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Publiscopie
The Survival Imperative
Using Space to Protect Earth
Forge Books 2006
présentation et commentaires par Jean-Paul Baquiast
14/10/06 |
L'Amérique
doit-elle envisager d'utiliser la Lune comme solution de secours
?
C'est
la question que pose William E. Burrows, ancien journaliste
scientifique, professeur de journalisme et de communication
à l'Université de New York, directeur
et fondateur du Science and Environmental Reporting
Program, dans un livre récent The Survival Imperative:
Using Space to Protect Earth.
L'auteur
reprend un thème qu'il avait déjà
abordé dans des ouvrages précédents,
et qui est actuellement exploité par différents
« visionnaires » de la science et de la politique
regroupés dans la Lifeboat Foundation. La
Lifeboat Foundation est une ONG non commerciale mais qui
manifestement ne manque pas de soutiens financiers importants.
Elle plaide pour l'utilisation de toutes les ressources
dont l'humanité (en fait l'Amérique)
dispose aujourd'hui au plan scientifique et technologique
pour planifier une station de sauvetage dans l'espace.
Celle-ci servirait à sauvegarder l'essentiel
de la civilisation américaine en cas de catastrophe
majeure affectant la Terre et ses habitants. A partir de
cette station, les survivants pourraient partir à
la conquête de nouveaux territoires, ou plus simplement
retourner sur Terre pour la reconquérir et la rendre
à nouveau vivable.
Le
livre de William Burrows reprend et actualise les différents
thèmes présentés dans cet esprit par
la Lifeboat Foundation. Selon l'auteur, plutôt
qu'envisager des solutions partielles telles que des
stations spatiales en orbite basse où l'on
pourrait sauvegarder des échantillons biologiques
ou des données de connaissance, c'est en direction
de la Lune qu'il convient désormais d'investir.
Il retient la Lune et non Mars pour des raisons évidentes
: la proximité de notre satellite, le fait qu'il
soit relativement bien connu et que le gouvernement américain
ait confié à la Nasa le programme dit «
Retour sur la Lune » visant à y installer une
station permanente à échéance de 10
à 15 ans.
Mais
pour William Burrows, la mission actuellement donnée
à la Nasa est très en dessous de ce qui serait
nécessaire pour faire de la Lune une nouvelle colonie
permettant à certains humains d'échapper
aux catastrophes qui menacent. D'ores et déjà,
dit-il, il faut récuser les projets assignés
actuellement à la Nasa par la Maison Blanche. Ces
projets sont tout à fait insuffisants. A leur terme,
on se retrouvera dans la situation du programme Apollo,
à qui pendant trente ans aucune suite pratique n'avait
été apportée. Il faut au contraire
dès maintenant décider de faire de la Lune
une seconde Terre, ou Terre de secours. Et William Burrows
se voit comme celui qui aura contribué à offrir
à la Terre, notre planète-mère, ce
« fabuleux héritage ».
Mais
que sont les catastrophes qui menacent la Terre ? L'auteur
n'innove pas en en dressant la liste. On y retrouve
toutes les grandes peurs qui, fondées ou non, agitent
actuellement les esprits aux Etats-Unis et qu'exploitent
au-delà du raisonnable les lobbies politiques, industriels
et militaires. Il mentionne des catastrophes probables mais
encore lointaines comme la chute d'un astéroïde
dévastateur. Mais il insiste surtout sur des risques
plus proches, menaces terroristes variées (bioterreur,
nanoterreur, guerres nucléaires) comme dégâts
environnementaux résultant de la détérioration
des équilibres climatiques et biologiques…
Que pourrait-on espérer de la Lune face à
de tels risques ? Il ne faut pas selon William Burrows exclure
l'hypothèse audacieuse selon laquelle une société
humaine viable pourrait se reconstituer durablement à
la surface de notre satellite, en ayant maîtrisé
de nombreuses technologies encore hors de portée.
Mais dans l'intervalle, la Lune pourrait servir de
plate-forme où installer des dispositifs visant à
renforcer la sécurité globale, la protection
de l'environnement, les communications et les capacités
militaires. Pourquoi en ce cas la Lune et pas la Terre ?
Parce que la Terre serait sans doute déjà
en proie à des troubles profonds et que seule la
Lune, milieu protégée, inaccessible sans des
moyens importants, offrirait un terrain suffisamment sûr
pour déployer de tels systèmes.
Afin
de transformer la Lune en un havre de paix et de sécurité,
il plaide pour un grand programme spatial national, considérablement
augmenté par rapport aux programmes américains
actuels. Afin de définir ce nouveau programme, et
les idées permettant d'en faire le principal
facteur d'innovation dans les prochaines années,
il fait appel à ce qu'il nomme des "activistes
de l'espace", capables de sensibiliser l'opinion
aux enjeux nouveaux et aux moyens de les obtenir. Le Science
and Environmental Reporting Program, ainsi que les
écoles de communication de masse qui y sont associées,
doivent être mandatés en priorité pour
créer le large mouvement d'opinion attendu.
Howard
Bloom, que nous connaissons bien dans cette revue, prend
le projet très au sérieux. Il a rassemblé
quelques uns de ces activistes de l'espace à
Las Cruces, au Nouveau Mexique le 21 octobre 2006, afin
de faire travailler les imaginations et recueillir le plus
grand nombre possible de suggestions. Il espère retrouver
le rêve spatial qui avait été celui
de l'Amérique au début des années
soixante et qui s'était traduit à l'époque
par de nombreux romans et films d'anticipation (Tom
Corbett, Space Cadet ou Destination Moon,
par exemple). Pour Howard Bloom et William Burrows, sans
un tel travail d'imaginaire, il sera impossible d'intéresser
l'opinion publique et de ressusciter l'esprit
pionnier des origines.
Leur
objectif affiché est de retirer à la Nasa,
empêchée par la prudence que lui imposent des
budgets insuffisants, le monopole du rêve spatial
américain. Ils reprennent le terme de nouvelle frontière
qui avait fait la fortune de la politique spatiale de John
Kennedy. En s'attaquant sans attendre à cette
nouvelle frontière, telle que redéfinie pour
le 21e siècle, les enfants et petits enfants de la
génération actuelle devraient trouver des
perspectives de vie « dramatiquement » plus
enrichissantes qu'elles ne le sont actuellement.
Jusqu'où
doit aller l'appel à l'imagination ?
Vraisemblablement certains iront au-delà du raisonnable,
tel que réalisable dans les prochaines décennies.
C'est le cas du CyBeRev program proposé par
la pionnière des satellites de communication, le
Dr Martine Rothblatt. Celle-ci considère dès
maintenant qu'il faut envisager de télécharger
sur la Lune des versions digitalisées d'un
certain nombre d'organismes vivants et d'humains,
afin qu'ils puissent s'y reconstituer en utilisant
la nanotechnologie moléculaire. Ainsi ces nouveaux
êtres, emportant l'essentiel de nos cultures,
devraient survivre indéfiniment sur la Lune ou ailleurs
dans l'espace. Mais William Burrows estime qu'il
est trop tôt pour envisager de tels projets. Ceux-ci
déconsidéreraient une entreprise dont les
objectifs, bien qu'audacieux, ne devraient pas apparaître
comme relevant de la science fiction.
Observations
Que penser du livre, de son auteur et des perspectives ainsi
proposées ?
-
A priori, nous serions favorables à une vision qui
ré-enchanterait l'aventure spatiale. Le monde
actuel, englués dans des difficultés à
court terme, a certainement besoin de rêve, surtout
si un tel rêve reste du domaine du possible. L'Occident,
à la suite de l'Amérique et de calculs
économiques à court terme, a beaucoup perdu
en n'espérant plus rien du spatial. On voit
au contraire que les nouvelles puissances spatiales, Chine,
Inde et bientôt Japon ou Corée du Sud, en font
un argument très important non seulement pour un
rêve de puissance nationale mais comme un facteur
encourageant l'innovation scientifique et technologique.
- Cependant l'approche, fondamentalement et malgré
les apparences, frileuse qui est celle de William Burrows
et de ses amis n'est pas très exaltante, tout
au moins pour ceux qui ne peuvent se prétendre citoyens
des Etats-Unis. On y retrouve, étendue au domaine
spatial, la tendance qui pousse aujourd'hui les classes
supérieures des deux Amériques à s'enfermer
dans des « compounds » bien protégés
où ils espèrent n'avoir pas à
craindre les agressions des populations misérables.
Comme les riches découvrent que de telles cités
fermées ne pourront pas longtemps les défendre
des offensives provenant du tiers-monde, offensives opportunément
baptisées de terroristes, ils espèreront peut-être,
en émigrant sur la Lune, mettre assez de distance
entre eux et le reste des Terriens pour pouvoir disposer
de quelques décennies de répit. Même
s'ils ne peuvent pas personnellement habiter la Lune
avant quelques temps, les technologies qu'ils y implanteront
(par exemple de grands réflecteurs envoyant la lumière
solaire sur des centrales hélio-thermiques construites
dans des sites protégées) leur assureront
quelques répits face aux menaces diverses provenant
d'une planète Terre en pleine crise.
-
William Burrows a prévu le reproche qui risqué
de lui être fait, celui d'un égoïsme
sans limites, poussant de facto à séparer
l'humanité en deux, les super-humains et les
sous-humains. Il explique donc dans son livre que les nouvelles
technologies spatiales seront à la disposition de
l'humanité tout entière. Mais comme
dans le même temps, il persuade ses lecteurs qu'ils
doivent se garder contre les offensives terroristes diverses
et variées émanant de ceux qui veulent détruire
la civilisation américaine, on peut facilement supposer
que, dans son esprit, les retombées des investissements
considérables qu'il appelle les citoyens américains
à financer devront leur être réservés.
Beaucoup des nouvelles technologies spatiales qu'il
envisage étant d'ailleurs des technologies
de sécurité et de défense, on envisage
mal qu'elles soient partagés avec les «
ennemis » potentiels de l'Amérique, ni
même avec ses amis.
-
Mais Burrows et ses amis s'illusionnent en pensant
construire un bunker infranchissable où se réfugieraient
les bons Américains. Si jamais la nouvelle conquête
de la Lune qu'ils proposent trouvait effectivement
un soutien dans l'opinion et le gouvernement des Etats-Unis,
nous ne devons pas nous faire d'illusion. Le mouvement
serait immédiatement suivi par les autres grandes
puissances spatiales, Chine, Inde, Japon, Corée du
Sud.. Elles n'auront aucunement le désir de
laisser l'Amérique se doter d'une avance
technologique irrattrapable dans un domaine aussi stratégique.
Même si ces puissances n'ont pas les ressources
scientifiques et économiques des Etats-Unis, poussées
par l'orgueil national, elles trouveront certainement
le moyen de regagner leur retard. La Lune risque alors de
devenir un nouveau terrain d'affrontement, voire de
guerre ouverte entre puissances, comme d'ailleurs,
dans un avenir plus immédiat, le serait l'espace
proche. Certains le regretteront. Cependant, si un tel affrontement
était la clé permettant aux humains de mieux
maîtriser le domaine spatial, au profit final de populations
nombreuses, comme on peut raisonnablement l'espérer,
il n'y aurait que demi-mal. Sans la rivalité
russo-américaine, l'homme n'aurait sans
doute jamais jugé utile d'explorer la Lune.
- En tant qu'Européen par contre, ou simplement
en tant que Français, représentants d'une
nation qui avait mis beaucoup de volonté pour ne
pas se faire éliminer du domaine spatial, nous devons
nous demander à l'initiative de quels visionnaires,
et dans la direction de quels pouvoirs politiques et économiques,
le message de William Burrows pourrait être repris
ici. Nous ne voyons hélas pour le moment aucune réponse
à cette question. Un désintérêt
abyssal à l'égard de l'Espace
et de tout ce qui s'y rattache semble être devenu
la règle en Europe. Les "activistes de l'espace"
y sont sinon inexistants, du moins inaudibles
Pour
en savoir plus
Article
dans la Lifeboat Foundation http://lifeboat.com/ex/bios.william.e.burrows
Bibliographie
de William Burrows http://as.nyu.edu/object/williamburrows.html
NYU.
Science and Environmental Reporting Program http://journalism.nyu.edu/prospectivestudents/coursesofstudy/serp/
Lifeboat
Foundation http://lifeboat.com/ex/main
CyBeRev,
Personal Cyberconsciousness Revival http://www.cyberev.org/