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Docteur
en ethnologie, Yan de Kerorguen, est rédacteur
en chef adjoint à “ La Tribune ”.
Il est également romancier et auteur de plusieurs
ouvrages sur les rapports entre la science, l'économie
et la société.
Le
site du livre http://www.lignes-de-reperes.com/catalogue/kerorguen.htm
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Présentation de l'éditeur
Pourquoi
cet ouvrage ?
Notre attitude par rapport aux découvertes
scientifiques est ambivalente. D'un côté,
les innovations techniques sont adoptées plus
vite que jamais, s'agissant des télécoms
par exemple. D'un autre côté, les
craintes se multiplient devant les dérives
possibles d'une science pervertie. Pourtant,
la compétition économique devient mondiale
et si nous ne nous intéressons pas aux sciences,
d'autres pays le feront !
Ces quelques considérations générales
sont particulièrement adaptées à
la question des nanotechnologies, qu'aborde
l'ouvrage de Yan de Kerorguen.
L'originalité du propos de l'auteur,
qui n'est ni un pro ni un anti-nano, est de
traiter le sujet globalement (aspects scientifiques,
vie quotidienne, enjeux économiques, questions
de société,…), à la portée
de tous.
Le livre :
Une nouvelle révolution technologique se prépare,
discrètement. Pour la première fois
de son histoire, l'homme pourrait être
en passe de maîtriser l'infiniment petit,
la structure atomique de la matière et créer
des objets invisibles à l'oeil nu, incroyablement
résistants, souples et légers.
Ces nanotechnologies, expérimentées
par des scientifiques depuis des décennies,
sont en train d'exploser. Elles modifieront
en profondeur nos structures économiques et
sociales. Les industriels se mobilisent dans le développement
de procédés de fabrication qui révolutionneront
toutes les activités humaines: la médecine,
l'environnement, l'énergie, l'habillement,
l'automobile, les outils que nous utilisons
pour communiquer et nous divertir. On parle de la
naissance d'un "nanomonde". Un marché
estimé à 1000 milliards de dollars en
2013!
Vénérée par les uns, cette révolution
technologique suscite scepticisme ou crainte chez
d'autres. De quoi s'agit-il exactement
? Quel impact sur la vie quotidienne ? Où en
est la recherche, notamment française ? Quels
risques pour la société ? Et si tout
cela n'était que du marketing ?
Voilà quelques unes des questions auxquelles
répond ce livre accessible, destiné
aux esprits curieux ! Un livre qui appelle aussi à
un véritable débat public sur les enjeux
des nanotechnologies.
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Fabriquer des ressources
vitales pour presque rien
Nous comptions conseiller à nos lecteurs cet ouvrage
sur les nanotechnologies pour deux raisons :
- la première est qu'il s'agit d'un ouvrage de vulgarisation
que nous pourrions qualifier de presque parfait. Ecrit par
un auteur qui, sans être à proprement parler
scientifique, connaît parfaitement le sujet, il présente
tous les thèmes qui doivent être évoqués
quand on traite des nanosciences et de leurs applications
: la technologie, l'industrie, les usages actuels et prévisibles,
les perspectives à plus long terme, les risques possibles
et la façon d'en discuter et de les prévenir.
Le livre est écrit de façon très accessible
et vivante, mais il ne se refuse pas à aborder quand
nécessaire les termes et les concepts techniques.
Compte tenu de l'avenir qui s'ouvre devant les nanosciences
et les nanotechnologies, nous n'hésitons pas à
dire qu'il s'agit d'un ouvrage que chacun devrait posséder
dans sa poche, si l'on peut dire. De plus, sur le site du
livre, se trouvent de nombreux liens indispensables. L'auteur
annonce qu'on y trouvera bientôt des actualisations.
Nous n'ajouterions donc pas grand-chose au livre en l'analysant
davantage. La présentation de l'éditeur, reprise
en exergue, nous paraît ici suffisante.
- Une seconde raison justifie selon nous la présentation
du livre de Jan de Kerorguen dans cette revue, et plus précisément
dans ce numéro principalement consacré à
la crise climatique et environnementale. C'est d'ailleurs
la raison pour laquelle nous avions un peu retardé
cette présentation. Les lecteurs du livre partageront
sans doute notre avis. Lorsque l'on réfléchit
à l'avenir des nanotechnologies, on ne peut qu'être
frappé par une étonnante coïncidence.
Ces technologies viennent exactement au moment où
le monde entier s'interroge sur l'avenir de la biosphère.
Des milliards d'hommes sont actuellement en train d'en épuiser
les ressources naturelles immédiatement exploitables:
énergies fossiles, espèces vivantes, eau,
sol et air respirable. Les uns sont mus par la volonté
féroce de continuer à profiter de leur puissance
pour tirer jusqu'au bout partie des réserves telles
que les gisements en gaz et pétrole, sur lesquelles
ils ont mis la main. Les autres, le plus grand nombre, se
battent tout simplement pour survivre. Or les conférences
toutes récentes de Paris (voir
notre éditorial) confirment maintenant sans ambiguïté
la grande crise climatique et environnementale dénoncée
depuis longtemps par un nombre croissant d'experts. Il faudrait
être d'une mauvaise foi criminelle pour ne pas reconnaître
que le milieu terrestre se dégrade rapidement, qu'il
est pratiquement impossible de le protéger et qu'en
conséquence, les civilisations s'acheminent vers
des crises et conflits qui provoqueront peut-être
leur disparition, à échéance du siècle
ou même du demi-siècle.
Or les nanotechnologies, si l'on en croît
les spécialistes, devraient offrir, au moins sur
le plan des essais en laboratoires, des solutions inattendues
et véritablement providentielles pour obtenir des
produits de substitution ne faisant appel qu'à
des matières premières et des énergies
simples et en grande quantité. Il faudrait donc
passer du laboratoire à la vraie grandeur. On obtiendrait
alors des ressources qui pourraient en grande partie remplacer
celles que produisent actuellement les agricultures et
les industries en détruisant l'écosystème.
Elles pourraient également contribuer à
la dépollution et à la transformation des
déchets. A terme, elles pourraient diriger la mécanosynthèse
d'innombrables composés susceptibles de servir
de substituts alimentaires et de participer à l'enrichissement
des organismes vivants et même de leurs systèmes
nerveux.
A quel coût écologique?
Mais à quel coût ? Laissons de côté
le coût économique qui fait partie des variables
ajustables. Le vrai coût à mesurer est celui
du bilan écologique (ecological footprint)
de telles fabrications. Plusieurs
conditions doivent alors être remplies pour
qu'il soit positif et pour que celles-ci puissent donc intervenir
massivement dans la protection de l'environnement et de
la nature, sans aggraver les risques actuels. Il faudrait
d'abord vérifier, et c'est véritablement là
le pas décisif à franchir avant d'investir
massivement dans les nanosciences, que l'humanité
pourrait grâce à elles produire de la complexité,
c'est-à-dire des richesses de toutes sortes, en n'utilisant
que de l'énergie primaire (par exemple les énergies
renouvelables, éventuellement l'énergie nucléaire),
avec des rendements suffisants pour que les produits obtenus
le soient à bas coût. Il faudrait aussi vérifier
que les matières premières de base utilisées
pour la synthèse des nouveaux composés soient
disponibles en grande quantité et sans risque pour
l'environnement, par exemple le sable et l'eau.
Les seuls investissements véritablement coûteux
à consentir intéresseraient alors les instruments
de laboratoires et machines outils capables de produire
les nanomatériaux et nano-objets, ainsi que la
matière grise (en principe infiniment renouvelable)
que les humains devraient investir en recherche développement
et en gestion pour développer ces procédés.
Mais là encore, en ce qui concerne les équipements
nécessaires à des productions industrielles,
des nanomachines regroupées en nanoateliers, évidemment
pilotés par des systèmes d'intelligence
artificielle autonomes, pourraient prendre le relais des
actuels équipements de laboratoires, dérivés
du microscope à effet tunnel et canons à
électrons qui ne peuvent actuellement que manipuler
les atomes un à un. Il pourrait alors s'agir
d'usines facilement exportables vers les pays du
tiers-monde, afin que ceux-ci ne restent pas exclus de
ces nouvelles sources de richesse.
On objectera que de telles perspectives relèvent
de la science-fiction. Elles le resteraient en effet si
les recherches/développements nécessaires
n'étaient pas consentis. Yan de Kerorguen
donne le montant des crédits aujourd'hui
consacrés aux nanotechnologies par les grandes
puissances. Les Etats-Unis, qui tiennent la tête
et font par rapport à l'Asie et à
l'Europe un effort considérable pour rester
dominants dans un domaine qu'ils considèrent
comme vital pour le maintien de leur suprématie,
y consacrent des sommes difficiles à calculer mais
qui ne dépassent pas les quelques dizaines de milliards
de dollars par an. Dans le même temps, la guerre
en Irak leur coûte tous les ans plus de 400 milliards.
On n'ose pas envisager où en serait la recherche
si des sommes de cette importance avaient été
investies régulièrement dans les nanosciences.
L'une des hypothèses sur lesquelles s'appuie
l'actuelle administration américaine pour
refuser d'entrer dans le protocole de Kyoto repose
précisément sur l'espoir que des technologies
de rupture pourraient permettre de continuer à
consommer sans restriction du pétrole et du gaz
tout en séquestrant le carbone, dépolluant
l'environnement, refroidissant le climat…Les
Américains pensent en particulier pour ce faire
aux nanotechnologies. Encore faudrait-il, comme nous venons
de le dire, qu'ils y affectent des moyens suffisants,
ce qui n'est pas le cas. Quant à l'Europe,
elle ne pourra évidemment pas continuer à
ne faire que des incursions timides dans ce nouveau domaine
des sciences et des techniques. On pourrait au contraire
considérer que la nouvelle posture qu'elle
adopte pour jouer un rôle pilote dans une Organisation
des Nations Unies pour l'écologie devrait
reposer sur les investissements massifs en nanosciences
qui lui seraient nécessaires.
Yan de Kérorguen rappelle dans son ouvrage, comme
il se devait de le faire, les risques possibles et les précautions
à prendre pour maîtriser ces risques. Inutile
de s'y appesantir ici. Il indique également que si
les nanotechnologies étaient un atout de plus dans
la main des pays riches pour ruiner davantage les pays pauvres
(par exemple grâce au remplacement du coton végétal
par des nanofibres), leur effet vis-à-vis de l'enjeu
majeur de la crise actuelle serait négatif. Cet enjeu,
rappelons-le, consiste à éviter la généralisation
de guerres de 4e Génération entre le Sud et
le Nord. Pour prévenir de tels catastrophes, si l'Amérique
ne le fait pas, l'Europe devrait dès le début
inviter les pays du Sud à participer avec ses propres
chercheurs et industriels au développement des nanosciences
et des nanoapplications.
Une conférence de
consensus
Nous serions tentés de suggérer, dans la
suite du livre de Yan de Kérorguen et d'un certain
nombre d'auteurs ayant abordé ces thèmes,
la tenue d'une conférence de consensus permettant
d'apporter une réponse, en termes plus scientifiques
que nous ne pouvons ici nous le permettre, à la
question déterminante : les nanotechnologies permettraient-elles
aujourd'hui de fabriquer des ressources vitales pour presque
rien ? Après tout, c'est bien ce qu'a fait le système
solaire et bien d'autres systèmes analogues au
sein du cosmos : produire des richesses à partir
de la lumière et des atomes élémentaires.
Si la grande crise environnementale poussait l'humanité
à franchir ce pas décisif, nos descendants
pourraient la remercier.
Note:
L'auteur a bien voulu nous adresser le message
suivant, dont nous le remercions:
"Je crois comme vous que
les nanos ont un grand avenir dans le domaine de l'environnement
et c'est la raison pour laquelle la prise de risque en nanos
me paraisse devoir l'emporter sur la précaution.
Et je trouve dommage qu'en ces temps de catastophisme il
y ait si peu d'esprits éclairés pour "positiver"
et dire que des solutions existent, des solutions que peut-être
nous ne connaissons pas (dans la recherche fondamentale!!).
A mon avis,la précaution est une question de régulation
sociale. Mais surtout ne pas interdire le progrès,
comme certains seraient tentés de le faire avec les
nanos.
Vaste débat..."