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Science et politique
La Grande Crise et le retour aux économies mixtes
Deuxième partie. Le retour aux économies
mixtes
par
Jean-Paul Baquiast et Christophe Jacquemin
30 janvier 2007
|
Nous
avons souligné dans l'article
précédent que c'est l'exploitation sans
limites des milieux naturels par les hommes qui provoque la
Crise. De plus, nous avons montré qu'au-delà
d'une pression démographique certes excessive - et
qu'il faudra réduire, la responsabilité de cette
surexploitation de la nature tient principalement à
la liberté que s'accordent les intérêts
économiques et étatiques les plus puissants
pour refuser, au nom du libéralisme économique
et de leur droit à la souveraineté, tout contrôle
extérieur de leurs comportements, fussent-ils destructeurs.
Mais
nous devons aller plus loin que cette constatation. Nous devons
nous demander comment, compte tenu des caractéristiques
et effets de la crise, il sera possible de fédérer
les résistances de ceux qui refusent de laisser une
petite minorité de super-décideurs mettre en
péril le monde tout entier. Pour cela, il faut d'abord
ici rappeler ce que l'avenir nous réserve si rien n'est
fait pour combattre les abus du libéralisme et de l'impérialisme.
Les
scientifiques et nombre de groupes de réflexion géopolitiques
se sont mis aujourd'hui à peu près d'accord
sur les scénarios par lesquels se traduira, lors des
vingt à cinquante prochaines années, la grande
Crise climatique et environnementale qui s'esquisse actuellement.
Ces scénarios sont tous pessimistes, comme le montre
le dernier rapport du Groupe d'experts intergouvernemental
sur l'évolution du climat (Giec) présenté
à Paris le 4 février 2007. Encore ce rapport
ne porte-t-il que sur le réchauffement et ne traite
pas de tous les autres aspects de la crise environnementale.
Par ailleurs, il n'évoque que superficiellement les
conséquences politiques à long terme de cette
crise, notamment en termes d'affrontements entre sociétés
riches et pauvres.
Les
pires de ces conséquences pourraient sans doute être
évitées par des mesures politiques appropriées.
Mais la prudence consiste à se persuader, non seulement
du fait que la crise est engagée, mais que les scénarios
les plus noirs sont possibles. Toute prévision, pour
être utile, doit tenir compte du fait que des phénomènes
non prévus ou relativement peu probables peuvent survenir
– surtout si ceux-ci sont susceptibles de générer
des catastrophes. Ajoutons que les prévisions pessimistes,
même si elles ne se concrétisent pas aussi vite
et aussi dramatiquement que prévu, ont l'avantage d'alerter
les opinions publiques. Si on ne suscite pas la peur, aucune
réaction salvatrice ne sera possible, compte tenu des
sacrifices qu'il faudra consentir pour limiter les dégâts
ou pour en partager les impacts.
Les
manifestations de la Crise
Que
disent les experts concernant la crise climatique, telle qu'elle
peut être observée aujourd'hui et telle qu'elle
pourrait l'être dans les prochaines décennies
? Ceci fait l'objet de nombreuses communications, mais il
n'est pas inutile ici d'en présenter un résumé.
Insistons au préalable sur le fait que cette crise
n'est et ne sera pas seulement climatique, mais aussi environnementale.
Autrement dit, même si le climat mondial ne changeait
pas, les pressions actuellement exercées sur les milieux
naturels suffiraient, si elles se poursuivaient, à
détruire l'écosystème et sans doute à
compromettre la survie même de l'humanité :
-
Le danger sur lequel on insiste aujourd'hui en priorité
concerne le réchauffement des températures moyennes.
Celui-ci est peut-être en partie naturel, correspondant
à des cycles séculaires, mais il a été
considérablement accéléré, en
quelques années, par la production des gaz à
effet de serre (CO2 et méthane) d'origine
humaine. La rapidité du réchauffement empêche
la mise en place de processus d'adaptation se produisant sur
des cycles longs, notamment de la part des espèces
vivantes. (photo Nasa. En blanc l'actuel
océan arctique en été par rapport à
ses limites, en jaune, il y a quelques années).
Le
réchauffement entraînera une élévation
du niveau des mers et la destruction de zones littorales habitées
ou fertiles, l'accroissement de la désertification
et du nombre des phénomènes atmosphériques
violents.
- De
ce fait, et aussi par suite des prélèvements
excessifs et des pollutions chimiques résultant des
activités humaines, des extinctions massives d'espèces
vivantes, qui sont en train de se produire, s'accéléreront
jusqu'à menacer 80% de leur nombre. La réduction
de la biodiversité se fera au détriment des
espèces complexes. Elle profitera sans doute aux
formes de vie parasitaires, microbiennes et virales pathogènes
pour les espèces complexes.
- Ces
différentes transformations aggraveront les maux
divers touchant déjà les pays pauvres. Dans
un premier temps, ce sont leurs populations qui supporteront
l'essentiel du poids de la crise. Quelle que soit la force
de leurs égoïsmes, les pays riches ne pourront
pas se désintéresser du sort des pauvres.
Les intérêts des humains sont trop imbriqués
pour que les malheurs des uns ne se répercutent pas
sur la prospérité des autres. Il faudrait
donc dès maintenant organiser à grande échelle
des mécanismes de transfert de ressources et de compétences
du Nord vers le Sud.
Si
rien n'est fait en ce sens, on verra se réaliser les
scénarios noirs évoqués ci-dessus. Répétons
que de tels scénarios devraient pouvoir être
évités, mais ne sont pas du tout improbables.
Il faut au contraire les considérer comme possibles
et peut-être même imminents. Citons :
- Le
développement des conflits de moyenne à haute
intensité pour l'accès aux matières
premières et aux ressources vitales. Ces conflits
pourront prendre la forme de ce que l'on nomme désormais
les guerres de 4e génération, dites aussi
du faible au fort.
- La
destruction des sociétés traditionnelles,
y compris des sociétés démocratiques
dans les pays riches, et leur remplacement par des dictatures
politiques, religieuses ou simplement criminelles.
- La
fuite dans l'irrationnel et la folie de milliards d'humains.
Ce serait la fin du rationalisme scientifique sur lequel
l'Occident comptait depuis le siècle des Lumières
pour guider l'humanité vers des destinées
meilleures.
Un
dernier point, essentiel, doit être ajouté aux
prévisions. Il s'agit de l'incapacité dans laquelle
se trouvent les sciences et les techniques (sauf révolution
improbable) à développer en temps et en quantité
utiles les nouvelles ressources et protections que pourtant
en théorie elles pourraient fournir. Il faut évidement
favoriser la recherche de solutions véritablement innovantes
qui seront de toutes façons utiles, mais il ne faut
pas faire comme les Etats-Unis aujourd'hui, c'est-à-dire
prendre prétexte de futurs progrès techniques
pour refuser les contraintes qui s'imposent déjà.
Une
mobilisation internationale
On évoque dorénavant de nombreuses stratégies,
souvent très différentes, qui permettraient
de lutter contre la crise ou d'en diminuer les effets destructeurs.
Les unes relèvent quasiment de la morale individuelle
(économiser l'énergie domestique ou protéger
les oiseaux...). Les autres reposent sur des mesures gouvernementales
que des Etats plus sensibilisés que les autres devraient
imposer à leurs citoyens (par exemple une «taxe
carbone»). Aucune de ces stratégies n'est à
rejeter. Mais, comme la crise est globale, ce sera au plan
international qu'il faudra s'efforcer d'agir en priorité.
C'est
heureusement ce qui a commencé à se produire
avec le protocole dit de Kyoto visant à limiter la
production des gaz à effet de serre (GES)(1).
Mais le protocole n'a pas été signé par
les Etats-Unis et d'autres Etats développés
pourtant gros producteurs de GES. Il n'est pas non plus signé
par des pays émergents tels la Chine et l'Inde dont
les émissions encore relativement faibles au regard
de celles des pays développés, vont croître
très rapidement. Ces pays à juste titre ne veulent
pas s'engager alors que les Etats-Unis ne le font pas. Ceci
résulte directement de ce que nous avons montré
dans l'article précédent. La crise est provoquée
en grande partie par l'unilatéralisme d'un certain
nombre d'Etats qui ne veulent pas réduire leur croissance
ou celle des entreprises dépendant d'eux, quelles qu'en
soient les conséquences pour l'humanité dans
son ensemble.
De toutes façons, d'ici à 2012, ces outils,
s'ils sont pleinement appliqués, ne permettront de
réduire que de façon très limitée
les émissions des pays développés et
de légèrement infléchir celle des pays
en développement. Il va donc falloir passer à
une vitesse supérieure à partir de 2013. On
évoque aujourd'hui la nécessité de réduire
de 80% les émissions de GES. C'est tout l'enjeu de
la négociation actuelle sur le post-2012.
La première stratégie de lutte qui s'impose
aujourd'hui consiste donc à convaincre l'ensemble des
Etats, des grandes institutions et des grandes entreprises
qu'ils doivent s'entendre pour participer à une politique
véritablement internationale et fortement renforcée
en ce sens. D'une part et dans un premier temps, tous devront
ratifier le protocole de Kyoto. D'autre part, ils devront
dès maintenant prévoir son prolongement après
2012, tout en le rendant plus rigoureux.
Mais surtout, selon la même démarche diplomatique
impliquant l'ONU, de nouveaux trains de mesures beaucoup plus
exigeantes visant à limiter la production de GES et
à protéger les équilibres naturels devront
être décidées et mis en œuvre par
tous. Définir ces mesures fera l'objet de discussions
infinies et de résistances des intérêts
qui pourraient en être affectés. Mais ce ne sera
pas une raison pour ne rien faire. Parmi ces mesures, on évoquera
la taxation à des taux élevés voire l'interdiction
de certaines activités et certains produits particulièrement
polluants. De telles prohibitions n'auraient évidemment
d'effet que si elles étaient étendues au plan
mondial. A l'inverse, des subventions aux activités
et produits favorisant la conservation des milieux et des
ressources naturelles devront être organisées.
On devra aussi créer des réserves naturelles
pour protéger le biodiversité terrestre et maritime,
ce qui impliquera le dédommagement des populations
directement touchées.
Plus ambitieusement encore, certains experts pensent qu'il
faudra envisager, toujours au niveau de l'ONU :
- L'encouragement
de comportements de décroissance radicale de la consommation
et donc de la production et du commerce de biens matériels,
surtout si ceux-ci sont inutilement coûteux et sophistiqués.
Ce sont évidemment les pays riches qui devront donner
les premiers l'exemple d'une telle austérité.
On sait qu'aujourd'hui ils font le contraire, tout en persuadant
le monde entier, par la production d'images publicitaires
vantant la consommation/gaspillage, qu'il s'agit de modèles
à suivre pour accéder au bonheur(2).
- La mise
en place de processus d'épargne forcée redirigeant
les bénéfices et rémunérations
dépassant certains seuils vers des fonds permettant
de financer les recherches/développements nécessaires
à la lutte contre la crise. Ce fut cette pratique,
généralisée pendant les deux guerres
mondiales, qui permit un financement durable de l'effort de
guerre.
- La généralisation
du transfert de ressources et de compétences des pays
riches vers les pays pauvres, permettant notamment à
ces derniers de faire face aux effets dévastateurs
de la désertification, de la pollution de l'air et
de l'eau puis ultérieurement à la montée
des eaux océaniques. Il s'agira soit de grands travaux
de protection soit de la réinstallation durable des
populations victimes de la crise climatique. C'est évidemment
l'intérêt des pays riches de prévoir de
tels dispositifs puisque sans eux, des guerres pour le partage
des ressources vitales seront inévitables .
Des
politiques volontaristes de type réglementaire
Quelles seront les caractéristiques des diverses politiques
envisagées ci-dessus ? D'abord, elles n'auront d'effet
que si elles sont décidées par tous les acteurs
étatiques et économiques du monde global. Autrement
dit, elles devront instaurer une nouvelle règle mondiale.
Un multilatéralisme négocié au niveau
des institutions internationales remplacerait l'unilatéralisme
et l'impérialisme des actuelles superpuissances. Il
s'en suit que la première de celles-ci, l'Amérique,
ne pourrait plus continuer à fixer de facto en fonction
de ses seuls intérêts ce que doit être
la règle international.
Nous avons indiqué précédemment que l'Europe
- qui a déjà donné l'exemple du multilatéralisme
avec le rôle qu'elle a joué pour la promotion
du protocole de Kyoto - devra poursuivre ses efforts diplomatiques
pour convaincre les grandes puissances émergentes de
la suivre dans cette voie. Mais l'Europe ne sera crédible
qu'en prêchant par l'exemple, en s'appliquant à
elle-même les mesures rigoureuses et les sacrifices
qu'imposeront les diverses politiques énumérées
ci-dessus.
Par ailleurs, ces politiques ne pourront pas reposer sur la
bonne volonté de chacun et moins encore sur la perspective
de bénéfices à court terme. Ainsi, elles
marqueront la répudiation, dans de nombreux domaines,
du libéralisme économique aujourd'hui considéré
comme devant s'imposer au monde entier. Le nouvel ordre mondial
reposera sur des règles communes découlant d'accords
internationaux obligatoires, conclus au niveau de l'ONU puis
ratifiés par des textes législatifs et réglementaires
émanant des Etats ou des fédérations
d'Etats telle l'Union européenne. La juxtaposition
de ces divers textes instaurera une véritable économie
régulée ou réglementée au niveau
mondial, reprise et nuancée par chaque Etat à
son niveau. De véritables services publics internationaux
ou régionaux devront aussi être organisés,
par exemple pour la réalisation de grands travaux,
la protection de zones sensibles ou la formation des populations.
Pourra-t-on dans ces conditions maintenir l'objectif consistant
à généraliser le libre-échange,
c'est-à-dire l'ouverture complète des frontières
aux capitaux, aux marchandises et aux hommes ? Le libre-échange
est présenté par la doctrine libérale
comme une valeur essentielle de la mondialisation, permettant
de répandre au profit de tous, y compris des plus pauvres,
les bienfaits de la croissance. C'est sa généralisation
progressive qui justifie l'existence de l'Organisation mondiale
du commerce (OMC). Si les ressources étaient illimitées,
on pourrait admettre qu'il en soit ainsi. Mais dans le monde
de demain où il faudra répartir la rareté,
les échanges ne pourront s'organiser que sous la forme
d'ouvertures négociées et contrôlées.
L'OMC aura encore un rôle à jouer, mais seulement
pour encadrer les "bilatéralismes" ou "polylatéralismes",
si l'on peut dire. Il ne serait pas acceptable en effet que
les pays se donnant le mal de minimiser l'impact écologique
de leurs activités, ce qui renchérira les prix
de leurs produits, se voient concurrencés par d'autres
qui continueraient à ne prendre aucune précaution.
On se retrouverait dans la situation si nuisible aujourd'hui
à la construction européenne, où le refus
d'une harmonisation sociale et fiscale européenne provoque
une fuite des entreprises et des contribuables vers les Etats-membres
qui sacrifient leurs services publics et par conséquent
la compétitivité globale de l'Union.
Ceci
retentira immédiatement sur le statut juridique de
l'Union européenne. La plupart des modèles décrivant
la future Union reposent sur l'hypothèse que celle-ci
assurera non seulement l'harmonisation de ses grandes réglementations
régaliennes mais une protection minimum à ses
frontières extérieures communes. Ce besoin sera
encore plus grand quand l'Europe se sera impliquée
mieux qu'elle ne le fait actuellement dans la lutte contre
la crise climatique et environnementale, ce qui la désavantagera
au moins momentanément dans la compétition avec
d'autres parties du monde ayant refusé de combattre
efficacement la crise.
Des économies mixtes
Nous
décrivons là une économie mondiale réglementée.
Mais le terme d'économie réglementée
ne doit pas faire peur. Il ne s'agira pas de généraliser
un type d'économie entièrement dirigée
excluant le profit, sur le modèle de l'actuelle société
nord-Coréenne. A l'intérieur des règlements
protecteurs, il sera toujours possible et même souhaitable
de maintenir des domaines d'initiatives privées rémunérées
sur le mode capitalistique. C'est précisément
ce que prévoit actuellement le protocole de Kyoto avec
le système des bourses d'échanges des droits
d'émission. Les appels à la réalisation
de produits propres ou de technologies énergétiques
renouvelables feront également l'objet d'une mise en
concurrence entre acteurs publics et privés.
Par ailleurs, la plupart des Etats voudront conserver des
sphères d'initiatives privées et de profit capitaliste,
notamment là où elles seront neutres ou favorables
au regard de l'empreinte écologique. Cela serait souhaitable
afin d'éviter la généralisation de systèmes
bureaucratiques lourds. On verra donc cohabiter des secteurs
réglementés et des secteurs libres, ce qui concrétisera
le concept d'économies mixtes évoqué
dans le titre de cet article. La coexistence entre ces deux
secteurs ne sera pas facile. Elle générera de
nombreuses tentations de fraude et nécessitera en conséquence
la mise en place de contrôles. Mais il s'agira d'un
moindre mal par rapport à ce que représenterait
le maintien généralisé du libéralisme,
qui signifierait le refus de faire face à la Crise.
On devine que, dans ce schéma général,
la plus grande difficulté consistera à mettre
d'accord les principaux pays et les organisations et entreprises
dépendant d'eux, concernant la part qu'ils devront
prendre dans les inévitables sacrifices que tous devront
consentir. Il faudra notamment répartir les sacrifices
et les efforts proportionnellement aux ressources, mettre
en commun des budgets et des hommes, s'entendre sur des procédures
de gestion partagées. Quand on constate aujourd'hui
la quasi-impuissance où se trouvent les organisations
internationales pour mener des actions communes, l'ONU en
ce qui concerne le maintien de la paix, l'OMS dans le domaine
de la santé publique et bien d'autres, on ne peut qu'être
pessimistes.
Mais ce serait oublier que la Grande Crise, si elle tient
ses tristes promesses, mettra en péril tout l'équilibre
du monde. Elle serait un peu comparable à l'arrivée
d'un astéroïde qui détruirait la moitié
de la Terre. Dans ces conditions, l'humanité n'aurait
le choix qu'entre deux solutions : continuer à se déchirer
ou s'entendre pour survivre.
Rien ne garantit au demeurant qu'elle fera ce dernier choix.
Sur la planète, ce sera aux scientifiques d'essayer
de convaincre les opinions et à leur suite les décideurs
que toute autre attitude serait mortelle. Nous examinerons
cette action souhaitable des scientifiques dans le 3e
article de cette série.
Notes
(1) Les instruments
de réduction des émissions de gaz à effet
de serre prévus par le protocole de Kyoto sont entrés
en vigueur en février 2005. Ils sont de trois types.
Il y a d'abord un plafonnement des émissions de C02
et des cinq autres gaz à effet de serre des pays développés.
L'engagement de baisse est de 5 % sur la moyenne annuelle
2008-2010, relativement à 1990. Ce plafonnement est
assorti d'un système d'échange entre pays qui
permettra de privilégier les réductions dans
les pays où elles sont moins coûteuses. Ce système
d'échange sera, potentiellement à partir de
2008, le plus grand marché du carbone au monde.
Deux mécanismes complémentaires, dont le plus
important est le "mécanisme pour un développement
propre" (MDP), ont également été
introduits. Le MDP permet à des projets "propres",
réalisés dans des pays en développement
non soumis à des restrictions d'émissions, d'obtenir
des crédits correspondant aux émissions évitées.
Ces crédits sont ensuite transférables aux pays
développés, qui peuvent les utiliser pour respecter
leurs engagements. Les projets de MDP ont démarré
: 1 500 ont été soumis au secrétariat
de l'ONU qui gère le dispositif. Ils devraient générer
des réductions d'environ un milliard et demi de tonnes
d'équivalent CO2 jusqu'en 2012. C'est significatif,
mais bien moindre que l'accroissement prévu des émissions
dans les grands pays émergents du fait de la vigueur
de leur croissance.
Ces
dispositifs ont fait l'objet de nombreuses critiques, notamment
celles d'encourager, par la timidité des plafonds fixés
aux entreprises polluantes, la poursuite des pratiques actuelles.
Mais vu la difficulté de réaliser un accord
face à la conjonction des égoïsmes, il
ne fallait pas trop demander à un premier effort collectif
de limitation.
(2) Précisons s'il était
nécessaire que la décroissance n'affecterait
que les biens matériels, plus particulièrement
ceux ayant un impact sur les ressources mondiales. Il faudrait
en contrepartie encourager dans l'ensemble du monde la production
et la consommation des biens immatériels, axés
sur la connaissance, l'art et le ludique. Ceux-ci ne présentent
qu'un faible impact environnemental en contrepartie d'un apport
considérable de valeurs ajoutées intellectuelles
et imaginaires.
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