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La
science pourra-t-elle rester neutre?
par Jean-Paul Baquiast
20/09/06 |
La
question surprendra ceux qui ont été formés
aux enseignements de la culture universitaire française
pour qui la science est ou doit être neutre tant vis-à-vis
des religions que des idéologies politiques. L’adjectif
neutre, dans cette question, signifie athée, non
impliquée dans les croyances religieuses, celles-ci
concernant un domaine de pensée que la science ne
veut pas aborder et par rapport auquel elle veut conserver
toute son indépendance. Si la science sait éviter
les présupposés ou prolongements philosophiques,
religieux ou politiques, elle pourra prétendre à
être universelle. Les « lois » qu’elle
élabore décriront un monde qui concerne tous
les humains, quels que soient leurs croyances. Ainsi de
la météorologie (notre photo)
Remettre
en question ce postulat paraîtrait inadmissible, dans
la tradition scientifique occidentale, particulièrement
bien représentée dans la France laïque,
où la séparation des Eglises et de l’Etat
est une règle fondamentale, y compris en ce qui concerne
les enseignements et les recherches universitaires. De plus,
elle irait apparemment contre le bon sens le plus immédiat.
La loi de la gravité s’applique à tous,
quelles que soient leurs opinions. Sous le stalinisme soviétique,
la tentative de la génétique d’inspiration
lyssenkiste, pour qui une biologie « socialiste »
devait faire appel à des connaissances différentes
de celles élaborées par la biologie «
bourgeoise », s’est traduite par un échec
piteux. Le pouvoir communiste avait dû lui-même
reconnaître que les mêmes règles commandaient
la reproduction végétale, que ce soit à
l’Est ou à l’Ouest.
Ceci
dit, la science moderne découle d’un processus
d’élaboration multiforme, aux ambitions considérables
et s’inscrivant dans des intérêts géostratégiques
et financiers pouvant s’opposer. Les scientifiques
qui souhaitent travailler pour l’universalité
des connaissances peuvent-ils dans ces conditions continuer
à le faire ? Une réponse à cette exigence
légitime consiste à distinguer recherche fondamentale,
recherches appliquées et technologies. La première
doit en principe rester universelle ou universaliste, les
autres selon les sociétés et les circonstances,
seront plus ou moins engagées dans les combats politiques,
philosophiques et même religieux marquant les sociétés
contemporaines.
Mais
cette réponse n’est qu’à moitié
satisfaisante. D’une part, les applications de la
science et les technologies en découlant ne sont
pas toutes obligatoirement partisanes. Au contraire. La
plupart servent à l’humanité toute entière.
C’est le cas des télécommunications
modernes ou de la production de vaccins. D’autre part,
les recherches dites fondamentales (de plus en plus difficiles
d’ailleurs à distinguer des recherches appliquées)
s’insèrent désormais dans des problématiques
philosophiques générales. La vie, la conscience,
la création et l’évolution de l’univers
sont devenues des questions centrales pour la science contemporaine.
Or les religions et parfois les idéologies politiques
en font aussi la base de leurs doctrines Elles y ont des
vues très différentes de celles des sciences
et veulent les préserver de toute contamination par
ce qu’elles appellent avec méfiance «
la raison ».
Dans
ce cas, les sciences espèrent sauver leur neutralité
en montrant que les connaissances scientifiques concernent
ce que l’on pourrait appeler en reprenant l’ancien
vocabulaire le domaine séculier, où chacun
peut se reconnaître, quelles que soient ses opinions.
Sur ce domaine séculier, les croyants de toutes obédiences
ont le loisir de greffer leurs propres convictions. Celles-ci
s’expriment alors sous la forme de symboles généraux
liés à des cultures spécifiques plutôt
que par des modèles mathématiques à
vocation universaliste. Ainsi un scientifique croyant en
Dieu peut en principe étudier les origines moléculaires
de la vie biologique sans rejeter le message de la Genèse,
dont il ne conserve que les implications morales. Dans ce
cas, il ne s’autorise pas du contenu des Ecritures
pour imposer à ses recherches une orientation susceptible
de « prouver » la validité des «
paroles divines ». Les Créationnistes américains
font le contraire lorsqu’ils dépensent les
crédits de leur laboratoire à rechercher des
preuves paléontologiques ou géologiques de
l’hypothèse selon laquelle l’univers
aurait été créé il y a seulement
quelques milliers d’années.
Or
un tel compromis entre sciences et croyances, qui semblait
aller de soi jusqu’à ces derniers temps, du
moins en Occident, ne parait plus possible aujourd’hui.
Il suscite dorénavant nombre de discussions voire
d’affrontements susceptible de rendre entièrement
caduc le concept de la neutralité de la science.
On le voit à de multiples signes. Le premier est
la dispute de l’Intelligent Design aux Etats-Unis,
relayée dans de nombreux pays occidentaux. Selon
elle, le darwinisme n’est qu’une hypothèse
parmi d’autres. Les scientifiques doivent la confronter
à d’autres hypothèses montrant que l’évolution
n’aurait pas eu les résultats que nous connaissons
sans une intervention divine. Un second signe est l’engagement
récent de la papauté en faveur d’une
vue chrétienne de l’évolution et de
l’homme 1). Ce point de vue
ne fait qu'officialiser ce que de nombreux auteurs chrétiens
écrivaient sous une autre forme dans des ouvrages
visant à critiquer le matérialisme scientifique
2).
L’offensive
contre l’objectivité de la science ne vient
pas seulement des religions chrétiennes, évangéliques
ou catholiques. Elle est depuis longtemps sous-jacente aux
critiques portées à la science occidentale
par les fondamentalistes islamiques. Pour ceux-ci, cette
dernière serait, dans ses messages profonds, contraires
aux enseignements du Coran, lequel est lui-même considéré
comme l’expression directe de la parole d’Allah.
La science n’est donc pas enseignée dans les
écoles coraniques. Dans les universités islamiques,
le choix des matières est soumis à des comités
religieux.
Le
rejet du concept de science neutre
Ceci n’est encore rien au regard de ce qui se prépare.
Plusieurs articles récents parus dans des publications
d’inspiration théologiques, chrétiennes
et islamiques, le montrent. Leurs auteurs revendiquent désormais
que soit rejeté le principe d’une science athée
neutre , au profit d’une science « théiste
» ou plutôt de plusieurs sciences théistes,
inspirées par les grandes religions monothéistes.
Ainsi on aurait une science islamique et une science chrétienne
qui se différencieraient par leurs contenus et leurs
orientations, non seulement l’une de l’autre
mais de la science athée, réservée
aux impies. Pour les auteurs de ces articles, la science
ne peut pas et ne doit pas être neutre idéologiquement.
On se référera sur ce point à un texte
en espagnol paru dans la revue catholique Cátedra
CTR sous la signature de Juan Antonio Roldán, lui-même
partisan d’une science chrétienne au sein de
la science occidentale : «
Cuestionada la neutralidad ideológica de la ciencia.
Desde el cristianismo y el Islam surgen voces a favor de
una ciencia “teísta” y “partisana”.
3)
L’auteur
de cet article se réfère lui-même à
d’autres articles. Nous citons:
“En un reciente artículo,
aparecido en Theology and Science, de Marzo 2005, prestigiosa
revista editada por el CTNC de la Universidad de California
en Berkeley, el profesor en Uppsala University (Suecia),
Mikael Stenmark se ha planteado la pregunta de si la ciencia
debe ser religiosamente “partisana”, es decir,
ideológicamente comprometida con una creencia religiosa.
El conocido filósofo americano Alvin Plantinga, del
departamento de filosofía de la religión en
Notre Dame University, en Notre Dame (Indiana), ha defendido,
en efecto, la tesis de la necesidad de una “ciencia
cristiana”. Lo mismo ha hecho desde el punto de vista
islámico Mehdi Golshani, profesor de física
en la Sharif University of Technology (Teherán),
que ha defendido también la necesidad de que la ciencia
sea una “ciencia islámica”.
Juan Antonio Roldán remarque d’ailleurs justement
que, dans la société américaine, des
minorités ne s’estimant pas suffisamment reconnues
par les sciences « officielles », minorités
féministes, ethniques, sexuelles notamment, veulent
aussi développer des sciences où se retrouveraient
leurs valeurs spécifiques.
Que signifient dans ces conditions les concepts de science
chrétienne, de science islamique, voire de science
féministe ? Selon Stenmark, la science se réfère
inévitablement aux valeurs de la société
dont elle émane. Ce sont elles qui déterminent
qui peut avoir le titre de scientifique, comment la science
est organisée en interne et dans ses relations avec
les autres institutions, quelles méthodes elle doit
appliquer et quels objectifs elle doit poursuivre. Il existe
ainsi un ensemble de règles définissant comment
faire de la science, valoriser ses résultats et les
appliquer à la société. Cet ensemble
de règles, rapprochées de valeurs sociales
plus générales, permet alors de distinguer
entre « bonnes » et « mauvaises »
sciences.
Que sera une science théiste?
Une science théiste, pour les auteurs Plantinga et
Golshani, se définit par rapport aux concepts de
« science neutre » et de « science partisane
». La science neutre se veut indépendante de
toute religion ou idéologie, ainsi que des définitions
contingentes du bien et du mal. Au contraire, une science
partisane accepte de s’aligner sur une religion, une
idéologie ou une conception du bien et du mal particulières.
Elle se soumet à des considérations métaphysiques
ou éthiques. Pour ces auteurs, la science neutre
n’existe pas. La science se voulant neutre porte en
fait toutes les valeurs de la société matérialiste
occidentale qu’ils rejettent.
Qu’en penser ? Nous surprendrons peut-être nos
lecteurs en écrivant que cette affirmation ne nous
parait pas tout à fait inexacte. Certes la science
que nous défendons ne doit pas incarner les valeurs
dites à tort matérialistes d’un capitalisme
international conquérant et égoïste,
bien représenté par la super-puissance américaine.
Mais notre matérialisme n’est pas là.
Il s’agit au contraire d’une métaphysique
désintéressée. C’est elle qui
inspire le matérialisme scientifique dans lequel
nous nous reconnaissons. Elle est essentiellement moniste.
Elle se refuse à postuler l’existence d’un
esprit qui serait distinct de la matière et dont
celle-ci découlerait. Il s’ensuit que dans
un grand nombre de domaines de recherche, tels que les origines
de l’univers, de la vie, de la conscience, la science
matérialiste et moniste refuse les explications traditionnelles
apportées par les religions.
Officiellement, la science en Europe et plus généralement
en Occident demeure encore neutre. Autrement dit, elle accepte
que les scientifiques et les citoyens la déconnectent
de leurs croyances et idéologies. Mais fondamentalement,
elle se réfère au matérialisme philosophique.
Cela ne l’empêche pas de se vouloir universaliste,
mais c’est parce qu’elle estime implicitement,
à tord ou à raison, que le matérialisme
philosophique est le mieux à même de rapprocher
les hommes dans l’avenir troublé qui les attend,
contrairement aux religions qui sont des facteurs de conflits.
Jusqu’à présent, ce point essentiel
n’était pas apparu. Le concept de science neutre
et universelle paraissaient admis par tous, quelles que
soient les appartenances philosophiques, religieuses, ethnique
ou nationales. Le caractère unanimiste de la science
s’exprimait dans de nombreuses procédures institutionnelles,
la plus réputée étant l’attribution
des prix Nobel. Ainsi le physicien musulman Mohamed Abdus
Salam, recevant le prix de physique en 1979, avait il réaffirmé
que la science était universelle et qu’il n’existait
pas de science chrétienne, musulmane, indoue, non
plus que judaïste ou confucianiste.
Il ne faut pas être naïf cependant. Les scientifiques
croyants se trouvaient ainsi confrontés à
un matérialisme (on dit aussi un physicalisme) inspirant
la très grande majorité des recherches scientifiques
occidentales qui ne correspondait pas à leurs croyances
intimes. Ils échappaient à la contradiction
en séparant le plus nettement possible leurs propres
opinions métaphysiques et leurs activités
scientifiques quotidiennes lesquelles dans la plupart des
cas ne présupposent pas de prises de parti métaphysiques.
Mais ils ne se sentaient pas toujours à l’aise
dans cet effort de préservation d’un for intérieur
mystique.
Pour leur part, face à la science matérialiste,
les religions combattaient en retraite. C’est-à-dire
que, sans remettre en cause comme elles le firent sous l’Inquisition
le processus même de la recherche rationaliste, elles
se bornaient à refuser à la science le droit
d’aborder des domaines qu’elles estimaient relever
de leurs compétences exclusives. Il y a quelques
mois, par exemple, le pape Jean-Paul II demandait que la
science n’étudiât pas la question des
origines de la vie qu’il affirmait comme d’essence
théologique. Aujourd’hui, elles reprennent
l’offensive, en unissant leur force dans un nouvel
œcuménisme de combat.
Plantinga
et Golshani, partant de point de vue différents,
affirment ainsi que le matérialisme moniste implicite
de la science dite neutre constitue une « philosophie
camouflée » qui, sous prétexte d’exposer
des résultats scientifiques valables pour tous, diffuse
des vues agressives à l’égard des visions
du monde religieuses. Ceci au point, se plaignent ces auteurs,
qu’un scientifique affichant sa foi se voit disqualifié
quand il tente d’exposer des faits ou des théories
pouvant remettre en cause les grands paradigmes matérialistes
et déterministes d’une science partisane fonctionnant
au profit d’une minorité athée ayant
investi et monopolisé le domaine de la science.
Dans ces conditions, ces deux auteurs revendiquent pour
ceux dont ils prétendent représenter les valeurs,
chrétiens aussi bien que musulmans, le droit à
conduire des sciences théistes. en l’espèce
une science chrétienne et une science islamique.
Les autres religions n’ont pas encore émis
de telles prétentions, mais on peut penser qu’elles
ne tarderont pas. Ils en appellent d’ailleurs clairement
à la constitution d’un front des scientifiques
croyants, quelle que soit leur culte d’appartenance.
En quoi cependant ces sciences théistes se distingueront-elles
de la science athée. Refuseront-elles certains domaines
de recherche ? S’imposeront-elles certaines méthodes
aux dépends d’autres ? Se consacreront-elles
essentiellement à la défense et à l’illustration
des Ecritures ? Golshani définit ainsi la science
islamique : « il s’agit d’une science
immergée dans la vision du monde de l’Islam
et qui se caractérise par le fait qu’elle reconnaît
le rôle d’Allah comme créateur du monde
et soutien de l’univers. Elle ne limite pas l’univers
au monde matériel, elle attribue une finalité
à l’évolution, elle accepte de lui imposer
un ordre moral ». Les chrétiens fondamentalistes
ne disent pas autrement. Ils se bornent à substituer
Dieu à Allah.
Ceci peut à juste titre effrayer les défenseurs
d’une science neutre. Mais il ne s’agit encore
que de généralités. Le plus inquiétant
reste à venir. Que devront concrètement étudier
ou ne pas étudier les scientifiques se rattachant
à ces croyances ? Respecteront-ils les protocoles
scientifiques de la recherche et de la diffusion des connaissances
? Quelles applications technologiques en tireront-ils, dans
les domaines civils et militaires ? Accepteront-ils que
les femmes ou les non-croyants participent aux recherches?
Iront-ils prendre leurs orientations après des gouvernements
islamistes (ou chrétiens, s’il s’en forment
quelques uns) ? Plus précisément encore, refuseront-ils
l’étude de la cosmologie, de la biologie (par
exemple des cellules souches et de leurs applications thérapeutiques),
des neurosciences, de l’intelligence artificielle
? Vont-ils, sans s’interdire ces grands domaines de
recherche, hors desquels aucun progrès technique
ou économique n’est envisageable, y introduire
des hypothèses conformes à leurs idéologies,
qu’ils s’efforceront ensuite de prouver expérimentalement,
sans craindre de déroger à l’objectivité
de la science ?
On peut le penser. On peut aussi penser que ce faisant,
ils rejoindront tous les promoteurs de ce que la science
d'aujourd'hui qualifie de pseudo-sciences sectaires, à
qui ils donneront un nouvel élan. D’une façon
générale, ils renforceront les arguments de
ceux qui veulent réduire la science à des
processus expérimentaux neutres sans prolongements
philosophiques et matérialistes. Les scientifiques
ne seront plus que des manipulateurs d’instruments,
laissant les idées générales sur le
monde et son avenir aux théologiens ou aux politiques
s’appuyant sur eux.
Les matérialistes doivent
se réveiller
Pour les matérialistes avertis, cette offensive des
religions, suscitée au plus niveau par le pape et
par les Etats musulmans, était prévisible.
Dans une perspective darwinienne évolutionnaire,
il n’y a rien d’étonnant à ce
que des super-organismes n’ayant pas su jusqu’ici
profiter de la considérable dynamique de la recherche
scientifique s’efforcent de la re-nationaliser à
leur profit. Se pose seulement la question de ce qu’ils
en feront ? En tireront-ils la capacité de maîtriser
les forces naturelles avec le même succès que
la science traditionnelle? On peut en douter, du moins s’ils
refusent les enseignements de l’expérience,
comme le font par exemple en permanence les idéologues
des pseudo-sciences sectaires. Si au contraire, ils reprennent
sans les changer les processus et les résultats des
sciences « matérialistes », en les qualifiant
de produits exclusifs de la science chrétienne ou
islamique, le mal sera moindre pour la science en général,
qui pourra continuer à progresser. Ainsi, les sciences
de l’espace ont bénéficié au
20e siècle des travaux des scientifiques soviétiques,
qui ne se différenciaient en rien de ceux de leurs
homologues occidentaux, même si le parti communiste
attribuait leurs succès à la doctrine marxiste-léniniste.
En fait, plutôt que s’indigner devant les ambitions
politiques des sciences théistes, les matérialistes
devraient se renforcer, en unissant leurs forces de par
le monde. Le catholique Juan Antonion Roldán, dont
nous avons cité ici l’article, propose aux
différentes confessions religieuses et opinions philosophiques
de se rapprocher dans une espèce de consensus mou,
qui permettrait à la science de continuer à
se développer pacifiquement en évitant tous
les sujets qui fâchent. Nous estimons que les matérialistes
doivent éviter de tomber dans ce piège, d’autant
plus que leurs adversaires, loin de leur tenir gré
d’éventuelles concessions dans le domaine de
la métaphysique, en profiteront pour répandre
davantage encore les leurs et le pouvoir politique qui va
l'accompagne. Il faut plus que jamais se dire matérialiste
et athée afin d’en tirer toutes les conséquences
scientifiques et sociétales possibles.
C’est
pourquoi nous avons évoqué le terme de matérialisme
fort dans un article précédent 4).
S’il faut parler ouvertement d’une science matérialiste
athée renforcée pour s’opposer à
des sciences se voulant théistes, on ne doit pas
hésiter à le faire. Le matérialisme
scientifique athée peut estimer avoir encore les
meilleures cartes en mains, car il hérite de toute
la tradition rationaliste mondiale. Mais cet avantage ne
durera pas, face à la montée des idéologies
spiritualistes voulant s’incarner dans des sciences
théistes. En fait, le succès à terme
n’est garanti à personne. Seuls gagneront les
plus capables de convaincre du bien fondé de leur
philosophie scientifique des populations encore ignorantes
ou indécises.
Notes
1)
Lors de la Grand messe célébrée
à Munich le 18 septembre 2006, Benoît XVI s’en
est de nouveau pris à la sécularisation des
sociétés occidentales. «Il
n'existe pas que la surdité physique, qui coupe l'homme
en grande partie de la vie sociale. Il existe une faiblesse
d'audition à l'égard de Dieu dont nous souffrons
particulièrement en nos temps», a regretté
le pape allemand. Selon lui, sans les valeurs morales de
la foi catholique, «surviennent bien vite les mécanismes
de la violence, et la capacité de détruire
et de tuer devient la capacité principale pour parvenir
au pouvoir».
Benoît XVI s’est également inquiété
de «la science et d’un type de raison qui excluent
totalement Dieu de la vision de l'homme». Et le pape
de dénoncer «le mépris
de Dieu et le cynisme qui voit l'insulte au sacré
comme un droit de la liberté et qui élève
l'utilité au rang de critère suprême
moral pour les futurs succès de la recherche».
Dans son homélie, le souverain pontife a également
abordé le sida, estimant que les «causes
profondes» de la maladie devaient être combattues
par la «diffusion de la foi».
On
sait que par ailleurs le pape vait organisé une réunion
de scientifiques à Rome début septembre, pour
traiter de la question de l'évolution. Les conclusions
n'en ont pas été communiquées. D'après
une de nos sources, il aurait paru très sensible
à la nécessité d'étudier d'autres
"théories" que le darwinisme, autrement
dit l'ID. Mais devant les réserves de la Curie, qui
craindrait le renfort apporté à l'anticléricalisme
par une telle position, il y réfléchirait
encore.
Le
pape est allé encore plus loin lors de son allocution
du 12 septembre à Ratisbonne. Outre qu'il a stigmatisé
l'intégrisme islamique comme "pathologie
de la religion" (ce qui est son droit même
si cela est diplomatiquement maladroit en assimilant de
facto islamisme et islam), il s'en est pris aux "maladies
de la raison". Parmi celle-ci il place
l'héritage des Lumières qui conduit la science
à rechercher "une
explication du monde dans laquelle Dieu devient superflu".
Le rationalisme, le positivisme, la science ne répondent
pas aux questions de l'homme sur son origine, sur le sens
de sa vie et de sa mort. L'homme ne peut pas se résoudre
à n'être qu' "résultat
accidentel de l'évolution". L'islamisme,
le darwinisme (le mot honni est prononcé), voilà
donc les ennemis, avec l'athéisme moderne où
le pape voit "une peur de
Dieu".
Que
répondre à tant de non-sens et d'incompréhension.
Une chose seulement: la science n'a jamais prétendu
donner un sens à la vie et au destin humain. Encore
qu'elle puisse y contribuer bien plus sûrement que
les religions, notamment sous leurs formes les plus archaïques.
Mais il est indéniable qu'elle veut trouver des explications
du monde où Dieu, avec ses cortèges de fanatismes,
devienne superflu. Ce qui est magnifique en la science est
que l'homme ou plutôt la science, "résultat
accidentel de l'évolution" , est désormais
capable de bien mieux comprendre le monde que les Dogmes
martelés dans les esprits faibles par les religions.
2)
Nous trouvons des exemples permanents d’une telle
démarche dans la littérature contemporaine.
Ouvrons un livre paru en 2003, Une critique de la Raison
matérialiste. L’origine du vivant, publié
dans une collection intitulée Sciences et Société
par un grand éditeur, l’Harmattan, qui fait
autorité dans les milieux intellectuels. Les auteurs,
Michel Lefeuvre, docteur en philosophie, se présentant
comme spécialisé dans l’épistémologie
et la philosophie des sciences et Michel Troublé,
docteur es sciences, ingénieur, physicien et industriel,
veulent montrer que deux des grands « mystères
» de la science contemporaine, l’émergence
du monde visible à partir du monde quantique et la
naissance de la vie, ne sont pas explicables sans l’intervention
d’un grand opérateur transcendant, faisant
des choix et imposant des valeurs. Ils appellent cet opérateur
l’Opérateur Sigma zéro. Mais sous ce
terme apparemment savant, on retrouve Dieu. Ils en disent
par exemple ceci : « Pour
résoudre ce problème fondamental, physiquement
insoluble, de la problématique du choix – choix
généralement aléatoires mais nécessairement
thématiques pour expliquer l’émergence
des êtres vivants – nous serons finalement conduit(s)
à conjoncturer l’existence d’un Operateur
Sigma zéro de nature non physique car devant réduire,
c’est-à-dire choisir , les solutions matérielles
originairement en état de confusion que cet univers
produit comme fruit de toute interaction. A ce titre, l’Opérateur
Sigma zéro serait source de sens. Il serait une dimension
d’esprit porteuse d’une véritable finalité
objective et non pas métaphorique…Opérateur
Sigma zéro et conscience ne seraient-ils pas un seul
et même objet de pouvoir ? » .
Les
auteurs ont évidemment le droit de penser et d’écrire
ceci. Ils n’innovent d’ailleurs pas, car, dans
un cadre de connaissances et avec un vocabulaire un peu
différent, on retrouve dans ce texte les arguments
présentés depuis deux siècles par tous
les adversaires de la science matérialiste. Mais
les matérialistes scientifiques leur refusent le
droit de présenter de telles affirmations comme scientifiques.
En effet, rechercher des solutions scientifiques aux problèmes
aujourd’hui difficiles mais sans doute non insolubles
évoqués par eux constitue précisément
l’objectif de la science matérialiste et athée
contemporaine. Faire intervenir un grand Opérateur,
quelque soit le nom qui lui est donné, signifie qu’il
n’est plus nécessaire de procéder à
de telles recherches puisque nécessairement la solution
sera affaire de croyance et non de travail. Encore une fois,
les matérialistes reconnaissent bien volontiers qu’ils
n’ont pas réponse à tout, mais ils n’appellent
pas Dieu au secours pour combler leurs lacunes de connaissances.
Ils incitent plutôt les citoyens à encourager
la recherche scientifique et à la pratiquer eux-mêmes,
quand ils le peuvent.
3)
Voir la revue Tendencias cientificas
qui reprend l’article http://www.tendencias21.net/index.php?action=article&id_article=439799
4) http://www.automatesintelligents.com/echanges/2006/avr/materialisme.html