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Editorial
Renaissance de la recherche/développement (R/D) en Allemagne
par Jean-Paul Baquiast et Christophe Jacquemin
23 mai 2006

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source consultée NewScientist 6 mai 2006, p. 59

L'Allemagne est aujourd'hui en train de prendre la tête des pays européens dans le domaine essentiel du renforcement des moyens qu'elle consacre à la R/D. Elle le doit en grande partie à l'engagement personnel de la chancelière Angela Merkel, venue au pouvoir en novembre 2005. Ses antécédents y sont sans doute pour beaucoup : c'est une mathématicienne et physicienne de talent, mariée à un professeur d'université enseignant la chimie. Avant d'être élue chancelière, elle a été plusieurs années ministre de l'environnement (ministre de l'environnement, de la protection de la nature et de la sécurité nucléaire) sous le chancelier Kohl. Elle s'y est fait connaître comme avocate des énergies renouvelables. Aujourd'hui, l'Allemagne est en train de devenir un leader mondial dans ce secteur décisif.

Au-delà de l'accroissement des budgets de recherche, Mme Merkel a entrepris un difficile programme de réformes structurelles. Elle s'efforce par exemple de diminuer les frontières entre la recherche fondamentale et la recherche appliquée en facilitant les transferts de technologie et en encourageant les collaborations entre universités et centres publics ou privés de recherche industrielle.

Au plan européen, elle a soutenu l'objectif de voir l'Europe consacrer 3% de son PIB en 2010 en prenant le même engagement concernant l'Allemagne. Un tiers des hausses de crédit nécessaires pour atteindre cet objectif, soit 500 millions supplémentaires d'euros par an, viendra du budget fédéral, le reste du secteur privé, lequel est appelé à renforcer sa participation traditionnelle à la recherche, déjà forte dans ce pays.

Ces investissements produisent de nombreuses retombées. Aujourd'hui les entreprises allemandes enregistrent leurs meilleurs résultats dans les secteurs très utilisateurs de R/D : les biotechnologies, l'industrie chimique et les industries mécaniques. Elles permettent à l'Allemagne ses excellents résultats à l'exportation, contrairement à d'autres pays qui exportent des matières premières ou des produits agricoles.

Les institutions de recherche allemandes sont considérées parmi les meilleures du monde. Elles n'hésitent pas à s'allier avec des homologues dans le reste de l'Europe, notamment dans les Iles britanniques, ainsi que dans les grands pays scientifiques non-européens. Elles font aussi d'importants efforts pour attirer des étudiants étrangers. Ainsi la fondation Alexander Von Humbolt offre 600 bourses chaque année à des chercheurs non-allemands. Ceux-ci sont d'autant plus incités à venir travailler en Allemagne qu'une grande souplesse administrative permet aux recteurs de leur offrir des curricula et des diplômes de niveau international et en anglais, plus stimulants que les diplômes allemands traditionnels.

La chancelière est bien consciente de l'importance, dans ce programme de développement, que doivent prendre les technologies de l'information et du retard à rattraper vis-à-vis des Etats-Unis et de l'Asie. 6 milliards d'euros seront affectés à ce secteur dans les 4 prochaines années. Ils seront alloués à travers une nouvelle agence : High-Tech Strategy for Germany. 2006 a été labellisé en conséquence l'année de l'informatique. Les infrastructures de télécommunications à haut débit seront par ailleurs renforcées. Le syndicat des industriels des technologies de l'information et des nouveaux média, BITKOM, s'estime par la voix de son directeur général Bernhard Rohleder, très satisfaite. La chancelière, dit-il, est, contrairement à ses prédécesseurs, tout à fait orientée vers les stratégies à long terme et dispose d'une grande capacité à faire travailler les gens ensemble.

En matière d'énergie, les perspectives concernant les énergies renouvelables sont très prometteuses, comme nous l'avons indiqué. Celles-ci sont censées devoir permettre la sortie du nucléaire, promise dans les programmes politiques, vers 2020. Ainsi 140.000 toits sont déjà équipés de panneaux solaires. Les bio-carburants se généralisent à la pompe. Le secteur industriel a créé 150.000 emplois et permis un chiffre d'affaire de 11 milliards d'euros en 2004, davantage que l'industrie chimique. On s'interroge pourtant de plus en plus, notamment dans les cercles politiques de la démocratie chrétienne, sur la pertinence de fermer toutes les centrales nucléaires. Le gouvernement observera avec attention ce qu'il advient, dans un premier temps, de l'offre industrielle Siemens Areva, puisque 2 centrales de type EPR devraient prochainement être implantées, en Finlande et en France.

Nous n'avons qu'un seul regret à formuler en ce qui nous concerne, c'est le manque d'intérêt du gouvernement et des scientifiques pour les programmes spatiaux. L'Allemagne reste pour le moment enfermée dans le dilemme de savoir si le laboratoire orbital Colombus, pour lequel elle a investi près d'1 milliard d'euros, pourra ou non être arrimé prochainement à la station spatiale internationale. La dépendance à l'égard de la navette spatiale américaine se fait lourdement sentir.

Les grandes institutions de recherche allemandes sont, rappelons-le, les suivantes :
- La Société Max Planck, comportant 80 instituts de recherche. Elle emploie plus de 12.000 personnes et dispose d'un budget de base (hors contrats) de 1 milliard d'euros.
- La Société Fraunhofer, qui comporte elle aussi 80 instituts de recherche spécialisés et dispose d'a peu près les mêmes ressources humaines et budgétaires que la précédente.
- L'Association Helmholtz dont les 15 filiales gèrent tous les grands équipements de recherche nécessaires aux divers laboratoires et industries. L'accès des 7.000 chercheurs étrangers à ces équipements rapporte 600 millions d'euros. Le gouvernement complète ce budget par une allocation annuelle de 1,6 milliard.
- L'Association Leibniz dont les 80 laboratoires sont orientés préférentiellement vers les sciences sociales et économiques. Son budget est de1 milliard dont un tiers lui est apporté par le gouvernement fédéral. L'Association est traditionnellement active dans les Länder de l'Est.

Pour en savoir plus
Angela Merkel. CV et travaux : http://fr.wikipedia.org/wiki/Angela_Merkel
High-Tech Strategy for Germany. Discours de la chancelière au Cebit : http://www.bundesregierung.de/en/rede-,10001.973263/High-Tech-Strategy-for-Germany.htm

Note
L'Allemagne locomotive de l'Europe?

L'Allemagne ne songe pas seulement à ses propres priorités mais aussi à celles de l'Europe. Elle pourrait ainsi prendre le relais d'autres Etats où le discours l'emporte sur les décisions effectives. La Chancelière Merkel annonce en effet que la recherche et l'innovation figureront parmi les priorités de la présidence allemande de l'Union européenne au premier semestre 2007. Dans une déclaration gouvernementale devant le Bundestag, Annette Schavan, ministre allemande de l'Education et de la recherche, a annoncé le 20 mai dernier que le thème principal sera "la recherche fondamentale pour renforcer l'innovation, pour plus de croissance et plus d'emplois".

L'Allemagne souhaite mettre en place un Conseil européen de la recherche qui, pour la première fois, aura vocation a promouvoir la recherche de manière indépendante en Europe.

Très engagée pour l'innovation au niveau européen, l'Allemagne l'est aussi, et d'abord, chez elle. Mme Schavan a rappelé dans sa déclaration gouvernementale à quel point la recherche est importante pour le gouvernement, et a précisé les diverses mesures prises en ce sens. D'ici à 2009, la grande coalition allemande investira six milliards d'euros supplémentaires (dont 700 millions dès cette année) dans les technologies-clés et dans les technologies dites "transversales". Ce programme, ainsi que l'investissement des entreprises privées, devraient permettre à l'Allemagne de respecter les objectifs de Lisbonne fixant les dépenses en R&D à 3% du PIB en 2010.

Le gouvernement allemand a retenu 17 champs d'innovation, dont l'énergie, la santé et les biotechnologies. Il souhaite renforcer la recherche mais, plus encore, l'articulation entre recherche et innovation et le transfert technologique.

Son objectif est de forger une politique d'innovation d'un seul tenant, rapprochant chercheurs et entrepreneurs afin de transformer plus rapidement les résultats scientifiques en produits innovants et en emplois. Ce sera notamment la vocation du "Conseil pour l'innovation et la croissance" qui vient de voir le jour le 24 mai. Par ailleurs, le gouvernement créera au mois de juin une "Union science-économie pour la recherche". Il entend aussi supprimer les obstacles a l'innovation dans les PME et améliorer l'accès de ces dernières au capital-risque. C.J.
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