Intervention du Général(cr) Jacques Favin Lévêque.
Je me contenterai de faire quelques remarques que l’on
trouvera peut-être utopiques, mais qui correspondent en fait à
la vision idéale que PanEurope-France se fait de la construction Européenne
dans ce domaine.
Ma première remarque portera sur les ambitions actuelles
de la PESD. Le Général Perruche ne manquera pas de rappeler les
indéniables avancées réalisées en quelques années
par l’Union Européenne dans le domaine de la gestion des crises
internationales et il est vrai que le dispositif dont elle s’est dotée
fonctionne de façon très satisfaisante. Les structures politico-militaires
de l’Union permettent désormais d’intervenir de façon
précoce et efficace pour éteindre le début de l’incendie
dès lors que survient une crise susceptible de dégénérer
en conflit armé.
On notera cependant que l’ambition de l’Union Européenne
reste modeste dans ses objectifs et dans les moyens mis en œuvre.
L’objectif se limite au traitement des crises et laisse soigneusement
de côté la question, oh ! combien délicate, de la Défense
collective des pays de l’Union qui reste l’apanage de l’OTAN.
Quant aux moyens militaires eux-mêmes, que ce soient les 15 Groupements
tactiques multinationaux, les fameux GT 1500, susceptibles d’intervenir
au coup de sifflet dès les prémisses décelables de la crise,
ou qu’il s’agisse de l’objectif 2003, la mise sur pied d’une
force d’environ 60 000 hommes appuyée par 400 avions de combat
et une centaine de navires de guerre, l’ambition Européenne reste
modeste à l’échelle d’un continent de 500 millions
d’habitants et au regard de l’Europe puissance que le mouvement
PanEuropéen et d’autres encore entendent promouvoir.
La modestie de l’ambition Européenne a une traduction très directe en terme d’espace militaire :
- Point d’agence européenne de renseignement
stratégique, autonome et indépendante, reposant sur l’acquisition
du renseignement par moyen satellitaire, afin d’analyser les menaces
- Point de système véritablement Européen en matière
d’observation et de télécommunication miltaire – Tous
ceux qui existent sont en fait des systèmes nationaux, certes interopérables,
ou pour certains des systèmes réalisés dans le cadre intergouvernemental.
Mais ces systèmes travaillent au profit des Etats et non pas au niveau
de l’Union elle-même.
- Point de projet spécifiquement Européen de contrôle de
l’espace pour se doter d’une hypothétique défense
antimissile.
- Enfin, bientôt mais pas encore de système Européen de
guidage et de localisation par satellite avant l’arrivée de Galiléo,
dont, l’accouchement reste encore bien difficile, notamment pour ses applications
militaires.
Telles sont dans l’immédiat les conséquences de cette ambition mesurée
Ma seconde remarque découle du constat précédent :
L’UE dispose-t-elle actuellement et disposera-t-elle
à horizon visible d’une capacité autonome de décision
et de conduite des opérations militaires lorsque l’OTAN en tant
que telle n’est pas engagée. Poser la question, c’est donner
la réponse et la détermination du Conseil Européen d’Helsinki
en décembre 99 n’a pour l’instant pas eu de répercussion
réellement déterminante sur la composante spatiale pourtant indispensable
à une telle autonomie.
Il existe un décalage manifeste entre les déclarations de principe
et la réalité non pas sur le terrain, mais dans les airs.
On notera en effet que la Stratégie Européenne de Sécurité
adoptée par le Conseil de l’Union Européenne en décembre
2003 (document intitulé « Une Europe sûre dans un monde meilleur
») fait une large place à la nécessité pour l’Europe
de contrôler la prolifération des armes de destruction massive
et des vecteurs susceptibles de les véhiculer. On y lit notamment qu’
« une évaluation commune de la menace constitue la meilleure base
d’une action commune ».
Une telle ambition supposerait un dispositif de contrôle très élaboré
reposant en grande partie sur des observations d’origine satellitaire
qui fait actuellement défaut.
Enfin je me permettrai une troisième remarque
dont le caractère provocateur n’échappera pas à
l’auditoire. J’aborderai en effet pour conclure ce qui est depuis
des décennies un sujet tabou au sein des instances Européennes
dès lors que l’on parle de défense. Il s’agit du nucléaire
militaire et de la stratégie de dissuasion qu’il engendre. La prolifération
nucléaire est pourtant un sujet d’actualité tant par le
cas de la Corée du Nord que par celui de l’Iran ou d’autres
encore qui nourrissent l’ambition de se doter de l’arme.
Au sein de l’Union, 2 pays la possèdent, chacun utilisant ses propres
réseaux satellitaires de guidage et de communication et il n’existe
aucune volonté de coordination des politiques de dissuasion de ces 2
acteurs et encore moins de mise en commun des moyens.
Un jour, très lointain sans doute, viendra où l’Union Européenne
en arrivera à l’idée qu’il lui est nécessaire
de se doter d’une défense autonome et souveraine pour le cas où
ses intérêts vitaux seraient menacés, notamment dans l’hypothèse
où ceux-ci ne coïncideraient pas avec ceux des Etats-Unis. L’Europe
voudra à terme - en tous cas, c’est le vœu que nous formons
à PanEurope - prendre sa place de puissance souveraine dans le monde
multipolaire dont les acteurs seront peu ou prou tous nucléaires : USA,
Chine, Inde, Russie, voire Iran ou d’autres, et ne pourra éluder
la dimension nucléaire de la Défense suprême. Dans cette
perspective, encore très hypothétique et en tous cas lointaine,
il faut dès maintenant -et plus qu’actuellement - porter à
l’espace militaire tout l’intérêt qu’il mérite
en tant que facteur de sécurité majeur, voire déterminant
et les acteurs politiques doivent définir en la matière une perspective
sur le long terme et lui accorder une priorité compte tenu de son importance
pour l’avenir de l’Union.