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Réaction au Plan gouvernemental français de prévention et de lutte "Pandémie grippale"
http://www.grippeaviaire.gouv.fr/IMG/pdf/Plan_pandemie_grippale_janvier_2006.pdf
par Jean-Paul Baquiast et Christophe Jacquemin
5 mars 2006

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Le gouvernement a fort bien fait de préparer un Plan en plusieurs phases permettant de prévenir puis de contenir une épidémie généralisée (ou pandémie) de grippe aviaire humanisée. Il faut lire (référence en titre) et étudier ce document, dès lors que l'on voudrait jouer un rôle utile à la collectivité au cas où les scénarios les plus noirs se préciseraient. Ce sujet, comme nous l'avions indiqué dans le premier dossier (http://www.automatesintelligents.com/echanges/2005/avr/grippe.html) que nous avions publié à propos de la grippe en avril 2005, comme dans les articles suivants, devrait dès maintenant devenir un thème de réflexion et de préparation pour tous les responsables de terrain, à commencer par les fonctionnaires locaux. Mais plus largement, comme le présent document gouvernemental l'indique, ceux qui voudraient jouer un rôle bénévole utile, au cas où ils auraient échappé à la maladie, devraient prendre contact avec les professionnels pour étudier comment ils pourraient se mobiliser.

Ceci dit, un article de Sciences et Avenir de mars 2006, p. 57, nous invite à ne pas nous faire d'illusions. Même si la France est un des pays du monde le mieux préparé, un examen plus approfondi montre que nous ne sommes pas véritablement prêts - surtout si l'on considère que le propre de ce type de menace est de découvrir et exploiter les lacunes de tout dispositif, pour les transformer en occasions de déroute. L'auteur de l'article, Elena Sender, s'appuie sur l'enquête de la Mission d'information de l'Assemblée Nationale sur les mesures préventives de lutte contre la grippe aviaire. L'enquête a commencé le 15 octobre 2005 et la Mission (président Jean-Marie Le Guen, rapporteur Jean-Pierre Door, députés), a publié un premier rapport le 26 janvier. Ce rapport est disponible sur le site de l'AN: http://www.assembleenationale.fr/12/rap-info/i2833.asp. Il étudie l'historique et les caractères de l'épidémie, les conditions de sa transformation en pandémie, les moyens de protection et leur disponibilité. Deux autres suivront, consacrés à l'épizootie et aux moyens hospitaliers. Il faut rendre hommage à l'extrême sérieux du travail réalisé et au fait qu'il soit communiqué au public sans dissimuler les réalités.

Mais les rapporteurs font un diagnostic sans complaisance. La France ne sera pas prête en cas d'une offensive brutale et massive débutant sur le sol européen. Sans même parler du vaccin, qui ne peut être fabriqué avant que la souche virale ne soit identifiée, des éléments d'intendance comme la disponibilité en masques de protection ne sont pas assurés. La demande sera mondiale et les stocks de polypropylène nécessaires pour que la seule entreprise française, Bakou-Dalloz, capable de fabriquer les masques de haute protection FFP2 en dispose suffisamment, ne sont pas assurés. A plus forte raison faut-il déplorer le fait que les industriels capables de fabriquer en France les antiviraux et le moment venu les vaccins (en l'espèce Sanofi Pasteur) n'aient pas reçu les crédits nécessaires pour mettre en place des unités et des méthodes de production (culture cellulaire) capables de répondre à des besoins urgents et massifs - ce qui ne serait pas le cas aux Etats-Unis où le même Sanofi-Pasteur aurait reçu d'importants financements de recherche.

Sciences et Avenir rapporte les propos du rapporteur de la Mission, à la suite de la première vague d'auditions: "Nous sommes prêts pour l'alerte mais pas pour une pandémie qui toucherait la France entière". Le président confirme: "La France a pris 10 ans dans la vue. Sans ce retard, nous utiliserions déjà la culture cellulaire pour les vaccins et d'autres antiviraux que le seul Tamiflu".

Utiliser le répit saisonnier, si répit il y a

Ce constat fait, il ne faudrait pas en rester là. Au cas où la pandémie n'éclaterait pas ce printemps, donnant un répit de quelques mois, il faudrait l'utiliser en France non pour s'endormir à nouveau mais pour préparer la future reprise des hostilités. Autrement dit, il faudrait que le gouvernement, les industriels et les professions de santé en profitent pour faire ce qui n'a pas encore été fait. L'action est à mener sur plusieurs plans. En France, il faut absolument aider l'industrie pharmaceutique à réaliser les investissements de recherche et de production nécessaires (ainsi que d'autres stocks, par exemple en antibiotiques pour lutter contre les infections opportunistes). Ceci suppose que les coûts et les risques ne soient pas laissés aux industriels, mais imputés sur les budgets publics, le tout sans compter - il ne s'agit pas d'économiser quelques centaines de milliers ou millions d'euros face à un risque qui provoquerait des millions de morts sinon davantage dans l'hypothèse la plus pessimiste.

Au plan européen, il faut convaincre les autorités communautaires de pousser au regroupement et à la collaboration entre laboratoires et industriels des différents Etats de l'Union, malgré les lois anti-trusts et autres obstacles administratifs. Au plan international enfin, il faut faire pression sur l'OMS pour qu'elle se dote d'un vrai droit d'ingérence sanitaire, afin d'éviter la non-déclaration de foyers infectieux. Mais comme on sait que les pays pauvres sont par eux-mêmes incapables de prendre les mesures préventives et curatives destinées à éliminer les virus ou, tout au moins, à les cantonner, il faut continuer à leur apporter une aide considérable. La conférence des donateurs qui s'est tenue à Pékin il y a quelques semaines avait recueilli 2 milliards de dollars de subventions. Mais ceux-ci ne sont pas prêts à être distribués, les vétérinaires et conseillers sanitaires ne sont pas formés, les populations restent inéduquées. C'est sans doute 10 fois plus d'argent que l'ONU et l'OMS devraient rassembler dès maintenant, avec de nombreuses brigades de volontaires, comme la France avait proposé d'en fournir. On ne peut en effet demander à des villages où les volailles et les oeufs sont les seules nourritures protéinées, et qui sont déjà au bord de la famine, de tuer leurs élevages, sans contreparties, pour répondre aux injonctions de l'OMS.

Une hypothèse récente suggère que les voies de la contamination ne reposent pas principalement dans les migrations d'oiseaux sauvages, mais dans l'énorme commerce d'oeufs, de poussins d'un jour et de volailles qui à partir de l'Asie irrigue une partie du monde. On imagine ce qu'il faudrait faire pour que ces commerces cessent et soient remplacés par d'autres sources de revenus. Concrétement et dans l'immédiat il faudrait organiser de véritables ponts aériens d'aides alimentaires et logistiques, tout en persuadant les gouvernements locaux d'accepter ces aides et de les utiliser convenablement. On en est loin. La tâche à entreprendre est immense.

* On trouve dans le très sérieux National Geographic France, n° d'octobre 2005, un long article consacré à la grippe aviaire. A la page 79 se trouve une projection concernant le développement d'une pandémie de grippe humaine d'origine aviaire. 180 à 360 millions de personnes pourraient mourir.

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