Publiscopie
Note
aux lecteurs
Cet
article est une reprise de celui précédemment
édité sous cette adresse, en partie réécrit
par les soins de Madame Mugur-Schächter. Nous lui
avions en effet demandé de compléter et
le cas échéant de corriger notre texte,
dont nous percevions bien les insuffisances.
Le
nouvel article n'est donc que partiellement de nos mains.
Il va de soi que nous approuvons entièrement les
modifications faites, dont nous remercions cette grande
dame que nous appelons amicalement MMS.
Ajoutons que, dans ce texte, la science est de MMS et
que les louanges à l'égard de l'auteure
- évidemment justifiées - ont été
ajoutées par nousensuite. Elle a protesté,
but too late. JPB et CJ
Présentation par l'éditeur
L'humain prélève de l'information
de son environnement et bâtit des systèmes
complexes de représentations abstraites.
Néanmoins, quel rapport y a-t-il entre
ces systèmes représentationnels
et le réel ?
Sur
le tissage des connaissances propose
une réponse à cette question.
La méthode de conceptualisation relativisée
qui en constitue le coeur comporte un saut
épistémologique décisif,
remettant en question l'existence d'objets
et de propriétés qui préexisteraient
aux descriptions que nous en élaborons,
et faisant de la connaissance un construit
dont le rapport avec le réel est essentiellement
(inter)subjectif et finalisé.
Ce
livre secoue les fondations de l'édifice
fragile construit autour de l'information
depuis Shannon. Il permet de cerner de façon
tangible la substance même de la connaissance,
fournissant les bases d'une nouvelle théorie
plus appropriée pour comprendre ce
que nos cerveaux et nos machines manipulent
lorsqu'ils traitent de l'information. Il éclaire
de façon inédite le concept
de sens, notamment dans ses dimensions partageables
et communicables. Il change ainsi par là
même notre vision de la "réalité
du monde".
Au
sommaire
Une méthode générale
de conceptualisation relativisée
Source de la méthode
La méthode de conceptualisation relativisée
(MCR)
Quelques illustrations majeures de la méthode
de conceptualisation relativisée
Introduction à la deuxième partie
Logique classique versus logique-MCR
Reconstruction-MCR du concept de probabilité
Unification-MCR de la logique et des probabilités
MCR versus la théorie des transmissions
de messages de Shannon
Unification entre probabilités et l'entropie
informationnelle de Shannon : la fonctionnelle
d'opacité
Estimations de complexité selon MCR
Représentation-MCR du concept de temps
Conclusion générale
|
Avant
de commenter le livre de Mioara Mugur-Schächter,
nous présentons ici une introduction générale
que l'auteure a bien voulu nous adresser. A.I.
Cet ouvrage concerne les processus de conceptualisation,
depuis leur genèse et jusqu'à leurs
limites. Il expose une méthode générale
de conceptualisation relativisée.
Il s'agit d'une problématique d'un
type nouveau qui aboutit à une nouvelle discipline
: une représentation des processus de conceptualisation
enracinée directement dans la factualité
physique a-conceptuelle – bien en dessous des
langages – et dont le caractère est résolument
méthodologique et formalisant. Les processus
de conceptualisation y sont représentés
par des algorithmes qualitatifs de « description
» qui, par construction, excluent tout flou, paradoxe
ou problème illusoire. Toutefois les directions
et les contenus des processus de conceptualisation ne
sont pas restreints par ces algorithmes. Chacun peut
les choisir librement selon ses propres buts. En cela
la méthode de conceptualisation relativisée
s'apparente en une certaine mesure à la
logique et même aux mathématiques. Mais
en même temps elle possède une spécificité
qui la distingue foncièrement de tout système
formel : elle débute à des zéros
locaux de conceptualisation, en y représentant
la capture de fragments de substance physique purement
factuelle, encore a-conceptuelle, qui par la suite sont
traités comme une matière première
pour des sémantisations progressives. Ces sémantisations
constituent le cœur même de l'entière
démarche, au lieu de vouloir les en expulser.
La méthode de conceptualisation relativisée
introduit un système d' ‘algorithmes
qualitatifs' de création et de développement
indéfinis de sens communicables, à partir
de fragments de substance physique a-conceptuelle.
Tout au long du processus de construction de la méthode
de conceptualisation relativisée, l'alliance
inamovible entre sémantique et formel, qu'on
a tant travaillé à occulter dans les systèmes
formels, est l'objet d'une attention privilégiée.
On guette ses apparitions. On la stabilise. L'on
protège ses développements. C'est
la genèse et le fonctionnement de cette alliance
entre contenu à exprimer et forme d'expression,
que l'on scrute et l'on organise.
Par cela la méthode de conceptualisation relativisée
s'apparente à l'Ingénierie
qui, avec des fragments extraits du réel physique,
construit des formes utiles nouvelles, "artificielles",
bien que soumises aux lois qui régissent les
phénomènes physiques naturels ; cependant
qu'elle s'apparente aussi en un certain
sens à l'Art, car l'artiste, lorsqu'il
est grand, extrait des profondeurs de sa factualité
psychique individuelle, des fragments encore in-formes
d'émotion et d'impression auxquels
il donne des formes publiquement sensibles en se conformant
aux contraintes matérielles qu'imposent
l'utilisation architectonique de matériaux,
ou l'utilisation de couleurs, ou de sons, ou de
gestes.
Les algorithmes définis dans la méthode
de conceptualisation relativisée reflètent
pas à pas l'élaboration des relations
cognitives entre l'homme et "le réel",
tout en normant ces relations. Et finalement, comme
une fleur inattendue, ils produisent une réponse
construite et tranchée à la question de
savoir ce que la rationalité déductive,
et notamment scientifique, peut régler, et ce
qui reste définitivement en dessous d'elle,
dans les plaines phosphorescentes de l'intuition
et des croyances, ou au delà de sa portée,
dans les construits métaphysiques.
D'un point de vue plus pragmatique, la méthode
de conceptualisation relativisée met en évidence
que l'attitude ouverte à l'être
humain pour conceptualiser le réel dont il fait
partie, est foncièrement active, créative,
téléologique. Et la méthode établit
d'une manière explicite les normes adéquates
pour utiliser à fond l'existence de cette
ouverture, librement, et sans stagnations ni errements.
Elle dote d'instruments pour conceptualiser ce
qu'on veut, aussi loin qu'on veut, à
l'abri d'ambiguïtés, de paradoxes
ou de faux problèmes.
L'exposé est organisé en deux parties.
La première partie est réservée
à la construction du noyau de la méthode
générale de conceptualisation relativisée.
Ce noyau a déjà été exposé
dans toutes ses phases successives . Mais une variante
inédite en est donnée ici, considérablement
clarifiée et enrichie.
La deuxième partie contient quelques applications
majeures de la méthode de conceptualisation relativisée.
On y re-construit d'abord selon les exigences
de la méthode, les démarches logique et
probabiliste. En conséquence des relativisations
descriptionnelles, ces deux approches fondamentales
de la pensée s'approfondissent, se précisent
et s'élargissent sous les yeux du lecteur,
en s'unissant en un seul tout organique.
La relativisation de la représentation des probabilités
permet notamment de dissoudre une aporie peu ébruitée
mais tout à fait fondamentale qui, depuis plus
de deux décennies, semblait reléguer la
théorie abstraite des probabilités dans
le domaine des mathématiques pures, en la coupant
de toute applicabilité.
A son tour, la dissolution de cette aporie conduit à
l'identification claire de l'existence d'une
certaine classe de "sens" qui interviennent
d'une manière centrale dans toutes les
étapes de la syntaxe de transmission de messages
de Shannon, dont on affirme souvent qu'elle ne
comporterait aucune espèce de sens.
Et cette identification du lieu où se loge du
sens dans la théorie de Shannon, associée
aux exigences générales de la méthode
de conceptualisation relativisée, ouvre la voie
vers des estimations numériques de complexités
relativisées aptes à préserver
les contenus sémantiques.
Enfin, le concept de temps est lui aussi reconstruit
sous les guidages de la méthode. La représentation
qui émerge réserve une surprise : elle
est bi-dimensionnelle et elle distingue radicalement
entre les temps psychiques individuels et "le"
temps collectif consensuel, tout en les reliant d'une
manière définie, sur un niveau descriptionnel
d'ordre supérieur.
Les résultats mentionnés illustrent les
modalités de fonctionnement de la méthode
de conceptualisation relativisée et ils démontrent
sa puissance d'organisation, de clarification,
et d'unification.
C'est peut-être la communauté des
informaticiens qui – dans ses tentatives de construire
des "intelligences" artificielles et des "sens
virtuels" – pourrait en faire l'usage
le plus immédiat. C'est en tout cas la
communauté des sciences de l'information
et de la communication qui, j'espère, trouvera
là un saut épistémologique utile.
Introduction
Due
à la physicienne et philosophe des sciences Mioara
Mugur-Schächter, la Méthode de Conceptualisation
Relativisée (dite MCR) a été élaborée
progressivement à partir de 1982 . Ce travail
constitue selon nous une révolution dans la façon
de se représenter les processus d'acquisition
de la connaissance et par conséquent, la "réalité"
ou le "monde" objet de cette connaissance.
La question de la "connaissance" de ce qu'on
appelle "le réel" s'impose dans pratiquement
tous les domaines des sciences macroscopiques: mathématiques,
biologie, science des organisations, théorie
de la communication, robotique et vie artificielle.
Elle est évidemment aussi à l'ordre du
jour dans la philosophie de la connaissance ou l'épistémologie.
Elle se situe d'une façon claire dans le débat
entre le réalisme et le constructivisme. Enfin,
elle intéressera très concrètement
les regards que la politique de demain voudra poser
sur le monde.
Aujourd'hui
les penseurs admettent de manière quasi unanime
que les modèles concernant des fragments de "réel"
– et c'est cela, en dernière analyse,
que sont, notamment, les "objets" de la pensée
et des langages courants ainsi que de la logique et
de la science classique, ou les "systèmes"
des approches à la Herbert Simon – ne sont
en fait que des produits de l'activité cognitive
humaine qui, elle, consiste en un certain type d'interactions
entre "le réel" et les consciences
humaines. Or ces interactions sont telles qu'à
jamais, d'une manière foncièrement
insurmontable, elles éliminent toute possibilité
d'accès à une "connaissance
du réel tel qu'il est vraiment en lui-même
en dehors de toute activité cognitive".
Cela, depuis le postulat kantien de l'impossibilité
de connaître le réel-en-soi, est déjà
admis par les philosophes, presque comme une trivialité.
Mais Mioara Mugur-Schachter ne postule pas ce fait fondamental
à partir d'une élaboration exclusivement
métaphysique, elle le démontre par une
construction rigoureuse qui est profondément
ancrée dans la microphysique moderne. En outre,
en fin de parcours, elle force à s'arrêter
aussi sur le fait que la notion même de "connaissance
du réel tel qu'il est vraiment en lui-même,
en dehors de toute activité cognitive",
est auto-contradictoire, qu'elle se détruit
elle-même dès que, au lieu de se laisser
porter à la surface des flaques de sens que suggèrent
les sonorités des mots, on se donne le mal de
véritablement établir et confronter leurs
contenus.
Ainsi se trouve établie – pas affirmée
mais établie – la conclusion que toute
connaissance d'un fragment du réel est
seulement un "construit" qui porte de façon
indélébile les marques de l'activité
cognitive qui y a conduit, tout autant que les marques
d'un réel à jamais non-connaissable
"en lui-même" mais dont tout pousse
à postuler l'existence. L'existence
seule, strictement non-qualifiée, donc non-connue.
Quant aux produits de l'activité cognitive
de l'homme, on démontre qu'ils relatifs
aux actions cognitives humaines. Ils ne sont pas absolus,
ils ne sont jamais définitifs, ils mêlent
inextricablement le constructeur et son œuvre.
Le germe de cette nouvelle vue des choses, et aussi
sa structure spécifique, sont tirés de
la mécanique quantique. Ce germe, nous dit Mioara
Mugur-Schächter, une fois discerné, reconstruit
explicitement et généralisé, étend
désormais ses effets à l'ensemble des
connaissances, que celles-ci soient scientifiques, ou
qu'elles soient véhiculées par les langages
empiriques assurant la communication inter-humaine.
Dès les débuts de la physique quantique
dans les années 1930 du XXe siècle, les
physiciens quantiques avaient reconnu et annoncé
que les manifestations observables des micro-entités
qu'ils étudiaient étaient fabriquées
au cours du processus de leur investigation. Mais il
aura fallu sept décennies pour que l'on puisse
clairement distinguer entre les méthodologies
nouvelles d'étude qui se sont fait jour dans
le domaine particulier de la physique quantique –
de manière implicite – et d'autre
part les méthodologies classiques des sciences
du macroscopique, c'est-à-dire celles de toutes
les autres sciences.
Probablement, il faudra encore beaucoup de temps pour
que, grâce à des ouvrages comme celui-ci,
ces méthodologies nouvelles, imposées
par le but de construire des connaissances concernant
des micro-états, explicitées et généralisées,
puissent enrichir les méthodologies classiques
et les débarrasser de leurs adhérences
métaphysiques.
Comme
le remarque Mioara Mugur Schächter, ce délai
tient en partie au caractère ésotérique
du formalisme quantique. Ajoutons qu'il tient
aussi sans doute au peu d'intérêt des physiciens
vis-à-vis des questions épistémologiques
et philosophiques. Peu leur importait, sauf quelques
exceptions, d'étudier le type de méthodologie
qu'ils utilisaient au regard de la philosophie des connaissances.
Ils avaient également renoncé, faute de
réponses évidentes, à définir
ce qu'il y avait ou non derrière les observations
produites par des mesures, pourvu que les prévisions
faites sur leur base, concernant les phénomènes
futurs, se révèlent justes. Cette attitude
exclusivement pragmatique est toujours dominante. Ainsi
demain, les ingénieurs pourront réaliser
un ordinateur quantique sans se poser la question de
la consistance métaphysique de ce qu'on
appelle "intrication", pourvu qu'ils puissent
tirer parti de ce phénomène, avec un taux
d'erreur acceptable, dans des technologies applicatives.
Mais
les succès dorénavant éclatants
de la physique quantique, qui en font véritablement
la science des sciences, imposent eux-mêmes de
sortir de cette indifférence quant à ses
méthodes. Car il est devenu évident que
celles-ci constituent une réservoir de potentialités
nouvelles qu'il serait de plus en plus aberrant
de ne pas mettre à l'œuvre. La méthode
MCR vient véritablement à temps pour sortir
l'entendement commun des impasses et des pièges
où, nonobstant ces succès de la mécanique
quantique, il s'enlise si souvent, et qui font obstacle
à la compréhension - et aussi aux applications
- pendant des périodes quelquefois très
longues.
Or la compréhension est très importante.
Elle oriente l'esprit tout au cours de ses tâtonnements
vers des actions nouvelles. MCR propose maintenant ce
qui aurait déjà du être entrepris
depuis longtemps par les scientifiques et les épistémologistes,
s'ils avaient davantage réfléchi à
ces impasses et à ces pièges, au lieu
de les ignorer par aveuglement ou tout simplement par
paresse intellectuelle. Elle met chacun d'entre nous
à même d'apprécier, sans être
physicien, les implications de la physique quantique
concernant les méthodes d'acquisition de la connaissance.
Celles-ci font alors percevoir les racines universelles
de la connaissance, la façon universelle dont
la connaissance se tisse à ce qu'on appelle
le réel physique, via les modes humains de conceptualiser.
MCR met en évidence avec précision et
détails l'entière structure de ce
tissage qui était restée ignoré
; en conséquence de quoi la connaissance semblait
flotter au-dessus du réel physique, de manière
incompréhensible, sans liens apparents avec ce
réel, sans que l'on puisse spécifier
comment, exactement, le réel contribue à
façonner la connaissance. Pour simplifier, on
masquait le problème en édictant plus
ou moins implicitement que le réel dicterait
entièrement la forme de la connaissance, que
la connaissance est une sorte de copie du "réel
tel qu'il est vraiment". ce qui revient à
confondre "réel" et description-modèle.
La connaissance de l'existence et de la structure
de la strate primordiale du connu – explicitée
et généralisée dans MCR –
devient valide dans l'ensemble des sciences et des techniques
ainsi que dans les modes fondamentaux de conceptualiser,
logique et probabiliste. Même dans la pensée
courante, elle révolutionne les actions de construction
de connaissances concernant le ”réel”
: cette connaissance permet de normer et d'optimiser
les actions de construction de connaissances.
Par voie de conséquence, les produits des modes
de construction de connaissances, à savoir les
diverses représentations du réel, sont
révolutionnés eux aussi : ils acquièrent
une base d'enracinement exposée aux regards
critiques, reconnue, ayant fait ses preuves dans le
cas de la physique quantique laquelle, bien que particulière
du point de vue conceptuel, est néanmoins un
cas universel et fondamental pour l'entière
factualité physique.
La structure désormais explicitée et généralisée
de cette base de nos connaissances, instille ses effets,
notamment, dans la strate de conceptualisation "classique",
qui lui est superposée, en la modifiant d'une
manière qui définit ses caractères
spécifiques, tout en les rendant intelligibles.
Cependant, la révolution conceptuelle est si
forte, le déboulonnage des anciennes idoles du
réalisme positiviste est si radical et si exigeant,
que beaucoup de personnes continueront sans doute à
"faire de la science" et "faire parler
la science" sans avoir encore la moindre idée
de l'effort qu'ils devraient faire pour commencer à
être crédibles dans la démarche
de construction des connaissances scientifiques auquel
cependant ils s'imaginent participer.
Nous avons dans cette revue, dès que nous avions
pris connaissance des travaux de Mioara Mugur Schächter,
signalé leur importance à nos lecteurs(1).
Mais le handicap de MCR était jusqu'à
présent le fait, outre la complexité intrinsèque
de la présentation, qu'elle avait été
publiée en anglais et qu'il n'existait pas de
traduction française(2).
Beaucoup des correspondants de Mioara Mugur Schächter
la pressait d'en rédiger une version française,
malgré l'important travail que représentait
la nécessaire refonte des premiers textes et
le fait que l'auteure dans l'intervalle n'avait pas
cessé de développer de nouvelles applications
de sa théorie. Le travail a cependant été
fait. En conséquence des compléments apportés,
de l'effort d'intégration, et des
nouvelles perspectives ouvertes, il s'agit d'une véritable
oeuvre originale. C'est cette oeuvre, "Sur le tissage
des connaissances", que nous souhaitons
vous présenter dans cet article.
Nous pensons qu'il s'agit d'un événement
majeur de la pensée scientifique et philosophique
comme d'ailleurs de la pensée empirique quotidienne.
Mais combien de gens encore, parmi les créateurs
de savoirs, passeront à côté de
ce travail? Il heurte trop d'habitudes de pensée
et même trop d'intérêts égoïstes,
professionnels et politiques, pour bénéficier
spontanément de l'accueil médiatique qu'il
mériterait et qui lui permettrait de fructifier
immédiatement et pleinement. Afin que ce travail
acquière sa place sans trop tarder, ce serait
maintenant à nous, les lecteurs, de développer
une action appropriée.
« Sur le tissage des connaissances » n'est
malheureusement pas un livre facile. On peut craindre
qu'une lecture superficielle en décourage plus
d'un. La difficulté tient d'abord au caractère
révolutionnaire de l'approche méthodologique
qui y est construite. Mais sur ce plan l'auteure procède
pas à pas et de façon claire et constructive,
pour celui qui veut bien entrer dans le livre. Une seconde
source de difficulté tient à l'emploi
systématique de notations – seulement littérales
tout au cours de la première partie, pas mathématiques
ni logiques - introduites par les définitions
des termes de MCR, afin de réaliser une précision
maximale dans la communication de la structure conceptuelle
de la méthode. Bien que seulement littérales,
les notations utilisées dans la construction
de MCR, associées à un caractère
d'abord abstrait de chaque définition,
exigent un effort d'attention. Mais les "commentaires"
qui suivent chaque définition d'un nouveau
concept, apportent aussitôt les éclaircissements
nécessaires, et souvent ces commentaires sont
accompagnés d'exemples. En outre, les notations
seront utiles et même indispensables pour l'éventuel
accomplissement d'une informatisation de la méthode.
Il
ne reste pas moins que, pour peu que les enchaînements,
par endroits, se complexifient, le lecteur doit se concentrer
afin d'empêcher son attention de faiblir.
C'est inévitable lors de la lecture d'un
texte qui construit toute une méthode nouvelle.
Chacun a déjà pu s'astreindre à
faire ce genre d'effort au cours de sa formation,
pour s'approprier telle ou telle discipline. En
outre, nous avons montré que cet effort pouvait
être notablement diminué en imaginant des
applications intuitives (3).
Ici, il n'est pas question de résumer, même
sommairement, un ouvrage considérable. Il faut
absolument que ceux qui s'intéressent à
la science fassent l'effort de l'acquérir, le
comprendre et d'essayer de le mettre en œuvre
dans leurs propres recherches là où ils
pressentent qu'il pourrait être utile. Nous
allons pour notre part présenter rapidement quelques
éléments fondamentaux du contenu des principaux
chapitres du livre et amorcer quelques commentaires,
déjà abordés dans les précédents
articles consacrés par notre revue à MCR.
Eléments du contenu
"Sur le tissage des connaissances" comprend
deux parties, la première consacrée à
la construction de la méthode et la seconde à
quelques unes des applications majeures pouvant en être
faites. C'est évidemment par la première
partie qu'il faut commencer la lecture, puisque on y
trouve énoncé en détail tout ce
qu'il faut savoir de MCR. Les applications présentées
dans la seconde partie sont intéressantes et
révélatrices. Examiner celles proposées
par l'auteure éclairera beaucoup son propos.
Mais les chapitres qui y sont consacrés sont
particulièrement contraignants pour l'attention,
bien que l'exposé fournisse patiemment,
à chaque pas, tous les éléments
nécessaires pour comprendre. Pour notre part,
nous nous bornerons à évoquer leur contenu
en quelques phrases.
Première partie du livre. Source
et construction de la méthode MCR
Le chapitre 1 est à lire absolument. Il est d'un
accès facile. L'auteure indique comment elle
a extrait de la mécanique quantique les sources
d'un nouveau regard concernant la conceptualisation
du réel. C'est à partir de cet extrait,
et pour le rendre applicable à l'ensemble des
connaissances, qu'elle a voulu construire MCR, par explicitation
systématique et généralisation.
Mioara Mugur-Schächter était particulièrement
légitime à faire ce travail, ayant conduit
elle-même des recherches brillantes en physique
fondamentale et ayant travaillé, jeune, avec
les plus grands scientifiques de la génération
précédente.
Le nouveau regard apporté par la physique quantique,
tout le monde le sait désormais, a signé,
tout au moins dans cette discipline, la mort du «
réalisme des essences », selon lequel il
existerait une réalité connue indépendamment
de l'observateur, consistant en "objets" que
l'observateur pouvait décrire "objectivement",
en s'approchant de plus en plus de leur "vraie"
manière d'être, grâce à
des instruments de plus en plus perfectionnés.
Les physiciens de la grande époque de l'Ecole
de Copenhague s'étaient aperçus qu'ils
ne pouvaient absolument pas rendre compte de ce que
montraient leurs instruments s'ils continuaient à
faire usage de cette variante naïve du réalisme
physique. Mais s'ils ont jeté les bases d'une
nouvelle méthode de construire des connaissances,
ils n'en ont pas tiré toutes les applications
épistémologiques. Beaucoup de leurs successeurs
ne l'ont d'ailleurs pas encore fait(4).
Mioara Mugur-Schächter fut véritablement
la première à expliciter cette méthode
dans tous les détails particuliers où
elle s'incorpore dans le cas des descriptions
de microétats, et à développer
une généralisation à l'ensemble
des processus de conceptualisation développés
par toutes les sciences. Son mérite est au moins
aussi grand que celui de ses prédécesseurs
de Copenhague.
Nous pouvons observer à ce stade, même
si l'auteure n'aborde nulle part ce point, que le perfectionnement
des instruments d'observations appliqués aux
phénomènes de l'électromagnétisme
et de la radioactivité, a dû jouer un rôle.
Or ces instruments étaient apparus sur le "marché
des instruments de laboratoires", si l'on peut
dire, non pas du fait de géniaux inventeurs convaincus
qu'ils abordaient de nouveaux rivages de la connaissance,
mais du fait de modestes techniciens. Ceci correspond
à l'intuition selon laquelle les super-organismes
technologiques se développent selon des modes
de vie propres, proche de la mémétique,
et que c'est leur évolution quasi biologique
qui se mélange avec celle des conceptualisations
et des connaissances organisées en grands systèmes
dans les sociétés humaines.
Par contre, de l'approche de Mioara Mugur-Shächter
il ressort clairement que l'évolution technologique
n'aurait pas suffi à elle seule pour provoquer
la révolution conceptuelle. Il a fallu aussi
que des mutations dans les modes de représentation
du monde hébergés par les cerveaux de
quelques précurseurs de grand talent, les conduisent
à percevoir clairement les obstacles, plutôt
que continuer à buter contre eux aveuglément
pendant encore des décennies. Nous estimons pour
notre part, la modestie de l'auteure dût-elle
en souffrir, que celle-ci, à son tour, a fait
preuve d'un génie aussi grand que celui de ces
précurseurs, en sachant passer d'une pratique
mal formulée et mal systématisée,
inutilisable ailleurs qu'en physique, à une méthodologie
explicite et rigoureuse applicable dans toutes les sciences.
Le germe d'une nouvelle stratégie de conceptualisation,
identifié dans le chapitre 1, est développé
dans le chapitre 2 qui constitue l'exposé détaillé
de MCR. L'auteure procède de façon pédagogique,
en faisant suivre l'énoncé de chaque concept
de base de la méthode, que son statut soit celui
d'une définition, d'un postulat ou
d'un principe, par un commentaire permettant de
lever les obscurités et ambiguïtés.
Ce chapitre, cependant, est beaucoup plus difficile
que le précédent. Nous conseillons néanmoins
à nos lecteurs de l'étudier en détail,
crayon à la main si nécessaire. Rappelons
que dans les articles cités en note, nous avons
essayé de fournir deux exemples imagés
d'application de la méthode, qui rendront, espérons-le,
la compréhension du chapitre plus aisée.
Evoquons ici en quelques lignes les grandes étapes
indispensables à la construction des connaissances
selon MCR. Il s'agit en fait d'une méthodologie
pour la production des descriptions, car tout connu
communiquable est description, les "phénomènes"
non-décrits n'étant pas communicables.
- Le Fonctionnement-conscience. On
postule au départ l'existence d'un observateur
humain, doté d'un cerveau lui-même capable
de faits de conscience. Ce cerveau est tel qu'il peut
concevoir des buts au service desquels mettre une stratégie.
Mioara Mugur-Shächter considère que l'organisme
vivant, ceci à plus forte raison s'il est doté
de conscience, est capable de téléonomie(5).
Nous pensons pour notre part que le concept de Fonctionnement-conscience
peut être étendu au fonctionnement de tous
les êtres vivants, et peut-être même
à celui de précurseurs matériels
de la vie biologique, aux prises avec la Réalité
telle que définie ci-dessous. Nous y reviendrons
dans nos commentaires. Les concepteurs de robots véritablement
autonomes espèrent que ces robots pourront procéder
de même afin de se doter de représentations
ayant du sens pour eux.
- La Réalité. On postule
qu'il existe quelque chose au-delà des constructions
par lesquelles nous nous représentons le monde.
Mais (pour éviter les pièges du réalisme
naïf), on n'en postule que l'existence,
strictement non-qualifiée, non-décrite.
Peut-être pourrait-on penser (la suggestion est
de nous) que le modèle le plus simple, fondamental
et universel de cette réalité correspond
à ce que la physique contemporaine appelle le
Vide quantique ou l'énergie de point-zéro,
qui ne s'inscrit ni dans le temps ni dans l'espace ;
les fluctuations quantiques qui sont supposées
en émaner, sont conçues comme donnant
naissance aux particules élémentaires,
etc. Mais disons tout de suite que déjà
tout cela est MODÈLE, donc description ; et en
plus, selon MCR, on le verra, il s'agit d'une description
réalisée après les "descriptions
de base ou transférées", qui sont
les descriptions primordiales où s'accomplit
l'enracinement du connu dans ce qu'on appelle
réel physique, via ce « tissage »
dont la structure est spécifiée en détail
dans la définition du concept de description
de base ou transférée.
- Le Générateur d'Entité-objet
et l'Entité-objet ainsi générée.
Il s'agit d'une "opération épistémique"
permettant au Fonctionnement conscience, dans le cadre
de ses stratégies téléonomiques,
de créer à partir de la "Réalité"
une "entité-objet-d'étude"
spécifiée par l'opération
qui l'engendre, ce qui est autre chose qu'une
"qualification", et qui pourra être
qualifiée à proprement dire par la suite,
via des actions cognitives indépendantes de celle
de génération de l'Entité-objet-d'étude.
Il n'y aurait pas de science sans cette séparation
entre l'acte de génération de l'Entité-objet-d'étude,
et les actes de qualification de cette entité.
En outre, même dans la vie courante, nous procédons
souvent de cette façon, comme nous l'avons montré
à propos des entités objets psychiques
(Le chômage). Nous construisons, physiquement
(systématiquement, dans la microphysique) ou
mentalement, ou par des actions mixtes, des "Entité-objet-d'étude"
qui n'existaient pas avant notre intervention.
Il s'agit là d'un point très
nouveau et dont l'importance s'affirme dans
la suite comme tout à fait fondamentale. En effet
la nécessité systématique, lorsqu'on
construit une description, d'une opération
de génération de l'entité-objet-d'étude,
est occultée partout, et notamment dans la pensée
courante ainsi que dans la logique et les probabilités
classiques. Partout – plus ou moins implicitement
– l'Entité-objet-d'étude
est supposée préexister toute faite. Pourtant
l'analyse révèle que, sous une forme
ou une autre, un acte de génération a
toujours existé lorsqu'une description
a été accomplie. Comme le dit l'auteure,
l'opération de génération
de l'Entité-objet-d'étude
d'une description à construire est «
la grande oubliée de la pensée classique
».
- Les Qualificateurs. Il s'agit de la spécification
détaillée et rigoureuse de la manière
de structurer les différents "points de vue"
de qualification, par lesquels "décrire"
une Entité-objet que nous avons créée
en tant que telle. Chaque «aspect de qualification»
consiste dans la donnée d'une «dimension
sémantique» (par exemple ce qu'on appelle
‘couleur') et la spécification d'un
nombre fini de « valeurs » de l'aspect
en question (dans le cas de l'aspect ‘couleur',
ce qu'on dénote par les mots ‘rouge',
‘jaune', etc.). L'aspect se « donne
» via des échantillons de ses valeurs, soit
concrets (comme les échantillons de couleur chez
le teinturier), soit abstraits lorsqu'il s'agit
du qualificateur abstrait (comme les valeurs d'aspect
3, 2, 6 de l'aspect générique indiqué
par le mot ‘nombre'). Un Qualificateur-aspect
inclut par construction la spécification exacte des
examens (concrets ou abstraits) auxquels on doit soumettre
l' Entité-objet afin d'obtenir sa qualification
en termes de valeurs de ce Qualificateur-aspect ; il inclut
également (a) la spécification de tous les
moyens d'observation et de mesure, biologiques ou instrumentaux,
que ces examens comportent, (b) les effets observables de
ces examens qui constituent ‘le résultat',
et (c) la spécification du mode de codage de chaque
tel résultat observable, en termes d'une «
valeur » bien définie de l' « aspect
» mis en jeu.
On voit qu'on est bien loin des prédicats
des grammaires et de la logique classique, indiqués
exclusivement par des mots, et que l'on suppose
pré-exister aux processus de description tout
faits dans un univers platonicien. Un qualificateur
au sens de MCR est toute une structure effective de
données-dénominations-opérations-codages,
construite a priori et délibérément
par l'observateur-concepteur afin de qualifier
exactement comme il veut une Entité-objet-d'étude
donnée qu'il a engendrée indépendamment
de ses qualifications ultérieures.
En général un examen qualifiant n'est
pas répétable sur l'exemplaire d'Entité-objet-d'étude
sur lequel il vient d'être accompli, car
– en général – l'examen
qualifiant change l'exemplaire d'Entité-objet
sur lequel il agit : en ce sens, cet exemplaire-là
de l'Entité-objet est « consommé
». Mais la séquence [(une opération
de génération d'un exemplaire de
l'Entité-objet).(un examen de cet exemplaire
via un aspect qualifiant donné)], elle, doit
être répétable autant de fois qu'on
veut : c'est une condition de scientificité.
Cette condition est très restrictive. C'est
elle qui soulève les problèmes les plus
ardus lorsqu'on veut transposer MCR à des
investigations du domaine des sciences sociales.
Un examen comportant la définition d'un
aspect qualifiant donné, sur une Entité-objet
engendrée par un opérateur de génération
donné, et donné indépendamment
de la donnée de l'aspect qualifiant, peut
conduire à la constatation de l'« in-existence
relative » de cette Entité-objet et de
cet aspect qualifiant. C'est-à-dire, on
peut n'obtenir aucun effet observable et codable
en termes d'une valeur de l'aspect mis en
jeu. (l'auteure propose de penser à une
mesure d'intensité électrique opérée
sur un symphonie de Beethoven). Ceci exprime qu'on ne
peut pas inventer n'importe quelle paire (Entité-objet,
aspect qualifiant) et construire à son propos
ce qu'on appelle une connaissance. Il faut que
le fragment de Réalité consistant en l'Entité-objet-d'étude,
puisse être mis en relation avec les grilles de
qualification mises à l'œuvre. Par
cette voie le réel impose des contraintes à
la génération de connaissances (d'autres
contraintes aussi sont identifiées).
- Le Principe-cadre. Il s'agit du cadre
d'espace-temps dans lequel l'esprit humain place
nécessairement toute Entité-objet physique.
L'énoncé rigoureux de ce principe
se rattache – en le complétant –
à la vue de Kant, désormais classique
parmi les philosophes, selon laquelle l'espace
et le temps sont des formes a priori de l'intuition
humaines.
Voilà quelques éléments de la construction
de MCR. Celle-ci comporte 21 formulations principales
(10 définitions principales, 1 postulat, 3 principes,
et 6 'propositions' qui « découlent
» au sens de la syllogistique naturelle). Ainsi,
au fil des concept introduits successivement, l'on
assiste à l'élaboration progressive
d'un concept général de «
description relativisée » qui ensuite se
spécifie en différents types de descriptions
relativisées. Celles-ci s‘organisent en
« chaînes de descriptions » hiérarchisées
qui se rencontrent dans des « descriptions-nœud
» (communes à deux ou plusieurs chaînes),
et peuvent s'associer en systèmes de descriptions.
Le type de description qui, universellement, se trouve
aux bases de toute chaîne de description, est
celui de « Description de Base ou Transférée
» (transférées sur les enregistreurs
d'appareils). C'est à ce type de
descriptions qu'appartiennent – notamment
– les descriptions de microétats construites
dans la mécanique quantique fondamentale, qui,
confrontées aux descriptions classiques, ont
révélé ce que les physiciens ont
dénommé « la coupure quantique-classique
». Mais dans MCR il apparaît que l'ensemble
des descriptions de base ou transférées,
qu'elles soient ‘quantiques' ou non,
constituent toute une strate descriptionnelle primordiale
où des Entités-objet consistant dans des
fragments de pure factualité physique encore
jamais conceptualisés auparavant, sont hissées
jusqu'au niveau de l'observable par l'homme
pour la toute première fois, via un processus
qui véritablement tisse du réel physique
a-conceptuel, au volume du déjà conceptualisé.
Cette
strate primordiale des descriptions de base ou transférées,
comparée aux descriptions classiques, marque
une coupure générale entre la conceptualisation
primordiale de base ou transférée, et
la conceptualisation classique, qui s'accomplit
par modèles, c'est-à-dire par des
descriptions d'un type beaucoup plus complexe,
placé beaucoup plus loin dans les chaînes
descriptionnelles hiérarchisées de MCR.
La strate primordiale des descriptions de base ou transférées
est révélée par MCR pour la toute
première fois dans l'histoire de la pensée.
Elle était restée entièrement inconnue
et même insoupçonnée. Dorénavant
elle met au jour l'enracinement de la pensée
dans le réel physique, tout en spécifiant
l'entière structure de l'enracinement.
Ainsi elle fonde la pensée dans le réel
physique.
Quant à la coupure générale [(conceptualisation
transférée)-(conceptualisation classique
par modèles)], qui devient perceptible en même
temps que la strate primordiale des descriptions transférées,
non seulement elle résout la question de la fameuse
coupure quantique-classique, mais en outre elle offre
aux regards l'entière structure opérationnelle-conceptuelle
qui relie aussi ces deux strates de la conceptualisation,
en en faisant un tout.
Enfin, MCR aboutit à définir ce que l'auteure
appelle « un canon général de description
» utilisable dans n'importe quel domaine et qui
permet de distinguer entre les descriptions acceptables
selon les normes-MCR, celle qui peuvent être reconstruites
selon ces normes, et celles qui tout simplement sont
à rejeter en tant que ‘descriptions'
parce qu'il leur manque un élément
essentiel, par exemple l'Entité-objet-d'étude.
L'ensemble de la construction de MCR permet de
démontrer la définitive impossibilité
de ‘connaître' du « réel-en-soi-tel-qu'il-est-vraiment
». Par contre, il introduit de l'ordre et
de la vie dans le domaine des descriptions relativisées,
individuelles ou probabiliste, celles qui assurent des
communications ‘objectives' au sens de l'inter-subjectivité
et dont la somme devrait correspondre à la somme
des connaissances scientifiques.
Deuxième partie
du livre. Quelques illustrations majeures de MCR
Comme nous l'avons déjà affirmé,
les chapitres constituant cette deuxième partie
présentent le plus grand intérêt
pour les lecteurs connaissant déjà MCR.
Ils illustrent en effet des recherches menées
sans désemparer par Mioara Mugur-Shächter
dans ces dernières années, et jamais présentées
à ce jour de façon synthétique.
Ils apportent la preuve de l'intérêt de
la révolution épistémologique qui
découle de l'application de MCR aux différentes
sortes de représentations de nos connaissances.
On y voit en effet remis en cause, d'une façon
qui sera certainement fructueuse, l'essentiel de ce
que l'on considérait jusqu'ici comme les bases
même de la conceptualisation : la logique et les
probabilités. Mais aussi la théorie de
l'information, la question de la mesurabilité
des complexités. Il ne devrait plus jamais être
possible, dans ces disciplines, de continuer à
raisonner selon les méthodes précédentes,
sauf à le faire intentionnellement, en tant qu'approximations,
dans le cadre de recherches limitées.
Enfin,
la deuxième partie de l'ouvrage contient
aussi une représentation-MCR du concept de temps.
Malheureusement, ces chapitres nous paraissent être
hors de portée de ceux que les formulations logique-mathématiques
rebutent. Mais en les lisant malgré tout, on
peut acquérir une idée de la profondeur
et de l'utilité des changements qui se
font jour. Il est dommage que l'auteure n'ait pas encore
essayé de les résumer sous une forme plus
accessible, quitte à réserver l'exposé
complet aux professionnels. Mais cela viendra aussi,
sans doute.
Nous n'avons ici ni le temps ni la compétence pour
résumer l'argumentaire de chacun de ces chapitres.
Bornons-nous à ajouter quelques mots seulement.
La logique classique travaille avec des 'objets'
et des ‘prédicats'. Mais ces objets
et ces prédicats sont présentés
comme existant dans la réalité ou traduisant
des relations réelles entre éléments
de la réalité tels qu'ils seraient
en eux-même. La logique ne se pose donc pas la
question du processus de construction par lequel on
obtient des 'objets' et des ‘prédicats'.
Elle suspend quasiment dans le vide ces éléments
de ses élaborations. Faire appel à ceux-ci
risque alors d'égarer l'entendement dans
des cercles vicieux (comme le montre les divers paradoxes,
notamment celui du menteur). La logique ne retrouvera
de bases saines qu'en utilisant MCR pour spécifier
les objets de ses discours.
Il en est de même du concept de probabilités
tel que défini notamment par le mathématicien
Kolmogorov. L'espace de probabilité proposé
par ce dernier contient des ‘mesures de probabilité'
que Kolmogorov lui-même a dénoncé
comme dépourvues de toute règle d'interprétation
factuelle. Ceci, depuis plus de deux décennies,
a conduit Kolmogorov, le père de la théorie
moderne des probabilités, à exiger que
l'on cesse d'utiliser sa théorie
dans des domaines appliqués, qu'on la traite
comme un domaine des mathématiques pures. Ce
qui, évidemment, paraît inacceptable, notamment
pour des physiciens. Or MCR lève cette difficulté.
La question de la mesurabilité de ‘la'
complexité conduit elle aussi à des difficultés
bien connues. Mais MCR permet d'analyser et de
dissoudre ces difficultés, sans pour autant perdre
tous les contenus sémantiques impliqués,
comme lorsqu'on utilise des mesures ‘algorithmiques'
au sens de Kolmogorov et Chaitin.
Mioara Mugur-Shächter ne le dit pas, mais le même
raisonnement pourrait selon nous s'appliquer au concept
de système. La science des systèmes s'évertue
à identifier ceux-ci dans la nature. Alors elle
se noie dans le nombre infini des candidats-systèmes
qu'elle croit y ‘trouver' tout fait. Mieux
vaudrait admettre d'emblée que le système
en général, tel système en particulier,
n'existent pas en soi, que chaque système doit
être spécifié en tant qu'une Entités-objet
convenablement créée librement par un
Générateur ad hoc.
Le même type de raisonnement novateur s'applique
à la théorie de Shannon et au concept
de temps, tels que présentés dans l'ouvrage.
Commentaires
Une fois le livre refermé, plusieurs questions
se posent. En voici quelques unes, rapidement évoquées
:
Prolongements médiatiques?
Si l'on considère, comme nous le faisons, qu'il s'agit
d'une oeuvre maîtresse, le premier souci qui devrait
incomber non seulement à l'auteure, mais aussi à
ses lecteurs et disciples, serait de lui donner des prolongements.
Mais pour cela, il faudrait que MCR soit mieux connue, discutée,
amplifiée, enrichie dans les nombreuses directions,
tant épistémologiques qu'applicatives, ouvertes
par Mioara Mugur-Shächter. Est-ce le cas ? Sans doute
pas encore, hormis un cercle très étroit.
S'agit-il d'une question de communication ? L'auteure fait-elle
appel comme il le faudrait aux nouveaux médias. Nours
pensons que la réponse est négative et qu'il
faudrait que Mioara Mugur-Shächter, et aussi nous,
les lecteurs, fassions un effort considérable de
meilleure diffusion, notamment par Internet. Celui-ci est
aujourd'hui la clef du succès dans le monde scientifique
et surtout dans le grand public. Notre expérience
nous montre que les journalistes scientifiques, notamment,
ne vont pas directement aux sources mais s'appuient sur
les références qu'ils trouvent en ligne.
Mais alors se pose à nouveau la question, déjà
signalée, de la forme de l'exposé,
qui est très rigoureuse et austère. Il
faut absolument que MCR soit déclinée
dans des versions diversifiées, attrayantes,
éventuellement pour certaines d'entre elles dramatisées
ou illustrées. Ceci suppose un effort considérable,
qui n'est sans doute pas à la portée d'une
personne seule, mais qu'il faudrait faire.
Prolongements scientifiques
et méthodologiques?
MCR restera un exposé théorique dense
et peu utilisable par les scientifiques, ingénieurs
et autres concepteurs de systèmes cognitifs si
la méthode n'est pas transformée en une
sorte de langage de programmation (ou tout au moins
pour commencer en un langage d'analyse fonctionnelle)
qui puisse être utilisé de façon
indifférenciée. La difficulté à
vaincre est, nous semble-t-il, la résistance
usuelle des chercheurs et des concepteurs. Même
s'ils estimaient que les postulats réalistes
naïfs qui sous-tendent leurs travaux ne résistent
pas à la critique, ils ne feraient pas pour autant
l'effort de changer de méthodologie si le coût
d'investissement dépassait les bénéfices
attendus d'une nouvelle méthode. En effet, en
ce qui concerne les résultats obtenus dans la
plupart des applications, le réalisme n'entache
pas d'erreurs pratiques (en dehors, pour le moment,
de la physique quantique). Certes, dans la plupart des
cas le postulat réaliste bloque les développements
plus fondamentaux. Mais les concepteurs ne se soucient
pas en général du futur, mais de la rentabilité
à court terme.
Il nous semble qu'un travail d'aide à la programmation
analogue à celui réalisé par Stephen
Wolfram avec son logiciel Mathematica serait réalisable
et trouverait des clients. Les premiers utilisateurs,
comme l'indique d'ailleurs Mioara Mugur-Shächter,
devraient être les concepteurs de robots autonomes,
désireux de doter ceux-ci d'une capacité
interne (non programmée de l'extérieur)
pour se doter de représentations de leur environnement
ayant du sens pour eux.
Prolongements épistémologiques?
Nous estimons, à tort ou à raison, que
MCR, si brillamment conçue par Mioara Mugur-Shächter
comme une méthode canonique de description susceptible
de s'appliquer non seulement aux sciences mais à
l'ensemble des langages descriptifs, est en fait bien
plus que cela. Il s'agirait de la formalisation, réalisée
pour la première fois, sinon dans l'histoire
de l'univers, du moins dans l'histoire de la Terre,
d'un processus de construction naturelle, spontanée,
de toutes les ‘formes' plus ou moins stables
qui émergent progressivement dans le monde. Si
en effet nous imaginons ce modèle selon lequel
l'univers s'est construit à partir du Vide Quantique
par matérialisation aléatoire réussie
de particules quantiques nées des fluctuations
du Vide, il faut bien qu'un processus très puissant
ait poussé à la complexification des composants
élémentaires de matière et à
l'apparition, par émergences successives, des
complexités biologiques, puis mentales, que nous
connaissons. Cette idée rejoint, nous semble-t-il,
celles présentées par les physiciens selon
lesquelles l'univers serait un ‘calculateur'
– et qui plus est, selon Seth Lloyd qui vient
de donner à cette hypothèse une forme
rigoureuse, un calculateur quantique(6).
Dès qu'une entité matérielle organisée
de manière stable sous forme d'une molécule,
fut-elle simple, extrait du Vide une particule quantique
(où ce qui correspond à ce terme dans
la théorie quantique des champs) et l'intègre
à sa structure, elle transforme ce qui n'était
alors pas descriptible, en une Entité-objet désormais
"qualifiable". En effet, le processus d'association
mentionné agit, pour reprendre les termes de
Mioara Mugur-Shächter, comme un Générateur
d'Entité-objet, l'association elle-même
constitue une nouvelle Entité-objet. Celle-ci
est "qualifiée" par les effets transférés
sur les entités stables qui l'entourent.
Cette séquence [(opération de génération)(opération
de qualification)], répétée le
nombre de fois qu'il faut, aboutit finalement à
l'émergence d'un Fonctionnement-(in)conscience
avec ses téléonomies, qui entrera dans
la grande compétition darwinienne entre molécules
primordiales. Le même schéma se reproduira
lorsque apparaîtront les premières entités
biologiques et que celles-ci, elles-mêmes, se
doteront d'aptitude à la conscience(7).
Les constructions matérielles et intellectuelles
de la société scientifique terrestre feraient
ainsi partie d'un univers beaucoup plus vaste, celui
des Descriptions relativisées de base ou Transférées
naturelles (pour reprendre le terme de MCR), notamment
cosmologiques.
Mais alors, demanderont les esprits curieux, pourquoi,
si MCR représente un avatar d'un mouvement
naturel aussi profond, a-t-il fallu attendre Mioara
Mugur-Shächter et, avant elle, les premiers physiciens
quantiques, pour qu'il prenne une forme langagière
enfin intelligible ? C'est tout le problème de
la construction de l'univers en général
et du rôle de la science, processus constructif
méthodique d'un type particulier mais qui
s'élabore dans le temps, qui est alors
posé. Pourquoi serait-ce seulement à notre
époque, et par telle voix plutôt qu'une
autre, que les Terriens prendraient conscience de leurs
aptitudes à construire cette formalisation sémiotique
d'un processus naturel, et lui donner (éventuellement)
des finalités spécifiquement compatibles
avec leur propre survie ? Et, plus généralement,
est-ce que d'autres Fonctionnements-conscience existeraient
ailleurs dans l'univers pour proposer des perspectives
convergentes (ou divergentes) ?
Nous laissons à la sagacité de nos lecteurs
le soin de répondre à ces questions. En
attendant, pour illustrer cet extravagant propos, nous
suggérons à nos lecteurs de contempler
attentivement le tableau de Escher intitulé "Print
Galery", sur http://www.postershop.fr/Escher-MC-p.html?LIMIT1=10&LIMIT2=10
(à grossir beaucoup)
Pour
terminer cet article, nous reproduisons ici in extenso
la conclusion générale de l'auteure;
A.I.
En ce qui concerne la conceptualisation
dite scientifique, l'histoire et la philosophie
des sciences ont entretenu et développé
constamment un courant réflexif, de description
des conceptions et des méthodes de recherche
employées par tel ou tel créateur dans
tel ou tel domaine, d'explication des résultats,
de critique. Ce courant s'est notablement intensifié
au cours du dernier siècle, en conséquence
des modifications contre-intuitives que la relativité
d'Einstein et surtout la mécanique quantique
ont infusées dans la pensée scientifique,
et même en une certaine mesure dans la pensée
plus courante. Les vues de Bohr, Popper, Kuhn, Feyerabend,
Hanson, Bohm, et nombre d'autres auteurs (de plus
en plus souvent des physiciens), ont installé
progressivement dans l'histoire et la philosophie
des sciences une attitude plus technique et une tendance
à dégager certaines normes de conceptualisation.
Mais en leur essence toutes ces démarches restent
subjectivement commentatives. Elles sont toutes fondées
sur ce qui a été fait en dehors d'elles-mêmes
et que tel ou tel jauge selon ses propres critères
et sentiments. Ce sont des gloses.
Or pourquoi les modes humains de décrire –
qui incorporent toute connaissance communicable –
seraient-ils condamné à rester éternellement
dans cet état que l'on appelle "naturel"
(avec une certaine connotation poétique) qui
reste ouvert à toutes les malformations et ne
peut dépasser le degré d'efficacité,
toujours très bas, qui s'associe foncièrement
à l'absence de tout ordre ciblé
et construit ? Quel verdict blasphématoire interdirait-il
l'accession des descriptions à de la technicité,
quand chaque jour on s'émerveille des pouvoir
que, en tout domaine, celle-ci crée dès
qu'elle s'y installe ?
La méthode de conceptualisation relativisée
marque une rupture dans l'évolution de
l'action réflexive de la pensée
sur la pensée. Elle quitte radicalement le mode
subjectif, descriptif-analytique-critique et se constitue
en tant qu'une discipline nouvelle indépendante,
à part entière, constructive et normative,
réglant a priori les processus de conceptualisation
quelconques. Elle élabore un système cohérent
et consensuel d' "algorithmes qualitatifs
de conceptualisation" ; "algorithmes"
en un sens nouveau du terme, celui de modes normés
de génération et développement
de sens, à caractère effectif, et protégés
par construction de toute insertion de faux problèmes
ou de paradoxes.
Mais ce n'est pas le caractère consensuel,
normatif et algorithmique qui constitue la spécificité
la plus novatrice de la méthode de conceptualisation
relativisée. Cette spécificité
se trouve dans le contenu des algorithmes : à
l'intérieur des construits normés
et consensuels qui opèrent dans les algorithmes
de la méthode de conceptualisation relativisée,
des opérations – physiques ou conceptuelles
ou mixtes – s'allient organiquement à
des concepts-et-mots, à d'autres signes,
et à des fragments de réel factuel physique
a-conceptuel. C'est là l'innovation
véritablement radicale introduite par la méthode.
Les fragments de réel physique a-conceptuel qu'elle
incorpore interviennent systématiquement dans
la toute première strate de la conceptualisation,
celle constituée par ce qui a été
dénommé des « descriptions de base,
transférées ». Dans le cadre de
ces descriptions de base, des opérations physiques
insèrent des actions physiques dans ce qu'on
appelle le réel physique "en soi" –
celui qui dans cet ouvrage est démontré
être non-connaissable – et ces opérations
tirent du réel physique "en soi" des
fragments quelquefois très enfouis, qu'elles
amènent ensuite à produire des systèmes
de marques physiques observables sur des enregistreurs
d'appareils macroscopiques.
Les codages de ces systèmes de marques physiques
observables, en termes conceptuels, sont les tout premiers
points d'affleurement de la factualité
physique inconnue, à la base du volume du conceptualisé,
du connu. La structuration apparente de tels systèmes
de points d'affleurement échappe encore
foncièrement aux principes d'organisation
dans l'espace et le temps qui dominent nos intuitions
et notre pensée explicite. Ceci rend ce type
de structuration inconcevable tant qu'on n'a
pas été amené à la constater
par quelque voie de contraintes, et inintelligible lorsqu'on
en perçoit l'accompli sans avoir encore
pris connaissance de sa genèse sous-jacente.
Ainsi cette sorte primordiale de structuration descriptionnelle
est restée insoupçonnée. C'est
précisément cette présence insoupçonnée
qui a fait irruption dans les inclassables descriptions
de microétats produites par le formalisme quantique.
Mais elle s'y est introduite dispersée
dans des formulations mathématiques avec lesquelles
elles faisait corps d'une manière inextricable
qui empêchait de percevoir quelle sorte d'entité
épistémologique s'était répandue
là. Qui peut faire des bijoux avec des pépites
d'or fixées dans des morceaux de roche
?
Cette occultation a pu être vaincue par une démarche
de re-construction qualitative des descriptions de microétats
accomplie en dehors du formalisme quantique, exclusivement
sur la base des contraintes imposées par la situation
cognitive et par les exigences des modes humains de
conceptualiser : dans le produit final de cette sorte
d'opération de purification épistémologique
(où – après coup – on reconnaît
clairement l'essence des descriptions quantiques)
scintillaient les traits d'une forme descriptionnelle
intégrée, encore jamais conçue,
que rien n'annonçait dans les théories
scientifiques installées avant la mécanique
quantique, qui est sans reflets dans les langages courants
et la pensée classique millénaires, sans
aucun correspondant dans les structurations logiques
ou probabilistes fondées dans la pensée
classique.
L'on
a là, devant les yeux, un prototype, une sorte
de portrait-robot, d'un individu descriptionnel
re-né nu, débarrassé de toute mathématisation,
appartenant à l'espèce mystérieuse
qui définit la fameuse « coupure quantique-classique
». C'est ce prototype qui a été
recueilli et généralisé tout en
normant selon les exigences d'un but : éliminer
par construction toute fausse absolutisation, c'est-à-dire,
relativiser systématiquement Ainsi s'est
construite la méthode de conceptualisation relativisée.
Celle-ci incorpore toute l'essence des caractéristiques
épistémologiques des descriptions de microétats,
d'où le formalisme quantique tire sa force
particulière. Notamment, la méthode de
conceptualisation relativisée met au jour dans
toute son ampleur une vaste coupure qui sépare
en deux strates l'entier volume du conceptualisé
: [(conceptualisation de base, transférée)-(conceptualisation
classique par modèles intrinsèques)].
La strate de conceptualisation de base, inconnue auparavant,
incorpore la conceptualisation quantique ; la coupure
générale elle-même inclut la coupure
« quantique-classique ». Mais au lieu de
se résumer à deux mots juxtaposés,
MCR définit en détail les structure internes
des deux strates ainsi que la manière de laquelle
elles sont reliées.
Dans les descriptions normées de la méthode
de conceptualisation relativisée, la nouvelle
alliance organique entre {opérations (physiques
ou conceptuelles ou mixtes), concepts-et-mots, autres
signes, et fragments de réel factuel physique
a-conceptuel introduits par des descriptions de base,
transférées}, conduit à un dépassement
radical des forces des langages précédents.
Les forces des langages classiques, faits exclusivement
de {concepts-et-mots et autres signes}, sont déjà
troublantes, comme vivantes, comme magiques même
parfois. Les structures de ces langages arrivent à
empoigner l'attention, à la diriger sur
des points précis qui le plus souvent se trouvent
à l'extérieur de tout langage, à
la faire marcher au pas d'une manière analytique,
ou la mettre sur les voies rapides de calculs logiques-mathématiques
qui la conduisent à formuler avec précision
des conclusions souvent tout à fait inattendues.
Ces puissances, toutefois, heurtent un plancher abstrait
mais étanche : le plancher des concepts-et-mots
classiques, de la pensée classique. Il s'agit
d'un "plancher" en ce sens que la conceptualisation
classique n'est pas limitée dans sa progression
complexifiante, elle est tronquée à ses
débuts par la nappe rigidifiée des concepts-et-mots
classiques qui cache les racines de la conceptualisation
en dessous d'elle.
Les
savoirs intuitifs ou opérationnels y percent constamment
des petits trous par lesquels ils atteignent la factualité
physique a-conceptuelle et y puisent des capacités
créatives, de manière non explicite et artisanale.
Mais ces percées se referment aussitôt, cependant
que la conceptualisation classique dans sa globalité,
n'est jamais descendue massivement en-dessous du plancher
épais des concepts-et-mots qui l'isole de ses racines.
Tandis que la méthode de conceptualisation relativisée
implante la conceptualisation en-dessous de ce plancher
classique qui pour elle est transparent. Elle l'implante
directement dans le réel physique a-conceptuel duquel
elle tire ces fragments, cette substance sémantique
brute qui est la sève méconnue de nos connaissances.
Elle réalise cela à ciel ouvert et systématiquement,
via des opérations physiques explicitement spécifiées,
de génération d'entités-objet de base
et de qualification de celles-ci par l'action de vues-aspect
de base. Elle reconnaît et gère la présence
inexpugnable et le rôle spécifique de ces fragments
de réalité physique a-conceptuelle qui nourrissent
les conceptualisations. Elle soumet l'élaboration
de cette substance sémantique brute introduite par
les descriptions de base, à des normes relativisantes
qui, à tous les niveaux des processus de conceptualisation,
installent des remparts contre tout paradoxes ou faux problème.
C'est en conséquence de cela que la méthode
de conceptualisation relativisée transfigure la logique
et les probabilités classiques et les réunit
organiquement dans un seul tout ; qu'elle résout
le problème de l'identification de la loi factuelle
de probabilité à affirmer dans une situation
probabiliste donnée ; qu'elle élucide la question
du sens dans la théorie de Shannon, précise
le statut descriptionnel de cette théorie, et permet
d'aborder sa relativisation systématique, qui sans
aucun doute sera réalisée ; qu'elle arrive
à représenter d'une manière bien définie
et organisée ce vers quoi pointent les qualifications
mystérieuses de "complexité", et
à leur associer des mesures numériques ; qu'elle
parvient à élaborer une représentation
construite du concept de temps à partir d'éléments
a-temporels ; qu'elle atteint ces résultats divers
d'une manière exposée aux regards critiques
et qui est systématiquement globalisante parce qu'elle
relie de façon explicite chaque sous-domaine de conceptualisation,
au noyau unique de la méthode ; ce qui en outre assure
la possibilité de tout retour réflexif pour
améliorer ou pour changer radicalement ; et que,
en fin de parcours, elle produira probablement le grand
fruit réflexif de sa propre mathématisation
(en termes de vecteurs de description dans des espaces de
Hilbert finis).
Malgré son origine étrangère à
l'informatique, la méthode de conceptualisation relativisée
pourrait s'avérer très particulièrement
appropriée aux démarches modernes de création
de « sens artificiels ».
Notes
(1) Voir
http://www.automatesintelligents.com/echanges/2004/avr/mioara.html
ainsi que http://www.automatesintelligents.com/echanges/2004/juin/mrc.html
et http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2004/55/mrc.htm
On lira également un interview de l'auteure http://www.automatesintelligents.com/interviews/2004/juin/mugurschachter.html
Un article sur MCR a été présenté
sur notre blog Philoscience: http://philoscience.over-blog.com/article-1542920-6.html

(2) Method of Relativized Conceptualisation.
Quantum Mechanics, Mathematics, Cognition and Action
(Kluwer Academic, 2002). Un article de la revue Le Débat
mars avril 1997 avait précédemment posé
le problème: http://ns3833.ovh.net/%7Emcxapc/docs/conseilscient/mms1.pdf
Un texte récent publié sur le site de
MMS présente son argumentaire en termes très
faciles d'accès, dont nous recommandons la lecture
http://www.mugur-schachter.net/maispourquoi.pdf

(3) Nous pensons avoir montré
qu'en paraphrasant dans le langage courant et sur des
exemples simples les algorithmes proposés par
le livre, il était possible de le rendre plus
accessible (voir note 1). Mioara Mugur-Shächter
annonce qu'elle a entrepris la rédaction d'un
ouvrage destiné au grand public. Il s'agit d'une
très bonne initiative. Mais que nos lecteurs
n'attendent pas la parution de ce dernier pour s'intéresser
au présent livre. 
(4) Ceci apparaît, comme le
note d'ailleurs Mioara Mugur-Shächter, dans le
fait que beaucoup de physiciens quantiques continuent
à trouver la physique quantique compliquée,
voire incompréhensible. On cite toujours Feynman
qui aurait dit que celui qui prétend comprendre
la physique quantique montre qu'il n'y a rien compris.
En fait, si le formalisme mathématique de la
mécanique quantique est compliqué, il
n'est pas le seul. Ce qui est compliqué, voire
impossible, c'est de prétendre mettre derrière
le formalisme des réalités en soi contradictoires,
incompréhensibles par l'entendement humain. Mais
à ce titre les Ecritures sont également
compliquées voire incompréhensibles quand
elles évoquent un Dieu en trois personnes. MCR
vise précisément à éviter
cette tentation métaphysique sinon mythologique
appliquée à une science, la physique quantique,
qui est devenue celle de tous les jours. La même
observation vaudrait évidemment aussi pour ce
qui concerne la cosmologie théorique. 
(5) Selon Wikipedia (http://fr.wikipedia.org/wiki/T%C3%A9l%C3%A9ologie),
la téléologie est l'étude des systèmes
finalisants acceptant différentes plages de stabilité
structurelles et capables, en général,
d'élaborer des buts ou de modifier leurs finalités,
(en anglais:purposeful systems"). Dans les systèmes
humains psycho-socio-politique, cette téléologie
peut très bien se nommer de "autodétermination".
La téléonomie est l'étude des systèmes
finalisés par une stabilité; recherche
de la stabilité structurelle et non du changement,
(en anglais: "goal seeking systems"). En psychologie
et en sociologie, la téléonomie peut très
bien se nommer de "autonomie". Ces mots sont
suspects pour les matérialistes. Mais il est
tout à fait possible d'accepter les définitions
ci-dessus sans se référer à des
causes finales imposées par une divinité
quelconque. 
(6) Voir notre article
http://www.automatesintelligents.com/biblionet/2006/avr/lloyd.html

(7) Nous renvoyons sur ce point au
livre de Gilbert Chauvet http://www.automatesintelligents.com/biblionet/2006/fev/comprendre_vivant.html