'UE
"de jouer un rôle d'avant-garde" dans la
lutte contre le réchauffement. Pour le président
Chirac, cette stratégie globale de lutte contre le
réchauffement climatique élaborée par
le Conseil européen de Bruxelles " fait partie
des grands moments de l'histoire" de la construction
européenne. Tout le monde parait donc satisfait -
ce qui est une bonne chose en soi. La création d'un
fossé entre la France et l'Allemagne sur ce sujet
aurait été désastreuse.
Les
Verts ne sont pas pourtant apaisés. L'Allemand Fouad
Hamdan, directeur pour l'Europe de l'ONG écologiste
"Les Amis de la Terre", estime que l'accord signé
vendredi 9 mars par les Vingt-Sept n'est qu'une "première
étape". Il juge que les Etats avaient les moyens
d'aller beaucoup plus loin qu'une réduction de 20
% de la production de gaz à effet de serre d'ici
à 2020. Il accuse par ailleurs Paris, qui défend
le nucléaire, d'inconséquence. Le nucléaire,
pour lui ne peut être une réponse au réchauffement,
dans la mesure où c'est une solution ne pouvant intéresser
que quelques Etats favorisés comme la France.
Il
reste que l'Europe constitue le premier ensemble d'Etats
développés dont gros producteurs de GES qui
décident de s'engager dans une réduction sensible
(bien qu'encore certes insuffisante) de la production des
GES. L'intransigeance égoïste des Etats-Unis
à cet égard en est d'autant plus soulignée.
Quand aux pays émergents, il est vraisemblable qu'ils
suivront prochainement l'exemple européen, en adoptant
des modalités de réduction adaptées
à leurs possibilités économiques;
Concernant
la France, le gouvernement et les candidats à la présidence
de la République devront préciser un point capital.
Ce n'est pas parce que le parc électronucléaire
du pays lui permet de satisfaire sans grande difficulté
à la réduction de 20% de ses émissions
qu'il devra en profiter pour ne pas faire d'efforts nouveaux
de réduction. Il devra surtout développer les
énergies renouvelables non nucléaires, d'autre
part, au même rythme que les pays voisins. Le potentiel
de croissance scientifique, technologique et économique
attaché à ces énergies renouvelables
dépend d'un grand effort d'incitation et de financement.
La France ne doit pas laisser ses voisins devenir des leaders
dans ces domaines alors qu'elle se satisferait d'améliorer
sa production nucléaire - même si cette amélioration,
notamment avec l'EPR et la 4e génération, s'impose
par ailleurs. Il faudra trouver les crédits, principalement
publics, permettant d'investir (puis d'exporter) dans ces
deux directions déterminantes. Les retours sur investissements
ne se feront pas longtemps attendre.