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Publiscopie
Nucléaire.
Les chemins de l’uranium
Pierre Morvan, avec Michel Jorda et
Francis Sorin
Editions Ellipses 2004
présentation
et discussion par Jean-Paul Baquiast 22/03/06
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Note
de l’éditeur
La France dispose aujourd’hui d’un parc
de 58 réacteurs nucléaires, d’une
puissance totale de 62 000 mégawatts électriques,
fournissant plus des trois-quarts de l’électricité
produite dans le pays. Elle est ainsi la deuxième
puissance nucléaire “civile”
du monde après les États-Unis et la
première au regard de la part occupée
par le nucléaire dans la production nationale
d’électricité.
Cet effort d’équipement de grande
ampleur, mené à bien dans des délais
relativement courts, a permis à notre pays
de s’affranchir d’une dépendance
extérieure pénalisante et d’assurer
par ses propres moyens l’essentiel de sa
production d’électricité.
Parallèlement au développement de
la filière française des réacteurs
nucléaires électrogènes à
eau sous pression et à uranium enrichi,
la réalisation d’installations capables
d’assurer l’ensemble des opérations
liées au cycle du combustible nucléaire
a été engagée.
Ce sont les différentes étapes de
ce cycle du combustible, de l’extraction
de l’uranium à la gestion des déchets
ultimes, que ce livre entreprend de présenter.
Il en décrit les réalités
techniques ainsi que les implications en termes
d’organisation industrielle, d’économie,
de sûreté et d’environnement.
Il offre ainsi une vue d’ensemble d’une
industrie dont la France est aujourd’hui
l’acteur majeur sur le plan mondial.
Ce livre s’adresse particulièrement
à ceux qui, dans leurs études ou
leurs activités professionnelles, souhaitent
disposer, sur le sujet considéré,
des repères indispensables. Il s’adresse
également à toutes les personnes
désireuses d’approfondir leurs connaissances
sur ces aspects sensibles de l’industrie
nucléaire.
|
Bien connaître les conditions techniques et économiques
de la production d’énergie électrique
par des réacteurs nucléaires est plus que
jamais nécessaire en France. D’une part notre
pays, contrairement à ses voisins européens,
constate chaque jour les avantages que lui procure le
parc de centrales déployées avec beaucoup
de constance par les gouvernements successifs depuis plus
de trente ans. La raréfaction prévisible
des carburants fossiles et surtout la hausse inéluctable
de leur prix nous mettraient dans une dépendance
insupportable de l’étranger si nous n’avions
pas cet équipement. Alors que l’économie
française ne brille pas par son dynamisme, alors
que la recherche, fondamentale et appliquée, est
de moins en moins encouragée, le travail considérable
réalisé pendant des années par des
scientifiques, des ingénieurs et des techniciens
peu connus et sans doute considérés avec
méfiance par leur entourage mérite d’être
illustré.
D’autre part, se représenter les conditions
d’exploitation de l’énergie nucléaire
devient indispensable à qui veut suivre l’actualité
politique internationale. En ce qui concerne le nucléaire
civil, après des dizaines d’années
de latence, on voit redevenir d’actualité
les perspectives offertes à l’ensemble des
industries de la filière. Les Etats-Unis ont récemment
affirmé, par la bouche du président G.W.
Bush lui-même, que l’Amérique ne devait
concéder à aucun autre pays la domination
globale du secteur. Le gouvernement américain entend
relancer ses propres programmes d’équipement
et surtout prendre des parts majoritaires dans la satisfaction
des gigantesques besoins affichés par les grands
pays émergents, Chine et Inde, ainsi que par de
nombreux autres. La concurrence avec l’industrie
française, seule à ce jour vraiment capable
de se présenter en rivale crédible, sera
rude. Pour se positionner durablement à l’exportation,
l’administration américaine n’hésite
pas à revenir sur les considérations de
sécurité nationale qui lui avait jusqu’à
présent interdit d’accepter des transferts
de technologies avec des pays n’ayant pas signé
le Traité de Non Prolifération (TNP) et
considérés comme des rivaux potentiels en
termes géostratégiques , l’Inde et
la Chine.
Toujours en ce qui concerne le nucléaire civil,
ceux qui s’intéressent à ce secteur
savent que même si la seconde génération
de centrales à eux pressurisée, dite EPR
en Europe, sera censée durer 30 à 40 ans,
il convient de préparer dès maintenant ce
que l’on appelle le nucléaire de 4e génération.
Nous avons indiqué dans un précédent
article que les Etats-Unis, là encore, ont affiché
leur volonté de tenir la tête. Ils ont fondé
un Forum international à cette fin auquel les autres
puissances nucléaires sont invitées à
participer. La France en fera partie, bien évidemment,
mais elle ne devra pas se dispenser pour autant de son
propre effort de recherche et développement –
ni oublier que dans ce club, les rivalités et les
opérations d’intelligence économique
ne désarmeront pas.
A plus long terme, comme l’a plusieurs fois rappelé
notre revue, l’enjeu porte sur les applications
civiles de la Fusion nucléaire. Il s’agit
du projet Iter. L’Europe, sous la pression principalement
de la France, a obtenu que le premier site expérimental
soit implanté à Cadarache. Mais comme on
le sait, la participation japonaise et le soutien (chèrement
arraché) des Etats-Unis signifient que ces deux
pays vont tenter de récupérer à leur
profit le maximum de savoir-faire et d’équipements
industriels. C’est de bonne guerre, mais il faudra
que l’Europe, et en premier lieu la France, ne s’endorment
pas. Ceci d’autant plus qu’une partie de l’expérience
acquise dans Iter sera réutilisable bien avant
dans la conception des centrales de 4e génération
et dans le traitement des déchets, notamment en
ce qui concerne les matériaux résistants
aux fortes irradiations et conditions extrêmes d’exploitation.
Ce sont enfin les enjeux du nucléaire militaire
qui nécessitent de plus en plus une bonne compétence
technologique des hommes politiques, des médias
et des citoyens. La pression exercée par la communauté
internationale, l’Agence Internationale de l’Energie
Atomique d’abord, l’ONU ensuite, sur les pays
n’ayant pas signé le TNP et souhaitant retraiter
eux-mêmes leur propre uranium, s’intensifie,
aux limites d’une crise internationale majeure.
Il faut donc pouvoir juger si les craintes exprimées
par les Etats-Unis et de plus en plus par l’Europe,
relativement aux opérations de retraitement menées
en Iran et en Corée du Nord, notamment, sont fondées.
Au cas où, pour des raisons de politique interne
ou pour sortir ( ?) du piège irakien, l’Amérique
décidait de conduire des opérations militaires
contre l’un ou l’autre de ces pays, l’Iran
en premier lieu, l’opinion publique européenne
devrait très vite apprécier la légitimité
de ces actions, au regard d’un idéal de monde
multipolaire que se donne la politique internationale
de l’Union européenne. D’où
l’intérêt d’un minimum de formation
aux questions technologiques et géostratégiques
posées par l’atome.
Connaître les enjeux de la politique d’équipement
actuelle et future que la France et d’autres pays
européens vont devoir affronter dans les prochaines
années est d’autant plus nécessaire
que les adversaires du nucléaire continuent à
mener des campagnes très actives pour, selon leur
expression, sortir du nucléaire et, plus immédiatement,
pour essayer de paralyser toutes les activités
y compris de routine imposées par la continuité
de la filière. Ceci même aux dépends
des impératifs de sécurité. L’activité
du réseau Sortir du nucléaire
1), qui selon ses dires fédère
722 associations de par le monde, est significative de
l’effort et des moyens déployés par
les anti-nucléaires pour se faire entendre. Elle
est relayée par une grande partie des associations
écologiques et des mouvements politiques verts
et altermondialistes pour qui le nucléaire est
devenu le principal cheval de bataille et argument de
recrutement, au détriment d’autres risques
et dangers bien plus réels. On peut s’interroger
sur la ferveur quasi religieuse – qui comme toute
religion suppose le dénigrement des adversaires
et la mauvaise foi –animant les militants de l’anti-nucléaire.
Quels intérêts moins innocents les financent
? La religion antinucléaire n’est pas plus
acceptable que les autres religions anti-scientifiques
et anti-technologiques si répandues en France -
surtout quand elle s’exerce contre l’atome
civil à qui on ne peut rien reprocher jusqu’à
ce jour dans les pays sérieux comme la France.
Alors que grâce au professionnalisme et au dévouement
des personnels, les 58 réacteurs d’EDF ont
fonctionné sans incidents notables, les anti-nucléaires
font vivre une partie de la population dans la crainte
d’un Tchernobyl français.
Soyons honnête cependant. S’ils n’existaient
pas il faudrait les inventer, car leurs campagnes ont
un intérêt, obliger les industriels et les
autorités de sûreté à ne serait
jamais baisser la garde et à ne pas céder
à une trop grande confiance en eux. Elles ont aussi
l’intérêt de rappeler aux politiciens
libéraux qui voudraient privatiser EDF ou ses fournisseurs
que c’est le CEA et derrière lui l’Etat
qui ont construit un service public digne de ce nom. Il
serait inacceptable que sous prétexte d’apporter
des bénéfices à court terme à
des actionnaires anonymes, les indispensables investissements
nécessaires au renouvellement et au développement
des installations soient sacrifiés.
Le réseau Sortir du nucléaire et ses semblables
ne sont heureusement pas très écoutés
en France, où l’opinion publique est généralement
consciente de l’intérêt de l’outil
industriel dont le pays s’est doté, et des
retombées en termes d’emploi et de qualification
découlant de sa maintenance et de son développement.
Si le gouvernement osait mieux défendre les atouts
stratégiques et industriels du nucléaire,
notamment auprès de populations locales et de syndicats
qui n’en font pas un épouvantail, les manifestations
anti-nucléaires prendraient moins d’importance
à l’heure ou des choix majeurs s’imposeront
pour l’avenir. Dans un pays comme l’Allemagne,
on voit les impasses auxquelles les lobbies anti-nucléaires
ont précipité des milieux politiques mal
informés et démagogues. Jamais l’Allemagne
ne maintiendra son niveau actuel d’activité
industrielle et de confort de consommation sans recourir
un jour – le plus tôt étant le mieux
– à l’énergie nucléaire.
Sinon, sa dépendance au pétrole et au gaz
naturel s’accentuera, l’obligeant à
des acrobaties diplomatiques pour se concilier à
la fois les bonnes grâces de ses voisins producteurs
de gaz et des pays producteurs de pétrole.
Ceci dit, rappelons-le une nouvelle fois, l’intérêt
porté en France au nucléaire ne devrait
pas empêcher que l’on favorise également
l’utilisation des diverses sources d’énergies
renouvelables. Si celles-ci ne prennent pas encore l’importance
qu’elles devraient avoir, en parallèle au
nucléaire, la faute n’en incombe pas à
celui-ci mais aux industries pétrolières
et gazières qui, malgré ce qu’elles
en disent, font pression sur les pouvoirs publics pour
que les énergies non productrices de gaz à
effet de serre ne viennent pas concurrencer les carburants
fossiles et les systèmes de taxation qu’ils
supportent.
Présentation
de l’ouvrage
Ces quelques considérations politiques nous paraissaient
nécessaires avant de parler du livre lui-même
et en montrer l’intérêt. Nous ne sommes
pas là en présence d’un libelle destiné
à vendre le nucléaire à l’opinion
publique. Mais ce n’est pas non plus un ouvrage anti-nucléaire.
Les auteurs qui ont travaillé dans l’industrie
nucléaire et qui restent en liaison avec elle sont
convaincus de l’intérêt des options énergétiques
françaises. Ils se sont documentés auprès
des différentes entreprises du secteur : CEA, COGEMA,
EURODIF, FRAMATOME ANP et MELOX, sociétés
du groupe AREVA, ainsi qu’auprès de l’ANDRA
et d’EDF. Par ailleurs, ils ont consulté les
autorités de sûreté, en France et au
sein de l’OCDE Agence de l’énergie nucléaire).
Leur ambition est de fournir l’information technique,
économique et juridique (en ce qui concerne l’organisation
de la sûreté nucléaire et l’information)
nécessaire à toute personne voulant savoir
de quoi elle parle sur un sujet dont on traite généralement
à partir d’a prioris reposant sur une grande
ignorance. (image Centre - Cher - centrale
de Belleville VA. Crédit : Franck LECHENET)
Le livre présente plusieurs niveaux de difficulté
pour un lecteur qui n’est pas ingénieur.
L’essentiel des chapitres, quitte à sauter
certaines formules et diagrammes, devrait être à
la porté d’un bachelier. Des chapitres et
des annexes permettent d’approfondir les points
plus techniques. Rappelons que la consultation d’Internet
permet par ailleurs d’accéder directement
aux sites des entreprises et institution intéressées,
notamment afin de mettre à jour les informations
présentées par l’ouvrage. Celui-ci
a été écrit avant 2004 et divers
évènements importants, notamment en termes
de politiques industrielles et de stratégies géopolitiques,
se sont produits en deux ans ou se préparent actuellement.
Le plus intéressant concerne la décision
rappelée ci-dessus d’implanter Iter à
Cadarache. On trouvera dans ces annexes, notamment, la
présentation des projets de réacteurs de
4e génération et du programme Iter. La question
du surrégénérateur Super Phénix,
que la France avait précipitamment abandonné,
y est aussi abordée 2).
Le plan de l’ouvrage permet d’étudier
la suite logique des opérations conduisant à
la production d’énergie électrique
:
-
l’uranium, sa recherche et son exploitation minière.
Peut-être aurait-il fallu à ce sujet répondre
mieux aux inquiétudes tenant à l’accès
au minerai dans un monde où les intérêts
nationaux des pays producteurs s’opposeront de plus
en plus aux interventions des industriels européens.
On l’a vu avec les démêlés d’AREVA
en Australie et en Afrique. C’est alors que la récupération
et l’enrichissement des déchets devraient
reprendre pour la France un intérêt stratégique.
- l’enrichissement de l’uranium, chapitre
indispensable à la compréhension des revendications
actuelles de pays comme l’Iran et la Corée
du Nord.
- le concept de combustible et les modalités de
son conditionnement. On y voit que, contrairement à
une opinion répandue, un seul réacteur à
eau pressurisée (solution française actuelle)
nécessite 104 tonnes d’uranium enrichi pour
une puissance de 1.300 mégawatts. Il ne s’agit
pas seulement de quelques grammes, comme les naïfs
le pensent. L’uranium utilisé est reconditionné
sous diverses formes, notamment le Mox, pour récupérer
le plutonium.
- les réacteurs actuels, à eau sous pression
(REP) et leurs successeurs, à partir de 2010/2015.
Il s’agira du réacteur EPR fruit de la collaboration
entre Framatome et Siemens, d’une capacité
de 1.600 MW et pouvant durer 60 ans. Mais on n’attendra
sans doute pas ce délai pour les remplacer par
les réacteurs de la 4e génération,
offrant de nombreux avantages. L’expérience
acquise dans Super-Phénix pourra être réutilisée
(réacteur à neutrons rapides refroidi au
sodium liquide).
- le retraitement des combustibles usés, avec les
problèmes de sécurité qu’il
a fallu résoudre.
- les problèmes spécifiques au transport
des matières nucléaires. La question est
incontournable vu la grande dispersion des centrales sur
le territoire.
- la gestion à long terme des déchets radioactifs.
Les différentes solutions sont présentées.
On sait qu’en France, des débats très
vifs se poursuivent avec les populations. Les auteurs
se sont gardés de prendre parti. Mais il sera nécessaire
un jour de désarmer des fantasmes sur le thème
: « nous léguons aux générations
futures des problèmes insolubles ». Il ne
faut pas connaître grand-chose au progrès
technologique accéléré pour penser
que dans quelques centaines d’années, et
bien avant en fait, des solutions auront été
trouvées. En attendant un stockage temporaire sous
surveillance, en France même pour ce qui nous concerne,
devrait faire l’affaire.
- le démantèlement des installations nucléaires.
Cette question rejoint celle du retraitement des déchets.
Mais les matières à recycler seront d’une
toute autre taille. Il s’agira d’une question
qui ne se pose pas encore, mais dont il faudra intégrer
la prise en compte dans les programmes du futur.
Le livre consacre sa deuxième partie aux questions
de protection, radio-protection des hommes et des sites,
organisation de la sûreté nucléaire,
information du public. On sait que, depuis le 11 septembre
2001, l’éventualité d’un attentat
de grande ampleur utilisant des avions gros-porteurs n’est
plus à exclure. Mais il semble tout à fait
possible de concevoir des enceintes résistantes à
de tels impacts. Il est évident cependant qu’en
cas de guerre ouverte avec une puissance étrangère
ou une organisation disposant de missiles balistiques, la
perforation de ces enceintes sera tout à fait possible.
Mais on pourrait s’en prémunir. On toucherait
là cependant aux questions de la dissuasion nucléaire
et les problèmes de défense, française
et européenne, récemment abordés par
le Président de la République Française.
Leur discussion ne fait pas partie du programme de l’ouvrage.3)
Des annexes techniques enfin précisent des points
qui, là aussi, doivent être étudiés
par le public. On en parle beaucoup sans généralement
savoir de quoi il s’agit : criticité, neutrons
rapides, fusion, etc.
Ajoutons pour terminer que, compte-tenu de l’évolution
des technologies, une nouvelle édition du livre,
et peut-être sa transposition sur un site Internet
qui le rendrait accessible à tous, nous paraîtraient
souhaitables.
Notes
1) http://www.sortirdunucleaire.org/
2) Le surrégénérateur
(fast breeder reactor) Super-¨Phénix installé
à Creys-Malville (Isère) avait enregistré
quelques défaillances dans le circuit caloporteur
qui utilisait du sodium. Le cœur même n’était
pas en cause. Mais ceci aurait pu être réparé
et le réacteur serait aujourd’hui précieux
pour préparer la 4e génération et tester
les techniques de traitement des déchets. Mais la
centrale, installé sans négociations préalables
suffisantes avec les populations et couplée trop
tôt au réseau EDF, a payé le prix d’une
mauvaise gestion politique du projet. La capitulation finale
devant l’opinion n’a rien arrangé. La
facture du démantèlement est considérable
et l’industrie nationale se trouve privée d’un
outil qui lui serait bien utile aujourd’hui. Est resté
en service temporaire le prototype Phénix, utilisé
à diverses recherches indispensables.
3)
Le projet de loi "sur la transparence et la sécurité
en matière nucléaire" a été
approuvé en première lecture par l'Assemblée
Nationale le 30 mars. Le texte prévoit la création
d'une Autorité indépendante de Sûreté
Nucléaire (ASN) qui participera au contrôle
des activités nucléaires et de protection,
ainsi qu'à l'information du public. L'ASN se substituera
à l'actuelle Direction générale à
la sûreté nucléaire et à la radio-protection
qui dépend de 3 ministères. Elle sera constituée
de 5 membres nommés, 3 par le Président de
la République et 2 par les présidents de l'Assemblée
et du Sénat. Un Haut comité pour la transparence
et l'information sur la sécurité nucléaire
est crée par ailleurs, composé de 9 membres.
Les anti-nucléaires diront que tous ces experts seront
soumis au pouvoir. Mais on peut penser que leurs responsabilités
seront telles, vis-à-vis de la nation, qu'ils sauront
adopter des points de vue indépendants. On notera
que le nucléaire militaire échappe à
la compétence de ces organes. Est-ce une bonne chose?
J.Y.
Le Déaut, député PS qui avait milité
dans le sens de cette création, semble pour sa part
satisfait. Affaire à suivre attentivement.
NB:
L'ASN dispose déjà d'un site: http://www.asn.gouv.fr/
La
peur du nucléaire
La
peur du nucléaire, qui demeure très
vivante dans les populations occidentales depuis
les bombardements d’Hiroshima et Nagasaki,
n’a rien d’irrationnel. Il faut même
considérer que c’est, vu sous l’angle
de la psychologie évolutionnaire, un réflexe
de survie indispensable, vu les dangers très
réels de cette technologie. Mais nous pensons
qu’il faut l’utiliser à bon escient,
et non en faire un argument pour récuser
tout investissement futur dans le nucléaire,
qu’il soit civil ou militaire.
Un mot d’abord du nucléaire militaire,
autrement dit de ce que l’on appelle la bombe.
Il est évident que les pays ayant signé
le Traité de Non Prolifération et s’étant
dotés de tètes et de vecteurs nucléaires
n’y renonceront pas. Parmi eux se trouve la
France, comme on sait. Il est évident aussi
que, sur le long terme, un nombre croissant de pays
se donneront, avec ou sans l’accord de l’IAEA
(Agence Internationale de l’Energie Atomique
www.iaea.org/)
et de l’ONU, des armes nucléaires dont
la portée sera de plus en plus grande. Les
protestations pacifistes et les menaces des pays nucléaires
n’y feront rien. La seule chose que la communauté
internationale et plus généralement
les opinions publiques pourraient faire serait d’exiger
la plus grande responsabilité et la plus grande
transparence des gouvernements qui s’engageront
dans cette voie, ainsi que de leurs agences et sous-traitants.
Sur ce plan les premiers responsables de la bombe
française ont fait montre d’un comportement
coupable en exposant délibérément
les militaires et les populations d’outre-mer
aux radiations. Les autorités continuent dans
cette voie, en refusant de reconnaître les dommages
humains commis et de les indemniser à leur
juste prix. On pourra lire sur ce point le rapport
http://www.obsarm.org/obsnuc/veterans/CESCEN%20vol.%20II.pdf
de la Criirad, Commission de recherche indépendant
sur la radioactivité http://www.criirad.com/
qu’il n’y a pas de raisons de suspecter
de partialité. Cette attitude est de mauvais
augure. Il est clair que si les responsables français
du nucléaire civil (CEA et EDF notamment) se
comportaient aujourd’hui comme l’avaient
fait leurs prédécesseurs militaires
de la force de frappe, ils rendraient impossible toute
poursuite du programme nucléaire civil. La
même observation s’applique d’ailleurs
aux autorités en charge des études et
des réalisations concernant la force française
de dissuasion, la Direction des applications militaires
du CEA notamment. Tout dérapage en matière
de précaution et de publicité, à
plus forte raison tout accident même mineur,
serait sanctionnés par un rejet immédiat
provenant de l’opinion publique, qui devrait
logiquement entraîner la chute du gouvernement
et de la majorité au pouvoir.
Ceci
posé, quels que soient les risques énormes
résultant de la dissémination des
armements atomiques, on peut considérer qu’ils
ne seront pas plus grands que ceux résultant
de l’affrontement des deux Super-Grands nucléaires
pendant toute la Guerre froide. Il semble que le
monde ait été plusieurs fois à
la veille d’un anéantissement total,
comme l’a indiqué le mouvement Pugwash
(http://www.pugwash.org/).
Il n’aurait pas été question
alors d’une seule bombe explosant quelque
part, mais d’un embrasement général
suivi du terrible hiver nucléaire. Les générations
de plus de 30 ans ont vécu sous cette menace
et l’ont supporté. Faut-il les admirer
ou les blâmer pour ce stoïcisme ? En
tous cas, les menaces actuelles paraissent bien
moindres.
Dans
la ligne du nucléaire militaire, il faut évoquer
aujourd’hui un danger bien réel mais
contre lequel, là encore, il est difficile
de se prémunir radicalement. C’est celui
de l’attentat terroriste mettant en œuvre
une explosion de 10 kilotonnes ou moindre. La revue
NewScientist, n° du 16 mars 2006, p. 36, (http://www.newscientist.com/channel/health/mg18925431.300.html),
décrit ce qu’elle appelle un "cauchemar
nucléaire à Manhattan". Il s’agit
des désastres considérables et des centaines
de milliers de morts et de mourants qui résulteraient
de l’explosion d’une petite bombe, facile
à réaliser dit l’auteur de l’article,
en mettant en contact deux charges de 40 kg d’uranium
hautement enrichi (on peut se demander si de tels
articles ne sont pas des pousse-au-crime, encore que
les terroristes potentiels savent certainement à
quoi s’en tenir). Chaque gouvernement sérieux
a préparé des plans non seulement pour
prévenir de tels attentats mais pour soigner
les irradiés. On ne pourrait malheureusement
pas faire grand-chose pour les plus atteints, mais
aujourd’hui, pour les autres, différents
produits, d’ailleurs hautement toxiques, seraient
disponibles pour compenser notamment la destruction
de la moelle osseuse et des plaquettes sanguines.
Ces produits seraient évidemment aussi utilisables
en cas d’accident civil. Ce qui n’avait
pas été le cas à Tchernobyl.
Venons-en
maintenant à l’accident de réacteur
civil, dont précisément l’explosion
de Tchernobyl a été l’illustration
la plus spectaculaire. Le risque le plus grand aujourd’hui
concerne la possibilité qu’il se renouvelle
dans les centrales de même type ou aussi vétustes
encore en service en Russie et à l’Est
de l’Europe. On sait qu’à Tchernobyl
même tout reste pratiquement encore à
faire pour contenir sous un nouveau sarcophage les
restes du réacteur 4 et démanteler
sans casse les 3 autres, puis conditionner tous
les déchets, y compris ceux disséminés
dans la région (cimetières dits radioactifs).
Le coût du chantier est de 1 md d’euros,
payés par les pays du G7 et l’Union
européenne. 1).
Il
est évident que le plus urgent serait d’arrêter
toutes ces vieilles centrales et de les remplacer
par des réacteurs de nouvelle génération.
Mais là on mesure l’irresponsabilité
des anti-nucléaires. Les trois Etats Baltes
viennent de manifester leur désir de supprimer
la centrale commune de type Tchernobyl qui les alimente,
afin de mettre à la place un réacteur
EPR infiniment moins dangereux et plus efficace.
Mais des groupes violents ont commencé à
s’opposer à ce projet. Ce qui est aberrant
quand on mesure, non seulement le risque de voir
l’actuelle centrale victime à son tour
d’un accident, mais l’impossibilité
pour ces Etats d’accéder à d’autres
sources d’énergie en dehors du gaz
russe dont ils ne veulent pas à juste titre
dépendre entièrement.
On
sait très bien qu’il est difficile,
dans la gestion des risques, de mesurer exactement
les probabilités d’accident et le coût
des différents degrés de mesures préventives.
Il est encore plus difficile de mesurer le niveau
d’acceptabilité par les opinions de
tel ou tel risque. Le transport automobile est un
secteur globalement très risqué et
parfaitement accepté. La pandémie
très probable de grippe aviaire qui nous
menace tous ne semble encore inquiéter personne
– sinon des mesures bien plus énergiques
d’éradication des sites à virus
seraient mises en œuvre. Les sociétés
développées, rationnelles et espérons-le
bien gouvernées devraient pouvoir maintenir
en activité un parc important de centrales
nucléaires sans que jamais aucun accident
sérieux ne survienne. Cette capacité
est même un excellent moyen de mesurer leur
professionnalisme, lequel professionnalisme devrait
pouvoir se retrouver face à d’autres
risques majeurs prévisibles, par exemple
ceux résultant du réchauffement climatique.
Les sociétés européennes peuvent-elles
se montrer à la hauteur d’un tel défi
? Si ce n’était pas le cas, mieux vaudrait
en effet pour elles se limiter aux solutions offertes
par les énergies renouvelables, certes valables
mais qui imposeraient des restrictions drastiques
de consommation dont personne ne voudra.
(1)
Voir Sciences et Avenir, avril
2006, p. 9. Dans le même numéro, on trouve
un dossier bien fait et clair sur les prochaines générations
de centrales: Les prochains feux du nucléaire,
p. 12. Ceci mesure le retour en faveur du nucléaire.
Un tel dossier aurait été peu probable
dans cette revue il y a seulement deux ans.
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