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| Science et politique
La Grande Crise et le retour aux économies
mixtes
Troisième partie. Les devoirs des scientifiques
par
Jean-Paul Baquiast et Christophe Jacquemin
3 février 2007
|
Si parler des devoirs des scientifiques semble sous-entendre
qu'ils ont une responsabilité morale particulière
face à la Crise qui s'annonce, alors c'est effectivement
ce que nous pensons !
La communauté scientifique dispose du savoir ; certes
relatif, souvent biaisé. Néanmoins il est là
et les scientifiques sont les seuls capables d'en faire bénéficier
le reste de l'humanité. Face à une crise qui
mettra sans doute en danger l'avenir même des civilisations,
ils ne peuvent s'isoler dans leur tour d'ivoire et doivent
au contraire se mobiliser au service du bien commun. Certains
diront que les scientifiques ne sont pas ici particulièrement
qualifiés car beaucoup sont aussi ceux par qui la Crise
est arrivée. Ce sont en effet leurs compétences
qui ont permis le développement de technologies dont
nombre d'hommes ont fait mauvais usage. Nous ne reprendrons
pas cet argument qui aboutirait à réveiller
le fantasme selon laquelle la science est globalement nuisible.
Néanmoins, comme un grand nombre de scientifiques collaborent
à des programmes civils et militaires dits de souveraineté
qui ne sont pas destinés à être publiés
et qui pourraient en principe être détournés
par des utilisateurs malveillants, ils se doivent de rester
vigilants quant aux retombées néfastes possibles
de ces programmes. Leur devoir est d'expliquer à la
société tout entière les risques qu'ils
peuvent entraîner. Dans les cas graves, ils ne doivent
pas hésiter à démissionner quittes à
compromettre leur carrière. C'est ce que l'on appelle
dans d'autres circonstances le devoir de retrait.
Les
scientifiques ont donc un rôle essentiel à
jouer pour prévoir et diagnostiquer la Crise, étudier
ses effets, proposer des remèdes. Mais il ne faut
pas se bercer d'illusions. A elle seule, la communauté
scientifique ne pourra pas étudier en profondeur
les différents aspects de la Crise. Elle ne pourra
pas davantage l'empêcher de se produire ou porter
remède à ses conséquences. Il n'existe
pas dans le monde actuel de Pouvoir scientifique suffisamment
indépendant et suffisamment fort pour lutter efficacement
contre les forces économiques et politiques qui provoquent
la Crise(1). Il faudra donc que
les scientifiques s'allient avec les mouvements réformateurs
et d'opinions qui voudront s'opposer aux effets destructeurs
du libéralisme sans contrôle et de l'impérialisme.
Les scientifiques devront jouer notamment à cette
fin le rôle de conseillers techniques au service des
politiques publiques de lutte contre la crise.
Dans cet article, nous préciserons les catégories
de scientifiques particulièrement concernés
par la lutte contre la crise environnementale, les valeurs
qui devraient les animer et les modes d'action dans lesquels
ils devraient s'engager. Il ne s'agit évidemment
que de propositions, sachant bien que nous ne disposons
pas de titre particulier pour nous ériger en autorité
morale. Mais il faut bien amorcer les discussions.
Les
scientifiques concernés par la crise
On
mentionnera en premier ceux qui sont, si l'on peut dire,
à la pointe du combat :
-
Les quelques milliers de climatologues, météorologues,
océanologues, géologues qui étudient
l'évolution globale de la Terre et les conséquences
qu'entraîne la production de GES et le réchauffement
qui en résulte sur les paramètres physiques.
Ce sont eux dont les porte-parole constituent les effectifs
du GIEC lequel, rappelons-le, s'inscrit dans la démarche
internationale des Nations Unies pour l'étude et
la prévention de la crise climatique. Ce rapport
n'est que le début du combat, amorcé voici
bientôt 15 ans dans l'indifférence et l'hostilité
générale. Il faudra étendre ce travail,
l'approfondir et surtout vérifier les suites pratiques
qui lui seront données. (image ESA,
satellite MetOp).
-
Les
dizaines de milliers de biologistes qui étudient
la vie et la répartition des espèces vivantes,
leur évolution dans le temps et, aujourd'hui, les
risques de disparition plus ou moins rapide menaçant
beaucoup d'entre elles.
-
Les
dizaines de milliers de géographes, anthropologues,
médecins, économistes qui étudient
la répercussion des phénomènes climatiques
et environnementaux sur la vie des sociétés
humaines, notamment celles du tiers-monde qui sont les
plus menacées.
-
Mais
l'action des précédents n'aurait pas beaucoup
d'efficacité si elle n'était pas relayée
et soutenue par celle de tous les autres scientifiques,
ingénieurs et techniciens qui participent aux recherches,
développements et applications intéressant
les sciences ayant de près ou de loin des impacts
sur les équilibres climatiques, la biodiversité,
la santé animale et humaine. On citera les sciences
et techniques de l'énergie sous ses diverses formes,
la chimie et les sciences émergentes des biotechnologies
et des nanotechnologies, les technologies du transport
et bien d'autres.
Il
faudra ajouter à ces listes les spécialistes
des sciences économiques, politiques, administratives
et humaines dont les compétences sont indispensables
pour mesurer les impacts de la crise et proposer les remèdes
appropriés. Dans la suite du rapport
Stern, on constate qu'il faut désormais mener des
actions politiques et administratives «dirigistes»
pour revenir sur le libéralisme absolu et l'impérialisme
des grandes puissances dont la protection de l'environnement
n'est pas encore le premier souci. Pour cela, il faudra l'engagement
de fonctionnaires publics, d'hommes politiques et, bien évidemment,
de consultants privés pour qui ce combat devra devenir
une véritable activité professionnelle. Il n'y
a pas lieu de s'en inquiéter, pourvu que ces consultants
veillent à ne pas déformer le discours des scientifiques,
mais plutôt à lui permettre de se traduire en
données accessibles au grand public et par conséquent
en décisions économiques et politiques(2).
Plus
généralement, toutes les personnes ayant des
compétences dans le domaine scientifique et technique,
comme dans l'enseignement et la communication intéressant
les sciences et les technologies, devraient désormais
se considérer comme impliquées par les débats
entre intérêts économiques, citoyens et
forces politiques concernant le sujet. Ceci veut dire que
l'environnement, du fait de l'émergence de la crise
climatique, loin de rester confiné à quelques
spécialistes et militants comme il l'était jusqu'à
présent, doit devenir une préoccupation majeure
de tous.
Les valeurs
Quelles
valeurs doivent animer l'engagement des scientifiques énumérés
ci-dessus afin de le transformer en un devoir aussi bien moral
que politique ?
-
C'est
d'abord au nom de l'objectivité et de l'universalité
de la recherche (notamment universitaire) et du savoir
en découlant que les scientifiques de tous pays
doivent se sentir mobilisés. Ils sont les seuls
à disposer de la compétence d'expertise
nécessaire à l'évaluation de la crise
et à la proposition de solutions techniques permettant
de lutter contre elle. L'opinion, souvent trompée
par ceux qui voudraient continuer à exploiter sans
contradicteurs l'ignorance des citoyens, tend à
se méfier des experts, dont on dénonce volontiers
les contradictions, les erreurs ou le manque de neutralité.
Mais il s'agit d'une erreur profonde. Les méthodes
scientifiques expérimentales sont les seules à
fournir des descriptions du monde aussi objectives que
possible, et dont irremplaçables. Ni les incantations
ni les vœux pieux ne pourront les remplacer.
-
Mais
il ne suffit pas qu'existe un savoir scientifique. Le
savoir conservé par-devers soi devient élitiste
et inefficace. Il faut le partager, c'est-à-dire
le communiquer et le discuter. On doit considérer
la recherche, comme il est d'ailleurs de règle
dans la tradition républicaine, comme liée
à l'enseignement et à la démocratie
politique et sociale. Selon le mot à la mode, il
est donc important que dans une société
démocratique soient organisés de véritables
dialogues participatifs entre les experts, les médias
dont le rôle est également essentiel et tous
ceux qui sous diverses formes peuvent représenter
les citoyens.
-
Les
dialogues deviennent difficiles quand ils mettent en
contact des interlocuteurs défendant des intérêts
très différents, même lorsqu'en
apparence ils convergent vers le même but. C'est
ce que l'on constate entre experts du monde dit développé
et experts provenant du tiers-monde. Les dialogues tournent
vite aux accusations réciproques. Il faut donc
qu'au-delà de la démocratie, les scientifiques
soient animés d'un sens aigu de la fraternité
et de la nécessaire égalité devant
être assurée à terme entre tous
les citoyens du monde. On retrouve là les grandes
valeurs de la république, mais elles devront
être traduites en comportements réels et
en actes, plutôt que rester des proclamations
d'intention.
Comment
agir ?
Au-delà
du dialogue, des décisions doivent être prises.
Dans les démocraties, ces décisions sont de
la compétence des représentants politiques,
au niveau des institutions internationales, des organisations
étatiques et des collectivités locales. En
Europe, où les institutions européennes partagent
désormais la responsabilité des grandes politiques
avec les gouvernements nationaux, le rôle de Parlement
européen et de la Commission est également
essentiel. Là encore, les scientifiques ont un devoir
d'ingérence vis-à-vis des décideurs,
que nul ne pourrait tenir à leur place. Ils doivent
évidemment tout faire pour que leurs diagnostics
remontent les «allées du pouvoir» afin
de toucher les décideurs finaux, ministres, chefs
d'Etat et aussi chefs d'entreprises(3).
Si
nécessaire, ils se doivent de dénoncer les
non-décisions, les faux-fuyants ou les décisions
contraires à l'intérêt général
caractérisant beaucoup de gouvernements confrontés
à la nécessité d'affronter directement
les grands intérêts économiques ou les
résistances de certaines catégories d'électeurs.
On
devine que cela n'est pas sans risques. Affronter les forces
économiques dominantes et les pouvoirs politiques
qui les soutiennent peut se traduire par des suppressions
de moyens de recherche, des sanctions relative aux déroulements
de carrière et même des menaces physiques.
Face
à des enjeux mettant en cause des milliards de dollars
et des stratégies géopolitiques impitoyables,
la nécessaire indépendance que l'on attend des
scientifiques n'est pas à prendre à la légère.
Elle doit s'exercer sur de nombreux plans
: vis-à-vis des idéologies, qu'elles soient
politiques ou religieuses ; vis-à-vis des intérêts
financiers et de la monétarisation de la société
; vis-à-vis des partis politiques et des gouvernements
; vis-à-vis des nationalismes et des ethno-centrismes
divers.
Face
à la crise, nous distinguons deux grandes catégories
de devoirs adressés aux scientifiques :
Le
devoir d'alerter
Celui-ci, face aux développements de la crise pourra
se traduire par des engagements personnels de plus en
plus importants. On distinguera :
-
L'alerte
face aux phénomènes géoclimatiques
et biologiques traduisant le développement de la
crise. On a vu récemment le rôle essentiel
qu'ont joué les climatologues dénonçant
le refus de voir et d'étudier le réchauffement
climatique. Mais d'innombrables communications de même
nature sont produites par des scientifiques étudiant
des aspects particuliers de la crise, en s'opposant le
plus souvent aux intérêts économiques
qui nient ces aspects. Malheureusement, leurs travaux
et leurs mises en garde ne sont pas assez connus du public
ni des décideurs. Ils restent confinée dans
les publications scientifiques. Si les médias les
évoquent, c'est de façon superficielle et
vite effacée par d'autres actualités.

-
Il
ne s'agit pas seulement de la crise climatique mais des
multiples formes par lesquelles l'homme exploite jusqu'à
la destruction les milieux naturels. On citera ici l'exemple
navrant de la surexploitation des ressources marines.
L'annonce faite par les experts concernant la disparition
prochaine des espèces nobles, du fait de la surpêche,
n'a toujours pas entraîné de réaction
efficace. L'Europe est la première coupable, car
ses Etats sont avec quelques autres dont le Japon (sans
parler de ceux qui encouragent le braconnage industriel),
principalement responsable du désastre annoncé.
Mais que sera un monde sans poissons ?
-
L'alerte face aux risques chimiques, biologiques et sanitaires
provenant de recherches ou de production guidées
par la recherche d'un profit immédiat. C'est ce
qui est advenu lors de la mobilisation contre la mise
sur le marché de produits chimiques dont la dangerosité
n'était pas suffisamment évaluée
(programme européen REACH). Mais on sait que l'envahissement
des marchés de consommation par des produits dangereux,
mal expertisés et parfois volontairement non identifiés,
se poursuit à un rythme toujours accru.
-
L'alerte
face aux programmes de recherche militaire développés
dans le secret et refusant généralement
de façon systématique la prise en compte
des risques collatéraux ou des retombées
mortelles. Il s‘agit de ce que l'on nomme traditionnellement
les armes Atomiques, Bactériologiques et Chimiques.
Avec le développement des sciences dites NanoBioInfoCogno,
leur panoplie ne cesse de s'étendre. L'action des
scientifiques est dans ce domaine particulièrement
difficile, cependant nul chercheur ne devrait pouvoir
s'autoriser à la complicité aveugle, même
pour protéger ses intérêts de carrière
ou par devoir patriotique. Il serait irréaliste
de prétendre proscrire de telles recherches, mais
un minimum de transparence devrait être assurée(4).
Le devoir d'action engagée
Au-delà
de la mise en alerte, qui est déjà une forme
d'action que certains n'osent entreprendre, l'aggravation
de la crise environnementale devra susciter l'engagement
dans l'action concrète de la part de scientifiques
impatients de faire bouger les multiples pesanteurs. Les
formes d'action engagée sont multiples. Les organisations,
ONG et associations, prolifèrent, notamment dans
le monde dit « altermondialiste ». Les scientifiques
ont intérêt à les rejoindre , pour se
faire entendre, en choisissant celles les plus adaptées
aux objectifs recherchés. Mais une difficulté
consiste à ne pas se faire manipuler par des groupes
extrémistes recherchant l'agitation et le désordre
des esprits pour l'intérêt personnel de leurs
membres. Comme dans toutes les affaires humaines, de tels
opportunistes sont nombreux et font du tort aux meilleures
causes. La défense de l'environnement est riche en
excités divers plus dangereux qu'utiles. On citera
les activistes, fréquents en Grande Bretagne, qui
détruisent les laboratoires ou agressent les chercheurs
se livrant à l'expérimentation animale. Si
cette cause peut être défendue, ce n'est certainement
pas par de tels moyens(5).
 |
Graphique
par lequel Exxon Mobile justifie l'expansion de la consommation,
de la production de brut et des capacités de
raffinage aux Etats-Unis, dont la firme
espère de nouveaux profits. Rappelons qu'Exxon
vient d'annoncer à la fois des
bénéfices considérables (plusieurs
dizaines de $milliards) et l'offre de récompenses
aux scientifiques qui fourniront les arguments les meilleurs
pour remettre en question
le rapport du GIEC qui vient d'être déposé
à l'Unesco. |
A l'inverse, il conviendra d'évaluer les politiques
et produits pouvant avoir l'effet contraire. Il s'agira
de procéder à des études approfondies,
supposant aussi bien la référence aux technologies
que des estimations économiques, budgétaires
(fiscales) et sociologiques. Nous en avons donné
des exemples dans un article précédent, consacré
au calcul du coefficient d'empreinte écologique.
Plus généralement, toutes les politiques,
qu'elles soient déjà mises en œuvre ou
seulement proposées, devraient faire l'objet d'évaluations
contradictoires de cette nature. Les conclusions n'en seront
jamais simples, mais elles permettront cependant de conduire
la discussion sur des bases relativement objectives et non
sur des a priori ou des arguments volontairement faussés.
Ce genre de travail pourra être fait par des scientifiques
et experts de façon bénévole, en dehors
de leurs activités professionnelles principales(6).
-
Pour
beaucoup viendra la tentation de s'engager professionnellement
dans des recherches ou au service d'entreprises développant
des solutions susceptibles d'apporter des remèdes
à la crise. Les prochaines années verront
se développer un large appel à la réalisation
de solutions multiples, petites ou grandes, en matière
d'énergies renouvelables, de matériaux,
de produits de consommation intégrant les nouvelles
technologies propres. Beaucoup de carrières déjà
entreprises pourront sans doute être reconverties
pour servir de telles recherches et développement.
Les jeunes chercheurs seront aussi sans doute fortement
tentés de s'y intéresser. Il y aura là
des champs d'action concrète considérables.
-
Nombre
de chercheurs souhaiteront également participer
aux échanges de compétences et d'expériences
avec les pays du tiers monde. Là encore, les
occasions de s'employer seront innombrables.
- Dans
toutes ces actions, la communication sera indispensable,
utilisant les multiples ressources du web (web 2.0 et web
3.0). Les outils disponibles sont et seront nombreux. Encore
faudra-t-il savoir les maîtriser, comme le montrent
les ONG anglo-saxonnes. Selon l'expression traditionnelle,
"le faire-savoir" comptera autant que le "savoir-faire".
Notes
(1) Encore que... On sait qu'après
1946 le mouvement Pugwash a eu un rôle important pour
décourager l'utilisation des armes atomiques. Il
poursuit d'ailleurs son action en l'étendant aux
autres risques http://www.pugwash.org/
(2) Citons en exemple le site de Jean-Marc
Jancovici, Manicore, qui nous parait une bonne référence
à cet égard http://www.manicore.com/
(3) Sur ce point l'action de Nicolas
Hulot en France a paru très utile. Mais elle ne peut
à elle seule résumer toutes les actions concrètes
qui seraient nécessaires. Aux Etats-Unis, pays du
libéralisme et de l'impérialisme exacerbés,
de nombreux scientifiques ont su conseiller des hommes politiques
contestataires, notamment Al Gore, dont le film «
Une vérité qui dérange » a joué
un rôle important pour la prise de conscience qui
commence à se faire dans ce pays et dans les autres.
(4) Voir le bon exemple donné par
une association de scientifiques britanniques travaillant
pour la défense, intitulée Scientists for Global
Responsability http://www.sgr.org.uk/
(5) Le roman "Le parfum d'Adam",
de Jean-Christophe Ruffin, décrit de façon
il est vrai caricaturale l'action de groupes terroristes
s'inscrivant dans la tradition américaine ancienne
de la Deep Ecology (voir notre chronique dans ce numéro).
(6) Ne soyons pas naïfs. Comme les
humains mêlent inextricablement les comportements
agressifs et le sens de l'intérêt général,
nous verrons, avec le développement souhaitable des
notes attribuées par les experts aux objets et usages
au regard de leur "poids en CO2", se multiplier
les accusations et procès en sorcellerie, fondés
ou pas. Ce sera inévitable et d'ailleurs sain. Mais
il faudra raison garder. On peut trouver utile de donner
mauvaise conscience aux possesseurs de 4/4 en ville. Non
seulement ils devraient être imposés sévèrement
mais aussi sentir qu'ils sont considérés comme
inciviques. Par contre, lorsqu'on reproche à Ségolène
Royal de préconiser l'attribution gratuite d'un permis
de conduire aux jeunes, de façon à faciliter
leur entrée dans la vie professionnelle, on ne peut
lui reprocher d'encourager l'usage immodéré
de la voiture. Ceux qui lui font ce procès voudraient
en fait se réserver le droit aux voitures (et aux
4/4) mais en priver les pauvres. C'est là le prototype
de l'attitude des riches qui ne veulent faire aucune économie
d'énergie, mais demandent aux pays sous-développés
ou au prolétariat de faire tout l'effort.
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