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Science et politique
La Grande Crise et le retour aux économies mixtes
Deuxième partie. Le retour aux économies mixtes

par Jean-Paul Baquiast et Christophe Jacquemin
30 janvier 2007

 

 

Outre l'éditorial, cet article prolonge ceux déjà publiés dans cette revue sur le même sujet, notamment :

* La Grande Crise et le retour aux économies mixtes. Première partie. Les causes profondes de la Crise http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2007/78/grandecrise.htm
* La Grande Crise. Peut-on calculer scientifiquement un coefficient d'empreinte écologique individuelle ? http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2007/78/monbiot.htm
* Apologie de la décroissance http://www.automatesintelligents.com/echanges/2006/dec/decroissance.html
* L'Europe a besoin d'un nouveau colbertisme http://www.automatesintelligents.com/edito/2006/nov/edito.html
* Le rapport Stern sur le changement climatique. Conséquences à tirer par les pays européens http://www.automatesintelligents.com/echanges/2006/nov/rapportstern.html

 

Nous avons souligné dans l'article précédent que c'est l'exploitation sans limites des milieux naturels par les hommes qui provoque la Crise. De plus, nous avons montré qu'au-delà d'une pression démographique certes excessive - et qu'il faudra réduire, la responsabilité de cette surexploitation de la nature tient principalement à la liberté que s'accordent les intérêts économiques et étatiques les plus puissants pour refuser, au nom du libéralisme économique et de leur droit à la souveraineté, tout contrôle extérieur de leurs comportements, fussent-ils destructeurs.

Mais nous devons aller plus loin que cette constatation. Nous devons nous demander comment, compte tenu des caractéristiques et effets de la crise, il sera possible de fédérer les résistances de ceux qui refusent de laisser une petite minorité de super-décideurs mettre en péril le monde tout entier. Pour cela, il faut d'abord ici rappeler ce que l'avenir nous réserve si rien n'est fait pour combattre les abus du libéralisme et de l'impérialisme.

Différents scénarios de montées des eaux en fonction du tempsLes scientifiques et nombre de groupes de réflexion géopolitiques se sont mis aujourd'hui à peu près d'accord sur les scénarios par lesquels se traduira, lors des vingt à cinquante prochaines années, la grande Crise climatique et environnementale qui s'esquisse actuellement. Ces scénarios sont tous pessimistes, comme le montre le dernier rapport du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec) présenté à Paris le 4 février 2007. Encore ce rapport ne porte-t-il que sur le réchauffement et ne traite pas de tous les autres aspects de la crise environnementale. Par ailleurs, il n'évoque que superficiellement les conséquences politiques à long terme de cette crise, notamment en termes d'affrontements entre sociétés riches et pauvres.

Les pires de ces conséquences pourraient sans doute être évitées par des mesures politiques appropriées. Mais la prudence consiste à se persuader, non seulement du fait que la crise est engagée, mais que les scénarios les plus noirs sont possibles. Toute prévision, pour être utile, doit tenir compte du fait que des phénomènes non prévus ou relativement peu probables peuvent survenir – surtout si ceux-ci sont susceptibles de générer des catastrophes. Ajoutons que les prévisions pessimistes, même si elles ne se concrétisent pas aussi vite et aussi dramatiquement que prévu, ont l'avantage d'alerter les opinions publiques. Si on ne suscite pas la peur, aucune réaction salvatrice ne sera possible, compte tenu des sacrifices qu'il faudra consentir pour limiter les dégâts ou pour en partager les impacts.

Les manifestations de la Crise

Que disent les experts concernant la crise climatique, telle qu'elle peut être observée aujourd'hui et telle qu'elle pourrait l'être dans les prochaines décennies ? Ceci fait l'objet de nombreuses communications, mais il n'est pas inutile ici d'en présenter un résumé. Insistons au préalable sur le fait que cette crise n'est et ne sera pas seulement climatique, mais aussi environnementale. Autrement dit, même si le climat mondial ne changeait pas, les pressions actuellement exercées sur les milieux naturels suffiraient, si elles se poursuivaient, à détruire l'écosystème et sans doute à compromettre la survie même de l'humanité :

photo Nasa. En blanc l'actuel océan arctique en été par rapport à ses limites, en jaune, il y a quelques années)- Le danger sur lequel on insiste aujourd'hui en priorité concerne le réchauffement des températures moyennes. Celui-ci est peut-être en partie naturel, correspondant à des cycles séculaires, mais il a été considérablement accéléré, en quelques années, par la production des gaz à effet de serre (CO2 et méthane) d'origine humaine. La rapidité du réchauffement empêche la mise en place de processus d'adaptation se produisant sur des cycles longs, notamment de la part des espèces vivantes. (photo Nasa. En blanc l'actuel océan arctique en été par rapport à ses limites, en jaune, il y a quelques années).

Le réchauffement entraînera une élévation du niveau des mers et la destruction de zones littorales habitées ou fertiles, l'accroissement de la désertification et du nombre des phénomènes atmosphériques violents.

  • De ce fait, et aussi par suite des prélèvements excessifs et des pollutions chimiques résultant des activités humaines, des extinctions massives d'espèces vivantes, qui sont en train de se produire, s'accéléreront jusqu'à menacer 80% de leur nombre. La réduction de la biodiversité se fera au détriment des espèces complexes. Elle profitera sans doute aux formes de vie parasitaires, microbiennes et virales pathogènes pour les espèces complexes.

  • Ces différentes transformations aggraveront les maux divers touchant déjà les pays pauvres. Dans un premier temps, ce sont leurs populations qui supporteront l'essentiel du poids de la crise. Quelle que soit la force de leurs égoïsmes, les pays riches ne pourront pas se désintéresser du sort des pauvres. Les intérêts des humains sont trop imbriqués pour que les malheurs des uns ne se répercutent pas sur la prospérité des autres. Il faudrait donc dès maintenant organiser à grande échelle des mécanismes de transfert de ressources et de compétences du Nord vers le Sud.

Si rien n'est fait en ce sens, on verra se réaliser les scénarios noirs évoqués ci-dessus. Répétons que de tels scénarios devraient pouvoir être évités, mais ne sont pas du tout improbables. Il faut au contraire les considérer comme possibles et peut-être même imminents. Citons :

  • Le développement des conflits de moyenne à haute intensité pour l'accès aux matières premières et aux ressources vitales. Ces conflits pourront prendre la forme de ce que l'on nomme désormais les guerres de 4e génération, dites aussi du faible au fort.

  • La destruction des sociétés traditionnelles, y compris des sociétés démocratiques dans les pays riches, et leur remplacement par des dictatures politiques, religieuses ou simplement criminelles.

  • La fuite dans l'irrationnel et la folie de milliards d'humains. Ce serait la fin du rationalisme scientifique sur lequel l'Occident comptait depuis le siècle des Lumières pour guider l'humanité vers des destinées meilleures.

Un dernier point, essentiel, doit être ajouté aux prévisions. Il s'agit de l'incapacité dans laquelle se trouvent les sciences et les techniques (sauf révolution improbable) à développer en temps et en quantité utiles les nouvelles ressources et protections que pourtant en théorie elles pourraient fournir. Il faut évidement favoriser la recherche de solutions véritablement innovantes qui seront de toutes façons utiles, mais il ne faut pas faire comme les Etats-Unis aujourd'hui, c'est-à-dire prendre prétexte de futurs progrès techniques pour refuser les contraintes qui s'imposent déjà.

Une mobilisation internationale

On évoque dorénavant de nombreuses stratégies, souvent très différentes, qui permettraient de lutter contre la crise ou d'en diminuer les effets destructeurs. Les unes relèvent quasiment de la morale individuelle (économiser l'énergie domestique ou protéger les oiseaux...). Les autres reposent sur des mesures gouvernementales que des Etats plus sensibilisés que les autres devraient imposer à leurs citoyens (par exemple une «taxe carbone»). Aucune de ces stratégies n'est à rejeter. Mais, comme la crise est globale, ce sera au plan international qu'il faudra s'efforcer d'agir en priorité.

C'est heureusement ce qui a commencé à se produire avec le protocole dit de Kyoto visant à limiter la production des gaz à effet de serre (GES)(1). Mais le protocole n'a pas été signé par les Etats-Unis et d'autres Etats développés pourtant gros producteurs de GES. Il n'est pas non plus signé par des pays émergents tels la Chine et l'Inde dont les émissions encore relativement faibles au regard de celles des pays développés, vont croître très rapidement. Ces pays à juste titre ne veulent pas s'engager alors que les Etats-Unis ne le font pas. Ceci résulte directement de ce que nous avons montré dans l'article précédent. La crise est provoquée en grande partie par l'unilatéralisme d'un certain nombre d'Etats qui ne veulent pas réduire leur croissance ou celle des entreprises dépendant d'eux, quelles qu'en soient les conséquences pour l'humanité dans son ensemble.

De toutes façons, d'ici à 2012, ces outils, s'ils sont pleinement appliqués, ne permettront de réduire que de façon très limitée les émissions des pays développés et de légèrement infléchir celle des pays en développement. Il va donc falloir passer à une vitesse supérieure à partir de 2013. On évoque aujourd'hui la nécessité de réduire de 80% les émissions de GES. C'est tout l'enjeu de la négociation actuelle sur le post-2012.

La première stratégie de lutte qui s'impose aujourd'hui consiste donc à convaincre l'ensemble des Etats, des grandes institutions et des grandes entreprises qu'ils doivent s'entendre pour participer à une politique véritablement internationale et fortement renforcée en ce sens. D'une part et dans un premier temps, tous devront ratifier le protocole de Kyoto. D'autre part, ils devront dès maintenant prévoir son prolongement après 2012, tout en le rendant plus rigoureux.

Mais surtout, selon la même démarche diplomatique impliquant l'ONU, de nouveaux trains de mesures beaucoup plus exigeantes visant à limiter la production de GES et à protéger les équilibres naturels devront être décidées et mis en œuvre par tous. Définir ces mesures fera l'objet de discussions infinies et de résistances des intérêts qui pourraient en être affectés. Mais ce ne sera pas une raison pour ne rien faire. Parmi ces mesures, on évoquera la taxation à des taux élevés voire l'interdiction de certaines activités et certains produits particulièrement polluants. De telles prohibitions n'auraient évidemment d'effet que si elles étaient étendues au plan mondial. A l'inverse, des subventions aux activités et produits favorisant la conservation des milieux et des ressources naturelles devront être organisées. On devra aussi créer des réserves naturelles pour protéger le biodiversité terrestre et maritime, ce qui impliquera le dédommagement des populations directement touchées.

Plus ambitieusement encore, certains experts pensent qu'il faudra envisager, toujours au niveau de l'ONU :

  • L'encouragement de comportements de décroissance radicale de la consommation et donc de la production et du commerce de biens matériels, surtout si ceux-ci sont inutilement coûteux et sophistiqués. Ce sont évidemment les pays riches qui devront donner les premiers l'exemple d'une telle austérité. On sait qu'aujourd'hui ils font le contraire, tout en persuadant le monde entier, par la production d'images publicitaires vantant la consommation/gaspillage, qu'il s'agit de modèles à suivre pour accéder au bonheur(2).

  • La mise en place de processus d'épargne forcée redirigeant les bénéfices et rémunérations dépassant certains seuils vers des fonds permettant de financer les recherches/développements nécessaires à la lutte contre la crise. Ce fut cette pratique, généralisée pendant les deux guerres mondiales, qui permit un financement durable de l'effort de guerre.

  • La généralisation du transfert de ressources et de compétences des pays riches vers les pays pauvres, permettant notamment à ces derniers de faire face aux effets dévastateurs de la désertification, de la pollution de l'air et de l'eau puis ultérieurement à la montée des eaux océaniques. Il s'agira soit de grands travaux de protection soit de la réinstallation durable des populations victimes de la crise climatique. C'est évidemment l'intérêt des pays riches de prévoir de tels dispositifs puisque sans eux, des guerres pour le partage des ressources vitales seront inévitables .

Des politiques volontaristes de type réglementaire

Quelles seront les caractéristiques des diverses politiques envisagées ci-dessus ? D'abord, elles n'auront d'effet que si elles sont décidées par tous les acteurs étatiques et économiques du monde global. Autrement dit, elles devront instaurer une nouvelle règle mondiale. Un multilatéralisme négocié au niveau des institutions internationales remplacerait l'unilatéralisme et l'impérialisme des actuelles superpuissances. Il s'en suit que la première de celles-ci, l'Amérique, ne pourrait plus continuer à fixer de facto en fonction de ses seuls intérêts ce que doit être la règle international.

Nous avons indiqué précédemment que l'Europe - qui a déjà donné l'exemple du multilatéralisme avec le rôle qu'elle a joué pour la promotion du protocole de Kyoto - devra poursuivre ses efforts diplomatiques pour convaincre les grandes puissances émergentes de la suivre dans cette voie. Mais l'Europe ne sera crédible qu'en prêchant par l'exemple, en s'appliquant à elle-même les mesures rigoureuses et les sacrifices qu'imposeront les diverses politiques énumérées ci-dessus.

Par ailleurs, ces politiques ne pourront pas reposer sur la bonne volonté de chacun et moins encore sur la perspective de bénéfices à court terme. Ainsi, elles marqueront la répudiation, dans de nombreux domaines, du libéralisme économique aujourd'hui considéré comme devant s'imposer au monde entier. Le nouvel ordre mondial reposera sur des règles communes découlant d'accords internationaux obligatoires, conclus au niveau de l'ONU puis ratifiés par des textes législatifs et réglementaires émanant des Etats ou des fédérations d'Etats telle l'Union européenne. La juxtaposition de ces divers textes instaurera une véritable économie régulée ou réglementée au niveau mondial, reprise et nuancée par chaque Etat à son niveau. De véritables services publics internationaux ou régionaux devront aussi être organisés, par exemple pour la réalisation de grands travaux, la protection de zones sensibles ou la formation des populations.

Pourra-t-on dans ces conditions maintenir l'objectif consistant à généraliser le libre-échange, c'est-à-dire l'ouverture complète des frontières aux capitaux, aux marchandises et aux hommes ? Le libre-échange est présenté par la doctrine libérale comme une valeur essentielle de la mondialisation, permettant de répandre au profit de tous, y compris des plus pauvres, les bienfaits de la croissance. C'est sa généralisation progressive qui justifie l'existence de l'Organisation mondiale du commerce (OMC). Si les ressources étaient illimitées, on pourrait admettre qu'il en soit ainsi. Mais dans le monde de demain où il faudra répartir la rareté, les échanges ne pourront s'organiser que sous la forme d'ouvertures négociées et contrôlées. L'OMC aura encore un rôle à jouer, mais seulement pour encadrer les "bilatéralismes" ou "polylatéralismes", si l'on peut dire. Il ne serait pas acceptable en effet que les pays se donnant le mal de minimiser l'impact écologique de leurs activités, ce qui renchérira les prix de leurs produits, se voient concurrencés par d'autres qui continueraient à ne prendre aucune précaution. On se retrouverait dans la situation si nuisible aujourd'hui à la construction européenne, où le refus d'une harmonisation sociale et fiscale européenne provoque une fuite des entreprises et des contribuables vers les Etats-membres qui sacrifient leurs services publics et par conséquent la compétitivité globale de l'Union.

Ceci retentira immédiatement sur le statut juridique de l'Union européenne. La plupart des modèles décrivant la future Union reposent sur l'hypothèse que celle-ci assurera non seulement l'harmonisation de ses grandes réglementations régaliennes mais une protection minimum à ses frontières extérieures communes. Ce besoin sera encore plus grand quand l'Europe se sera impliquée mieux qu'elle ne le fait actuellement dans la lutte contre la crise climatique et environnementale, ce qui la désavantagera au moins momentanément dans la compétition avec d'autres parties du monde ayant refusé de combattre efficacement la crise.

Des économies mixtes

Nous décrivons là une économie mondiale réglementée. Mais le terme d'économie réglementée ne doit pas faire peur. Il ne s'agira pas de généraliser un type d'économie entièrement dirigée excluant le profit, sur le modèle de l'actuelle société nord-Coréenne. A l'intérieur des règlements protecteurs, il sera toujours possible et même souhaitable de maintenir des domaines d'initiatives privées rémunérées sur le mode capitalistique. C'est précisément ce que prévoit actuellement le protocole de Kyoto avec le système des bourses d'échanges des droits d'émission. Les appels à la réalisation de produits propres ou de technologies énergétiques renouvelables feront également l'objet d'une mise en concurrence entre acteurs publics et privés.

Par ailleurs, la plupart des Etats voudront conserver des sphères d'initiatives privées et de profit capitaliste, notamment là où elles seront neutres ou favorables au regard de l'empreinte écologique. Cela serait souhaitable afin d'éviter la généralisation de systèmes bureaucratiques lourds. On verra donc cohabiter des secteurs réglementés et des secteurs libres, ce qui concrétisera le concept d'économies mixtes évoqué dans le titre de cet article. La coexistence entre ces deux secteurs ne sera pas facile. Elle générera de nombreuses tentations de fraude et nécessitera en conséquence la mise en place de contrôles. Mais il s'agira d'un moindre mal par rapport à ce que représenterait le maintien généralisé du libéralisme, qui signifierait le refus de faire face à la Crise.

On devine que, dans ce schéma général, la plus grande difficulté consistera à mettre d'accord les principaux pays et les organisations et entreprises dépendant d'eux, concernant la part qu'ils devront prendre dans les inévitables sacrifices que tous devront consentir. Il faudra notamment répartir les sacrifices et les efforts proportionnellement aux ressources, mettre en commun des budgets et des hommes, s'entendre sur des procédures de gestion partagées. Quand on constate aujourd'hui la quasi-impuissance où se trouvent les organisations internationales pour mener des actions communes, l'ONU en ce qui concerne le maintien de la paix, l'OMS dans le domaine de la santé publique et bien d'autres, on ne peut qu'être pessimistes.

Mais ce serait oublier que la Grande Crise, si elle tient ses tristes promesses, mettra en péril tout l'équilibre du monde. Elle serait un peu comparable à l'arrivée d'un astéroïde qui détruirait la moitié de la Terre. Dans ces conditions, l'humanité n'aurait le choix qu'entre deux solutions : continuer à se déchirer ou s'entendre pour survivre.

Rien ne garantit au demeurant qu'elle fera ce dernier choix. Sur la planète, ce sera aux scientifiques d'essayer de convaincre les opinions et à leur suite les décideurs que toute autre attitude serait mortelle. Nous examinerons cette action souhaitable des scientifiques dans le 3e article de cette série.


Notes
(1) Les instruments de réduction des émissions de gaz à effet de serre prévus par le protocole de Kyoto sont entrés en vigueur en février 2005. Ils sont de trois types. Il y a d'abord un plafonnement des émissions de C02 et des cinq autres gaz à effet de serre des pays développés. L'engagement de baisse est de 5 % sur la moyenne annuelle 2008-2010, relativement à 1990. Ce plafonnement est assorti d'un système d'échange entre pays qui permettra de privilégier les réductions dans les pays où elles sont moins coûteuses. Ce système d'échange sera, potentiellement à partir de 2008, le plus grand marché du carbone au monde.
Deux mécanismes complémentaires, dont le plus important est le "mécanisme pour un développement propre" (MDP), ont également été introduits. Le MDP permet à des projets "propres", réalisés dans des pays en développement non soumis à des restrictions d'émissions, d'obtenir des crédits correspondant aux émissions évitées. Ces crédits sont ensuite transférables aux pays développés, qui peuvent les utiliser pour respecter leurs engagements. Les projets de MDP ont démarré : 1 500 ont été soumis au secrétariat de l'ONU qui gère le dispositif. Ils devraient générer des réductions d'environ un milliard et demi de tonnes d'équivalent CO2 jusqu'en 2012. C'est significatif, mais bien moindre que l'accroissement prévu des émissions dans les grands pays émergents du fait de la vigueur de leur croissance.
Ces dispositifs ont fait l'objet de nombreuses critiques, notamment celles d'encourager, par la timidité des plafonds fixés aux entreprises polluantes, la poursuite des pratiques actuelles. Mais vu la difficulté de réaliser un accord face à la conjonction des égoïsmes, il ne fallait pas trop demander à un premier effort collectif de limitation.
(2) Précisons s'il était nécessaire que la décroissance n'affecterait que les biens matériels, plus particulièrement ceux ayant un impact sur les ressources mondiales. Il faudrait en contrepartie encourager dans l'ensemble du monde la production et la consommation des biens immatériels, axés sur la connaissance, l'art et le ludique. Ceux-ci ne présentent qu'un faible impact environnemental en contrepartie d'un apport considérable de valeurs ajoutées intellectuelles et imaginaires.

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