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Contrôler
par la pensée les mouvements simples d'un robot
CJ
26/05/06
Une
interface cerveau humain/machine non invasive qui permet
par la simple pensée de faire effectuer en temps
presque réel des mouvements simples à une
main robotique : voici la première que viennent de
réaliser l'Institut japonais international de recherche
avancées en télécommunications (ATR)
et le laboratoire de recherche de Honda (HRI ). Appelée"BMI"
(Brain Machine Interface), cette technologie qui ne nécessite
ici aucune incision dans la tête et de pose d'implant
dans le cerveau(1) s'appuie
sur le décodage de l'activité cérébrale
et l'utilisation des données qui en sont extraites
pour le fonctionnement d'un robot. Une percée qui
laisse envisager pour l'avenir la réalisation de
nouveaux types d'interfaces entre les machines et le cerveau
humain, utiles aux handicapés, mais qui pourraient
être aussi utilisés pour remplacer les claviers
ou le mode de fonctionnement des téléphones
portables.
A la
base de cette réalisation : l'article "Décoder
le contenu perceptuel et subjectif du cerveau humain"
du Dr. Yukiyasu Kamitani (chercheur à l'ATR au laboratoire
de neurosciences computationnelles) et de Franck Tong (département
de psychologie de l'Université de Princeton), publié
l'année dernière dans Nature Neuroscience(2).
L'idée était d'étudier si la perception
de l'orientation sur les bords du champ visuel, un dispositif
visuel fondamental chez l'homme, pouvait être analysée
à partir de l'activité du cerveau humain représentée
à partir de l'imagerie par résonance magnétique
fonctionnelle (fMRI). En utilisant des algorithmes statistiques
pour classifier les différents états du cerveau,
ces deux chercheurs ont constaté que l'ensemble des
signaux fMRI des premiers secteurs visuels pouvaient être
prévus, en fonction des 8 orientations différentes
de stimulus présentées lors de différentes
épreuves(3).
Ces résultats démontraient aussi que les patterns
d'activités fMRI dans les premiers secteurs visuels,
y compris le cortex visuel primaire (V1), contiennent l'information
détaillée d'orientation, ce qui peut être
reliée à la prévision de la perception
subjective.
Il n'aura fallu qu'un an aux laboratoires HRI et ATR pour
passer de la théorie présentée dans
l'article à la réalisation d'un système
mettant en relation le décodage en temps (presque)
réel de l'activité du cerveau et la commande
d'une main robotisée. On demande à un sujet
humain d'effectuer avec les doigts l'une des figures du
fameux jeu "papier, roche, ciseau". Par le système
fMRI qui dépiste les réponses hémodynamiques
de son cerveau, il a été possible de faire
imiter à la main robotique les mouvements des doigts
fait par l'humain (mais pour l'instant avec un décalage
de 7 secondes, donc pas encore en temps réel) avec
une exactitude de décodage de 85%.
L'homme fait avec les doigts
la figure "ciseau"
Analyse de l'image du cerveau par ordinateur.
La main robotique effectue
la figure "ciseau"
Cette
technologie non invasive est potentiellement applicable
à d'autres types de mesures de l'activité
cérébrale telle que celle des champs magnétiques
et électriques générés, le type
d'onde.... En utilisant une telle méthode, les chercheurs
espèrent maintenant arriver aux mêmes résultats
sans décalage de temps et à partir de systèmes
plus compacts, qui pourraient devenir portables.
Si ceci
ne constitue qu'un petit début et que davantage de
recherches sont bien sûr nécessaires pour décoder
des mouvements plus complexes, Honda n'hésite pas
à annoncer qu'il ne lui faudra que 5 années
avant que son robot fétiche Asimo commence à
se déplacer selon les ordres mentaux de son propriétaire....
A suivre de près donc.
(1)
Les chercheurs américains en neurosciences, qui travaillent
aussi sur les "Brain Machine Interface" utilisent
eux des méthodes invasives. (2)
Nature Neuroscience 8, du 1er mai 2005, pages 679 à
685 "Decoding the visual and subjective contents of
the human brain", par Yukiyasu Kamitan (ATR)i, Frank
Tong (Psychology Department, Princeton University).
(3)
Sans trop entrer dans les détails, il s'agissait
de savoir si on pouvait prévoir à partir des
données de l'activité du cerveau obtenues
par l'imagerie fonctionnelle par résonance magnétique,
quelle orientation avait le stimulus présenté
à un sujet à tel ou tel moment, sachant que
8 orientations différentes étaient possibles.
Bientôt
toute la France visible en détail et en 3D sur le
géoportail de l'IGN
CJ
25/05/06
Dès
cet été, le "Géoportail"
de l'Institut géographique national (IGN) offrira
le survol de la France gratuitement sur internet (avec des
détails de 50 cm) et aussi plus tard la possibilité
d'obtenir des images en 3D de l'Hexagone.
Ce projet concerne aussi bien le grand public, les milieux
professionnels que les élus puisqu'il sera possible
de voir son domicile dans son environnement réel
grâce aux géophotos, mais également
de visualiser les parcelles d'une commune, les bâtiments,
le dénivelé, grâce à des orthophotos.
Selon l'IGN, quelque 400.000 clichés photographiques
seront accessibles, ainsi que les 3.688 cartes à
différentes échelles actuellement proposées
sur support papier.
Dès 2007, les internautes pourront même naviguer
sur la France métropolitaine et les départements
d'outre-mer en 3D. En 2D, il sera beaucoup plus précis
que le service actuellement fourni par le site Google Earth(1).
Outre les éléments topographiques classiques
(lacs, routes, villages...), le Géoportail permettra
de repérer restaurants, magasins, poste, cabinets
médicaux, musées... Dans ce dernier cas (ou
pour certains sites particuliers comme des grottes préhistoriques),
il devrait être possible d'établir à
terme un lien pour voir des oeuvres, des dessins pariétaux.
Le
portail doit aider chacun à mieux maîtriser
son territoire, qu'il s'agisse de localiser des informations
aussi diverses que des espèces de fleurs, zones de
résineux, de feuillus, haies, parcs régionaux,
voire même visualiser ce que deviendrait une maison
en bord de mer dans le cas d'une montée des eaux
de 50 cm, de 1 m, de 2 m ou plus.... Les internautes pourront
encore avoir accès à des photos d'archives
et voir ainsi l'évolution d'un bourg, par exemple,
entre 1995 et 2005. Enfin, Géoportail fournira des
liens avec de nombreuses administrations ou des fournisseurs
de services (restauration...) au fur et à mesure
des accords passés avec eux.
(1)
Google, qui n'est jamais en reste, développe aujourd'hui
une version française de son Google Maps (proposé
aujourd'hui en version bêta sur http://maps.google.fr),
soffrant des partenaires de choix comme la RATP, ViaMichelin
ou CityVox. Le Google Maps européen permet donc,
comme son homologue transatlantique, de trouver très
rapidement un commerce à côté de chez
soi, une entreprise en particulier ou de calculer un itinéraire.
Le site affiche au choix des vues satellites, des cartes
routières, et même un mode mixe
pour se repérer (les noms des routes sont superposées
aux photos satellites). Signalons que les images satellites
aujourd'hui proposées sont bien meilleures que celles
employées auparavant (certaines datant quand même
de un à 3 ans). Les photos des grandes villes de
France sont bien plus précises, tout comme celles
des agglomérations les entourant : il est possible
d'agrandir ces photos satellites jusqu'à obtenir
une précision de 10 à 50 m).
Un
terrain de football de taille nanométrique
CJ
17/05/06
L'équipe
du Dr. Hartmut Zabel (Chaire de Physique expérimentale,
Université de la Ruhr) a fabriqué le plus
petit terrain de football au monde. D'une taille de 10 sur
7 microns(1), ce micro-terrain
qui ne peut être observé qu'au microscope électronique
est 10 millions de fois plus petit qu'un terrain de football
traditionnel, ses buts ne mesurant que 200 nanomètres(2)...
Les contours du terrain ont été tracés
par lithographie électronique, technique permettant
de structurer des couches minces de matériaux afin
de créer des microcomposants.
A quoi sert-ce terrain ? En fait pas vraiment à grand
chose, si ce n'est de montrer la technicité de ce
laboratoire allemand dans le domaine...
Et
puisque est ici évoqué le terrain des nanotechnologies,
et à quelques jours de l'ouverture officielle du
Pôle Minatec à Grenoble qui leur sont dédiées,
signalons que, pour l'instant, les Etats-Unis et le Japon
devancent largement l'Europe pour les brevets en cette matière.
Ceci ressort des conclusions d'un rapport(3)
publié le 8 mai, faisant le bilan des brevets déposés
durant les cinq dernières années en relation
avec les nanotechnologies au niveau international
Ainsi,
pour le domaine de la nanoélectronique par exemple,
51% des brevets ont été déposés
par des firmes ou des organisations japonaises, 24% par
des firmes ou des organisations américaines et seulement
8% par des firmes ou des organisations européennes.
Parmi les 30 compagnies les plus prolifiques, 18 sont basées
en Asie, 10 aux Etats-Unis et 2 en Europe. Si les propriétés
intellectuelles en nanoélectronique sont essentiellement
détenues par de larges compagnies privées
en Asie (Fujitsu, Sony, Samsung...), les Etats-Unis se démarquent
par une présence dominante des universités
et des start-ups.
L'engagement des entreprises est beaucoup moins marqué
en Europe. Cette répartition se reflète dans
les sources de financements en nanotechnologies : les Etats-Unis
ont investi une somme estimée à 3.6 milliards
de dollars en 2004 dans les nanotechnologies dont environ
1.5 milliard venant de sources publiques (40%), le Japon
2.8 milliards de dollars (900 millions de financements publiques,
soit 30%) et l'Europe 2.4 milliards (1.7 milliard de financements
publics, soit 70%).
Dans le domaine de la recherche dédiée à
des applications "nano" dans le domaine de l'énergie
est constatée l'absence des grandes compagnies pétrolières
parmi les entreprises les plus actives en recherche. Ce
sont les constructeurs automobiles et les géants
de l'électronique japonais qui possèdent le
plus grand nombre de brevets sur des technologies dites
"nano-énergies clés", comme par
exemple les piles à combustibles.
Selon le rapport, la tendance pour l'acquisition de propriétés
intellectuelles en nanotechnologies devrait se poursuivre
à la hausse dans les années à venir
avec une compétition internationale accrue.
(1)
1 micron = 10-6 (un millionième
de mètre), soit la taille d'une cellule.
(2) 1 micron = 10-6
m (un milliardième de mètre), soit la taille
d'une molécule.
(3) "Nanotechnology Report
2006", Rapport rédigé par Marks &
Clerk, mandadaires internationaux de brevets, leader du
conseil en brevets et marques..
Le ministère du commerce, de l'industrie et de l'énergie
de Corée du Sud a fait développer par le Korean
Institute for Industrial Technology(1)
(KITECH) une androïde dotée d'une face humaine
et capable de divers fonctions d'interaction avec les humains.
Elle a été nommée Eve-Robot, Ever en
abrégé, et porte le n° 1, d'autres versions
plus évoluées étant en programme.
La
robot (e), qui mesure 1 m 60 pour 50 kg vient d'être
présentée au public, notamment aux enfants
des écoles. Son visage et son corps sont à
l'image d'une femme de 20 ans. EveR-1 peut mouvoir la partie
supérieure de son corps et exprimer divers sentiments(2).
15 moniteurs sous sa face l'aide à interpréter
les expressions et gestes de son interlocuteur. Elle peut
reconnaître 400 mots et procéder à des
échanges verbaux basiques.
Pour
Baeg Moon-hong, directeur du programme "EveR-1 démontre
largement que nos technologies en matière de robotique
sont largement en avance sur le reste du monde. Et nous
continuons nos efforts pour avancer". Coût
actuel de ce robot : 300 millions de won (soit 250 000 €).
L'équipe scientifique souhaite maintenant rendre
le robot mobile (version EveR-2) en le dotant de la capacité
à s'asseoir et se lever.
Le robot pourrait être employé comme guide
de musée, donneur d'informations dans les centres
commerciaux, voire lectrice pour les enfants...
La compétition avec le Japon [qui travaille sur
le robot ACTROID cf. notre article "Repliee
ou l'inexorable marche vers le robot androïde"]
ne fait que commencer...
(1)
Korean Institute for Industrial Technology
: http://english.itep.re.kr/
(2) Son visage est doté
de 4 expressions, en rapport avec de nombreux sentiments
: joie, colère, douleur, bonheur...
World
of Warcraft JPB
16/05/06
Réjouissons-nous.
Une entreprise mondiale mais disposant de quelques capitaux
français, Vivendi Games, fait un tabac dans le domaine
des jeux électroniques virtuels massivement collectifs(1),
par l'intermédiaire de sa filiale Blizzard Entertainment
(nb: je n'ai pas dit Bizarre). Le jeu s'appelle World of
Warcraft (WoW). Lors de l'Electronic Entertainment Expo
E3 qui s'est tenue à Los Angeles jusqu'au 12 mai
dernier, Blizzard a révélé à
des milliers d'adeptes la dernière extension de son
jeu, The Burning Crusade. Le jeu est particulièrement
complexe et riche en possibilités. Les joueurs se
créent des avatars dotés de toutes les qualités
qu'ils voudraient avoir. Ils peuvent les faire interagir
avec d'autres de façon ininterrompue car l'action
ne s'arrête jamais, the world over. Les décors,
les personnages et d'une façon générale
le graphisme sont d'une richesse (mais certains diraient
peut-être d'un mauvais goût) exceptionnelle.
Il
existe évidemment de nombreuses versions, dans de
nombreuses langues différentes. Les clubs de fans
se retrouvent sur des sites dédiés où
ils échangent leurs recettes et leurs suggestions,
notamment dans des blogs qu'à titre documentaire,
un linguiste aurait intérêt à visiter.
On raconte que quelques accros passent plus de 15h par jour
devant leurs consoles, sacrifiant toutes autres activités
à ce jeu. En dehors des études de linguistique,
l'observation des moeurs de ceux-ci serait intéressante
pour étudier comme dans l'univers ludique global
d'un jeu comme WoW cohabitent les âges, les ethnies,
les nationalités, les religions et autres spécificités
à propos desquelles, dans le monde réel, les
gens ne demandent qu'à s'étriper.
Nous
ne faisons pas ici, contrairement à ce que l'on pourrait
croire, d'ironie élitiste sur de tels produits et
sur ceux qui s'y adonnent. Ils font partie de la culture
numérique et il est bon que des créateurs
et industriels européens y jouent un rôle majeur.
Rappelons seulement que les logiciels de jeu ne sont qu'un
élément des réseaux globaux. Les vraies
machines à gagner de l'argent et capter des marchés
beaucoup plus vastes, ceux des composants, terminaux, logiciels
et réseaux, sont les consoles. Nintendo, Sony et
Microsoft se disputent un marché de plus de 25 mds
d'euros, pour environ 400 millions de joueurs.
(1)
Soit, dans le jargon, MMORPG pour massively multi-player
on line role-playing game.
Pour
en savoir plus WoW
Europe http://www.wow-europe.com/fr/ Burning
Crusade http://www.wow-europe.com/fr/burningcrusade/
Pour mémoire: Les années
se sont écoulées depuis la défaite
de la Légion ardente au mont Hyjal. Les peuples d'Azeroth
poursuivent la reconstruction de leurs royaumes ravagés.
Emplis d'une vigueur nouvelle, les héros de la Horde
et de l'Alliance explorent de nouvelles terres, franchissant
la Porte des ténèbres pour découvrir
des royaumes situés au-delà du monde connu.
Rencontreront-ils des amis ou des ennemis ? Quels périls
et quelles récompenses les attendent au-delà
de la Porte des ténèbres ? Que feront-ils
lorsqu'ils découvriront que les démons qu'ils
croyaient vaincus sont de retour, prêts à reprendre
leur terrible Croisade ardente ?
Avancée
dans la réalisation d'un vaccin contre le virus H5N1
susceptible d'infecter l'homme JPB
16/05/06
Il
est de bon ton dans les médias d'estimer que l'OMS
et les gouvernements avaient crié trop tôt
au loup devant le risque d'une pandémie déclenchée
par une possible mutation humanisée du virus de la
grippe aviaire. Les oiseaux migrateurs suspectés
de répandre l'épizootie à leur retour
des sites d'hivernage semblent majoritairement indemnes.
Les élevages de l'Europe de l'ouest n'ont pas enregistré
de nouveaux cas. Mais les experts attirent l'attention sur
ce qui n'est sans doute qu'un faux répit, comme il
y en a eu d'autres précédemment. D'une part,
une partie de la faune sauvage est probablement infectée
sans symptômes (porteurs sains) ce qui ne l'empêche
pas de contaminer les animaux restés sensibles. D'autre
part et surtout, les foyers endémiques actifs existants
dans les élevages asiatiques, en contact permanent
avec l'homme et d'autres mammifères, n'ont pas été
éradiqués. Le virus actuel ou des mutations
plus agressives peuvent à tout moment en surgir à
nouveau. Le risque d'une pandémie humaine demeure
donc, même si sa date et sa virulence ne sont évidemment
pas prévisibles.
Ceci
veut dire, comme y incite vigoureusement la revue NewScientist
(voir ci-dessous), qu'il ne faudrait pas baisser la garde.
Notamment, les pays riches devraient tenir les engagements
pris il y quelques mois afin d'aider les populations rurales
asiatiques à éliminer tous les élevages
qui se révèlent contaminés. La tâche
parait impossible, mais elle est essentielle à entreprendre,
afin d'assécher les sources et protéger le
monde animal en général, pour lequel on peut
craindre dans les années à venir des extinctions
massives.
Aussi,
la persistance du risque de pandémie ne fait que
rendre plus prometteuse l'avancée d'une équipe
principalement française de médecins de l'Assistance
Publique et de Sanofi-Pasteur, publiée par le site
The Lancet.com, le 11 mai (papier preprint). Sous
la direction du Pr Jean-Louis Bresson, cette équipe
a évalué sur 300 volontaires en bonne santé
les effets d'un vaccin expérimental fabriqué
à partir d'une souche de virus H5N1 isolée
chez un malade en 2004.
Il
faut bien comprendre la nature d'un tel vaccin dont, même
en cas de succès, l'efficacité ne sera pas
garantie à 100%. C'est il est vrai déjà
le cas concernant les vaccins contre la grippe saisonnière.
La
technique consiste à collecter des doses d'un antigène
(en l'espèce une protéine appelée hémagglutinine)
présent à la surface du virus. On appelle
antigène la protéine qui permet au virus d'attaquer
les cellules de l'hôte et contre laquelle celui-ci
se défend par la production d'anticorps. En fait,
le virus en possède plusieurs. Il faut donc choisir
celle jugée la plus adéquate. Administrer
cet antigène à un cobaye humain permet de
vérifier si celui-ci produit l'anticorps qui le rendrait
résistant. L'antigène peut être dosé
de façon différente. Le vaccin doit en général
être répété deux fois. La réponse
immunitaire peut par ailleurs être activée
par divers "adjuvants" réduisant les doses
d'antigène nécessaires, l'hydroxyde d'aluminium
étant le plus employé. On ne va pas plus loin,
dans l'état actuel des essais. Autrement dit, on
ne met pas le cobaye en présence du virus lui-même
- ce qui se fait évidemment plus facilement dans
l'essai des vaccins destinés aux animaux.
D'une
façon générale, des réponses
favorables ont été obtenues chez 67% des volontaires
humains à partir de deux injections à 30 microgrammes
associée à l'adjuvant, sans créer d'effets
secondaires lourds. Le pourcentage est de 70 % dans le cas
des vaccins protecteurs contre la grippe saisonnière.
Un premier vaccin produit par Sanofi-Pasteur en mars avait
donné de moins bons résultats. Ceci étant,
il reste à élargir les essais à diverses
autres catégories de populations à risque.
Par ailleurs, fabriquer industriellement et en temps utile
deux fois 30 microgrammes par vaccin destiné à
des centaines de millions de personnes nécessiterait
un renforcement considérable des équipements
industriels, que les entreprises pharmaceutiques ne pourraient
pas financer sans une aide exceptionnelle des Etats. Resterait
aussi sans doute à étudier ce qui se produirait
en cas de mutation du virus modifiant la composition de
ses protéines de surface.
Quoi
qu'il en soit, il faut saluer ici le travail remarquable
des équipes concernées. Elles montrent une
fois de plus que dans le domaine de la santé, la
France et avec elle, la recherche européenne sont
de toute première qualité.
Pour
en savoir plus L'article
du Lancet : http://www.thelancet.com/journals/lancet/article/PIIS014067360668656X/abstract?isEOP=true
11 May 2006 The Lancet DOI:10.1016/S0140-6736(06)68656-X Safety
and immunogenicity of an inactivated split-virion influenza
A/Vietnam/1194/2004 (H5N1) vaccine: phase I randomised trial
par Jean-Louis Bresson, Christian Perronne, Odile Launay,
Catherine Gerdil, Melanie Saville, John Wood, Katja Höschler
et Maria C Zambon. Sur
la nécessité de poursuivre la veille sanitaire
: voir l'éditorial du New Scientist du 13 mai 2006,
page 3 : Are scientific
warnings of a flu pandemic just scare stories
? Dans
le même numéro, p. 39, Animal Apocalypse.
L'auteur de l'article déplore que les pays riches
n'apportent pas aux éleveurs des pays pauvres toute
l'aide promise.
Post
scriptum au 18/05/06
Le risque
de mortalité humaine par la grippe aviaire n'a pas
diminué. L 'Organisation mondiale de la santé
(OMS) a confirmé la mort, le 17 mai, de cinq Indonésiens,
dont quatre d'une même famille, atteints de la grippe
aviaire. Les personnes décédées "ont
apparemment été infectées lors d'un
événement familial", a déclaré
un responsable du ministère de la santé indonésien.
"L'OMS mène une enquête fouillée
sur ces cas car tout regroupement de cas soulève
des soupçons sur une éventuelle transmission
interhumaine", a indiqué pour sa part le porte-parole
de l'organisation.
L'Indonésie
est l'exemple même de la vulnérabilité
des pays asiatiques. En effet, cet archipel de 6 000 îles
habitées souffre d'infrastructures sanitaires déplorables
et d'une absence de politique efficace à la fois
dans les domaines vétérinaire et agricole,
afin de freiner l'épizootie. Le nombre de foyers
infectieux qui persistent en Indonésie en font une
"bombe à retardement pour la région",
avait récemment averti le directeur de l'Organisation
mondiale de la santé animale (OIE).
Une
conférence internationale sur la Robotique humanitaire CJ 02/05/06
Signe
des temps : "Robotique humanitaire" est le thème
original proposé par l'ICRA 2006 (International Conference
on Robotic and Automation) qui se tiendra se tiendra du
15 au 19 mai en Floride à Orlando. Réunissant
plus de mille chercheurs elle permettra par exemple d'aborder
des sujets comme les missions de recherche et le sauvetage
des personnes, les robots humanoïdes, l'aide au déminage...
L'occasion aussi pour les participants de rencontrer les
sociétés proposant leurs dernières
innovations technologiques.
L'évolution
darwinienne démontrée au niveau moléculaire CJ 17/04/06
Une
équipe américaine menée par Joseph
W. Thorton du Centre d'Ecologie et de biologie évolutionnaire
(université d'Orégon) vient pour la première
fois de montrer, étape par étape, le processus
par lequel la nature créée une nouvelle pièce
de mécanique moléculaire en modifiant des
éléments existant. Ces travaux publiés
dans la revue Science(1) confirment
la théorie de l'évolution de Darwin, et viennent
contredire ses adversaires, défenseur du "Dessein
Intelligent" (Intelligent Design).
Ces derniers soutiennent en effet que les systèmes
moléculaires sont trop complexes pour s'expliquer
par une évolution progressive résultant uniquement
du processus de sélection naturelle. Or, explique
Joseph Thorton, "de nouvelles techniques
nous permettent de voir comment d'anciens gènes,
aujourd'hui disparus, ont évolués il y a des
centaines de millions d'années". Les travaux
publiés le 7 avril montrent que la complexité
moléculaire évolue par transformation, par
le biais d'un processus d'exploitation moléculaire,
permettant à de vieux gènes, forcés
par la sélection à des fonctions entièrement
différentes, d'être recyclés pour de
nouvelles fonctions. "Ainsi, notre recherche fait
la démonstration de l'erreur fondamentale de l'argumentation
de ceux remettant en question la théorie de Darwin",
indique le chercheur.
Dans
leur étude, les biologistes ont reconstitué
l'évolution du gène récepteur de l'hormone
aldostérone (régulateur des reins) ayant existé
450 millions d'années plus tôt, avant que le
premier animal pourvu d'un squelette n'apparaisse sur Terre.
Les expériences ont montré que ce récepteur
avait la capacité d'être activé par
l'aldostérone bien avant que cette hormone existe
et que ce récepteur a également répondu
à une hormone beaucoup plus ancienne que l'aldostérone
mais de structure similaire.
Le récepteur était donc "pré-adaptable"
pour devenir apte à une nouvelle relation fonctionnelle
avec l'aldostérone une fois que celle-ci est apparue.
(1) Science, vol. 312 n° 5770 du 7 avril 2006 : "Evolution
of Hormone Receptor Complexity by Molecular Exploitation",
par Jamie T. Bridgham, Sean M. Caroll et Joseph W. Thorton,
pages 97 à 101
Le
Rapport sur l'effet de serre de l'Assemblée Nationale JPB
15/04/06
L'Assemblée
Nationale française est tout à fait dans son
rôle en attirant l'attention des citoyens et des pouvoirs
publics sur l'effet de serre, ses conséquences désastreuses
et les moyens d'en limiter la croissance. Une Mission d'information
présidée par le député Jean-Yves
Le Déaut et dont la rapporteure est la députée
Nathalie Kosciusko-Morizet, a rassemblé les conclusions
d'un nombre considérable d'experts. Ce rapport se
présente sous la forme d'un document volumineux,
abondamment illustré et néanmoins très
manipulable, disponible sur le site de l'Assemblée.
Les administrations et les entreprises qui nient encore
le phénomène ou l'ignorent sciemment ne peuvent
plus prétendre ne pas être informées.
On aimerait entendre le Parlement débattre de cette
question et des mesures à prendre, plutôt que
s'éterniser dans des discussions d'arrière
garde sur le modèle social français. La plupart
des actions proposées seraient d'ailleurs créatrices
d'emploi et participeraient à la défense de
ce modèle social. Ne nous faisons pas d'illusions,
malheureusement. On ne parlera sans doute pas de ce rapport
remarquable, ni à gauche ni à droite. Il faut
le lire néanmoins, ne fut-ce que pour améliorer
l'évaluation de fréquentation qu'en donne
notre moteur de recherche (page rank) qui le situe à
0/10. http://www.assemblee-nationale.fr/12/rap-info/i3021-tI.asp
Mise
en orbite réussie pour Vénus express
La satisfaction
régnait le 12 avril au centre de contrôle de
l'Agence Spatiale Européenne à Darmstadt.
La sonde européenne venait de signaler sa mise en
orbite réussie autour de Vénus, après
un court suspense de 2 minutes nécessité par
le temps d'acquisition du faible signal qu'elle envoyait
après être sortie de l'ombre de la planète,
à 125 millions de kilomètres de distance et
après 5 mois de voyage. Ce premier rendez-vous réussi
entre une mission spatiale européenne et la planète
Vénus s'ajoute à une série de succès
pour l'ESA: les mises en orbite des sondes Mars Express
et Smart- 1 autour de Mars et de la Lune, ainsi que le posé
de la sonde Huygens sur Titan, le plus grand satellite de
Saturne.
Après
un peu moins de cinq mois de voyage depuis la Terre, Vénus
Express est arrivé auprès de sa cible avec
une vitesse de 29 000 km/h. Son moteur principal a alors
dû être mis à feu pendant 50 minutes
pour ralentir l'engin de quelque 4 000 km/h et se laisser
capturer par l'attraction de la planète (vue d'artiste
ci-contre). Vénus Express est désormais en
orbite autour de sa cible et, après quelques vérifications,
les instruments scientifiques vont pouvoir commencer leurs
premières observations. Seul le spectromètre
PFS, l'un des sept instruments embarqués, est en
panne. Mais ses concepteurs n'ont pas abandonné tout
espoir, et vont désormais disposer de tout le temps
nécessaire pour trouver une solution.
La première phase d'étude de la mission est
de deux jours vénusiens, ou 486 jours terrestres.
Toutes les 24 heures, la sonde survolera les pôles
Sud et Nord de la planète, au cours d'une orbite
assez elliptique qui permettra d'alterner les phases d'observations
proches et donc plus précises avec des phases plus
éloignées permettant d'étudier de plus
grands ensembles. La sonde Vénus Express, un engin
de 1 270 kg, a pu être réalisée en un
temps record par EADS Astrium – moins de quatre ans
entre le concept et le lancement – et un coût
réduit de 220 millions d'euros en reprenant de très
nombreux éléments des missions précédentes
Mars Express et Rosetta. Vu de l'extérieur, le satellite
ressemble à Mars Express, avec des panneaux solaires
plus courts, car l'ensoleillement est bien plus favorable
autour de Vénus.
Contrairement à la majorité des missions spatiales
qui regardent les surfaces planétaires, Vénus
Express va principalement scruter l'atmosphère opaque
qui dissimule la planète. Depuis la mission américaine
Magellan, qui a terminé ses observations par radar
de la surface vénusienne en 1994, aucun engin dédié
n'avait plus jamais été envoyé vers
l'étoile du Berger. La Nasa a depuis concentré
la plupart de ses efforts vers Mars, une planète
bien plus facile à explorer avec des robots mobiles.
Pour
une science consciente de ses limites
JPB/CJ 09/04/06
Nos
amis de la revue Matière Première et d'autres
de leurs collègues ont a juste titre réagi
dans Le Monde du 5 avril, p. 21, par un article
sous ce titre, au "Manifeste pour une science sans
a priori", publié dans ce même journal
le 23 février. Sans avouer clairement leurs arrières
pensées, les auteurs de ce Manifeste défendaient
le droit pour les chercheurs de rechercher si la science
nous donne des raisons de croire en Dieu. Or, je cite l'article:
"l'histoire des sciences nous apprend que les discussions
théologiques auxquelles nous invitent les auteurs
du manifeste ne manqueront pas de dévoyer les résultats
de la science au service d'une philosophie irrationnelle.
Les
sciences, telles qu'elles fonctionnent depuis la fin du
XVIIIe siècle, ne sont pas structurées pour
démontrer d'une manière active des propositions
métaphysiques, morales ou politiques : elles ne s'occupent
que de questions de faits appréhendables expérimentalement.
C'est une conséquence du « matérialisme
méthodologique » de la science. Si des résultats
scientifiques sont utilisés par des acteurs religieux,
moraux ou politiques, cela relève de leur volonté
propre mais non des scientifiques dans leurs laboratoires,
qui eux restent passifs au cours de ce processus. En d'autres
termes, les religions sont libres de se servir dans le magasin
des productions de la science, mais cet exercice ne relève
pas du travail du scientifique ; c'est l'affaire des théologiens.
Libre au citoyen ou à l'individu de participer au
travail du théologien sur les implications métaphysiques
de certains résultats de la science ; mais il ne
peut le faire au titre de son travail de scientifique. Faire
comprendre cela, c'est participer à la vie publique,
en permettant à tous de penser les rapports éventuels
entre science et spiritualité. Cet exercice sera
d'autant plus pertinent que les délimitations des
différents types d'affirmations sur le monde (scientifique,
spirituelle, artistique, mythologique, etc.) seront désignées.
Ne pas identifier la structure et les limites de chacun
de ces types de discours conduit à l'impossibilité
de penser et à des conflits apparents".
Les
auteurs du Manifeste ne sont pas sans attaches qu'il faut
connaître pour comprendre leur démarche: Je
cite: "L'Université
interdisciplinaire de Paris (UIP), financée par la
Fondation Templeton « pour le progrès de la
religion », et dont la plupart des signataires du
texte « Pour une science sans a priori » sont
membres, transgresse régulièrement depuis
dix ans ces limites, puisque c'est au nom de la science
que ses membres discutent des implications métaphysiques
de leurs découvertes, et non en tant qu'individus.
L'UIP transgresse d'ailleurs les principes qu'elle affiche,
en promouvant régulièrement des chercheurs
qui incluent ouvertement leur quête métaphysique
dans leur recherche scientifique. L'UIP a eu, pendant longtemps,
des relations étroites avec les promoteurs du récent
phénomène nord-américain « Intelligent
Design » (ID) ou dessein intelligent."