Retour au sommaire
Automates
Intelligents s'enrichit du logiciel
Alexandria.
Double-cliquez sur chaque mot de cette page et s'afficheront
alors définitions, synonymes et expressions constituées
de ce mot. Une fenêtre déroulante permet
aussi d'accéder à la définition du
mot dans une autre langue (22 langues sont disponibles,
dont le Japonais). |
Le
gouvernement a fort bien fait de préparer un Plan en
plusieurs phases permettant de prévenir puis de contenir
une épidémie généralisée
(ou pandémie) de grippe aviaire humanisée. Il
faut lire (référence en titre) et étudier
ce document, dès lors que l'on voudrait jouer un rôle
utile à la collectivité au cas où les
scénarios les plus noirs se préciseraient. Ce
sujet, comme nous l'avions indiqué dans le premier
dossier (http://www.automatesintelligents.com/echanges/2005/avr/grippe.html)
que nous avions publié à propos de la grippe
en avril 2005, comme dans les articles suivants, devrait dès
maintenant devenir un thème de réflexion et
de préparation pour tous les responsables de terrain,
à commencer par les fonctionnaires locaux. Mais plus
largement, comme le présent document gouvernemental
l'indique, ceux qui voudraient jouer un rôle bénévole
utile, au cas où ils auraient échappé
à la maladie, devraient prendre contact avec les professionnels
pour étudier comment ils pourraient se mobiliser.
Ceci
dit, un article de Sciences et Avenir de mars 2006,
p. 57, nous invite à ne pas nous faire d'illusions.
Même si la France est un des pays du monde le mieux
préparé, un examen plus approfondi montre que
nous ne sommes pas véritablement prêts - surtout
si l'on considère que le propre de ce type de menace
est de découvrir et exploiter les lacunes de tout dispositif,
pour les transformer en occasions de déroute. L'auteur
de l'article, Elena Sender, s'appuie sur l'enquête de
la Mission d'information de l'Assemblée Nationale sur
les mesures préventives de lutte contre la grippe aviaire.
L'enquête a commencé le 15 octobre 2005 et la
Mission (président Jean-Marie Le Guen, rapporteur Jean-Pierre
Door, députés), a publié un premier rapport
le 26 janvier. Ce rapport est disponible sur le site de l'AN:
http://www.assembleenationale.fr/12/rap-info/i2833.asp.
Il étudie l'historique et les caractères de
l'épidémie, les conditions de sa transformation
en pandémie, les moyens de protection et leur disponibilité.
Deux autres suivront, consacrés à l'épizootie
et aux moyens hospitaliers. Il faut rendre hommage à
l'extrême sérieux du travail réalisé
et au fait qu'il soit communiqué au public sans dissimuler
les réalités.
Mais les rapporteurs font un diagnostic sans complaisance.
La France ne sera pas prête en cas d'une offensive
brutale et massive débutant sur le sol européen.
Sans même parler du vaccin, qui ne peut être
fabriqué avant que la souche virale ne soit identifiée,
des éléments d'intendance comme la disponibilité
en masques de protection ne sont pas assurés. La
demande sera mondiale et les stocks de polypropylène
nécessaires pour que la seule entreprise française,
Bakou-Dalloz, capable de fabriquer les masques de haute
protection FFP2 en dispose suffisamment, ne sont pas assurés.
A plus forte raison faut-il déplorer le fait que
les industriels capables de fabriquer en France les antiviraux
et le moment venu les vaccins (en l'espèce Sanofi
Pasteur) n'aient pas reçu les crédits nécessaires
pour mettre en place des unités et des méthodes
de production (culture cellulaire) capables de répondre
à des besoins urgents et massifs - ce qui ne serait
pas le cas aux Etats-Unis où le même Sanofi-Pasteur
aurait reçu d'importants financements de recherche.
Sciences
et Avenir rapporte les propos du rapporteur de la Mission,
à la suite de la première vague d'auditions:
"Nous sommes prêts pour l'alerte mais pas pour
une pandémie qui toucherait la France entière".
Le président confirme: "La France a pris 10
ans dans la vue. Sans ce retard, nous utiliserions déjà
la culture cellulaire pour les vaccins et d'autres antiviraux
que le seul Tamiflu".
Utiliser
le répit saisonnier, si répit il y a
Ce
constat fait, il ne faudrait pas en rester là. Au
cas où la pandémie n'éclaterait pas
ce printemps, donnant un répit de quelques mois,
il faudrait l'utiliser en France non pour s'endormir à
nouveau mais pour préparer la future reprise des
hostilités. Autrement dit, il faudrait que le gouvernement,
les industriels et les professions de santé en profitent
pour faire ce qui n'a pas encore été fait.
L'action est à mener sur plusieurs plans. En France,
il faut absolument aider l'industrie pharmaceutique à
réaliser les investissements de recherche et de production
nécessaires (ainsi que d'autres stocks, par exemple
en antibiotiques pour lutter contre les infections opportunistes).
Ceci suppose que les coûts et les risques ne soient
pas laissés aux industriels, mais imputés
sur les budgets publics, le tout sans compter - il ne s'agit
pas d'économiser quelques centaines de milliers ou
millions d'euros face à un risque qui provoquerait
des millions de morts sinon davantage dans l'hypothèse
la plus pessimiste.
Au plan européen, il faut convaincre les autorités
communautaires de pousser au regroupement et à la
collaboration entre laboratoires et industriels des différents
Etats de l'Union, malgré les lois anti-trusts et
autres obstacles administratifs. Au plan international enfin,
il faut faire pression sur l'OMS pour qu'elle se dote d'un
vrai droit d'ingérence sanitaire, afin d'éviter
la non-déclaration de foyers infectieux. Mais comme
on sait que les pays pauvres sont par eux-mêmes incapables
de prendre les mesures préventives et curatives destinées
à éliminer les virus ou, tout au moins, à
les cantonner, il faut continuer à leur apporter
une aide considérable. La conférence des donateurs
qui s'est tenue à Pékin il y a quelques semaines
avait recueilli 2 milliards de dollars de subventions. Mais
ceux-ci ne sont pas prêts à être distribués,
les vétérinaires et conseillers sanitaires
ne sont pas formés, les populations restent inéduquées.
C'est sans doute 10 fois plus d'argent que l'ONU et l'OMS
devraient rassembler dès maintenant, avec de nombreuses
brigades de volontaires, comme la France avait proposé
d'en fournir. On ne peut en effet demander à des
villages où les volailles et les oeufs sont les seules
nourritures protéinées, et qui sont déjà
au bord de la famine, de tuer leurs élevages, sans
contreparties, pour répondre aux injonctions de l'OMS.
Une hypothèse récente suggère que les
voies de la contamination ne reposent pas principalement
dans les migrations d'oiseaux sauvages, mais dans l'énorme
commerce d'oeufs, de poussins d'un jour et de volailles
qui à partir de l'Asie irrigue une partie du monde.
On imagine ce qu'il faudrait faire pour que ces commerces
cessent et soient remplacés par d'autres sources
de revenus. Concrétement et dans l'immédiat
il faudrait organiser de véritables ponts aériens
d'aides alimentaires et logistiques, tout en persuadant
les gouvernements locaux d'accepter ces aides et de les
utiliser convenablement. On en est loin. La tâche
à entreprendre est immense.
*
On trouve dans le très sérieux National Geographic
France, n° d'octobre 2005, un long article consacré
à la grippe aviaire. A la page 79 se trouve une projection
concernant le développement d'une pandémie de
grippe humaine d'origine aviaire. 180 à 360 millions
de personnes pourraient mourir.
Retour au sommaire